Tevinter Slave

Chapitre 25 : Libération

3851 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 05/04/2026 15:37

Le quatorzième jour fini par arriver. Leda avait compté chaque seconde. Et elle avait survécu. Pour le moment. Son corps était une plaie ouverte, ses os malmenés, ses organes au bord de la rupture. Elle respirait encore, faiblement, mais elle respirait.


Le sceau runique s’illumina dans un grondement grave. La porte de la cellule d’isolement s’ouvrit dans un fracas de gonds pour la deuxième fois depuis les deux dernières semaines. La lumière et le son envahirent les sens de Leda. Agressant. Désagréable.


Bataris entra le premier, entouré de deux gardes. Sa silhouette imposante découpait la lumière du couloir. Il avait ce sourire satisfait de l’homme qui revenait savourer une victoire certaine.


-         Ah… quatorze jours. Tu dois n’être plus qu’une coquille vide, maintenant.


Ses bottes claquèrent sur la pierre tandis qu’il s’avançait. Le Magister portait une robe de mage noir brodé d’or qui ne laissait aucun doute sur sa supériorité dans la hiérarchie Tevintide. Il leva une main, et la lumière des torches s’intensifia, chassant chaque ombre pour mieux exposer le spectacle qu’il espérait. Et là, il la vit.


Leda était assise contre le mur, le corps amaigri dans sa tunique autrefois blanche, la peau craquelée, les lèvres fendues en croûtes sombres. Ses mains pendaient mollement sur ses genoux repliés, sa respiration était courte, sifflante, presque inaudible. Chaque mouvement semblait coûter une force titanesque qu’elle n’avait plus. Une elfe au bord de l’effondrement, exactement comme il l’avait prévu.


Sauf ses yeux. Quand il s’accroupit devant elle pour l’admirer, il les vit. Ces yeux argentés. Ils brillaient encore. Pas d’hallucination, pas de délire, pas ce voile de folie qu’il connaissait si bien chez ses victimes après deux semaines. Non. Ils étaient clairs. Lucides. Présents.


Bataris se figea, un instant seulement, avant que son sourire ne s’élargisse. Il se mit à rire doucement, un rire bas, satisfait, presque admiratif.


-         Incroyable… murmura-t-il. Ton corps est une loque… mais ton esprit… oh, ton esprit est toujours là. Tu sens tout, n’est-ce pas? Chaque nerf, chaque douleur, seconde après seconde.


Il se pencha plus près, si près que son souffle chaud caressa son visage meurtri.


-         Tu n’es pas normal… Mais cela me réjouis. Je préfère jouer avec des esprits conscients.


Il se redressa, les bras croisés dans le dos, et observa encore ses yeux, comme un collectionneur contemple un bijou rare. Ce n’était pas ce qu’il avait prévu, mais c’était mieux. Beaucoup mieux. Il fit claquer sa langue.


-         Le spectacle est trop beau pour le laisser caché dans l’ombre. Amenez-la dans la salle.


Les deux gardes obéirent sans un mot. Ils s’approchèrent et saisirent Leda par les bras.


Son corps se laissa basculer, faible, presque inerte. Ses jambes, quand elles touchèrent le sol, plièrent aussitôt, incapables de la soutenir. Les gardes n’en eurent cure : ils la traînèrent, ses bottes raclant les pavés, chaque soubresaut envoyant une onde de douleur dans ses côtes brisées.


-         Ugh! Gémissait Leda, alors que tout son corps endoloris l’élança de douleur.


Mais elle ne protesta pas. Elle n’en avait plus la force. Les couloirs défilaient dans une procession monotone : pierres froides, torches vacillantes, portes closes derrière lesquelles régnait le silence.


À chaque tournant, les échos de leurs pas s’élargissaient, emplissant l’espace d’un martèlement sourd. Les runes gravées sur les murs pulsaient faiblement, comme pour rappeler à chaque prisonnier qu’aucune magie, aucune évasion n’était possible ici.


Bataris suivait derrière, mains croisées dans le dos, un sourire satisfait accroché aux lèvres. Il savourait chaque instant, comme un met précieux qu’il s’apprêtait à déguster.


-         Regardez-la, lança-t-il aux gardes. Incapable de tenir debout… mais ses yeux, ah… C’est ça, le vrai trésor, les gars. Pas la chair. L’esprit.


Les gardes se contentèrent de tirer la prisonnière en silence. Mais leurs sourires montraient bien qu’ils prenaient plaisir des moqueries de leurs patron.


Leda, elle, heurtait parfois le sol du genou ou de la hanche, mais ils ne ralentissaient pas. Elle restait silencieuse, elle encaissait, chaque impact ajoutant une note de plus au chant de sa douleur.


Enfin, ils arrivèrent devant une large porte de bois sombre, cerclée de fer. L’un des gardes la poussa, et l’odeur familière du métal chauffé et du sang séché s’échappa à nouveau. La salle d’interrogatoire.


Les chaînes attendaient déjà, pendaient du plafond comme des serpents endormis. Les instruments, soigneusement disposés, brillaient sous la lumière vacillante des torches. Tout était prêt. Bataris entra le dernier, ses bottes résonnant avec lenteur.


-         Installez-la, dit-il d’une voix presque douce.


Et les gardes traînèrent Leda jusqu’à la chaise de fer, où sa souffrance allait reprendre. Ses bras avaient été forcés contre les accoudoirs, ses chevilles verrouillées dans les anneaux.


Bataris s’approcha lentement, les mains croisées dans le dos, observant en silence. Puis, soudain, il éclata d’un petit rire sec.


-         C’est… fascinant.


Il fit quelques pas autour d’elle, comme un savant qui étudie un spécimen rare.


-         Deux semaines d’isolement total. Pas de lumière, pas de son. Et pourtant… pas une hallucination. Pas une once de délire. Tu devrais être brisée, égarée, perdue dans tes propres visions. Mais non.


Il s’arrêta face à elle, se pencha pour capter son regard de près.


-         Ton corps est détruit. Mais ton esprit? Oh… ton esprit est plus clair que jamais. Pourquoi?


Il se redressa, tourna sur lui-même avec une gestuelle théâtrale.


-         Un phénomène inexplicable. Une anomalie au milieu des anomalies.


Son ton se fit presque enthousiaste :


-         Tu n’es plus seulement une elfe. Tu es devenue… une étude. Une énigme à résoudre.


Il claqua des doigts. Un garde posa sur la table un verre d’eau. Leda le vit, ses yeux luisant faiblement de désir instinctif, mais elle ne bougea pas, ne dit rien.


Bataris saisit le verre et le fit tourner entre ses doigts, le cristal reflétant la lumière des torches. Le liquide y dansait, limpide, transparent.


-         Regarde.


Il leva le verre devant ses yeux, le basculant légèrement pour que l’eau s’approche du bord, sans jamais déborder.


-         Ton corps le réclame. Chaque cellule en toi hurle pour une goutte. Mais ton esprit… lui, reste silencieux. Lucide. Je pourrais le poser à portée de tes lèvres… et tu ne supplierais pas.


Il approcha le verre, si près qu’elle put sentir la fraîcheur du liquide à travers le cristal. Puis il le retira aussitôt, un sourire cruel sur les lèvres.


-         Tu ne supplieras jamais, n’est-ce pas ?


Il posa le verre devant elle, juste assez loin pour qu’elle ne puisse pas l’atteindre, même si elle avait eu la force.


Puis la porte s’ouvrit dans un grondement métallique. Magister Charon Mercar entra. Droit. Impeccable dans sa robe bleu marine. Mains jointes dans le dos, visage fermé, rien dans son attitude ne trahissait le moindre lien avec l’elfe sanglée à la chaise.


Son regard passa brièvement sur elle, puis se fixa sur Bataris. Sa voix résonna, calme, grave, mesurée :


-         Magister Bataris. Le Conseil attend toujours votre rapport sur l’attaque Venatori. Cela fait déjà deux semaines. Il ne s’agit pas d’un sujet qu’on peut repousser davantage.


Bataris se redressa, agacé par l’interruption.


-         Toujours les formalités… dit-il, un brin déçu.


Son regard glissa vers Leda, puis revint à Charon.


-         Vous savez combien j’aime… prendre mon temps avec ces créatures…


Les yeux de Bataris était dur. Calculateur.


-         Mais… Je trouve cela curieux que ce soit vous qui venez m’avertir.


Charon resta impassible.


-         Le Conseil a jugé que le rapport était prioritaire. Et que l’interrogatoire pouvait être poursuivi par d’autres mains.


Bataris fronça les sourcils. Pas convaincue.


-         Par vos mains, Magister Mercar? Ce n’est pas votre domaine d’expertise pourtant.


Mercar ne bougea pas. Implacable. Comme s’il n’avait pas prévu de trahir l’Empire une seconde fois pour aider une elfe.


-         La curiosité… mon cher collègue, répondit Charon.


Le rire du bourreau éclata dans la petite pièce comme un tonnerre.


-         Bien sûr. Cette chose est étrange, n’est-il pas?


Un silence pesant suivit, entre les deux Magisters. Charon ne répondit pas. Puis Bataris éclata d’un rire bref, secouant la tête.


-         Très bien, très bien. Le devoir avant le plaisir. C’est ça, être un homme important.


Il s’approcha de Leda, pencha son visage tout près du sien, un sourire mauvais accroché aux lèvres.


-         Ne vous inquiétez pas, ma chère. Je reviendrai m’amuser avec vous prochainement.


Puis il se détourna, sa robe claquant derrière lui, et quitta la salle avec ses gardes. Ne restait plus que Charon, immobile, ses yeux posés sur sa fille sans expression apparente.


Charon ne bougea pas immédiatement. Il attendit, droit, immobile, écoutant le bruit des pas s’éloigner dans les couloirs du Magisterium. Puis, quand il fut certain qu’ils étaient seuls, il leva une main et verrouilla la porte par un discret sceau de magie.


Alors seulement, il se permit de respirer. Il avança vers la chaise où Leda était enchaînée. Sa démarche était moins martiale, moins mécanique que d’ordinaire.


Et quand il se pencha enfin, ses yeux d’habitude si froids se fissurèrent. Ce qu’il vit lui arracha une douleur muette. Il n’avait jamais voulu la voir ainsi. Jamais. Ses lèvres tremblèrent malgré lui.


-         Par le sang de Dumat… souffla-t-il, presque pour lui-même.


Puis, se penchant davantage, il murmura d’une voix brisée, qu’il n’aurait jamais laissée sortir devant quiconque :


-         Je suis désolé, ma fille… tellement désolé…


Il posa une main hésitante sur son épaule, caressant du pouce sa clavicule osseuse, comme pour s’assurer qu’elle était encore bien là, bien vivante.


Et de son autre main, il saisit le verre d’eau que Bataris avait laissé sur la table et il le porta délicatement aux lèvres de Leda.


-         Doucement… bois…


Il inclina le verre avec précaution, soutenant sa nuque de sa main tremblante.


L’eau coula dans sa bouche sèche, et même s’il savait qu’une gorge desséchée pouvait difficilement tout avaler d’un coup, il voulait qu’elle en ait le plus possible.


Une goutte glissa sur son menton, et il l’essuya aussitôt, presque comme lorsqu’elle était enfant.


-         Je t’en prie… pardonne-moi… répéta-t-il, encore et encore, comme une litanie, la voix étranglée par la culpabilité.


Mais malgré tout, il ne pouvait pas la détacher. Il ne pouvait pas la sauver. Pas ici. Pas maintenant. Alors il resta là, penché sur elle, prisonnier de son rôle de Magister et de son rôle de père, incapable de concilier les deux.

Charon resta penché sur elle, cherchant son souffle, son visage, puis ses yeux. Ces yeux argentés, étranges, impossibles à ignorer… mais encore brillants malgré quatorze jours de torture et d’isolement.


Il déglutit, sa voix brisée par une émotion qu’il réprimait d’ordinaire mieux que quiconque.


-         Tu es encore là?


Il la voyait dans ce regard, dans cette lueur que même la douleur n’avait pas éteinte. Pourtant, il avait besoin de l’entendre, de le voir confirmé.


Leda bougea faiblement la tête. Un simple hochement, raide, douloureux, mais suffisant.


Un souffle rauque s’échappa de Charon, un mélange de soulagement et d’étonnement.


-         Venhedis… tu tiens toujours.


Il resta un instant figé, partagé entre la fierté et l’inquiétude. Ce phénomène dépassait l’entendement : personne n’aurait pu garder un tel éclat de conscience après ce qu’elle avait enduré. Mais il n’avait pas le temps de s’interroger.

Il fouilla rapidement dans son manteau, et en sortit un petit morceau de pain, enveloppé dans un linge. Le geste était maladroit, presque clandestin, comme s’il commettait un crime en nourrissant sa propre fille.


Il brisa le morceau en fragments minuscules et les porta à ses lèvres, les déposant un par un, veillant à ce qu’elle puisse avaler sans s’étouffer.


-         Mange, doucement. Tu en a besoin.


Puis, posant une main ferme mais tendre sur son épaule, il murmura quelques paroles de magie. Sa paume s’illumina d’une faible lueur dorée.


La chaleur se diffusa dans le corps de Leda, douce, enveloppante, effaçant pour quelques instants les pics de douleur les plus violents. Ses côtes cessèrent de crier, sa main brisée s’apaisa en pulsations plus lointaines, et ses lèvres gercées retrouvèrent un souffle d’humidité.


Charon la regarda, incapable de masquer cette fois son visage de père. Ses yeux gris vibraient d’une tristesse lourde, d’une colère contenue. Puis, baissant légèrement la voix, il rompit enfin son silence de père.


-         Écoute-moi bien, mon enfant. Je ne peux pas t’arracher d’ici. Je ne peux pas t’emmener sans risquer de condamner ta mère, ton frère… et toi avec nous.


Son ton se fit plus bas encore, presque un souffle.


-         Mais tu vas sortir d’ici, tu m’entends?


Leda, ses lèvres fendues, entrouvrit la bouche. Sa voix n’était plus qu’un souffle rauque, mais un mot franchit ses lèvres :


-         Oui.


Un soulagement secoua Charon, mais aussi une peur sourde. Elle était trop faible, trop meurtrie. Pourtant, il savait qu’elle ne mentait jamais, si elle disait oui, c’est qu’elle le ferait.


Il fit semblant de réajuster sa manche, puis, d’un geste d’une subtilité extrême, glissa une petite épingle entre les liens de tissu, à la lisière de la manche de Leda. Assez discrète pour passer inaperçue, assez solide pour briser une serrure rudimentaire.


-         Tu te souviens de mes leçons sur les serrures? demanda-t-il d’un ton feintement neutre, comme s’il posait une question banale.


Les yeux de Leda s’illuminèrent faiblement. Un hochement de tête, à peine perceptible. Évidemment qu’elle s’en souvenait. Elle n’oubliait jamais rien.


Charon poursuivit, toujours bas, chaque mot pesé comme une pierre :


-         Le plan du Magisterium. Les horaires. Les passages secrets. Les catacombes.


Un nouveau hochement. Plus ferme. Ses yeux brillaient d’une étincelle froide : oui, elle se souvenait. Chaque couloir, chaque escalier, chaque détour.


Alors il se permit enfin d’énoncer ce qu’elle attendait.


-         À minuit, au changement de garde. Tu auras cinq minutes. Pas une de plus. Tu forceras la serrure avec l’épingle, tu sais ou appuyer.


L’elfe hocha la tête de nouveau alors que son père continuait :


-         Tu traverseras les couloirs, comme je te l’ai appris. Tu descendras jusqu’aux catacombes sous le bâtiment. Neve sera là.


Il se pencha si près qu’elle sentit presque ses lèvres effleurer son front lorsqu’il murmura :


-         C’est ta seule chance. Tu n’as que toi, comme toujours. Est-ce que tu pourras?


Les lèvres de Leda tremblèrent, puis un souffle rauque, fragile, mais ferme, sortit d’entre elles :


-         Oui.


Un instant, Charon ferma les yeux. Ce n’était pas le “oui” d’une fille à son père. C’était le “oui” d’un soldat qui accepte une mission. Et lui, en tant que père, savait que c’était tout ce qu’il pouvait espérer d’elle.


Il redressa la tête, reprenant déjà l’air impassible du Magister. Mais dans son regard, avant de se détourner, une dernière fissure apparut : l’éclat d’un homme qui n’aurait jamais voulu voir sa propre fille réduite à ça, et qui pourtant lui confiait sa survie.


Puis il recula, reprit le verre vide sur la table, remit ses mains derrière le dos, et attendit que son masque se referme complètement avant de rompre le sceau sur la porte.


Charon effaça toute émotion de son visage. Son regard se durcit, son dos se redressa. Il effaça d’un souffle le sceau discret qui verrouillait la porte, et la fit pivoter d’un geste sec. Deux gardes attendaient derrière. Sa voix résonna alors, claire, autoritaire, tranchante :


-         Remettez l’elfe en isolement. Sept jours supplémentaires. Je veux la voir ramper comme l’animal qu’elle est.


Les gardes hochèrent la tête sans discuter. Ils s’avancèrent et saisirent Leda par les bras.


-         Allez. Qu’elle retourne dans son trou.


Et les gardes l’entraînèrent hors de la salle, Charon, impassible, les suivit du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans le couloir, et seulement alors il tourna les talons, l’air parfaitement détaché.


Personne, en voyant la scène, n’aurait pu soupçonner que derrière ses yeux sévères, c’était un père qui venait de condamner sa fille à sept jours de plus d’isolement… pour mieux lui offrir une chance de s’évader.


Depuis sa cellule d’isolement, Leda avait compté chaque respiration, chaque battement de cœur, chaque instant étiré dans l’obscurité. Elle savait exactement quand minuit arriva.


Le silence était toujours total, la noirceur absolue. Mais elle n’avait pas besoin de ses yeux, ni de ses oreilles. Son corps savait. La mémoire de ses muscles, de ses gestes, de l’espace, guidait chacun de ses mouvements. Elle se souvenait de chaque pierre de sa cellule, de la distance exacte entre le mur et la porte, comme si elle voyait dans son esprit les plans gravés à l’encre indélébile.


Le premier défi fut de se lever. Ses jambes tremblaient, molles, ses côtes protestèrent dans un élancement brûlant dès qu’elle redressa son torse. Elle étouffa un gémissement. Son corps voulait retomber, mais elle s’y refusa. Pas maintenant. Pas ici. Elle se releva, lentement, chaque pas ancré dans la mémoire musculaire, jusqu’à la porte.


Le second défi : la serrure. Elle glissa sa main droite dans sa manche et trouva l’épingle que Charon avait laissée. Ses doigts tremblaient, maladroits de fatigue, mais précis. Elle introduisit l’épingle dans la serrure. Normalement, elle aurait utilisé ses deux mains pour exercer pression. Mais sa main gauche, brisée, était inutilisable. Alors elle dut tout faire d’une seule.


Chaque mouvement envoyait une douleur dans son poignet. Elle sentait les mécanismes sous l’acier, imaginait leur structure, les dents, les goupilles. Elle connaissait ce verrou par cœur : son père lui avait appris à les forcer, et sa mémoire ne l’avait jamais trahie.


Elle inspira, tourna l’aiguille dans la petite ouverture… clac. Le verrou céda. Il était minuit tapant, elle le savait. La porte s’ouvrit en silence.


Le troisième défi fut de traverser le donjon sans bruit et rapidement. Leda se glissa dans le couloir, elle savait où aller. Son esprit traça le chemin comme une carte dépliée devant elle. Escalier à gauche, deux couloirs, une grille au sol.


Chaque pas était une lutte. Ses jambes faiblissaient, ses côtes l’empêchaient de respirer pleinement. Un autre détail venait compliquer ses déplacements : les chaînes autour de ses poignets. Le moindre bruit pourrait alerter un garde suffisamment proche pour l’entendre.


Alors elle les tenait serré entre ses mains malgré la douleur dans sa main gauche. Mais elle avança, droite malgré la douleur, comme une ombre fragile. Elle atteignit la grille, s’agenouilla avec difficulté, et glissa ses doigts sous le rebord. La trappe vers les catacombes. La liberté était enfin devant elle.

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