Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 22 : Le pacte des Piliers

Chapitre final

1006 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/04/2026 15:53

Yukina

Le Domaine des Papillons semblait plus calme ce matin-là, mais c’était ce genre de calme qui précède les séismes. Mes blessures ne sont plus que des souvenirs cuisants sous mes bandages, mais mon esprit, lui, est resté bloqué dans les décombres du sanctuaire de Shizuka.

Je marche seule vers le pavillon des Piliers. Sanemi est parti plus tôt ; il a horreur des entrées groupées, préférant l'isolement de sa propre fureur. En arrivant devant les portes coulissantes, je prends une grande inspiration. L'air est chargé de l'odeur de l'encens et du bois vieux.

Quand je pénètre dans la salle, le silence tombe comme une lame. Ils sont tous là. Giyu est à l'écart, comme d'habitude, son regard perdu dans le vide. Gyomei Himejima égrène ses chapelets en silence, une larme roulant déjà sur sa joue. Obanai est perché sur une poutre, son serpent Kaburamaru fixant la porte. Et il y a Sanemi, les bras croisés, dont le regard s'accroche au mien une fraction de seconde avant de se détourner, farouche.

Je m'avance au centre du tatami. Avec un mouvement fluide et respectueux, je détache mon sabre de ma ceinture. Je m'agenouille et le pose horizontalement devant moi.

Mitsuri ne peut s'empêcher de s'agiter sur ses genoux :

— « On a eu tellement peur, Yukina-chan ! Les rapports parlaient de glace noire, d'un poison qui fige le sang... On a cru que... » Elle s'arrête, sa voix s'étranglant.

— « Le démon était puissant, » ajouté-je en me redressant. « Mais nous l'avons eu. Uzui-san s'est assuré que nous ayons une chance. »

Les portes s'ouvrent à nouveau pour laisser passer Amane Ubuyashiki. Son élégance est teintée d'une tristesse infinie. Elle s'assoit face à nous, son dos droit masquant la douleur de porter seule le fardeau de son époux mourant.

— « Mes enfants... Je vous remercie d'être venus. Kagaya... mon époux... ne peut plus quitter son lit. La maladie dévore ses forces, et il regrette amèrement de ne pas pouvoir vous saluer lui-même. »

Un frisson parcourt les rangs. Si Oyakata-sama ne peut plus paraître, c'est que la fin est proche.

— « Mais il y a une lueur dans cette obscurité, » continue Amane-sama. « La Marque. Nous avons entendu le récit de Muichiro Tokito sur la façon dont il a manifesté la sienne au village des forgerons. Mais toi, Yukina... ton cas nous intrigue. Le Souffle de la Glace est par nature lié à une température corporelle basse. Comment une marque exigeant une chaleur extrême a-t-elle pu apparaître chez toi ? »

Tous les yeux se braquent sur moi. Même Giyu semble soudain attentif. Je cherche mes mots.

— « C'était... contradictoire, » commencé-je. « Muichiro-kun a parlé d'une fièvre intense, d'un cœur qui bat à 200 pulsations. Pour moi, c'était différent. Au moment où j'ai vu Uzui-san tomber et Sanemi-san se sacrifier pour me protéger, j'ai ressenti un froid si absolu qu'il en est devenu brûlant. C'est une sensation de "gel sec". »

Je pose une main sur mon cou, là où la marque s'était dessinée.

— « Mon rythme cardiaque a effectivement explosé, mais au lieu de chauffer mon sang, cette énergie a été canalisée pour stabiliser mes cellules contre la glace noire de Kuraokami. C'est une réaction de survie extrême. La Marque n'est pas apparue parce que j'avais chaud, mais parce que mon corps a dû générer une énergie interne colossale pour ne pas se changer en statue de glace. C'est un équilibre précaire entre une fièvre de combat et une concentration glaciale. »

Muichiro incline la tête, son regard d'ordinaire vide brillant d'une étincelle d'intérêt.

— « Une marque qui naît de la compression du froid... C'est logique. Le résultat est le même : une augmentation radicale de la force et de la vitesse. »

Amane-sama reprend la parole, sa voix devenant plus solennelle encore.

— « Muzan ne se cache plus. Il sait que nous approchons de son secret. La bataille finale n'est plus une question d'années ou de mois, mais de jours. Nos Piliers sont les plus forts que l'Armée ait connus depuis des siècles, mais cela ne suffira pas. »

Elle déploie un parchemin.

— « Nous ne pouvons pas envoyer nos jeunes pourfendeurs à l'abattoir. Ils doivent être capables de vous suivre, de servir de rempart et de survivre aux Lunes Supérieures. C'est pourquoi nous lançons l'Entraînement des Piliers. Une formation intensive, brutale, où chaque Pilier transmettra une partie de son excellence. »

Sanemi lâche un grognement satisfait, ses doigts tapotant la garde de son sabre.

— « Il était temps. La plupart de ces gamins ne savent même pas tenir leur garde quand le vent souffle trop fort. Je vais en faire des guerriers, ou je vais les briser. »

— « L'objectif est qu'ils s'éveillent eux aussi à la Marque par résonance avec vous, » précise Amane-sama. « Yukina, ta mission sera cruciale. Tu dirigeras l'étape de l'Endurance Tempérée. Tu dois leur apprendre à maintenir leur souffle de concentration totale malgré des températures extrêmes. Si un pourfendeur ne peut pas contrôler son métabolisme quand le froid arrive, il meurt avant même d'avoir frappé. »

Je regarde mes mains. Elles ne tremblent plus. Je repense à Uzui, à son éclat, à sa joie de vivre qu'il a offerte pour que nous soyons là aujourd'hui.

— « J'accepte, » dis-je. « Je les pousserai jusqu'au point de gel. S'ils peuvent respirer dans mon blizzard, ils pourront respirer face à n'importe quel démon. »

La réunion s'étire sur les détails techniques, mais l'essentiel est là : nous sommes en train de forger notre dernière épée. Les Piliers discutent entre eux, une tension palpable mêlée à une camaraderie de condamnés. On parle de nourriture, de logistique, mais on sent que sous chaque phrase, il y a la peur de ne pas voir le prochain printemps.


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