Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 23 : L’entraînement des piliers

Chapitre final

857 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/04/2026 16:00

Le vent hurle sur les crêtes où j'ai établi mon camp d'entraînement. C’est un froid sec, celui qui s’insinue sous la peau et paralyse les muscles. Une cinquantaine de pourfendeurs sont là, alignés, grelottant dans leurs uniformes. Au milieu d'eux, je remarque Tanjiro qui essaie de réchauffer ses mains, et un garçon massif, le visage balafré, qui se tient à l'écart. Il ne tremble pas, mais ses yeux trahissent une angoisse profonde.

Je m'avance devant eux, mon sabre à la ceinture, mon haori de glace flottant comme un linceul.

— « Ici, vous n'apprenez pas à couper des démons, » lancé-je. « Vous apprenez à ne pas mourir de froid quand votre sang s'arrête de circuler. Entrez dans les cuves. »

Alors que les premiers s'immergent dans l'eau glacée sous les cris de Zenitsu, je m'approche du garçon balafré. Il semble pétrifié, non pas par le gel, mais par une présence derrière moi. Je me retourne et vois Sanemi sur le toit du dojo. Son aura est écrasante, saturée de colère.

— « Qu'est-ce que tu fais encore là, déchet ? » crache Sanemi d'en haut.

Le garçon, Genya, sursaute. Ses yeux s'illuminent d'une lueur d'espoir qui me brise le cœur. Il ne déteste pas Sanemi. Il le regarde comme on regarde un dieu, avec une soif de reconnaissance si pure qu'elle en est douloureuse.

— « Grand frère ! » s'exclame Genya, la voix tremblante. « Je... j'ai réussi l'étape de l'endurance de la roche ! Je suis plus fort, je peux... »

— « Je n'ai pas de frère, » coupe Sanemi.

Il saute du toit et atterrit lourdement entre nous, soulevant un nuage de neige. Il ne regarde même pas Genya. Il me regarde, moi, avec une intensité farouche, comme s'il m'en voulait d'avoir laissé ce garçon entrer dans mon domaine.

— « Raigetsu, dégage-moi ce gamin de là. Il n'a rien à faire parmi les pourfendeurs. Il n'a aucun talent, aucun souffle. Il va juste crever inutilement. »

Genya blêmit. Il s'avance, les mains serrées.

— « Non ! Je suis venu ici pour te demander pardon ! Pour te dire que je vais devenir un Pilier moi aussi ! S'il te plaît, regarde-moi, Sanemi ! »

La réaction de Sanemi est instantanée. Sa main part avec une vitesse que même mes yeux de Pilier peinent à suivre. Il ne le frappe pas, mais la pression de son aura de vent projette Genya au sol.

— « Casse-toi d'ici avant que je ne t'arrache les yeux moi-même, » gronde Sanemi, sa voix vibrant d'une menace sourde. « Tu n'es rien pour moi. Rien. »

Genya reste au sol, la tête basse, ses larmes creusant des sillons dans la neige. Le silence qui suit est insupportable. Les autres pourfendeurs, dont Tanjiro, observent la scène avec horreur.

Je m'interpose physiquement entre les deux. Je pose ma main sur le torse de Sanemi. Je sens son cœur battre à une allure folle, une fureur qui cache une terreur qu'il refuse de nommer : la peur de perdre le dernier lien qui le rattache à son humanité.

— « Ça suffit, Sanemi, » dis-je d'une voix douce mais glaciale. « C'est mon dojo. C'est mon entraînement. S'il a atteint cette étape, c'est qu'il mérite d'y être. »

— « Tu ne comprends rien, Yukina ! » rugit-il en se tournant vers moi. « Tu ne sais pas de quoi tu parles ! »

— « Si, je comprends, » répondu-je en plongeant mon regard dans le sien. « Tu veux qu'il parte pour qu'il soit en sécurité. Tu veux qu'il mène une vie normale. Mais regarde-le. »

Je désigne Genya, qui s'est relevé, tremblant mais refusant de s'enfuir.

— « Il ne partira pas. Sa force ne vient pas du souffle, elle vient de son amour pour toi. Si tu le chasses, il mourra de chagrin bien avant qu'un démon ne l'atteigne. Laisse-le s'entraîner. »

Sanemi serre les dents au point de se faire saigner les gencives. Il regarde Genya une fraction de seconde, un éclair de douleur pure traversant ses yeux lilas, avant de se transformer à nouveau en un masque de pierre.

— « Fais ce que tu veux, Raigetsu, » finit-il par dire en tournant les talons. « Mais s'il meurt ici, son sang sera sur tes mains. Pas sur les miennes. »

Il disparaît dans un tourbillon de vent et de feuilles mortes.

Genya s'effondre à nouveau sur ses genoux, les épaules secouées par des sanglots étouffés. Je m'approche de lui et pose une main sur sa tête.

— « Il ne te déteste pas, Genya, » murmuré-je pour lui seul. « Il a juste trop peur de t'aimer dans un monde où tout ce qu'on aime finit par mourir. »

Il lève vers moi des yeux embués. — « Pourquoi il ne peut pas juste me dire qu'il est content que je sois là ? »

Je n'ai pas de réponse. Je sais que Sanemi est une tempête, et que dans l'œil du cyclone, il n'y a que de la douleur.

— « Entre dans la cuve, Genya, » ordonné-je doucement. « Montre-lui que tu es capable de survivre au froid le plus dur. C'est la seule langue qu'il comprend. »


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