Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 9 : L’alliance

Chapitre final

1005 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 22/04/2026 14:01

Le démon — une entité de vide nommée Kūki — s'élève au-dessus de nous. Ses membranes d'air vibrent avec un sifflement strident qui fait saigner mes oreilles. Il a compris que nous commencions à nous accorder, et il n'a aucune intention de nous laisser une seconde chance.

— « Pouvoir Sanguinaire : Zéro Absolu du Vide ! »

D'un mouvement brusque de ses ailes, il expulse tout l'oxygène dans un rayon de vingt mètres.

L'effet est terrifiant. Ce n'est pas juste qu'on ne peut plus respirer ; c'est la pression qui change. Mes tympans hurlent sous la décompression, et je sens mes poumons s'affaisser comme des ballons dégonflés. La douleur est fulgurante, une brûlure froide qui me déchire la poitrine. Sanemi s'écroule à côté de moi, les mains enfoncées dans sa propre gorge, les veines de son front prêtes à éclater. Ses yeux, d'habitude si féroces, sont injectés de sang et de panique.

Sans air, le Souffle est mort. Nous sommes deux guerriers d'élite réduits à l'état de poissons hors de l'eau, agonisant sur le gravier.

Respire, Yukina... non, ne respire pas. Utilise ce que tu es.

Je ferme les yeux. Je puise dans la réserve de froid intense que mon corps génère naturellement.

Souffle de la Glace. Huitième Forme : Cœur de l'Hiver Éternel.

Au lieu de projeter mon froid, je le retourne contre moi-même. Je sens mon sang ralentir, mes battements de cœur s'espacer. Mes membres deviennent lourds, durs comme de la pierre, mais ma conscience s'éclaircit. En gelant mes propres tissus, je réduis mon besoin d'oxygène. C'est une technique suicidaire — si je reste trop longtemps dans cet état, mon cœur s'arrêtera pour de bon.

Je me relève, chaque mouvement faisant craquer le givre qui tapisse mes articulations. Ma vue est trouble, bordée de noir, mais je vois le démon plonger, ses griffes d'air comprimé visant la nuque de Sanemi.

— « Pas... lui... »

Je projette mon sabre. Pas pour trancher, mais pour créer un point de friction.

— « Shinazugawa ! La chaleur... crée un courant ! » hurlé-je dans un râle étouffé.

Sanemi, même à l'agonie, entend mon appel. Son instinct de survie est une bête sauvage qui refuse de crever. Il attrape son sabre à deux mains, les muscles de ses bras se déchirant sous l'effort de bouger dans le vide.

— « Souffle du Vent. Sixième Forme : Brume de Rafale de Montagne ! »

Il fait tournoyer sa lame avec une fureur désespérée. La friction de son acier contre le sol et la vitesse de rotation créent une zone de haute température. La physique reprend ses droits : mon froid absolu attire la chaleur de son vent. Ce choc thermique brutal crée un vortex. L'air des environs, l'oxygène tant attendu, s'engouffre dans la zone avec le fracas d'une explosion.

Sanemi prend une inspiration si violente qu'on entend ses côtes craquer. Il se redresse, un rire démoniaque aux lèvres, le visage couvert de larmes et de sang.

— « TU AS ESSAYÉ DE M'ÉTOUFFER ?! JE VAIS TE FAIRE BOUFFER LA POUSSIÈRE JUSQU'À CE QUE TES POUMONS EXPLOSENT ! »

Il bondit. Il ne court pas, il vole, porté par ses propres courants d'air. Je me lance à sa suite, glissant sur des rails de glace que je crée en une fraction de seconde.

— « Technique Combinée : Tempête de Diamants Éternels. ! »

Sanemi déclenche sa Neuvième Forme : Typhon Idaten, un déluge de coups de vent circulaires. Simultanément, je libère ma Septième Forme : Le Tombeau du Lotus Blanc.

C'est une vision d'apocalypse. Le vent de Sanemi attrape mes pétales de glace et les transforme en projectiles shrapnels. Chaque rafale de vent porte désormais des milliers de lames de glace microscopiques, plus dures que le diamant.

Le démon Kūki hurle alors que ses ailes de vide sont littéralement hachées. Il essaie de se dématérialiser, mais le froid de ma glace fige les molécules d'air de son corps, le rendant solide, vulnérable.

— « MAINTENANT ! » hurle Sanemi.

Il me sert de pivot. Il m'attrape par le bras et me projette vers le haut avec une force surhumaine. Je tourbillonne dans les airs, ma lame collectant toute l'humidité de la tempête pour former une faux de givre géante.

Première Forme : Givre Matinal — Exécution du Blizzard.

Je retombe comme une météorite. Ma lame s'enfonce dans le cou du démon au moment précis où Sanemi tranche son torse en croix avec une attaque ascendante.

Le démon explose. Il ne reste pas de chair, pas de sang. Juste une brume de cristaux rouges qui scintillent un instant avant de s'évaporer dans le froid de la nuit.

Le silence qui suit est assourdissant.

Sanemi s'écroule lourdement, sa poitrine se soulevant dans un rythme erratique. Je me réceptionne à quelques mètres, mes jambes me trahissant. Je tombe à genoux, le corps tremblant de spasmes. Ma technique du "Cœur de l'Hiver" commence à se dissiper, et la douleur du sang qui circule à nouveau dans mes veines est une torture.

— « Hé... la revenante... » grogne Sanemi, allongé sur le dos, fixant les étoiles. « On est... encore en vie. »

Je crache un peu de givre mêlé de sang. Mon corps est épuisé, mais mon esprit est étrangement calme.

— « On dirait bien, » murmuré-je.

Il tourne la tête vers moi. Il y a une entaille profonde sur sa joue, mais ses yeux ne sont plus chargés de haine. Juste une reconnaissance amère entre deux monstres qui ont trouvé une raison de se battre ensemble.

— « Ton souffle... il n'est pas comme celui de Tomioka. L'eau coule, mais toi... tu brises tout sur ton passage. J'aime bien ça. »

C'est, je le sais, le plus grand compliment que Sanemi Shinazugawa fera jamais à quelqu'un.

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