Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 15 : Cicatrices

Chapitre final

609 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 22/04/2026 20:14

La réunion s’est achevée sur une note de gravité. Alors que Shinobu et Mitsuri sont reparties vers l'infirmerie pour leurs derniers soins, je décide de m'isoler un instant dans les jardins du Quartier Général. Le crépuscule étire des ombres mauves sur le gravier.

Mes muscles me tirent, et chaque inspiration me rappelle le froid de Doma qui a failli me briser. Je m'assois sur le bord d'une terrasse en bois, contemplant mes mains encore marquées par de légères engelures bleutées.

— « Tu comptes rester là à geler sur place ou tu vas enfin aller te reposer ? »

Je n'ai pas besoin de me retourner. Cette voix rugueuse, c’est la sienne. Sanemi s'approche, sa silhouette massive découpée par la lumière déclinante. Il ne s'assoit pas, il reste debout, les bras croisés, le regard braqué sur les montagnes au loin.

— « Je ne gèle pas, Shinazugawa. Je réfléchis, » répondu-je doucement.

Il lâche un ricanement amer. Soudain, il fait un pas vers moi, réduisant l'espace entre nous. Sa présence est comme un courant d'air chaud dans mon hiver intérieur.

— « Réfléchir à quoi ? À comment tu as failli crever ? » sa voix monte d'un ton, vibrante d'une rage qu'il ne maîtrise plus. « Quand le corbeau est arrivé avec le rapport... quand il a dit que trois Piliers étaient au sol et qu'on ne savait pas si vous respiriez encore... »

Il s'arrête net, sa mâchoire se contractant violemment. Il détourne le regard, mais je vois ses poings trembler.

— « Tu as eu peur ? » demandé-je, surprise par ma propre audace.

Il se tourne vers moi, ses yeux lilas brillant d'un éclat sauvage.

— « J'ai eu la haine ! La haine de ne pas être celui qui te couvrait les épaules ! On ne devient pas Pilier pour se faire transformer en glaçon à la première sortie, Raigetsu ! »

Je me lève, ignorant la douleur dans mes côtes, et je me tiens face à lui. Pour la première fois, je ne vois pas le Pilier du Vent colérique, mais un homme qui a déjà trop perdu et qui refuse de perdre davantage.

Je pose une main hésitante sur son avant-bras, là où ses cicatrices sont les plus profondes. Il tressaille, mais ne se dégage pas. Sa peau est brûlante contre la mienne.

— « Je suis là, Sanemi. Je ne suis pas partie. »

Le silence retombe, plus paisible cette fois. Son regard s'adoucit, une fraction de seconde, laissant entrevoir une vulnérabilité qu'il cache au reste du monde. Il pose sa main calleuse sur la mienne, la serrant presque trop fort, comme pour s'assurer que je suis bien réelle, que je ne suis pas une de mes propres illusions de glace.

— « Si tu refais un coup pareil... » murmure-t-il, sa voix s'étranglant légèrement. « Si tu repars sans me le dire... je te traquerai jusqu'au bout du monde pour t'enchaîner à mon propre dojo. »

— « C'est une proposition ? » esquissé-je avec un sourire fragile.

Il grogne, mais ses yeux ne me quittent pas.

— « C'est une promesse. »

finit par s'asseoir à côté de moi. Nous restons là, dans le silence du soir, deux êtres brisés par le destin mais unis par une force nouvelle. Il ne me dit rien mais la façon dont il reste là, son épaule contre la mienne, protégeant mon côté blessé du vent coulis, en dit bien plus long.

La glace et le vent. Deux éléments qui, d'ordinaire, se combattent, mais qui ce soir, ont trouvé un étrange équilibre.




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