JE SUIS VIVANT

Chapitre 34 : Seuil de douleur

3890 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 01/05/2024 01:49

Seuil de douleur



Hank observa Connor, assis torse nu sur la table d’examen. De fins câbles noirs serpentaient le long de son buste, reliés à plusieurs modules d’analyse qui pulsaient d’une lumière froide.


À intervalles réguliers, une série de bips mécaniques venait rompre le silence pesant de la pièce.


Sur l’un des écrans, une avalanche de lignes de code défilait à une vitesse vertigineuse.


« Alors ? Ça donne quoi ? »


Josh ne répondit pas immédiatement. Ses doigts glissaient rapidement sur l’interface tactile, ajustant les paramètres d’un nouveau scan. Markus, lui, fixait les données avec une intensité presque inquiétante.


Connor inspira lentement, les épaules légèrement tendues.


« Pas grand-chose… » dit-il finalement. « Cinquième téléchargement aujourd’hui. Toujours aucune amélioration. »


Un léger picotement remonta le long de sa colonne vertébrale, le faisant crisper imperceptiblement les mâchoires.


Josh fronça les sourcils.


« Attends… relance ça. »


Un nouveau signal sonore retentit. Cette fois, plus aigu.


Sur l’écran, une courbe se mit à osciller de manière instable.


« Ce n’est pas normal… » murmura-t-il.


Connor ferma brièvement les yeux.


Une impulsion électrique traversa son système, brève, mais suffisamment violente pour lui arracher un léger tressaillement.


Hank le remarqua immédiatement.


« Hé. Ça va ? »


Il rouvrit les yeux, aussitôt.


« Oui. Juste… une variation du flux. Rien d’alarmant. »


Mais sa voix manquait légèrement de stabilité.


Markus zooma sur une section précise des données.


« Tes récepteurs internes répondent avec un délai. Et… »


Il marqua une pause.


« …ils amplifient le signal. »


Josh releva brusquement la tête.


« Amplifient ? Ce n’est pas possible. Ils sont censés réguler, pas intensifier. »


Un nouveau pic traversa Connor.


Cette fois, il ne put retenir un mouvement de recul.


Ses doigts se crispèrent légèrement contre la table métallique.


« Connor ? » insista Hank.


« Je vais bien. » répondit-il plus vite, trop vite.


Un silence s’installa.


Les machines continuaient de tourner.


Mais quelque chose avait changé.


Markus croisa le regard de Josh.


« On arrête pour aujourd’hui. »


« Quoi ? Non ! » protesta Connor en se redressant légèrement. « On peut continuer. Je peux encaisser. »


« Ce n’est pas une question de capacité. » coupa Markus calmement. « C’est une question de sécurité. »


Josh s’approcha et débrancha un premier câble.


Le contact rompu provoqua une légère variation dans les capteurs.


Connor tressaillit.


Presque rien.


Mais assez pour trahir ce qu’il retenait.


« Ton système réagit de manière anormale, » ajouta Josh. « Plus on pousse, plus on risque de provoquer une cascade d’erreurs. »


Connor détourna le regard.


Ses mains se desserrèrent lentement.


« …D’accord. »


Le mot semblait lui coûter.


Hank attrapa sa chemise sans rien dire et la lui tendit.


Il l’enfila mécaniquement, ses gestes précis… mais légèrement plus lents que d’habitude.


« T’es sûr que ça va ? » demanda Hank, plus bas.


« Oui... On réessaiera demain. »


Il boutonna le dernier bouton trop vite, manquant une attache avant de corriger d’un geste sec.


« Ça fait déjà une semaine que je subis ça… Je ne suis plus à un jour près. »


Et il sortit. Trop vite.


Comme s’il fuyait.


« Connor ! »


Hank fit un pas vers la porte, puis s’arrêta.


« Et merde… »


Le silence retomba aussitôt.


Plus lourd qu’avant.


Markus expira lentement, puis se tourna vers lui.


Cette fois, il ne chercha pas à adoucir.


« Je vais être franc. Nous ne progressons pas. »


« Ça, j’avais remarqué. »


« Non. » Markus secoua légèrement la tête. « Je veux dire… pas du tout. Je ne suis même plus certain que nous puissions redémarrer son programme. »


Hank se figea.


« …Quoi ? »


Josh baissa les yeux vers les relevés.


« Et ce n’est pas tout. »


Il agrandit une série de données.


Instables.


Irrégulières.


« Plusieurs de ses systèmes commencent à perdre en performance. De manière simultanée. »


Hank passa une main sur son visage.


« Donc son état… »


« Se dégrade. » termina Markus. « Et beaucoup trop vite. »


------


Connor sillonna le couloir principal, au milieu de l'activité grandissante des androïdes en pleine effervescence.


Mais à l’approche de l’ascenseur, il se stoppa net.


Quelque chose… clochait.


Rien de vraiment identifiable.


Pas une douleur. Pas encore.


Plutôt une anomalie diffuse, comme un bruit parasite au fond de ses processeurs.


Il reprit enfin sa marche, plus lentement cette fois.


Les portes se refermèrent.


Et tout redevint normal.


Arrivé au quatorzième étage, il s’etonna d’entendre la chanson I wanna dance with someboby de Whitney Houston, bien avant d’arriver devant la porte d'entrée entrouverte de l'appartement de Sky,


Doucement, il poussa le battant et pénétra à l’intérieur.


L'habitat était très moderne au niveau du style, mais les détails rudes du living étaient adoucis par le désordre artistique qui y régnait. Coussins, bougies, piles de livres, et de nombreuses autres touches personnelles embellissaient l'endroit, le rendant à la fois accueillant et chaleureux. Le déviant remarqua également un échiquier de bois magnifiquement sculpté, disposé au dessus d'un petit meuble d'exposition et sourit à sa vue. 


Il hésita quelques instants, la main appuyée sur le chambranle, puis il s'avança à l'intérieur, en jetant un coup d'oeil dans le salon. 


Il vit Sky, vêtue d'un jean barbouillé de peinture acrylique et d'un top noir, les cheveux liés en un long catogan. Elle dansait et remuait comme une folle devant la toile suspendue au chevalet, chantant à tue-tête, le pinceau dans sa main pointant en avant pour assaillir aléatoirement la surface à peindre au gré de la musique entraînante. 


La toile représentait deux silhouettes enlacées qui dansaient énergiquement ensemble. L'aquarelle réalisée dans une forme abstraite était avivée par une tendre lueur. 


Réalisant qu'il l'avait surprise dans une situation totalement inattendue, Connor profita de l'opportunité et s'appuya contre l'un des murs du vestibule, en secouant la tête face à la scène à laquelle il assistait. Il l'avait toujours imaginée différemment... Sky créant paisiblement ses compositions avec, en arrière plan, de la musique classique. 


« J'aurais dû le savoir. » Songea t'il en souriant, puis il s'écarta de la paroi et s'avança, éclaircissant sa voix pour indiquer sa présence. 


Sky sursauta de surprise, la queue de cheval blonde fouettant ses épaules lorsque sa tête pivota dans la direction de Connor.


La musique se stoppa cybernétiquement et un sourire gêné se dessina sur ses lèvres


« Mince, je suis vraiment désolée. Je n'ai pas fait attention à l'heure. »


« Inutile de t'excuser. Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas autant diverti. » Se moqua Connor. 


Sky ne sut que répondre à cela, à part avec un rire nerveux. Lorsqu'elle leva les yeux vers lui, une traînée de peinture fraîche se révéla le long de l'arrête de son nez et de sa joue, ce qui intensifia le gloussement de Connor. 


« Quoi ? » Demanda l'artiste, le front plissé. 


« Tu as un petit quelque chose ici... » Expliqua t'il, en passant un doigt le long de son propre visage. 


« Oh ! » S'exclama la déviante, avec un pauvre sourire. En s'essuyant la face à l'aide de son avant bras, elle ne parvint qu'à étaler davantage le pigment. « C'est parti ? »


« Laisse moi faire. » Proposa Connor, en se saisissant d'un chiffon propre sur l'établi. il lui releva doucement le menton à l'aide d'une main et ôta la peinture avec l'autre, tandis qu'elle regardait le plafond, la bouche grande ouverte. « Voilà qui est mieux. »


Sky soupira d'aise face au charmant sourire offert par le déviant. Puis après petit un petit raclement de gorge, elle s’éloigna de lui, posant ses mains sur ses hanches avec sérieux.


« Tu es venu pour m’accorder ma revanche aux échecs ? » sourit-elle. « Tu sais que je n’ai toujours pas digéré ta dernière victoire. » 


« Pourquoi pas ? J’ai du temps devant moi après tout. »


Son séjour forcé à New Jericho, avait eu au moins un côté positif : Tout ce temps passé à la tour lui avait permis de se rapprocher de Sky.


Il ne se lassait jamais de leurs parties d’echecs et de leurs conversations qui dégénéraient très souvent en plaisanteries innocentes.


« Pourquoi ne mettrais-tu pas les pièces en place, le temps que j'aille me nettoyer. » Proposa la déviante en se rendant dans la cuisine. 


Connor la suivit du regard puis remua la tête en souriant, avant de rassembler les éléments du jeu d'échecs. Il se dirigea vers une table basse, située entre deux divans, et y déposa le plateau. Il prit lui-même place sur l'un des canapés et disposa les pions blancs et noirs dans leur formation respective. 


« Est ce que ça a été aujourd'hui ? » L'appela Sky depuis la cuisine, la voix couverte par l'écoulement d'eau. « Des progrès ? » 


« Non. » Répondit l'androïde avec un souffle irrité. « Toujours aucun changement à noter. » 


« Sois patient. Je suis certaine qu'ils trouveront une solution. » Rassura la jeune femme, en revenant dans la salon. Tandis qu'elle se penchait pour placer le dernier pion noir sur le plateau, sa longue crinière blonde retomba en cascade sur le genou droit de Connor et il serra la mâchoire, tant la tentation de tendre la main et toucher la chevelure soyeuse était grande. 


Tout en s'installant dans le canapé opposé, elle se frotta les mains, les yeux brillants d'anticipation face à la partie qu'ils allaient disputer, inconsciente de l'effet qu'elle provoquait chez son adversaire. 


« As-tu une préférence ? » Demanda Connor, en désignant l'échiquier. 


« Je prendrai les noirs. » 


« Très bien. » Dit-il, en pivotant le jeu pour placer les blancs de son côté, puis il débuta la partie en déplaçant le pion de la reine.


Sky ne réfléchit qu'un moment puis réagit avec son cavalier, mettant en place une stratégie de défense que Connor connaissait bien, et qui signifiait qu'il avait un vrai jeu entre les mains.


La déviante n'était pas du tout surprise de la manière de jouer de son adversaire : ses déplacements étaient très agressifs, constamment en offensive, et il ne fallut pas attendre très longtemps avant que les pièces ne soient éliminées du jeu une à une. 


Jouant prudemment depuis les premiers déplacements et pendant toute la durée de la partie, Sky se trouva subitement en difficulté lorsque Connor, à l'aide d'une série de mouvements tout à fait inattendus, lui prit son fou.


Grommelant, elle observa discrètement son adversaire.


Ce dernier demeura tel qu'il l'avait été depuis le début de la partie...


Totalement impassible et neutre. 


« C'est vraiment un regard de joueur que tu as là. » Remarqua Sky, puis elle baissa ses yeux bleus sur l'échiquier et décida de son prochain déplacement. Connor contre-attaqua rapidement. 


Trop vide, songea la belle artiste, en arquant les sourcils tandis qu'elle étudiait l'échiquier afin de deviner quel serait le prochain mouvement de son adversaire.


Puis elle soupira, lorsqu'elle réalisa que Connor l'aura battue dans six coups, et qu'il n'existait aucune défense à cela. Elle tendit alors la main et renversa son roi. 


« Tu es doué. Vraiment doué. » Observa Sky, en lui souriant chaleureusement et en se laissant retomber contre le canapé.


« Et toi, une adversaire bien plus gracieuse que ne l'est Hank. » 


Soudain, sans prévenir, la LED bleue du déviant devint rouge en signe de détresse douloureuse et il plaqua fermement sa main sur son régulateur, l'autre renversant les pions de l'échiquier sur le sol en tentant de se soutenir sur la table basse. 


« Connor ! Ça ne va pas ? » S'exclama Sky en se levant brusquement pour le rejoindre. 


Se pelotonnant sur lui-même, Connor gémit d'un inconfort indéniable tandis que la jeune femme posait sa main contre son dos. 


« ...Merde. » Se plaignit-il entre ses dents serrées. 


« Je préviens immédiatement Markus. » 


« Non ! » Il se força à se redresser sur le canapé. « Je... je vais bien... » 


« Tu ne vas pas bien ! » Sky refusa de reculer. « Laisse moi t’ai... » 


« J’en ai assez. »


Le ton coupa net.


Connor détourna le regard.


« Assez qu’on me corrige. Qu’on me répare comme si j’étais… »


Il serra les dents.


Chercha ses mots.


« …défectueux. »


Sky s’approcha lentement.


Sans brusquer.


Puis posa doucement sa main contre sa joue.


Le contact le figea Instantanément.


Ses yeux se relevèrent vers les siens.


Plus de parasite.


Plus de douleur.


Juste... Elle.


« Tu es sûr que ça va aller ? »


Connor hésita.


Une vraie hésitation, cette fois.


« Oui. »


Presque crédible.


Il s’éloigna trop vite.


Comme s’il devait couper le contact avant de changer d’avis.


« J’ai juste besoin de repos. On se voit demain. »


« Connor... »


« Demain. » Répéta-t’il en fermant la porte derrière lui.


Sky resta immobile au milieu du salon, les pièces d’échecs renversées au sol.


« Ce n’est pas normal… » murmura-t-elle, inquiète.


------


Dans une tentative de se reposer correctement, Connor était allongé sur son lit alors qu'il essayait d'engager un mode de repos profond dans l'espoir d'inverser le problème et d'arrêter les accès sporadiques de douleur qui l'avaient assailli depuis son retour de chez Sky.


Il était presque minuit et il tentait d'activer son autodiagnostic encore et encore, mais comme attendu ce dernier se montra toujours inopérant, et Connor poussa un profond soupir de déception.


S'endormant un peu, le jeune homme souffla pour lui-même avec un juste agacement face à son système en panne.


À peine une heure s'écoula avant qu'il ne soit réveillé par une nouvelle douleur violente et aiguë dans sa poitrine, le faisant se redresser dans l'agonie avec un profond gémissement d'inconfort.


Par réflexe, il se recroquevilla sur lui-même et respira rapidement à travers ses dents serrées, endurant la souffrance autant que possible tout en refusant d'appeler à l'aide.


« ...S-Stop... » Siffla t'il.


Alors que sa douleur diminuait aussi rapidement qu'elle s'était manifestée, Connor réussit à se rallonger.


Il roula sur le côté et frappa une fois son oreiller avec frustration.


« Merde ! » Jura t'il.


Le processus se répéta à trois heures du matin.


Puis à cinq...


Le répit était toujours de courte durée.


La notification 06:37 s’afficha dans ses processeurs visuels.


Connor n’eut pas le temps de l’analyser.


La douleur frappa à nouveau.


Brutale. Totale.


Un hoquet étranglé lui échappa tandis que son corps se plia violemment en deux, comme si quelque chose, à l’intérieur, cherchait à le broyer.


Ses bras se refermèrent autour de sa poitrine dans un réflexe désespéré, ses doigts s’enfonçant dans le tissu de son haut comme pour contenir l’insupportable pression.


Sa vision vacilla.


Les contours du couloir se fragmentèrent en lignes instables, tremblantes.


Les lumières devinrent trop vives, agressives, pulsant au rythme erratique de ses capteurs.


« ...Aaa... »


Sa voix se brisa avant même de naître.


Une nouvelle décharge traversa son système.


Plus forte.


Plus profonde.


Connor bascula hors du lit sans même s’en rendre compte.


L’impact contre le sol résonna sourdement, mais la douleur physique qui en résulta n’était rien. Rien comparée à ce qui déchirait ses circuits.


Erreur.


Le mot clignota brièvement dans son champ de vision.


Puis disparut.


Remplacé par une avalanche de signaux incohérents.


Ses dents se serrèrent si fort que sa mâchoire en trembla.


Il roula sur le côté, puis sur le ventre, cherchant une position qui n’existait pas.


Chaque mouvement ne faisait qu’aggraver la sensation, une pression écrasante, envahissante, comme si son corps tout entier amplifiait la douleur au lieu de la contenir.


Trop.


C’était trop.


Connor rassembla le peu de contrôle qu’il lui restait et se mit à ramper.


Ses doigts glissèrent sur le sol lisse du couloir, laissant derrière eux des marques irrégulières.


Sa progression était lente, désordonnée, ponctuée de spasmes incontrôlables qui secouaient violemment son corps.


« ...S’il... v-vous plaît... »


À peine un souffle.


Sa main se leva.


Tremblante.


Lourde.


La caméra.


Son bras resta suspendu un instant, figé dans l’air, comme si même ce simple geste demandait un effort démesuré.


Puis son bras retomba.


Inerte.


Un gémissement étouffé franchit ses lèvres tandis que son front venait heurter le sol froid.


Sa vision se brouilla davantage.


Les sons se déformèrent.


Lointains. Étouffés. Irréels.


Et puis...


Des pas précipités.


Une silhouette.


Floue au départ.


Puis plus nette.


Une main se posa sur lui.


« ...C'est bon Simon, je suis avec lui. »


La voix de Josh.


Connor tenta de répondre.


Rien ne sortit.


Ses lèvres bougèrent sans produire le moindre son.


« Connor ! Qu'est ce qui t'arrive ? »


Ses yeux s’ouvrirent à moitié.


Difficilement.


Il fixa un point au hasard, incapable de vraiment distinguer le visage au-dessus de lui.


« Ça... fait mal... »


Chaque mot était arraché.


Fragmenté.


« V-vraiment mal... »


Sa main se crispa faiblement dans le vide, comme pour attraper quelque chose, n’importe quoi.


« Je... je t'en supplie... A...rrête ça... »


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Tout cela ne fut qu'un flou intemporel pour Connor, incapable d'ouvrir les yeux et de s'allonger complètement sur le dos tandis qu'il restait recroquevillé d'agonie sur son côté gauche.


Une main se pressa chaleureusement sur son épaule droite et une voix familière s'éleva des affres de sa douleur qui menaçait de consumer son esprit.


« Ça va aller gamin, je suis là. »


Averti de l'incident, Hank n'avait pas hésité à quitter son domicile pour s'enquérir de l'état de son partenaire.


Les yeux de Markus parcoururent rapidement les données, puis s’y attardèrent une seconde de trop.


Il marqua une pause.


« Son stress a atteint un niveau critique… »


La voix, habituellement parfaitement stable, trahissait une légère tension.


Il releva les yeux vers Connor.


Juste un instant.


Suffisant pour laisser passer une inquiétude qu’il ne prit même pas le temps de masquer.


« Ça fait combien de temps qu’il est comme ça ? »


« Environ quarante minutes... Impossible de le mettre en stase. »


Mais Markus ne le regardait déjà plus.


Son attention était revenue sur les relevés, ses doigts suspendus au-dessus de l’interface comme s’il hésitait sur la marche à suivre.


« C’est ta première crise, Connor ? » demanda-t-il finalement, plus doucement.


« Non. La si... sixième... » Haleta pathétiquement l'androïde. « C'est... la pire... celle-là. »


Un peu surpris par cette révélation, Hank serra un peu plus fort sa prise sur son bras.


« A...vant la douleur ne durait que.... quelques secondes, m...maintenant elle... s'arrête p...plus. »


Josh vérifia les données sur le moniteur et fronça légèrement des sourcils.


« Le problème vient de ses récepteurs internes qui, pour une raison que j'ignore, lui délivrent une information erronée de la douleur et ne parviennent plus à se stopper. »


« Son système commence à se mettre en défaut. » Conclut sombrement Markus.


Hank ne put dissimuler son inquiétude.


« Tu ne peux rien faire pour lui ? »


« Je peux essayer de forcer la désactivation manuelle de ses récepteurs mais cela ne sera efficace que pendant une durée de trois heures. »


« C'est mieux que rien. Fais-le. »


Sans attendre, Josh tapota rapidement une serie de codes complexe sur son interface holographique.


Après de longues secondes de frappe, il se stoppa et attendit anxieusement une réaction.


« Allez... fonctionne... »


Enfin, Connor laissa échapper un halètement de soulagement tandis que la douleur incessante s'arrêtait.


Son corps se détendit suffisamment pour qu'il cesse de s'enrouler sur lui-même et qu'il puisse se retourner sur le dos pendant que sa LED rouge repassait au jaune, puis au bleu.


« ...M-Merci. »


Hank se pencha sur lui.


« Quand ce bug a commencé à t'affecter ? »


« Je... » Toujours éprouvé par son expérience, Connor mit un certain temps pour répondre. « Ça... Ça a démarré chez Sky. »


« Quoi ? Tu es comme ça depuis hier ? » Mais pourquoi n’avoir rien dit ? »


L’homme croisa les bras avec colère tout en lançant au déviant un regard désapprobateur.


« Je... je pensais que c'était juste un problème mineur lié aux tentatives de téléchargements... »


« Un problème mineur ? » Répéta le policier avec agacement. « Connor, je te demande de ne plus rien nous cacher concernant ton état. Si tu ne te montres pas honnête avec nous, comment veux tu qu'on te répare correctement ? »


La voix du détective était suffisamment tendue pour indiquer son indéniable colère.


Le deviant baissa son regard d'un air coupable.


« Bien. » Intervint Josh. « Je vais attacher quatre capteurs : un sur ta pompe à thirium, deux sur tes biocomposants de ventilation et le quatrième va reposer sur ton régulateur thermique pour permettre une bonne mesure. »


Connor attendit patiemment que le technicien déviant s'exécute et dès qu'ils furent fixés, Josh alluma le moniteur.


Ce dernier fit apparaître la fréquence cardiaque, le volume du thirium, la fréquence de ventilation et la température centrale.


Les deux androïdes s'échangèrent un regard avant de se montrer honnête avec leur ami.


« Malheureusement, nous ne pouvons plus te déconnecter. Tu vas devoir rester ici jusqu'à ce que nous trouvions une solution. » Avoua Markus d'un air sincèrement navré. « Je suis désolé. »


Résigné à son sort, Connor resta silencieux, les yeux rivés sur le moniteur.


La vue de son propre cœur battant sur l’écran en verre était aussi hypnotique que surréaliste. Chaque battement semblait normal, fort et sain. Cette situation était incompréhensible.


Il notifia dans ses processeurs visuels le compte à rebours avant le retour en ligne de ses récepteurs de douleur et roula délicatement sur le côté tout en faisant attention de ne pas tirer sur les fils.


Après avoir calé un bras sous sa tête, il poussa un profond soupir épuisé et ferma ses yeux.


« Ce n'est qu'un répit temporaire. » Confia discrètement Josh. « Nous ne réussirons jamais à créer le patch à temps. C'est tout simplement impossible. »


Hank considéra un instant le gamin avec une lueur ardente dans les yeux.


Puis sans prévenir,


Il se dirigea vers la sortie.


« Où allez vous ? » Interpella Markus, surpris par le pas pressé de l'homme.


« Il est hors de question que je laisse Connor agoniser de douleur. Je sais qui peut l'aider... Et je compte bien le ramener ici. »



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À suivre




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