Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 16 : Les murmures du sous sol

Chapitre final

1443 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 22/04/2026 20:35

Le retour à la réalité a été long. Après le combat contre Doma, mon corps n'était qu'une plaie ouverte. Durant deux semaines, je suis restée cloîtrée au Domaine des Papillons. Shinobu venait chaque matin vérifier l'état de mes poumons, encore irrités par le gel toxique.

Le plus difficile n'était pas la douleur, mais l'immobilité. Sanemi passait parfois, sans prévenir. Il ne disait pas grand-chose, se contentant de s'asseoir bruyamment sur une chaise près de mon lit, croisant les bras avec un air renfrogné en me regardant boire mes remèdes amers. Sa présence silencieuse, chargée d'une tension protectrice, était plus efficace que n'importe quel médicament.

Un matin, une lettre frappée du sceau des Ubuyashiki arrive. Je suis convoquée au pavillon principal. Quand j'arrive, je trouve Sanemi et Tengen Uzui déjà présents. L'air est grave.

Oyakata-sama nous reçoit, sa voix plus faible que d'ordinaire :

— « Mes enfants, je suis navré de solliciter vos lames si tôt. Mais le village de Shizuka est devenu un gouffre. J'y ai envoyé cinq pourfendeurs de rang moyen il y a dix jours. Aucun n'est revenu. Seul un corbeau est rentré, les ailes arrachées, porteur d'un message inachevé : Ce n'est pas dans l'air, c'est en dessous. »

Il marque une pause, le visage tourné vers nous.

— « Les disparitions de femmes s'accélèrent. Si nous n'intervenons pas avec la force de trois Piliers, le village sera rayé de la carte d'ici la prochaine lune.

Le trajet vers le village se fait dans une concentration absolue. À l'entrée du bourg, nous retrouvons Tanjiro, Zenitsu et Inosuke, envoyés en éclaireurs. Ils sont pâles.

Le village de Shizuka est une anomalie. Les maisons sont magnifiques, richement décorées, mais les rues sont d'une propreté clinique, comme si on avait voulu effacer toute trace de vie. Il n'y a pas d'enfants qui jouent, pas de linge qui sèche. Juste des hommes aux regards fuyants et des portes verrouillées par des chaînes de fer.

— « C'est étrange, » murmure Tanjiro, son nez frémissant. « L'odeur de démon est partout, mais elle est... étouffée. Comme si elle venait de derrière des murs de pierre ou de très loin sous nos pieds. »

Le premier soir, nous nous séparons pour couvrir le village. Uzui, grâce à son audition exceptionnelle, se place au centre, près du puits municipal. Sanemi patrouille les toits, ses sens aux aguets pour détecter le moindre mouvement d'air.

Moi, je marche dans les ruelles étroites. Mes bottes résonnent sur les pavés. Je sens le froid de mon propre souffle m'entourer, créant une fine pellicule de givre sur mon passage. Soudain, je m'arrête devant une demeure imposante, la maison du chef du village.

L'odeur de lys est ici insupportable.

Je pose ma main au sol. Souffle de la Glace : Écho du Permafrost. J'envoie une onde de froid à travers les fondations pour sonder les cavités. Mes yeux s'écarquillent. Ce n'est pas de la terre qu'il y a sous cette maison. C'est un réseau de tunnels immense, un labyrinthe de galeries tapissées de soie et de restes humains.

Soudain, un cri strident déchire la nuit. C'est Zenitsu. — « ÇA ARRIVE ! ÇA ARRIVE PARTOUT ! »

Au même moment, les pavés sous mes pieds se mettent à vibrer. Ce n'est pas une attaque frontale. Des centaines de fils de soie, fins comme des cheveux mais solides comme l'acier, jaillissent des interstices entre les pierres. Ils s'enroulent autour de mes chevilles avec une rapidité fulgurante.

— « Raigetsu ! » hurle Sanemi en plongeant du toit, son sabre déchaînant une rafale de vent pour trancher les fils.

Mais les fils ne viennent pas d'un démon unique. Ils jaillissent de chaque maison simultanément. Le village tout entier est une immense toile d'araignée vivante, et nous venons de marcher en plein milieu.

— « Tout le monde sur les toits ! » ordonne Uzui en lançant ses bombes pour créer un écran de fumée. « Ne laissez pas vos pieds toucher le sol ! »

Je bondis, tranchant les liens qui me retiennent, mais je vois déjà plusieurs pourfendeurs de rang inférieur se faire aspirer littéralement dans le sol par des trappes invisibles. La terre de Shizuka est en train de nous dévorer.

Le chaos est total. Le village de Shizuka n'est plus qu'une immense gueule ouverte. Je vois Tanjiro agripper désespérément la main d'un jeune pourfendeur qui s'enfonce dans une crevasse, mais les fils de soie sont trop nombreux. Ils agissent comme des muscles, tirant leurs proies vers les profondeurs avec une force mécanique.

— « Souffle du Vent. Deuxième Forme : Griffes Purificatrices du Vent ! »

Sanemi atterrit près de moi, ses lames d'air déchiquetant les fils qui tentaient de me saisir à nouveau. Son visage est une promesse de massacre. — « Raigetsu ! Ne reste pas plantée là ! Gèle ces foutues galeries avant qu'on ne perde tout le monde ! »

Je comprends son plan. Si je ne stabilise pas le sol, le village entier va s'effondrer sur nous. Je plante mon sabre profondément dans une fissure du pavé, fermant les yeux pour me concentrer uniquement sur les vibrations du sous-sol.

Souffle de la Glace. Septième Forme : Racines du Blizzard !

Je ne projette pas le froid devant moi, je l'injecte littéralement dans la terre. Des veines de givre bleuté se propagent à une vitesse fulgurante sous la surface. Le craquement est assourdissant. La soie, saturée d'humidité, gèle instantanément et devient cassante. Le sol, jusque-là mouvant comme du sable, se solidifie dans un fracas de cristal.

Les cris de Tanjiro s'arrêtent. Il a réussi à remonter son compagnon. Le village est maintenant figé dans une gangue de glace protectrice.

— « Joli travail, la Reine des Neiges ! » crie Uzui, qui s'est hissé sur le toit du sanctuaire. « Mais regardez au centre ! »

Le puits municipal explose. Ce n'est pas de l'eau qui en jaillit, mais une masse informe de chair et de soie. Une créature immense émerge, son corps fusionné avec des dizaines de kimonos de mariées. Elle possède plusieurs visages de femmes, tous figés dans une expression de terreur, greffés sur un abdomen arachnéen gigantesque.

C'est une Lune Inférieure 1, mais elle semble nourrie par quelque chose de bien plus puissant. Ses yeux brillent d'une lueur écarlate.

— « Mes filles... rendez-moi mes filles... » siffle la créature avec une voix qui semble sortir de mille gorges à la fois.

Sanemi ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase. Il est déjà en l'air, une ombre de violence pure. — « Tes filles sont en enfer, sale monstre ! Souffle du Vent. Première Forme : Tourbillon de Poussière ! »

Il fonce tel un cyclone, mais la créature déploie des centaines de membres articulés, faits d'os et de métal, pour parer ses coups. Le choc fait trembler les maisons alentour.

Pendant ce temps, Uzui lance ses chapelets de bombes. — « Tanjiro ! Avec moi ! On va dégager les entrées des tunnels pendant que les Piliers occupent la "maman" ! »

Je me retire de ma transe, les mains brûlantes de froid. Je vois Sanemi lutter contre une dizaine de bras tranchants. La créature est rapide, trop rapide pour sa taille. Elle utilise les fils de soie restants dans l'air comme des cordes de harpe pour découper tout ce qui bouge.

— « Sanemi, baisse-toi ! » hurlé-je en m'élançant.

Huitième Forme : Cœur de l'Hiver Éternel !

Je glisse sur le sol verglacé, passant sous les pattes de la créature. Mon sabre trace une ligne de givre pur sur son ventre mou. Elle hurle, un son strident qui fait saigner mes oreilles, et libère un nuage de spores empoisonnés.

— « Ne respirez pas ! » crie Uzui.

Nous sommes encerclés. La créature au centre, les fils qui pendent des toits, et ce poison qui commence à saturer l'air. Sanemi se réceptionne à mes côtés, haletant, une coupure sur la joue.

— « Elle est coriace, la garce, » grogne-t-il avec un sourire carnassier. « Raigetsu, on fait comme à l'entraînement ? Le vent pour disperser le poison, la glace pour l'immobiliser ? »

Je hoche la tête, resserrant ma prise sur mon sabre. Le véritable combat commence maintenant, et au fond de ces tunnels, je sens que des centaines de vies attendent que nous brisions ce cauchemar




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