Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 10 : Le palais des neiges éternelles

Chapitre final

694 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 22/04/2026 15:42

Le trajet jusqu'au Quartier Général me semble durer une éternité. Mon corps est une plaie béante : la technique du "Cœur de l'Hiver" a laissé mes veines douloureuses et mes muscles raidis par un froid qui ne part pas. Sanemi, lui, avance avec une rage sourde, son sang tachant les graviers à chaque pas.

Quand les portes du domaine s'ouvrent, l'air change. L'odeur des glycines m'étourdit.

Au centre de la cour, ils sont là. Maître Urokodaki se tient droit, son masque de Tengu rouge brillant sous le soleil. À ses côtés, Giyu. En les voyant réunis, je sens un craquement dans ma poitrine, plus douloureux que n'importe quelle blessure de démon.

Je m'arrête à dix pas. Le silence est si lourd qu'on entendrait un pétale de cerisier tomber.

Giyu fait un pas en avant. Ses yeux bleus, d'ordinaire si vides, sont parcourus de tempêtes. Il me dévisage, mon uniforme en lambeaux, le givre qui persiste sur mes cils, et ce haori de fortune qui ne cache plus mes cicatrices. Il a l'air de voir un fantôme qu'il a peur de toucher de crainte de le voir s'évaporer.

— « Yukina... » Sa voix est rauque, brisée.

Maître Urokodaki, lui, ne dit rien. Mais ses mains, jointes dans ses manches, tremblent violemment. Il s'approche lentement. Chaque pas du vieil homme pèse une tonne. Quand il arrive devant moi, il pose ses mains calleuses sur mes joues froides. Le contact est brûlant.

— « Tu es revenue, » murmure-t-il, la voix étouffée par le masque. « Ma disciple... mon enfant... l'eau s'est changée en glace pour ne pas mourir. »

Je ne peux plus tenir mon masque d'indifférence. Mes jambes lâchent. Je m'effondre à genoux, les mains agrippées à son haori bleu. Je ne pleure pas bruyamment, mais des larmes glacées brûlent mes joues avant de se transformer en perles de givre sur le sol. Giyu s'accroupit immédiatement face à moi, posant une main ferme sur ma nuque.

— « C'est fini, Yukina, » dit-il, son front touchant presque le mien. « Tu n'as plus besoin de te cacher dans les tempêtes. »

La scène est interrompue par la voix mélodieuse d'Oyakata-sama, qui apparaît sur la véranda. Les autres Piliers sont alignés derrière lui, observant la scène avec un mélange de respect et de stupéfaction.

— « Mes enfants, le passé et le présent se rejoignent aujourd'hui, » déclare-t-il. « Sanemi, ton verdict ? »

Sanemi s'essuie le menton d'un revers de main sanglant. — « Elle a le cran. Sa glace est une barrière que même le vide ne peut franchir. Elle n'est plus une élève, c'est une tueuse. »

Oyakata-sama sourit. — « Yukina Raigetsu. Relevez-vous. »

Je me redresse, soutenue par Giyu d'un côté et Urokodaki de l'autre. Le Maître me remet alors mon nouvel attribut : un haori d'une blancheur aveuglante, lourd de fils d'argent qui dessinent des flocons complexes. C'est l'armure de mon nouveau rang.

— « Je te nomme officiellement Pilier de la Glace. »

Plus tard, ils m'escortent jusqu'à ma nouvelle demeure. Située sur le point le plus haut et le plus froid du domaine, c'est une bâtisse massive, presque une forteresse de bois noir et de pierre grise, surplombant un gouffre où la brume ne se lève jamais.

Urokodaki et Giyu entrent avec moi. Le dojo est immense, l'air y est si pur qu'il pique les poumons. Au centre, un râtelier attend mon sabre.

— « Ton domaine est à ton image, » remarque Giyu en observant la terrasse qui donne sur le vide. « Solitaire et imposant. »

— « C'est ici que tu forgeras la suite, Yukina, » ajoute Urokodaki. « Tu n'es plus sous mon aile, mais mon cœur restera toujours dans ces montagnes avec toi. »

Je regarde les deux hommes qui ont fait de moi ce que je suis. L'un m'a appris à respirer, l'autre m'a appris à survivre. Je me tourne vers le balcon, laissant le vent froid fouetter mon nouveau haori de Pilier.

— « Je ne suis plus seule, » dis-je en fixant l'horizon. « L'hiver est arrivé au Quartier Général. Et il ne reculera devant rien. »



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