Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 25 : La chute

Chapitre final

920 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/04/2026 16:29

La nuit est d'une sérénité presque troublante. Je marche d'un pas lent le long du sentier qui borde le domaine de l'entraînement, mes sandales crissant doucement sur la neige durcie. L'air est pur, piquant, et la lune diffuse une lumière d'argent qui rend la montagne irréelle. Je savoure ce moment de solitude. Ma main effleure machinalement la poignée de mon sabre, non pas par peur, mais par habitude. Je repense à la chaleur du baiser de Sanemi, à cette promesse silencieuse échangée sur le toit. Tout semble enfin... en équilibre.

Soudain, un battement d'ailes frénétique brise le silence. Mon corbeau de liaison surgit des ténèbres, percutant presque mon épaule dans sa précipitation. Ses yeux sont injectés de sang, ses plumes ébouriffées.

— « URGENCE ! URGENCE ! » croasse-t-il d'une voix étranglée. « ATTAQUE AU DOMAINE UBAYASHIKI ! LE MAÎTRE EST VISÉ ! MUZAN KIBUTSUJI EST APPARU ! »

Le choc est physique. C'est comme si une lame de glace me transperçait le cœur. Muzan. Le nom que nous redoutons tous. Le calme de ma ronde s'évapore instantanément pour laisser place à une décharge d'adrénaline pure.

Je ne réfléchis pas. Je m'élance. Mes pieds ne touchent plus le sol, je suis une ombre qui fend la forêt. Partout autour de moi, l'air vibre. Je perçois d'autres souffles, d'autres présences qui convergent vers le même point de rupture.

Je vois Sanemi me dépasser sur la gauche, une traînée de vent furieux. Il ne me regarde pas, ses yeux sont fixés sur l'horizon, injectés de rage. Giyu apparaît sur ma droite, son visage de pierre trahissant une urgence absolue. Shinobu, Mitsuri, Obanai, Muichiro... nous sommes tous là. Même Tanjiro court à nos côtés, Son visage déformé par l'effort et l'angoisse.

Nous arrivons enfin à l'orée du domaine secret. Nous sommes à quelques mètres de l'entrée quand le monde explose.

BOUM.

La terre tremble avec une violence inouïe. Devant nos yeux, la demeure des Ubuyashiki est pulvérisée. Une colonne de feu gigantesque s'élève vers le ciel nocturne, illuminant la forêt d'un orange sanglant. Des débris de bois et de papier enflammé pleuvent sur nous.

Oyakata-sama... Il l'a fait. Il s'est utilisé comme appât.

— « OYAKATA-SAMA ! » hurle Sanemi, sa voix se brisant sous l'impact de la douleur.

Nous nous figeons un instant devant le brasier. Et là, au milieu des flammes, une silhouette se tient debout. Gyomei Himejima. Ses mains prient, ses larmes coulent, mais sa force est celle d'une montagne.

— « Ne vous arrêtez pas ! » tonne sa voix. « Il est là ! Muzan est devant vous ! »

Le démon originel est là. Il se régénère au milieu du feu, ses yeux rouges brillant d'une malveillance millénaire. Ce n'est plus le moment des larmes. C'est le moment de la fin. Nous nous élançons tous, une vague de métal et de souffle.

— « Souffle du Vent. Septième Forme : Rafale de Bourrasques ! » rugit Sanemi.

— « Souffle de la Glace. Huitième Forme : Miroir de la Nébuleuse de Givre ! » hurlé-je, ma lame créant un blizzard de lames cristallines.

— « Souffle de l'Eau. Troisième Forme : Danse des Courants ! » lance Giyu.

— « Souffle de l'Insecte. Danse des Papillons : Caprice ! » siffle Shinobu.

— « Souffle de l'Amour. Première Forme : Frissons du Premier Amour ! » s'exclame Mitsuri.

— « Souffle du Serpent. Première Forme : Morsure Sinueuse ! » gronde Obanai.

— « Souffle de la Brume. Quatrième Forme : Flux par Advection ! » murmure Muichiro.

— « Souffle de la Roche. Cinquième Forme : Roue de Pierre de Justice ! » hurle Gyomei.

— « Danse du Dieu du Feu : Ciel Bleu ! » crie Tanjiro en s'élevant dans les airs.

Nos lames convergent. Nous sommes à un cheveu de toucher sa chair. Nous allons le tuer ici, dans les cendres de notre Maître !

Bi-wa.

Le son sec et métallique d'un instrument déchire l'air. Sous nos pieds, le sol disparaît. Des portes coulissantes s'ouvrent à perte de vue. Ce n'est pas un trou, c'est une dimension entière qui nous aspire.

— « QUOI ?! » hurle Tanjiro alors qu'il bascule dans le vide.

Nous tombons. Le ciel disparaît, remplacé par une architecture impossible de bois et de papier. Des pièces pivotent, des escaliers s'inversent. Je vois Sanemi tendre la main vers moi, ses doigts effleurant les miens dans une détresse absolue, avant qu'une cloison ne nous sépare brutalement.

— « LA FORTERESSE DIMENSIONNELLE INFINIE ! » la voix de Muzan résonne partout, glaciale et triomphante. « Vous pensiez m'avoir ? Bienvenue dans votre tombeau ! »

Je chute lourdement sur un tatami, dans une salle immense et silencieuse. Je me relève d'un bond, mon sabre de glace dégainé, mon souffle court. Autour de moi, des couloirs s'étendent à l'infini, éclairés par une lumière blafarde.

— « Sanemi ! » hurlé-je.

Pas de réponse. Seul le craquement lointain de la forteresse qui continue de se modifier. La Marque sur mon cou brûle. Je ne suis plus en train de faire ma ronde tranquille. Je suis au cœur du cauchemar. Mais je serre les dents. S'il croit qu'il nous a brisés, il se trompe.

Je regarde l'obscurité devant moi.

— « On arrive, Muzan. Et cette fois, je ne m'arrêterai pas avant que tu ne sois en cendres. »


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