Tevinter Slave

Chapitre 19 : L'Assaut

7275 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 22/02/2026 01:27

Le jour s’effondra d’un seul coup sur Minrathie, avalé par une lueur rougeâtre qui s’élevait depuis l’horizon, comme si la mer elle-même s’était mise à saigner. Les hautes tours du Magisterium, d’ordinaire dorées sous la lumière du soir, luisaient à présent d’une clarté malade. Les reflets rouges grimpaient le long des façades de marbre et dévoraient les runes de protection gravées dans la pierre. Les troupes armées de Charon Mercar étaient prêtes à repousser les Venatori qui affluaient déjà dans la ville.


L’air vibrait. Pas seulement de chaleur, mais de magie du sang. Une onde lourde, corrosive, qui faisait grincer les os. Plus bas vers les quais, Dock Town suffoquait déjà sous la fumée. Les ruelles, étroites et sinueuses, se remplissaient de silhouettes pressées, de cris étouffés, d’enfants arrachés à leurs lits. Les Lucerni guidaient la foule par petits groupes, torches éteintes, en silence, jusqu’aux tunnels des catacombes qu’ils utilisaient habituellement pour libérer les esclaves sans être vus. Dans la panique, certains civils ne levaient même plus les yeux vers le ciel, ils ne voulaient pas voir ce qui approchait. Et ils avaient raison d’être effrayés.


Un grondement se fit entendre. Loin d’abord, comme un tremblement de terre. Puis il s’amplifia, saccadé, vivant. Les nuages se fendaient sous la pression d’un battement d’aile immense. Un Dragon-Sire. Les premières flammes apparurent avant lui; un jet incandescent qui frappa la baie, éclaboussant les docks d’étincelles rouges. Le souffle du lyrium corrompu se mêla à la pluie salée. Une odeur âcre, métallique, rongea les poumons. Le ciel s’enflamma.


Dans un coin sombre des Docks, un vieux hangar se tenait encore debout, croulant, rongé par l’humidité. Les planches du plancher grinçaient sous le pas de deux silhouettes : Neve Gallus, vêtue de son équipement habituelle, doigts glacés autour de son bâton, et Leda Mercar, accroupie sur le sol, entourée de potions, de couteaux et de flèches, dans son armure légère et sa cape.


Le vent s’engouffrait par les brèches dans la toiture, faisant vibrer la lampe suspendue au plafond. Des poussières dansaient dans la lumière jaunâtre; comme des braises miniatures.


-         Tu les sens? demanda Neve, d’une voix basse.

-         Depuis dix minutes. répondit Leda sans lever les yeux. Ils approchent par le sud. Les Venatori veulent frapper les docks avant les portes du bastion. C’est logique… ils espèrent couper l’évacuation.


Sur la table branlante, la carte était couverte de symboles : des cercles, des flèches, des annotations minuscules dans une écriture précise. Leda y posait des pierres pour marquer les patrouilles, les lignes de tir, les points faibles. Tout y était calculé. Neve soupira, s’approchant.


-         Tu avais prévu un siège, pas une damnée apocalypse.

-         Les deux se ressemblent.


Leda traça une dernière marque à la craie : une ligne sinueuse reliant les tunnels d’évacuation à une zone circulaire au bord du port; le point d’impact probable.


-         Le dragon ne descendra pas immédiatement. Il cherchera à intimider, à isoler les groupes. Les Venatori croiront tenir la ville avant même d’avoir franchi les portes. Mais ils se trompent.


Elle se redressa enfin, enfilant sa cape sombre. Ses yeux, ces iris d’argent liquide, reflétaient déjà la lueur rouge du ciel.


-         Neve, tu sais ce qu’il faut faire.


Neve hocha lentement la tête, serrant son bâton jusqu’à en blanchir les phalanges.


-         Ouais. Je m’assure que les Lucerni ne se fasse pas embêter par les Cultistes.


Leda hocha la tête à son tour.


-         Oui. Ils doivent maintenir les barrières le long des tunnels. S’ils cèdent, les civils seront pris au piège.


La détective détourna les yeux un instant.


-         Et toi? Seule contre… elle marqua un silence. Ce monstre?


Leda esquissa un sourire, mais il n’avait rien de rassurant.


-         J’ai analysée son comportement probable. Ce n’est pas un animal, c’est une arme. Une arme que les Venatori ne maîtrisent pas totalement.


Elle dessina grossièrement un dragon dans la poussière. Puis traça des croix aux articulations, la gorge, la base des ailes.


-         Le lyrium sature son sang, mais les tissus autour des veines principales devraient se fissurer sous la pression.


Neve la fixa longuement, incapable de décider si elle devait l’admirer ou la gifler.


-         Tu réalises à quel point c’est insensé?


Un rugissement fit vibrer le sol. Cette fois, si proche qu’une pluie de poussière tomba du plafond. Neve fit un pas vers Leda, le cœur serré.


-         Je pourrais t’aider. Ensemble on…

-         Non, coupa Leda, d’une voix calme, implacable. Le plan est optimisé. Il est bon, on ne change rien.


Elles restèrent face à face, un instant suspendu dans la tension du monde qui s’écroule. Le vent fit claquer la porte du hangar, et la lumière vacilla. Neve approcha, posa sa main sur la joue de Leda. Ses doigts sentaient le froid du givre, presque réconfortant.


-         Promets-moi de revenir?


L’elfe hésita avant de répondre. Elle ne pouvait pas mentir. Littéralement.


-         Je te promets… de faire ce qu’il faut pour gérer le dragon-sire.

-         Oh! T’es insupportable quand tu veux.


Un éclat d’humour brisa la tension : Leda esquissa un petit rire, nerveux.

-         Si je m’en sors, tu pourras me le reprocher pendant des semaines.


Neve haussa un sourcil.


-         Oh, et je compte bien le faire.


Elles se regardèrent une dernière fois, pas comme des combattantes, mais comme deux êtres qui savaient que tout pouvait s’arrêter là. Puis Neve se détourna, attrapant son bâton. En sortant, elle lança un dernier regard par-dessus son épaule :


-         On se retrouve sur le vieux quai après. Et t’es mieux d’être là...


Le rire bref de Leda se perdit dans le rugissement du ciel. La porte claqua derrière Neve. Le silence revint. Ou presque. On entendait, au loin, le chaos des combats, les cris, les explosions magiques, les échos du lyrium qui résonnaient dans la pierre.


Leda inspira profondément. Elle vérifia son arc, fit glisser son doigt sur les plumes d’une flèche, testa la tension de la corde. Chaque geste était précis, méthodique, presque rituel. Puis elle leva la tête vers la lucarne du toit. Une ombre passa. Énorme. Le ciel entier vibra. Le Dragon-Sire descendit du ciel en hurlant, son corps couvert d’éclats de lyrium incandescent, illuminant tout Dock Town d’une lumière écarlate.


Elle resserra la sangle de cuir autour de ses épaules. La relique empruntée chez les Lucerni brillait faiblement dans la pénombre d’un éclat rouge pulsant sous la surface translucide, comme un cœur battant. Le lyrium corrompu vibrait à travers ses omoplates, diffusant une chaleur désagréable jusque dans sa nuque. Magister Maevaris lui avaient dit qu’elle réagirait à la présence du Dragon-Sire, que le lien entre eux était instinctif.


-         Une bête cherche son miroir, murmura-t-elle.


Leda inspira profondément. Le souffle du dragon roulait déjà sur les toits, chaque rugissement déformant l’air comme une onde de choc.


-         En théorie, murmura-t-elle, pour elle-même, ça devrait suffire à attirer son attention.


Et en théorie, elle ne se trompait jamais.


Une boule de feu rouge frappa les docks à une centaine de mètres, pulvérisant un entrepôt. Les débris s’éparpillèrent dans une pluie d’étincelles. Un hurlement, long et déchirant, secoua les ruines. Les ailes massives du dragon se déployèrent dans un souffle de braises, et l’air lui-même sembla se contracter autour de lui. Son regard, deux braises intelligentes, se fixa sur la source de la vibration; la relique.


-         HÉ! cria l’elfe, pour capter davantage l’attention de la bête.


Leda n’attendit pas. Elle s’élança. Ses bottes claquaient sur les pavés mouillés, glissant entre les flaques rouges qui reflétaient les flammes du ciel. Les quais étaient déserts, vidés de leurs habitants. Tout autour, les flammes dansaient sur les façades éventrées. Les ombres des navires en flammes projetaient sur les murs des silhouettes de serpents.


Elle récupéra une flèche dans son carquois, la banda et tira en arrière de toutes ses forces. La flèche siffla dans la nuit et se planta dans le flanc de la créature. Pas pour blesser, pour provoquer.


-         Allez, vient par ici, toi.


Elle repartit à courir, longeant les entrepôts déjà vides, se faufilant entre les poutres effondrées, franchissant des passerelles brisées. Chaque mouvement était millimétré. Chaque détour avait été étudié, planifié. Leda menait le monstre là où elle le voulait; vers son piège.


Les rafales d’air la fouettaient à chaque battement d’aile du Dragon-Sire. Ses flammes, rouge sang, n’étaient pas du feu ordinaire : elles ne faisaient pas que consumer, elles corrompaient aussi. Là où elles frappaient, le bois noircissait, les pierres vibraient, et des veines de lyrium rouge s’étendaient comme des racines vivantes.


Leda bondit à travers une fenêtre éventrée, atterrit souplement dans une ruelle encombrée de débris, puis ressortit de l’autre côté d’un escalier effondré.


Le monstre passa au-dessus d’elle, rugissant, son ombre engloutissant toute la rue. Les flammes jaillirent une fois de plus, manquant de peu la jeune femme. La chaleur la frappa de plein fouet, suffocante. Elle leva un bras pour se protéger le visage, sentit la peau picoter.


La relique, sur ses épaules, vibrait violemment maintenant, comme si elle battait à l’unisson avec le cœur du dragon.


-         Allez, suis-moi… viens chercher ta proie, souffla-t-elle entre deux respirations.


Pour Leda, le monde s’étira dans un ralenti parfait. Non pas le temps qui ralentissait, mais son esprit qui s’accélérait. Le souffle du dragon roulait au-dessus d’elle, un rugissement de tonnerre et de métal. Chaque battement d’aile soulevait la poussière en spirale, dessinant des courbes dans l’air. Et elle les voyait. Toutes. Les trajectoires invisibles, les flux d’air, la tension du vent avant qu’il frappe. Un seul regard, et son esprit décomposait la scène : vitesse, angle, masse, inertie. Des chiffres. Des intuitions précises. Des certitudes silencieuses.


Leda pivota, s’accroupit derrière un pan de mur effondré. L’odeur du lyrium rouge saturait l’air : fer et brûlure. La relique sur ses épaules résonnait à chaque rugissement en un écho monstrueux, un dialogue sans mots.


-         Il te sent bien maintenant.


Son regard monta lentement. Le Dragon-Sire balayait le ciel d’un mouvement d’aile, cherchant la source de la vibration. Ses écailles rougeoyantes pulsaient, chacune une veine de feu vif. Des fissures couraient sur son aile droite, exactement là où elle l’avait déduit dans son étude. Un défaut. Une faiblesse. Une probabilité.


Leda banda son arc. L’air vibra. Elle attendit la demi-seconde où le dragon se tournerait; pas avant, pas après. Chaque muscle dans son corps savait déjà quand.


-         Maintenant.


La flèche partit. Elle fendit la chaleur, traçant une ligne parfaite. Leda ne la suivit même pas du regard. Elle savait. Le cri du dragon confirma son calcul. L’aile droite s’affaissa, légèrement. Pas encore suffisant. Mais assez pour créer un déséquilibre. Le monstre tenta de reprendre de l’altitude, mais la poussée asymétrique le fit dériver.


L’elfe courut, sans un mot, glissant à couvert derrière les ruines d’un entrepôt, puis surgit à découvert pour décocher une deuxième flèche, plus haut. L’impact frappa juste sous l’articulation. Le cri de la bête fit vibrer les pavés. Elle sentit l’air changer. La pression, la chaleur, la direction du vent. Son esprit calculait déjà :


-         Il va frapper au sol dans moins de huit secondes, angle de trente degrés, zone dégagée derrière les docks de l’Ouest.


Elle se mit à courir, traversant les décombres. Chaque pas, chaque respiration, faisait partie d’un plan qu’elle déroulait mentalement comme un échiquier mouvant.


Le ciel s’ouvrit dans un hurlement. Une ombre énorme passa au-dessus d’elle, projetant sur les murs les contours brisés de ses ailes. La bête piqua droit vers elle. Leda s’arrêta net. Son cœur accéléra, mais son esprit, lui, resta d’une clarté absolue.


-         Le sol est instable, les planches brûlées, la colonne à droite tiendra à peine deux secondes sous le souffle. Si je bouge maintenant, il frappera trop loin. Si j’attends…


Elle attendit que la gueule s’ouvre, que la chaleur monte, que le feu jaillisse et sauta. La vague écarlate passa sous elle. Elle roula sur le côté, agrippa un madrier encore debout, usa de son élan pour se propulser de nouveau.


Ses doigts décochèrent une troisième flèche avant même que ses pieds touchent le sol. L’impact résonna comme un coup de tonnerre.


Les ailes du dragon se replièrent dans un réflexe d’équilibre. Et il tomba. Pas en chute libre, mais en déviation contrôlée. Assez pour frapper le sol lourdement, brisant les docks sous son poids.


Leda se laissa retomber derrière un tas de gravats, haletante. Son esprit tournait encore à pleine vitesse, calculant déjà la suite. Tout convergeait vers une seule conclusion.


-         Il est au sol. Le vrai combat commence.


Elle se releva lentement, son arc prêt. Le dragon se redressait, furieux, le cou hérissé de veines incandescentes. Chaque mouvement faisait vibrer la relique sur ses épaules, comme si le monstre respirait à travers elle. Il était blessé, furieux et grondant comme une forge enragée.


Leda, elle, ne respirait plus. Elle visualisait déjà le tir suivant, la trajectoire idéale, la colonne d’air à percer. Mais un son, derrière capta son attention. Un cri étouffé. Elle se figea. C’était une présence humaine, là où il n’aurait dû y avoir que ruines et poussière.


Elle pivota, l’arc toujours bandé et vit la silhouette mince d’un adolescent, à moitié caché derrière un pan de mur. Ses yeux écarquillés fixaient le dragon avec une terreur brute. Il ne devait pas avoir plus de quinze ans.


-         Oh fait chier… murmura Leda. Qu’est-ce que tu fais là?!


Le garçon ne répondit pas, figé par la peur. Le dragon rugit. Le souffle arriva. Leda bondit sur le côté. Le feu frôla son épaule, avalant l’air dans une vague brûlante. Elle roula, heurta le sol. Une odeur de cuir brûlé. Elle regarda : sa cape flambait. Un mouvement vif, une torsion du bras, et elle la jeta à terre. Les flammes la dévorèrent aussitôt. La lumière rouge refléta sur sa peau claire, sur les marques fines de son visage. Ses cheveux argentés tombèrent en cascade. Le jeune homme la vit, immobile. Et ses yeux changèrent.


-         Une… elfe? cracha-t-il, incrédule. C’est une blague? Ils envoient une esclave contre ça?!


Leda ne répondit pas. Le dragon rugissait de nouveau. Le temps reprit sa course dans sa tête, fluide, précis. Trop proche. Il va tourner la tête. Prochaine cible : la relique, donc elle.


Elle se redressa, rapide, le souffle court, saisit la relique sur ses épaules. Le poids du lyrium rouge vibrait dans ses mains, une chaleur dangereuse. Elle la lança de toutes ses forces vers un amas de caisses effondrées, à une dizaine de mètres.

La lueur écarlate attira aussitôt l’attention de la bête. Le dragon pivota, suivant l’appel de la relique. Leda en profita pour se précipiter vers le garçon. Il recula d’un pas, tremblant, mais son regard brûlait de dégoût.


-         Touche-moi pas ! cria-t-il, la voix brisée. T’es une elfe! T’as pas le droit de…


-         Tais-toi. Sa voix claqua, nette. Pas un cri. Une commande.


Il se tut, surpris qu’elle lui donne un ordre. Elle le saisit au bras, pas brutalement, mais fermement. Son esprit tournait à pleine vitesse:


-         Le souffle du dragon est dévié vers la droite, il va frapper là où est la relique.


Dans l’esprit de Leda, elle analyse: Dix secondes. Peut-être onze. Sortie potentielle : escalier nord, structure instable mais praticable.


-         Je suis là pour t’aider, souffle-t-elle.


-         Je préfère mourir que suivre une petite fille avec des oreilles de lapin…


Le rugissement coupa sa phrase. Le Dragon les avait entendus. Une pluie de flammes frappa l’endroit où ils se trouvaient une seconde plus tôt. Leda tira l’adolescent a couvert, le plaqua contre un mur. Des éclats de pierre volèrent, sifflant dans l’air. Lui, il tremblait de rage et de peur mêlées.


-         Chut. dit-elle simplement.


Il resta muet. Surpris par le ton de l’elfe. Le feu se calma un instant. Leda glissa un regard par l’ouverture du mur : le dragon fouillait de nouveau les décombres, cherchant la relique. Ses griffes raclaient le sol, son corps illuminé de veines rouges comme du métal en fusion.


-         Bien, pensa-t-elle. Continue de chercher là-bas.


Elle ramena son attention sur le garçon. Il la fixait toujours avec ce mélange d’incrédulité et de haine mal apprise. Puis elle se redressa, tira une flèche de son carquois, la cala contre la corde.


Accroupie derrière un mur effondré, elle n’était plus seule dans l’équation. L’adolescent respirait fort à côté d’elle. Trop fort. Chaque souffle pouvait être entendu à plusieurs mètres.


-         Rythme cardiaque élevé, volume sonore dangereux. Il n’a pas appris à se taire. Il panique, pensa-t-elle.


Son esprit s’ajusta. Les trajectoires mentales se redessinèrent, les probabilités se recomposèrent : désormais, elle devait non seulement abattre la créature, mais aussi protéger ce garçon qui la méprisait. Le contraste entre la froideur de ses pensées et la chaleur du feu environnant était presque ironique.


-         Tu dois bouger quand je te dis de bouger, chuchota-t-elle sans détourner les yeux du ciel.

-         T’es pas ma supérieure, siffla le garçon. T’es une elfe.


Leda soupira.


-         Écoute, insulte-moi comme tu veux, je m’en fiche. Mais là, il y a un dragon-sire enragé et corrompu entre toi et ta sécurité, et je suis ta meilleure chance de survie.


Il ouvrit la bouche, prêt à répliquer, mais son regard se figea.


Leda venait d’appuyer deux doigts sur le sol brûlant, les yeux mi-clos. Elle écoutait. Les vibrations, les résonances de la pierre, les échos du pas colossal du dragon. Le son venait du nord-est. Il tournait encore autour de la relique.


-         Bon. Soixante mètres. Le vent a changé de direction. Si je déplace le point d’intérêt plus loin, il le suivra. Il faut gagner du temps pour sortir le gamin d’ici, marmonna Leda pour elle-même.


Elle se redressa. Son esprit projetait déjà une nouvelle topographie de la zone : les points d’effondrement, les surfaces encore stables, la trajectoire du feu si la créature se retournait. Chaque donnée se liait à une autre, formant un maillage invisible autour d’elle.


-         On va passer par l’arche là-bas, dit-elle en désignant les ruines d’une arcade à moitié effondrée. Ensuite, tu descends vers la jetée… Surtout, tu restes derrière moi et tu ne fais pas de bruit.

-         Pourquoi tu fais ça? demanda-t-il, la voix cassée. Tu pourrais m’laisser crever. Par vengeance, pour ce que les miens font subir aux tiens? Je sais pas.


Leda se tourna vers lui. Ses yeux d’argent étaient calmes, dénués de colère, mais chargés d’une lucidité glaciale.


-         Les miens? Les elfes?


Leda sourit et secoua la tête.


-         Je ne suis pas une esclave et je ne ressens pas de haine envers les humains.


Un rugissement couvrit leurs voix. Des pierres s’effondrèrent non loin. Elle attrapa son arc, se pencha, et observa à travers une ouverture dans le mur : la bête levait la tête, fouillant les airs. La relique l’appelait encore, mais plus faiblement ; il fallait vite la déplacer ou elle risquait de se désintéresser.


-         Il faut une diversion.


Ses yeux glissèrent sur un lampadaire renversé dont le sommet luisait encore d’électricité instable.


-         Si je canalise une flèche autour de ce flux… le dragon pensera qu’il est attaqué. Ça me laissera trente secondes.


Elle sortit une flèche, frotta la pointe contre la pierre pour y imprimer une fine couche de poussière métallique, la chargea de mana, la fit luire un instant d’un éclat rouge.


-         D’accord. Quand je tire, on court.

-         Et si tu rates?

-         Je ne rate pas.


La corde vibra. La flèche fila. L’impact déclencha une gerbe d’étincelles qui se mêla à la fumée rouge. Le dragon rugit de nouveau et tourna la tête, attiré.


-         Maintenant.


Elle tira le garçon par le bras, et ils s’élancèrent à travers les ruines. Le sol tremblait, la chaleur montait, et le ciel tout entier vibrait sous la rage du monstre. Leda, sans jamais regarder en arrière, recomposait chaque pas, chaque virage, chaque seconde : si la bête se retourne, on plonge sous le pont. Si la structure cède, je le pousse dans l’eau. Si je meurs… il aura dix secondes d’avance.


Son plan évoluait à chaque respiration. Et malgré le chaos, malgré les insultes qu’elle avait avalées, elle gardait ce calme impossible, ce détachement presque inhumain. Parce qu’au fond, Leda n’avait jamais craint la mort. Elle craignait seulement de mal calculer. Mais ça n’arrivait jamais.


À mi-chemin, un nuage de poussière retomba du haut d’une grue effondrée. Leda immobilisa le garçon d’un geste sec. Le dragon tourna la tête, lentement, comme s’il percevait quelque chose. Sa mâchoire s’ouvrit à moitié, laissant s’échapper un souffle incandescent chargé de particules rouges. Sa pupille fendillée balaya l’espace… puis passa au-dessus d’eux, sans les fixer. Le garçon expira trop fort. Leda le fusilla du regard.


-         Respire par le nez. Pas par la bouche. Ça fera moins de bruit.


Il voulut protester, son mépris revenait, mais le grognement du dragon l’en empêcha. Ils reprirent leur course, plus bas, plus près du sol.


Ils avaient presque rejoint la première coque renversée lorsqu’un bruit retentit derrière eux : un genre de vibration dans l’air. Un bruit subtil à peine perceptible. Leda se retourna d’un coup, ses sens en alerte, chaque muscle calculant déjà une trajectoire, une échappatoire. Elle n’eut même pas le temps de jurer.


L’air se torsada dans un éclair rouge. Puis un deuxième. Et un troisième. Quatre téléportations simultanées. Ça n’arrivait jamais par hasard.


-         Oh, merde, jura Leda.


Les silhouettes massives prirent forme presque instantanément: des robes noir et rouge et leurs visages voilée d’un masque. Des Venatori. Leurs paumes ruisselaient encore du sacrifice qui avait alimenté le sort. Chacun d’eux tourna lentement la tête vers le dragon au sol.


-         Il devrait être en vol, gronda l’un d’eux.

-         Quelqu’un l’a cloué ici, répondit un autre, ses yeux parcourant les environs. Trouvez qui.


Le cœur de Leda fit un bond sec. Pas de peur, mais pour recalculer. Quatre Venatori plus un dragon corrompu plus un adolescent inutilement bruyant égal une probabilité de survie de 12%. Elle corrigea en intégrant le terrain, les débris, leur position actuelle. Nouvelle estimation : 19%. C’était insuffisant. Il fallait qu’elle l’augmente.


-         Tu ne bouges pas, tu ne fais aucun bruit, chuchota-t-elle.


Le garçon ouvrit la bouche pour râler, réflexe pavlovien, apparemment, mais Leda avait déjà glissé une main dans son col.

Un mouvement, fluide, silencieux, comme si son corps anticipait trois secondes dans le futur: elle pivota, fit basculer le garçon contre elle et les projeta tous deux derrière une caisse renversée, masquant leur chute dans le fracas des décombres encore instables. Le bois heurta leurs côtes. La poussière vola. Le garçon étouffa un cri, que Leda écrasa du plat de sa main sur sa bouche.


De l’autre côté de la caisse, les Venatori balayaient la zone de leurs yeux injectés de rouge, méfiants, irrités, prêts à tuer le premier mouvement suspect. Le dragon, lui, releva lentement la tête… comme s’il sentait quelque chose de vivant à proximité.


Leda plaqua le garçon plus bas, son propre souffle réduit à un fil. La traversée venait de devenir impossible. Et les probabilités continuaient de chuter. L’elfe maintenait toujours sa main sur la bouche du garçon.


-         Plus un son, ordonna Leda.


Les quatre Venatori s’étaient déployés comme une unité entraînée : l’un inspectait les traces au sol, un autre scrutait l’horizon avec un sort de détection prêt à jaillir, le troisième examinait le dragon… et le quatrième se tenait à distance, en couverture.


Tuer quatre mages du sang sans bruit était déjà un défi. Le faire sous le nez d’un dragon corrompu qui réagissait à la chaleur, aux vibrations et aux effluves de sang… Statistiquement suicidaire.


Leda inspira par le nez. Calma son rythme cardiaque jusqu’à ce qu’il soit compatible avec une ombre. Puis elle compta silencieusement:


-         Un… Deux… Trois…


Quand le mage en couverture pivota légèrement, offrant la ligne d’ombre entre deux caisses, Leda se glissa hors de sa cachette, rapide et silencieuse. Une dague courte apparut dans sa main comme un reflet de lune. Un pas, puis un deuxième. Le mage n’eut pas le temps de sentir l’air changer. La jeune femme plaqua sa main sur sa bouche et trancha net la gorge, juste sous la mâchoire: une coupe propre, qui évitait les gerbes chaotiques et ne laissait qu’un souffle mouillé. Elle retint le corps avant qu’il ne tombe.


L’ados leva les yeux, paniqué, mais l’elfe était déjà repartie vers celui qui scrutait le sol. Le mage s’était accroupit pour examiner une empreinte. Parfait. Leda surgit derrière lui, bloqua son menton d’une main, et de l’autre enfonça sa lame dans le point exact entre deux vertèbres. Un angle précis, pour toucher la moelle sans provoquer de cri. L’homme s’effondra comme si on avait coupé les ficelles d’une marionnette.


Le dragon grogna faiblement. Leda gela. Elle ne respirait plus du tout. Quand le monstre replongea son museau au sol, elle reprit.

Le mage chargé du sort de détection commença à tracer un cercle lumineux dans l’air. C’était mauvais. Très mauvais.


L’elfe ramassa rapidement un morceau de métal tombé d’une coque, assez léger pour ne pas attirer l’attention du dragon mais assez dense pour dévier la concentration du mage. Elle le lança, calculant la trajectoire comme un problème mental: l’objet heurta une poutre, rebondit et tomba juste derrière le mage. Il se retourna, agacé. C’était suffisant.


Leda surgit, attrapa son poignet, brisa la séquence du sort, puis lui enfonça le couteau sous la clavicule, direction le cœur. Il suffoqua sans un son.


Le dernier, celui qui examinait le dragon, était trop proche du museau incandescent pour permettre une approche silencieuse. S’il tombait, son corps ferait du bruit. S’il levait les yeux, Leda et le garçon étaient morts.


Elle sortit une flèche courte, conçue pour le tir rapproché silencieuse, précise, quasiment sans sifflement. Elle visa la zone juste derrière l’oreille, où le masque du Venatori s’interrompait. Respiration stable. Bras immobile. Aucune vibration. Elle tira. La petite flèche fila sans bruit. Elle pénétra juste sous la tempe. Le Cultiste s’effondra en avant, comme s’il s’était simplement assoupi à genoux. Le dragon ne réagit même pas.


Depuis sa cachette, le jeune garçon obéissait aux directives de Leda. Il se taisait, et pendant qu’il le faisait il se disait qu’il n’aurait jamais dû se retrouver là. Il aurait dû écouter sa mère et ne pas sortir de la maison. C’était la seule pensée claire qui tournait dans sa tête.


-         Je suis désolée maman, je suis désolée, pensa-t-il.


Le dos contre le bois froid, les bras serrés autour de ses genoux comme si ça pouvait l’empêcher de trembler. Il jetait des coups d’œil par-dessus le bord, juste assez pour voir l’elfe bouger.


Et… elle ne bougeait pas comme une elfe. Ou du moins, pas comme on lui avait toujours dit que les elfes bougeaient. Son père disait qu’ils étaient souples mais lâches, rapides mais pas fiables, faits pour servir et se taire. Les maîtres disaient qu’ils avaient les réflexes d’animaux, rien de plus.


Mais ce qu’il voyait… ce n’était ni animal, ni servile. C’était maitrisé. Professionnel. Leda glissait dans l’ombre comme si elle était faite de la même matière que l’air. Elle disparaissait, littéralement, puis réapparaissait derrière un Venatori sans même faire vibrer une pierre du sol. Ce n’était pas normal. Personne ne faisait ça. Personne. Sauf elle.


Son cœur battait dans sa gorge, mais pas seulement de peur. De… fascination? Il se força à secouer la tête et pensa :


-         Non. C’est une elfe. Et les elfes sont… ils sont…


Les mots appris, répétés, imposés ne voulaient pas se mettre en ordre. Ils sonnaient creux, idiots. Parce que l’elfe, là, devant lui, était en train d’abattre des mages du sang comme si elle avait passé sa vie à étudier la mort elle-même. Et elle le faisait pour lui. Elle aurait pu l’abandonner. Mais non.


-         Elle est trop cool.


Leda revint vers le garçon d’un pas fluide mais rapide, sans bruit, sans secousse, comme si le sol lui obéissait. Il avait encore l’air un peu pétrifié, les yeux fixés sur les cadavres des Venatori qu’elle venait d’abattre presque sans qu’il comprenne comment.


-         Debout, murmura-t-elle.


Il obéit, cette fois sans discuter. Un grondement sourd vibra dans l’air. Plus profond que précédemment, chargé d’une colère brute. Le dragon redressa son cou, les veines rouges sous ses écailles pulsant comme des feux ardents. Il renifla bruyamment, fouettant le sol de son souffle brûlant. Il comprenait. Il avait été dupé. Et la frustration de la bête corrompue commençait à se transformer en agressivité.


Les probabilités de survie montèrent à 41%. Puis chutèrent aussitôt à 27% lorsque le museau du monstre frappa le sol dans un spasme de rage.


Leda jeta un regard rapide vers la relique en lyrium rouge qu’elle avait utilisée comme appât. Elle scintillait faiblement entre deux poutres effondrées, trop près du dragon pour être récupérée.


-         Pas encore, pensa-t-elle. Je dois d’abord le mettre à l’abri.


Elle attrapa le garçon par l’avant-bras et le força à se baisser.


-         On n’a plus le choix, il va falloir que tu coures jusqu’à l’arche, le plus vite possible.


-         Mais tu… tu vas faire quoi? demanda-t-il, la gorge serrée malgré lui.


Elle ne prit même pas la peine de le regarder.


-         M’occuper du dragon.


Il déglutit, un bruit sec qui contrastait affreusement avec l’immense grognement que le monstre poussa à ce moment précis. Les vibrations montèrent dans le sol, secouant les caisses et faisant rouler un débris métallique. Le dragon tourna brusquement la tête dans leur direction.


Leda posa une main ferme dans son dos.


-         À trois, tu cours. Et tu ne te retournes pas.


Le dragon poussa un hurlement déchirant, les veines rouges vibrant comme des cordes prêtes à rompre.


-         Un… murmura Leda.


Ses yeux calculant déjà dix trajectoires de fuite possibles.


-         Deux…


Le dragon abaissa son cou, prêt à charger. Elle prit une inspiration. Juste assez pour vivre deux secondes de plus.


-         TROIS.


Le garçon bondit vers l’arche, ses pas claquant contre les pavés avec la panique brute de quelqu’un qui veut vivre. Leda, elle, partit dans la direction opposée, tranchant l’espace en une diagonale nette, son corps bas, rapide, parfaitement contrôlé.


Le dragon réagit trop tard. Il perdit une seconde, une seule, à hésiter entre les deux silhouettes qui se séparaient comme deux éclats d’une même explosion.


Et Leda transforma cette seconde en opportunité. Elle pivota, fit glisser une flèche entre ses doigts, arma son arc en un geste aussi naturel que respirer… Le vent changea, elle le sentit, et corrigea instantanément l’angle. Le dragon ouvrit grand sa gueule, prêt à déverser un torrent brûlant.


Elle tira. La flèche partit comme une étincelle blanche. Elle traversa l’air sans une vibration. Puis elle entra plein dans l’œil gauche du dragon, dans un craquement humide sinistre.


La bête hurla, un cri qui secoua les coques de navires renversées, qui fit vibrer les cordages et retomber des éclats de bois depuis les grues détruites. Son énorme tête se secoua, frappant le sol, arrachée entre la douleur et la rage. Il avait maintenant un ennemi clair. Et ce n’était pas le garçon.


Leda n’attendit pas de voir l’impact total de sa flèche. Elle courut encore, changea d’angle, glissa derrière un pilier de pierre brisée. Elle jeta un coup d’œil bref vers l’arche. Le garçon venait de la franchir, juste au moment où le dragon, aveuglé d’un côté, tourna enfin son cou vers elle. Une dernière silhouette, minuscule, disparut dans l’ombre de l’arche, avalée par le passage vers les catacombes. Il était en sécurité. Enfin. Elle expira.


Et dans ce souffle, quelque chose se verrouilla en elle, un calme froid, mathématique. Le genre de calme qui ne vient qu’une fois toutes les variables ajustées, tous les risques isolés.


Elle essuya ses doigts sur sa cuisse, fit rouler une nouvelle flèche, et se redressa lentement, comme une ombre qui prend forme.


-         Très bien, murmura-t-elle pour elle-même. Il ne reste plus que toi et moi.


Le dragon abaissa son immense carcasse, une pluie de poussière rouge tombant de ses écailles. Il souffla, un jet brûlant chargé de particules lyrium-corrompues. Leda plaça ses pieds, ajusta son centre de gravité, et sentit l’arc se tendre dans sa main. Elle pouvait enfin l’abattre.


Il fit exactement ce qu’elle attendait : il chargea. Son corps massif laboura les pavés dans un fracas de pierres écrasées. Leda sprinta vers une colonne brisée et glissa derrière juste au moment où la bête fracassa la structure dans une explosion de poussière. Le choc la projeta au sol. Elle roula, se remit debout en une seule impulsion.


Un souffle incandescent jaillit. La jeune femme plongea derrière une coque de navire fendue, le bois noircissant aussitôt sous la chaleur. Elle n’avait pas beaucoup de temps. Elle avait une ouverture. Une seule.


Elle arma une flèche plus lourde, pointe renforcée, adaptée aux créatures draconiques. Elle la mordit légèrement entre les dents, l’humidifiant pour réduire les vibrations. Puis respira.


Le dragon tira la coque d’un coup de patte, révélant l’elfe. La bête inspira profondément, son poitrail s’illuminant de rouge, prêt à libérer une autre vague de flammes corruptrices. Elle ne recula pas. Elle lança son arc vers le haut, utilisa une languette de métal brisé comme plateforme, et se projeta d’un bond sur le côté juste assez pour que le souffle passe à un cheveu d’elle, brulant une mèche de ses cheveux argentés.


Les pavés vibraient, le sol se fissurait, mais elle courait, non pas pour fuir, mais pour atteindre le point aveugle du dragon : son flanc gauche, celui dont l’œil était détruit. Elle arma en pleine course.


-         Bouge, marmonna-t-elle à elle-même.


Elle grimpa sur un treuil renversé, monta en hauteur, le dragon essayant de tourner sa lourde carcasse dans sa direction. Trop lent. Trop blessé. Trop en colère. Leda tendit la corde. Le monde se rétrécit à une ligne, une seule: Veine de lyrium rouge exposée entre deux plaques d’écailles. À la base du cou. Un point vital.


Le dragon ouvrit la gueule, prêt à hurler. Elle tira. La flèche s’enfonça profondément, traversant la veine en une explosion interne rougeoyante. Le dragon convulsa, un cri qui déchira l’air en vibrations presque liquides. Il trébucha. Ses ailes frappèrent le sol dans un battement désespéré. La corruption se propagea à l’intérieur, incontrôlable, comme un brasier que la flèche avait libéré au lieu de contenir.


Leda ne bougea pas. Elle savait. Le dragon s’effondra sur le flanc, son souffle devenant erratique. Les veines rouges cessèrent peu à peu de pulser. Elle descendit du treuil, lente, silencieuse, approche calculée. Elle tira une dernière flèche et se plaça à portée du crâne.


-         Repose-toi, souffla-t-elle.


La flèche finale traversa le cerveau, propre, précise. Le dragon devint immobile. Probabilité de survie : 100%. Leda baissa enfin son arc. Sa respiration n’était même pas accélérée. Mais à peine eut-elle le temps de baisser les armes, qu’elle entendit un homme claper dans ses mains derrière elle. Un frisson parcourra le corps de la jeune femme. Ces claquements n’étaient pas destinés à des remerciements.

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