New Birth

Chapitre 12 : Nouvelle surprenante

2273 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/12/2016 15:49

Une lumière vive me fait cligner des yeux à mon réveil. Le silence est perturbant : où suis-je ? Je tente d'éviter l'énorme lampe suspendue au-dessus de mon lit en m'asseyant et j'observe : un lit d'hôpital, une petite table de chevet en mélaminé et un vieux fauteuil en similicuir, le mobilier n'est guère engageant : je suis adepte du vintage, mais pas hospitalier.

Je suis vêtue d'un t-shirt blanc trop large et d'un pantalon de pyjama rayé. Où es passée ma robe ? Qu'est-ce que ça peut bien signifier ?



Je passe ma main dans mes cheveux défaits ; ma coiffure « spéciale mariage » a elle - aussi disparu.

J'essaie de me remémorer les événements d'hier soir. Je me souviens très bien de la main qui s'est plaquée sur mon visage pour m'empêcher de crier devant ma porte. Et puis c'est le trou noir : je n'ai pas été frappée, j'en suis sûre. Mais j'ai vaguement le souvenir d'une sensation de piqûre, pas douloureuse, non, mais désagréable. Je passe ma main dans mon cou : oui, la trace de l'aiguille est encore bien palpable. Qui a bien pu me kidnapper devant chez moi ? Pourrais-je avoir un intérêt quelconque pour quelqu'un ? J'en doute fort. Mais le souvenir de la tentative de George près du taxi me revient en tête. Que me veut-il ? J'aurais dû être prudente en rentrant, et me douter qu'il tenterait autre chose à mon retour. J'avais la tête ailleurs, prise par les festivités et mon altercation avec Tobias. Bon sang, a-t-il l'intention de se venger de moi parce que je l'ai reconnu ? C'est idiot, comment pourrait-il savoir ? La police n'a sans doute jamais cité mon nom. Et puis, quel intérêt aurait-il à me kidnapper ? S'il avait voulu se venger, il m'aurait agressée, pas enlevée.



Le bruit du verrou me fait sursauter. Je saute à terre, et attends, aux aguets . Quelle surprise quand je m'aperçois que ce n'est pas George mais le docteur Smith. Je suis perdue.


— Bonjour Clare, me dit-il calmement. Comment vas-tu ? 


L'effet de surprise m'a désarçonnée mais je parviens néanmoins à articuler quelques mots.

— Pas très bien , pour être honnête. Je comptais d'ailleurs venir vous voir pour en discuter .


Il ne me répond pas et continue à sourire.

— Oui je me doute, finit-il par poursuivre ? De la fatigue, une prise de poids, un manque d'appétit ? 


Mon silence et mes yeux écarquillés le font rire.

— Oui, c'est ça , je parviens à balbutier. Vous savez ce que j'ai ? C'est la Progeria ? 


Ma question doit être amusante, car il éclate de rire : 

— Non ma grande. Tu es juste enceinte, me déclare t-il tranquillement en observant ma réaction.


Hein ? Mais qu'est-ce qu'il raconte ? Bon Dieu, je dois être en train de cauchemarder. Un affreux rêve où rien n'est logique, comme cette conversation invraisemblable dans un lieu qui l'est tout autant.


— Enceinte ? Vous savez bien que c'est impossible. Pas ici, pas à New York. D'ailleurs, même si c'était possible, vous l'auriez vu dans les analyses de mon check up, il y a quelques semaines.

— Tout à fait, me confirme-t-il. Je l'ai bien vu.


J'en reste muette. Impossible, c'est scientifiquement impossible. Il bluffe ou quoi ? Plus je l'observe, plus je me rends compte qu'il a l'air d'y croire, à son histoire.


— Pourquoi ne pas me l'avoir dit avant alors ? interrogé - je soudain.

— Je voulais d'abord m'assurer que tu tiendrais ta grossesse plus de trois mois. Il y a beaucoup de fausses couches avant.


Je me mets frénétiquement à compter sur mes doigts.

— Un peu plus de quatre mois, me devance-t-il. Je me suis dit qu'il était temps de te récupérer, ça devenait limite … poursuit-il en désignant mon ventre.

Instinctivement, je pose une main dessus. C'est vraiment habité là-dedans ? Je l'observe en silence. Je suis désemparée.


Je mets quelques minutes à digérer l'information.

— Mais qu'est-ce que vous voulez exactement ? Pourquoi m'avoir enlevée ? Pourquoi me retenir ici ?

— J'ai un business basé sur le clonage, Clare. J'aurais l'air de quoi si on venait à savoir que les grossesses sont possibles ? Le contrat que Newbirth a avec le gouvernement est un monopole. Un vrai contrat très lucratif, que je n'ai absolument pas envie de voir s'effondrer. Impossible donc de te laisser à la vue de tout le monde.

— Et vous en avez déjà vu beaucoup d'autres, de grossesses, ici, à New York ?

— Non, conclut-il. Pour l'instant tu es la seule. Heureusement pour moi.


Prononçant ces derniers mots, il se lève et se dirige vers la porte.

— Je viendrai te chercher pour faire quelques examens, un peu plus tard. Repose-toi, tu en as besoin, me lance-t-il avant de sortir, me laissant désemparée, debout comme une idiote à côté du lit. La porte se referme à clé sur mon désespoir.




Je finis par m' asseoir, les jambes dans le vide. Mon regard se baisse sur mon ventre. Merde, comment ai-je pu passer à côté de ça ? Il est bien là, proéminent, peut-être même plus que tout à l'heure d'ailleurs. Pas énorme non plus, mais on ne peut pas le louper. Sauf dans une société où les grossesses sont impossibles. Ma tête tourne, les idées se mélangent. Comment ai-je fait pour ne pas m'en rendre compte ? J'ai des règles aléatoires, comme pas mal de femmes et j'avais mis leur absence sur le compte de la fatigue. Comment imaginer quelque chose qui ne peut pas arriver ?



Je soupire bruyamment. Qu'est-ce que je vais faire d'un bébé ? Je n'ai ni la place, ni même l'envie d'un bébé. Je n'y ai même jamais réfléchi. Enfin si, avec tout ce qui va avec : une maison, de la place et une relation stable. Merde, je ne vais pas faire un bébé toute seule. Quel rôle pourrait bien jouer Tobias dans tout ça ? Je venais tout juste de le sortir de ma vie. Me voilà désormais liée à vie avec un homme qui ne veut pas de moi. Et de toute façon, vais-je sortir d'ici un jour ? Que me veut le docteur Smith ?



Je ne sais plus, me voilà complètement perdue. Je craque ; les larmes coulent maintenant abondamment sur mes joues. Je m'y abandonne complètement. A quoi bon retenir mes larmes, il n'y a ici personne pour me voir ou m'entendre.








Le docteur Smith finit par venir me chercher le lendemain matin. Je ne sais pas trop quelle heure il peut être, ma fenêtre a les volets condamnés. J'ai essayé de les ouvrir, en vain. Je viens de prendre une douche chaude, qui m'a un peu détendue. J'ai dormi comme une masse, exténuée par la cérémonie et par les événements qui se sont succédé. Je dois avoir les yeux rougis par les larmes, et la mine déconfite, mais il n'a pas l'air d'y faire attention. Ou alors il a décidé d'en faire abstraction. Vu la mine impassible qu'il affiche depuis la veille, c'est plutôt cela. J'ai bien du mal à reconnaître là le médecin que je côtoie depuis de si longues années, si gentil, si attentionné.



Je le suis nerveusement dans un couloir qui semble bien confirmer qu'il s'agit d'un hôpital ; d'un autre âge, visiblement : les peintures pailletées de vert et de bleu, les vieux cadres de paysages variés de montagnes, de campagne ou de littoraux attestent de la vétusté du lieu, qui n'a pas du être rénové depuis des décennies. Je marche lentement, prenant le temps de scruter les lieux, espérant pouvoir, au détour d'une fenêtre ou d'une porte, déterminer où je suis. Peine perdue, les portes sont fermées et les fenêtres, peu nombreuses dans ce dédale de couloirs, sont toutes calfeutrées.



— Tu n'as pas touché à ton petit-déjeuner, me fait remarquer le médecin.

— Je n'ai pas faim, réponds-je mollement

— Tu devrais manger, pour ton bébé, ajoute-t-il. Il a besoin de grandir.



Sa réflexion me fait stopper net dans le grand couloir blanc que nous longeons depuis quelques minutes. Je le dévisage :

— Quel intérêt pour vous qu'il grandisse ou pas ?

— Les enfants sont rares, difficiles à produire, tu le sais aussi bien que moi. Chaque naissance ici est payée une fortune par le gouvernement. Je ne vais pas me priver d'un revenu supplémentaire. Il marque une pause. Tiens, c'est par ici, continue-t-il en me désignant une porte sur la gauche.


Alors c'est ça : il a l'intention de prendre ce bébé pour New Birth, et de le confier à des Adoptants comme n'importe quel autre enfant produit là-bas ? La nouvelle me sidère tellement que j'en reste pantoise, comme tétanisée. J'avance comme un robot, incapable de réagir.




La pièce est sombre ; après la lumière vive du couloir, je mets quelques instants à m'habituer à l'obscurité, puis finit par distinguer un moniteur et un fauteuil.


— Installe-toi confortablement, et remonte ton t-shirt. m'intime le médecin avec fermeté. C'est un peu froid, mais c'est indolore. Détends-toi .



J'avance par mécanisme. Ai-je envie de faire ce qu'il me dit ? Ai-je le choix ? Si je me mets à courir, il aura vite fait de me rattraper. Sans compter qu'il doit bien faire 20 cm et 40 kg de plus que moi. Il est plus vieux, certes, mais je n'ai sans doute aucune chance de m'enfuir. Sans compter que je ne connais absolument pas les lieux, et qu'ils sont sans doute bien gardés.



Le gel qu'il étale avec sa sonde me fait frissonner. Le moniteur émet un bip strident qui me fait sursauter. Je scrute l'écran qui présente très vite un mélange indescriptible de taches noires, grises et blanches.



— Là, regarde ! finit-il par me dire en me montrant l'écran avec son doigt.

Je ne vois rien, à part des taches, puis je finis par l'apercevoir. Un visage de profil, des bras, des jambes, des mains, des pieds. Je porte la main à ma bouche. Il est bien là, c'est vrai. La réalité de ce qui n'était encore qu'une éventualité, une information floue non vérifiée, m'éclate en plein visage. Il y a un bébé dans mon ventre, et c'est le mien.



Lorsque le docteur Smith éteint le moniteur, je n'ai toujours pas dit un mot. C'est lui qui brise le silence qui s'est instauré. 

— Je me doute que ce doit être un choc pour toi. C'est la dernière chose à laquelle tu t'attendais hein ? .



Je sors alors de ma léthargie :

— Qu'est-ce que vous allez faire de moi ?

— Te chouchouter en attendant ton accouchement.

— Et après ?

— Et bien, me répond-il en marquant une courte pause. Je pense que je vais devoir me débarrasser de toi.

— En me tuant ? m' empressé-je de demander.

— Non, rit-il, pas nécessairement. Me prends-tu pour un monstre voyon ? Je suis un médecin, je sauve des vies, j'en crée même ! Disons que je pourrais te faire découvrir l'autre côté du mur, là où personne ne viendrait te chercher. Avec un petit sérum d'oubli en prime, histoire d'être plus sûr !

— Pourquoi ?

— En premier lieu parce que tu en sais trop. Je ne peux pas prendre ce risque. En deuxième lieu, parce que, si les recherches que j'ai menées depuis quatre mois s'avèrent justes, tu représentes une menace.

— Une menace ? Je ne comprends pas.


Le médecin semble marquer une pause.

— Tu as suffisamment de connaissances je pense pour comprendre. L'arme chimique qui nous a rendus stériles était, d'après mes recherches, un virus. Un simple virus, tu te rends compte ?

— Il suffit de faire un vaccin, tout le monde le sait.

— Oui, en théorie, sauf que celui-ci est redoutable. Il mute sans arrêt, rendant obsolète l'antidote dès sa fabrication. Un peu comme ce fameux virus appelé Sida qui a fait des millions de morts au XXIème siècle.

— Et moi alors ? Comment je fais pour le contourner alors ?

— Bonne question, c'est ce que je cherche, figure-toi, depuis quatre mois. Tout ça en t'observant. Quelle chance avais-je, en effet, que tout cela se passe sous mon nez, hein ? rit-il.



Je baisse la tête mais il continue.

— J'ai pu te surveiller pendant tout ce temps, mais une question reste en suspens pour moi, que je n'ai pas réussi à déterminer : qui est le père.

— Quel intérêt pour vous ? lui fais-je remarquer.

— Je ne sais pas, peut-être a-t-il un rôle à jouer dans cette insensibilité au virus. Et puis j'aime autant savoir à l'avance qui va essayer de te retrouver.

— N'ayez crainte de ce côté-là, il ne viendra pas . Nous ne sommes pas ensemble.



Je clos là la discussion, déterminée à me murer dans le silence.









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