Velocity
09h45
Le couloir semble plus long que d’habitude. Peut-être parce qu’Akira rumine, ou peut-être parce que les néons clignotent comme s’ils tentaient d’attirer son attention pour lui souffler « mauvaise idée ».
Elle ignore tout le monde, traverse l’étage d’un pas rapide, presque sec, celui qui fait comprendre aux agents qu’ils doivent se pousser ou se faire rouler dessus.
La salle de réunion se trouve au fond. Lumière froide, vitre opaque, silence anesthésié.
Elle inspire un court instant, pousse la porte.
Luki est déjà là, assis à la longue table métallique, penché sur une série d’hologrammes bleutés projetés au-dessus d’une tablette. Il relève la tête, l’air aussi vif qu’un chirurgien qui vient de disséquer un cadavre intéressant.
— Enfin. Je commençais à croire que tu t’étais planquée dans les archives, dit-il, la voix posée mais teintée d’un humour sec.
Akira balance le dossier papier sur la table, comme si elle rejetait un poids mort, puis s’affale dans la chaise d’une manière sans élégance, clairement fatiguée ou à bout de patience.
— J’avais un chef à convaincre que je suis pas faite pour jouer aux mécanos. Spoiler : il en a rien eu à foutre.
Luki laisse filer un souffle amusé, il tapote sur l’écran. puis fait pivoter un hologramme vers elle.
Les hologrammes se transforment, montrant un plan aérien de Velocity, avant de zoomer sur Aureon Systems, laboratoire dédié aux androïdes, fondé par le scientifique Hiroshi Tanaka, figure emblématique et père de l’entreprise.
— Alors, on entre dans le vif du sujet, explique-t-il. L’affaire est classée prioritaire. Meurtre d’un scientifique, circonstances étranges, et un androïde impliqué. Modèle inconnu. Rien dans les registres.
Il zoome sur une silhouette floue.
— Modèle inconnu. Registre vide. CyberLife elle-même dit ne rien avoir sur lui.
Akira croise les bras, le regard sombre.
— Génial. On enquête sur un robot fantôme.
— Plus ou moins, oui.
Il fait glisser une autre série de données.
— J’ai tout préparé pour toi. Accès temporaire aux archives de Velocity, autorisation d’entrée dans la zone scientifique, communication sécurisée. Si quoi que ce soit dérape, tu me pingues. Je répondrai plus vite qu’un défibrillateur en manque d’action.
Elle s’approche de la table, regarde les données défiler.
— Et les deux agents de CyberLife ? Je suis censée faire équipe avec eux dès que je débarque là-bas ?
Luki acquiesce.
— Oui. Tu les rencontreras sur place. J’ai leurs dossiers… enfin, pas par CyberLife directement. CyberLife a juste demandé une enquête pour clarifier certains points du meurtre. Les deux types que tu vas rencontrer viennent de la brigade criminelle de Detroit.
Akira soupire longuement, la tête rejetée en arrière.
— Magnifique. Une ville futuriste, un meurtre chelou, un androïde fantôme et deux zigotos de la criminelle de Detroit. J’aurais dû rester couchée.
— Trop tard, répond Luki en faisant glisser vers elle une petite malette argentée.
— Tiens. voilà ton matériel, tes autorisations et un accès sécurisé. Rien d’explosif, promis.
Elle pose la main sur la mallette comme si elle évaluait si elle doit la prendre ou l’envoyer voler.
— Luki… si leurs robots me disent bonjour, je te jure que…
— Oui, oui, je sais. Tu les démontes. On a tous compris, souffle-t-il, amusé.
Akira referme la mallette d’un geste sec.
— Bien. Alors on y va.
— Akira.
Elle se retourne.
— Fais attention à toi. Velocity est peut-être la ville expérimentale la plus sûre du monde, mais ça reste l’endroit où il y a le plus d’androïdes… et une IA qui surveille tout.
Elle sourit, un vrai sourire cette fois, rare comme un rayon de soleil dans un bunker.
— T’en fais pas. J’ai vu pire.
Et sur ces mots, elle quitte la salle, prête à embarquer dans une affaire qui va bouleverser bien plus qu’elle ne l’imagine.