Dragon Ball - Next Journey

Chapitre 24 : L'aiguille et l'équation

4815 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 20/02/2026 19:55

Les graviers crissèrent sous des pas pressés. Capsule Corp, façade claire et vitres trop propres pour être honnêtes, semblait dormir en plein jour. Pourtant, à l’intérieur, tout tournait déjà.

 

Krilin leva le menton vers les étages, comme s’il allait y lire une réponse collée sur une fenêtre.

 

Runya resta à côté de lui, droite, silencieuse. Depuis le repas, depuis sa phrase jetée comme un serment, elle s’était refermée. Pas froide. Juste tenue.

 

Krilin inspira.

 

— Bon. On y est. Bulma va trouver un truc. Elle trouve toujours un truc.

 

Runya hocha la tête, sans ajouter un mot.

 

Les portes automatiques s’ouvrirent avec un souffle poli. Un courant d’air frais les enveloppa, odeur de métal, d’écrans chauffés et de parfum trop cher. Krilin eut à peine le temps d’avancer qu’un bip retentit.

 

Un robot les attendait au milieu du hall.

 

Silhouette fine, articulations silencieuses, visage-écran affichant un sourire parfait. Sur sa poitrine, une plaque indiquait: « ROBOT GUIDE ». En dessous, un numéro, comme si on craignait qu’il se prenne pour quelqu’un.

 

— Bonjour, Monsieur Krilin. Bonjour, invitée non référencée. Veuillez me suivre.

 

Krilin resta un instant bête.

 

— Tu me reconnais ?

— Votre nom est enregistré dans la base « amis qui entrent sans frapper », répondit le robot. Bulma Brief vous attend au laboratoire. Merci de ne pas toucher aux prototypes.

 

Runya fixa la machine comme on fixe une arme qui parle.

 

— Il est… très direct.

— C’est Capsule Corp, souffla Krilin. Ici, même les robots ont de l’arrogance.

 

Le robot pivota et se mit en route. Il ne marchait pas: il glissait, comme si le sol l’aimait particulièrement. Les couloirs défilaient: portes scellées, panneaux lumineux, vitrines où reposaient des gadgets bizarres et des pièces de moteurs.

 

Devant une porte blanche sans poignée, il s’arrêta et annonça d’un ton cérémonieux:

 

— Laboratoire. Rappel: en cas d’angoisse, veuillez respirer. En cas de panique, veuillez ne pas courir. Protocole « invité paniqué » activable sur demande.

 

Krilin ouvrit la bouche pour en savoir davantage, mais la porte s’ouvrit déjà.

 

L’air changea. Plus froid. Plus sec. Odeur de désinfectant et de machines chauffées.

 

Bulma les attendait, blouse blanche sur une tenue chic qui n’avait rien à faire là… sauf sur elle. Son regard était celui d’une femme qui n’avait pas envie de perdre du temps à expliquer qu’elle n’avait pas envie de perdre du temps.

 

— Enfin. Entrez. Et toi, Robot, dehors.

— Je reste disponible si l’invité panique, répondit le robot.

— Dehors.

 

Le robot recula sans discuter, comme un soldat vexé.

 

Bulma posa une boîte de matériel sur la table.

 

Krilin prit une inspiration. Il avait vu Bulma bricoler des vaisseaux et pirater des systèmes, mais une seringue dans sa main avait toujours quelque chose d’étrangement intimidant.

 

La patronne d’entreprise regarda Runya.

 

— Runya, c’est ça ? Assieds-toi.

 

Runya obéit.

 

Bulma face à un écran, lança un protocole d’enregistrement.

 

— Tu m’as déjà tout expliqué au téléphone, Krilin. Donc on va pas refaire un roman. Le reste, on le laisse au sang et aux chiffres.

 

Runya hocha la tête, reconnaissante. Elle avait déjà raconté son cauchemar trop de fois.

 

Bulma enfila des gants. La guerrière tendit son bras sans trembler.

 

— Je te préviens: je suis pas médecin, je suis pas biologiste, et je suis encore moins « douce ». Mais je sais prélever du sang sans t’arracher le bras.

 

Runya acquiesça.

 

Bulma piqua. Simple, rapide, efficace. Le sang remplit un tube, puis un second. Runya serra le poing une fraction de seconde, puis se détendit. Quand Bulma eut fini, elle se massa le bras comme si l’aiguille avait laissé une marque d’honneur.

 

Bulma rangea le matériel et posa les échantillons dans un support.

 

— Voilà. Le plus facile est fait. Maintenant, on attend le vrai cerveau.

 

Krilin fronça les sourcils.

 

— Le vrai cerveau ?

 

Bulma lui lança un regard.

 

— Quoi ? Tu crois que je vais analyser des protéines, moi ? J’ai déjà un mari, deux enfants, une entreprise, et la moitié de la planète qui m’appelle quand une vis tombe. L’analyse, c’est Gohan.

 

Runya eut un temps de retard.

 

— Le fils de Son Goku… est aussi un scientifique ?

 

Krilin eut un petit rire.

 

— Ouais. C’est notre anomalie locale.

 

La porte coulissa.

 

Le laboratoire se tendit d’un cran.

 

Vegeta entra.

 

Tenue de combat légère, maillot bleu aux manches retroussées, comme s’il sortait d’un entraînement. Son regard balaya la pièce, s’arrêta une demi-seconde sur Krilin, puis se fixa sur Runya. Il ne sourit pas. Il lâcha, comme une certitude:

 

— C’était bien toi.

 

Runya se leva d’un bond, soulagée malgré elle.

 

— Maître ! Quel plaisir de vous revoir !

 

Vegeta ne répondit pas au bonheur. Il posa sa question, sèche:

 

— Que fais-tu dans cet univers, Runya ?

 

Bulma se tourna vers lui, surprise.

 

— Attends… tu la connais ?

 

Vegeta ne détourna pas les yeux de Runya.

 

— Depuis mon voyage sur Sadala. C’est la fille du roi.

 

Le silence tomba net.

 

Krilin déglutit.

 

— Quoi ?! Tu… tu es la princesse ?!

 

Runya acquiesça, un peu gênée, comme si le titre lui pesait plus qu’il ne l’aidait.

 

— Oui.

 

Krilin se gratta la joue, embarrassé. Vegeta, lui, n’en avait rien à faire. Il fixa Runya.

 

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

 

Runya inspira. Son expression redevint sérieuse, tenue, comme la veille.

 

— Je suis venue chercher une issue.

 

Bulma résuma en deux phrases, sans s’attarder. Vegeta serra les dents. Runya ajouta, plus bas:

 

— Si je reviens sans solution…

 

Elle n’acheva pas. Mais son regard finissait la phrase à sa place.

 

Vegeta lâcha un souffle dur.

 

— Bordel…

 

Une pression invisible s’échappa de lui. Une pointe de ki. Les écrans grésillèrent légèrement; un verre vibra et se fendit d’une ligne fine.

 

Bulma se retourna, yeux foudroyants.

 

— VEGETA ! C’est un labo, pas ta salle d’entraînement !

 

Vegeta grogna.

 

— J’essaie de réfléchir.

— Réfléchis sans casser mes trucs.

 

Krilin aurait voulu rire nerveusement, mais l’ambiance était trop lourde.

 

Et c’est là qu’une voix, beaucoup trop joyeuse pour le moment, entra dans la pièce comme un rayon de soleil qui n’avait pas lu l’ambiance.

 

— Salut Bulma ! Salut Vegeta !

 

Goku apparut à l’entrée, il affichait un sourire large et une énergie détendue, comme si le mot « virus » ne pouvait pas lui faire de mal tant qu’il avait mangé récemment. Derrière lui, Gohan entra plus calmement, concentré… et surtout coupable.

 

Bulma soupira.

 

— Et voilà.

 

Goku s’avança, heureux.

 

— Vegeta, tu voulais me montrer une nouvelle technique, c’est ça ? Gohan m’a dit que c’était important !

 

Vegeta tourna la tête vers Gohan. Gohan avait les mains jointes, comme en prière. Vegeta comprit le mensonge, le détesta, puis l’accepta.

 

— Assieds-toi, Kakarotto.

— Oh ! D’accord !

 

Goku s’assit sur un tabouret au milieu de la pièce, comme un enfant qui attend un tour de magie.

 

Bulma leva son kit.

 

— Très bien. Tout est prêt. On va commencer.

 

Goku se tourna vers elle.

 

Et vit la seringue.

 

Son sourire se brisa net.

 

— Non.

 

Bulma sourit, dangereusement.

 

— Si.

 

Goku se leva d’un bond.

 

— Attends, attends… je viens de me souvenir que j’ai laissé… euh… un truc dehors !

 

Il fit un pas vers la sortie.

 

Krilin eut un réflexe héroïque et stupide. Il se jeta sur la jambe de Goku.

 

— NON ! Goku ! Tu vas pas t’enfuir pour une prise de sang !

— Krilin, lâche-moi !

 

Goku avança quand même. Krilin fut traîné sur le sol, accroché comme un boulet volontaire.

 

— C’est comme si je retenais une météorite ! haleta Krilin, le visage collé au carrelage.

 

Vegeta fit un pas et attrapa le bras de Goku. Une prise ferme au poignet, l’autre main sur l’avant-bras, comme on retient une bête trop forte pour sa propre bêtise.

 

— Arrête ton cirque.

— C’est pas un cirque, c’est une PIQÛRE !

 

Bulma s’approcha, seringue armée.

 

Le robot guide, depuis le couloir, passa la tête par l’entrebâillement.

 

— Protocole « invité paniqué » détecté. Activation possible.

— PAS MAINTENANT ! hurla Bulma.

 

Le robot disparut, vexé.

 

Goku essaya de se dégager. Même Vegeta peinait à le maintenir, ce qui aurait été hilarant si ce n’avait pas été si humiliant.

 

Gohan remonta les manches de sa chemise, le visage désolé.

 

— Pardon, papa.

 

Il passa derrière Goku et verrouilla ses épaules avec une prise propre, sans brutalité, mais impossible à briser sans… sans faire exploser le labo.

 

Goku hurla :

 

— AAAAAAAH ! JE NE VEUX PAS FAIRE DE PIQÛUUURE !!!!!

 

Le cri résonna jusque dans les étages.

 

Runya, près de la table, détourna le regard, rouge de gêne. Elle avait entendu Caulifla parler de Goku comme d’un monstre inarrêtable… et là, ce “monstre” suppliait l’univers contre une aiguille.

 

Bulma piqua.

 

Goku eut un spasme dramatique, comme si on venait de lui enlever une année de vie. Puis ce fut fini.

 

Le silence retomba. Goku se laissa retomber sur le tabouret, haletant, les yeux brillants d’humiliation.

 

Krilin était à genoux, essoufflé.

 

Vegeta secoua la main, comme si tenir Goku l’avait insulté.

 

Bulma avait déjà rangé la seringue. Elle tendit une sucette au Saiyen.

 

— Tiens, gros bébé.

 

Goku la prit, la larme à l’œil.

 

— Merci…

 

Vegeta détourna la tête.

 

— Pathétique.

 

Gohan récupéra les tubes, les aligna, puis ouvrit un tiroir du labo. À l’intérieur, une petite boîte scellée, étiquetée « VEGETA » au marqueur, attendait depuis des mois.

 

Bulma plissa les yeux.

 

— Dis-moi que c’est pas encore un de tes “au cas où”.

— C’est un ancien prélèvement de Vegeta, répondit Gohan, déjà concentré. Pour comparer.

 

Bulma souffla.

 

— Super. Mon tiroir est officiellement plus dangereux que mon garage.

 

Gohan posa le tube « Vegeta » à côté de ceux de Goku et de Runya. Trois échantillons, alignés comme des cartouches.

 

Il inspira… et enfila un masque.

 

Krilin le regarda, inquiet.

 

— Tu fais ça d’habitude ?

— Cette souche ressemble… peut-être… à celle que mon père a contractée autrefois, dit Gohan. Je préfère pas prendre de risque. Et moi, je suis pas immunisé.

 

Goku cligna des yeux, sucette de travers.

 

— Et Goten… il est immumisé ?

 

Bulma leva les yeux au ciel.

— Immunisé. Oui.

— Il a reçu tes anticorps. Il a été conçu après ta guérison. Moi, je suis né avant… donc je n’ai pas cette « imprégnation ».

 

Krilin sentit une sueur froide lui couler dans le dos. Il regarda ses mains, puis Vegeta, puis Runya. Une pensée lui traversa l’esprit : [i]et si ça sautait sur eux comme une puce sur un chien ?[/i]

 

Gohan s’installa à la station d’analyse. Les écrans s’allumèrent, affichant des courbes et des marqueurs bioénergétiques. Bulma n’était pas biologiste, mais ses machines savaient traduire l’invisible en lignes qui donnaient surtout envie de déglutir.

 

Gohan lança d’abord l’échantillon de Vegeta.

 

Les données défilèrent: profil stable, circulation de ki dense, signature saiyenne compacte.

 

Groupe Y, nota-t-il.

 

Puis il lança l’échantillon de Goku.

 

L’écran afficha une résistance anormale. La souche tentait d’accrocher… mais se heurtait à une barrière déjà en place. Elle insistait, reculait, recommençait, incapable de s’installer.

 

Gohan sentit son estomac se contracter.

 

Ça confirme…

 

Il bascula sur l’échantillon de Runya.

 

Cette fois, l’écran afficha une présence. Réelle. Indiscutable.

 

Une contamination faible, comme une braise qui n’aurait pas trouvé assez d’air.

 

Runya retint son souffle.

 

Gohan zooma. Relança une simulation. Ajusta des paramètres.

 

Le résultat tomba.

 

Et quelque chose refusa d’entrer dans la logique.

 

Trop rapide…

 

Il relança. Encore. Il comparait les vitesses de propagation, la manière dont les particules se fixaient dans les cellules, la façon dont elles modifiaient leur structure selon la cible.

 

Les courbes dessinèrent une évidence affreuse.

 

Soit la propagation était instantanée… soit ça s’adaptait.

 

Bulma attendait, bras croisés, impatiente. Vegeta s’était rapproché, silencieux. Krilin n’osait plus bouger. Même Goku, sucette en bouche, avait cessé de faire le malin.

 

Gohan murmura, sans s’en rendre compte, un jargon que son cerveau trouvait limpide mais qui sonnait comme une incantation:

 

— Tropisme membranaire… variabilité antigénique… reconfiguration structurale… c’est comme une…

 

Vegeta tapota le bord de la table, sec.

 

— Gohan. Va droit au but.

 

Gohan cligna des yeux, comme réveillé en pleine chute. Puis il releva la tête. Ses yeux, au-dessus du masque, avaient cette lueur qu’on ne lui voyait que quand il tombait sur un mur.

 

— C’est impossible.

 

Le laboratoire se figea.

 

Bulma fit un pas.

 

— « Impossible » comment ?

 

Gohan retourna l’écran vers eux et pointa trois courbes.

 

— Le virus est très similaire à celui que mon père a contracté. Mais il est plus agressif. Et surtout… il change selon le Saiyen qu’il attaque.

 

Krilin eut un frisson.

 

— Attends… tu veux dire que c’est pas un virus normal ?

 

Gohan secoua la tête.

 

— Il se comporte comme s’il lisait le code génétique… et se reprogrammait, répondit Gohan.

— Comme une machine, ajouta Bulma avec gravité.

— Oui. Il s’adapte aux antigènes. J’ai comparé trois profils.

 

Il désigna l’écran.

 

— Groupe X, c’est mon père. Le virus tente, mais il n’accroche pas. Il est bloqué.

 

Goku releva la tête, inquiet malgré sa sucette.

 

— Donc je suis protégé.

— Pour l’instant, oui, dit Gohan.

 

Puis il pointa la seconde courbe.

 

— Groupe Y, c’est Vegeta. Là, ça accroche mieux. Et la propagation est plus rapide.

 

Vegeta grogna, comme si le monde l’avait insulté personnellement.

 

— Évidemment.

 

Enfin, Gohan pointa la troisième.

 

— Groupe Z, c’est Runya. Elle est contaminée… mais faiblement.

 

Runya sentit son ventre se serrer.

 

— Faiblement…?

— Parce que tu n’as pas été assez exposée, expliqua Gohan. Et aussi parce que ton groupe est moins vulnérable que d’autres. Ça ne veut pas dire « sans danger ». Ça veut dire que tu as eu de la chance… pour le moment.

 

Krilin recula d’un pas, la voix plus fragile qu’il ne l’aurait voulu.

 

— Donc… si quelqu’un d’autre…

 

Gohan fronça les sourcils, comme s’il venait de se rappeler qu’une hypothèse n’était pas une preuve.

— Attendez. Je vérifie un truc.

 

Bulma comprit tout de suite. Elle pianota sur une tablette, ouvrit un dossier.

— On a des prélèvements numérisés lors des visites médicales du personnel. Avec consentement, évidemment. Et… j’ai aussi des profils sur les animaux de mon père.

— Parfait, dit Gohan. Passe-moi des humains au hasard et deux ou trois espèces.

 

Les courbes s’affichèrent. Humains: rien. Animaux: rien. Un calme plat, comme si le virus ne les « voyait » même pas.

 

Gohan expira, puis releva la tête.

— Ça ne contamine que les Saiyens.

 

Krilin sentit ses jambes devenir molles.

 

— … Seulement les Saiyens, répéta-t-il. Comme si le monde avait décidé de leur en vouloir à eux spécialement.

 

Bulma posa une main sur la table.

 

— Ou comme si quelqu’un l’avait conçu pour ça.

 

Le silence qui suivit pesa.

 

Vegeta fit un pas vers Runya.

 

— Tu ne repars pas seule.

 

Runya releva les yeux.

 

Vegeta planta son regard dans le sien.

 

— On t’accompagne. Et on règle ça.

 

Runya serra les poings, puis inclina légèrement la tête.

 

— Merci.

 

Krilin, encore pâle, tenta un sourire.

 

— Bon… au moins, on a un plan : suivre Gohan quand il fait cette tête-là.

 

Bulma le fusilla du regard.

 

— Ne dramatise pas.

 

Puis elle ajouta, plus bas, sans quitter l’écran :

 

— Enfin… pas trop.

 

Et pendant que les courbes continuaient d’afficher leurs vitesses absurdes, une vérité s’imposa, froide et claire:

 

Ce virus ne se répandait pas seulement. Il apprenait.

 

* * * * * * *

 

À l’hôpital de la capitale de l’Ouest, tout semblait parler plus bas, même les néons.

 

La chambre baignait dans une lumière laiteuse, avec cette odeur de drap propre et de désinfectant qui te donne envie de te tenir droit, même quand tu es crevé. Sur le lit, Mai portait une blouse de patient, assise contre les oreillers, les jambes couvertes par le drap. Fatiguée, oui… mais pas prête à se laisser déborder.

 

Trunks se tenait près du berceau, chemise blanche à manches courtes sous un gilet orange sans manches, pantalon bleu. Il avait ce mélange d’émotion et de stress qu’on ne lui voyait d’habitude que quand Bulma parlait de bilans financiers.

 

Et devant le berceau, Goten faisait des grimaces comme si sa vie en dépendait.

 

Il portait un t-shirt à manches courtes par-dessus un t-shirt à manches longues et un jean, et il enchaînait les expressions avec un sérieux artistique.

 

— Regarde, Boxer, chuchota-t-il. Ça, c’est la grimace « je suis un grand guerrier ». Et ça… « je vais boire ton biberon ». Et là…

 

Il gonfla les joues, plissa les yeux et fit un bruit étrange.

 

— … la grimace du « poisson très en colère ».

 

Trunks le regarda, incrédule.

 

— Pourquoi un poisson ?

— Parce que c’est une technique secrète, répondit Goten, très sérieux. Tu peux pas comprendre.

 

Le bébé, emmitouflé, mèches violettes dépassant du bonnet, ouvrit un œil. Il fixa Goten deux secondes… puis fronça le nez, comme un vieux juge de tournoi.

 

Goten se redressa, outré mais heureux.

 

— Oh ! Il me juge ! Il a même pas deux jours et il me juge déjà !

 

Trunks eut un sourire d’une demi-seconde.

 

— Normal. Il a déjà un bon sens critique.

 

Mai leva les yeux au ciel, mais un sourire discret la trahit.

 

— Vous êtes impossibles…

 

Goten se pencha de nouveau, plus doux.

 

— Bon. Question sérieuse. Vous l’imaginez comment, plus tard ?

 

Trunks resta silencieux un instant, regard accroché au berceau. Sa main se posa doucement sur le bord, comme s’il avait peur de casser l’instant.

 

— J’en sais rien… J’ai du mal à me projeter.

 

Mai répondit sans rigidité, avec une clarté tranquille.

 

— Je veux juste qu’il ait le choix. Qu’il soit heureux.

 

Goten sembla surpris.

 

— Wow. Mai… c’est… très raisonnable.

 

Mai le regarda avec un petit sourire.

 

— J’ai eu du temps pour réfléchir. Et je ne vais pas lui écrire sa vie à l’avance.

 

Trunks hocha la tête.

 

— S’il veut inventer des trucs, il inventera. S’il veut piloter, il pilotera. S’il veut juste être normal…

 

Goten prit une mine sceptique.

 

— « Normal », chez nous, ça veut dire quoi ? Ne pas exploser une montagne avant huit ans ?

 

Trunks ricana malgré lui.

 

Le bébé remua, fit un petit bruit, puis se rendormit, paisible, comme si cette discussion n’était qu’un fond sonore acceptable.

 

Goten le regarda, attendri.

 

— Il est minuscule… et il a déjà une tête de « je sais des trucs ».

 

Trunks répondit du tac au tac :

 

— C’est parce qu’il entend tes bêtises.

 

Un silence doux tomba.

 

Puis le téléphone de Goten vibra.

 

Il jeta un coup d’œil à l’écran.

 

Son visage changea d’un coup, comme si quelqu’un avait soufflé une bougie. Il décrocha.

 

— … Ouais ?

 

Il ne dit presque rien ensuite. Mais ses épaules se raidirent, ses yeux s’écarquillèrent. Il recula d’un pas, puis d’un autre, comme si les mots avaient du poids.

 

Trunks se redressa.

 

— C’est qui ? demanda-t-il, déjà tendu.

 

Goten se leva d’un pas sec.

 

— Je… je reviens.

 

Il sortit dans le couloir trop vite pour un hôpital. La fenêtre aux stores remontés donnait sur ce couloir: depuis la chambre, Trunks et Mai pouvaient le voir, silhouette raide, téléphone à l’oreille.

 

Et là, ils virent tout… sans entendre les mots.

Ils virent sa main libre se porter à sa nuque.

Ils virent Goten se figer.

 

— Hein ?! lâcha Goten, trop fort malgré lui.

 

Une infirmière surgit presque immédiatement.

 

— Monsieur ! Ici, on parle doucement ! fit-elle d’une voix basse mais coupante.

 

Goten blêmit, puis fit ce geste universel : la tranche de la main qui coupe l’air en signe d’excuse, avec des gouttes de sueur aux tempes.

 

— Pardon ! Pardon, excusez-moi…

 

Il écouta encore. Ses lèvres bougèrent à peine.

 

— … D’accord… ok… j’arrive…

 

Il raccrocha et revint dans la chambre. Il essaya de sourire, mais c’était le sourire de quelqu’un qui vient de se cogner le petit orteil.

 

Trunks était déjà debout.

 

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Gohan a besoin de moi. Là… maintenant.

 

Mai serra légèrement le drap, inquiète mais calme.

 

— C’est grave ?

 

Goten hocha la tête.

 

— Je peux pas trop expliquer. Mais c’est sérieux.

 

Il s’approcha du lit, posa une main sur l’épaule de Mai, sincère.

 

— Félicitations, dit-il plus doucement. C’est un beau bébé.

 

Mai avala sa salive.

 

— Goten… fais attention.

— Promis.

 

Trunks serra les poings.

 

— Si tu peux, envoie un message.

— Ouais.

 

Goten ouvrit la fenêtre. Le rideau se souleva; l’air frais entra, faisant frissonner la chambre. Il s’élança et s’envola, disparaissant dans le ciel en une seconde.

 

Le rideau resta au vent, flottant encore un instant, comme un au revoir inachevé.

 

Un silence pesa.

 

Puis la porte s’ouvrit.

 

Pilaf entra le premier, fier comme s’il venait d’obtenir un diplôme de puériculture, tenant un ballon. Derrière lui, Soba avançait en souffrant, les bras pleins de cadeaux. Beaucoup trop.

 

— SURPRISE ! annonça Pilaf avec un grand sourire.

 

Il s’arrêta net en voyant la fenêtre ouverte, le rideau au vent, et les deux adultes figés.

 

Soba, essoufflé, cligna des yeux.

 

— … On a raté quelque chose ?

 

Mai répondit calmement :

 

— Goten vient de partir par la fenêtre.

 

Pilaf cligna des yeux.

 

— Ah. Bon… au moins, ce n’était pas le bébé.

 

Mai serra son enfant contre elle et lança un regard froid à Pilaf.

 

Pilaf fit un sourire nerveux, serrant son ballon.

 

— Je… je veux dire… évidemment qu’il est là. Enfin… il était là… enfin, bref ! On a des cadeaux !

 

Shu posa les paquets sur une chaise, puis une autre, puis encore une autre. Il y en avait tellement qu’il dut pousser une table.

 

Mai le regarda, interloquée.

 

— Soba… c’est quoi tout ça ?

 

Soba, fier malgré sa sueur, répondit comme un vendeur :

 

— Des peluches, une couverture, des chaussons, un mobile, un truc qui fait de la musique… un autre truc qui fait de la musique mais plus fort… et ça.

 

Il posa un petit boîtier sur la table de chevet avec un soin suspect, comme s’il déposait une bombe miniature. L’objet était doré, beaucoup trop brillant, avec une antenne ridicule et un écran minuscule.

 

Pilaf gonfla la poitrine.

 

— Ta-da ! Je vous présente… le [i]Détecteur Impérial de Pleurs[/i], modèle « Famille prestigieuse » !

 

Mai arqua un sourcil.

 

— Et que fait-il ?

 

Pilaf prit une pose solennelle.

 

— Quand le futur héritier pleure, l’appareil traduit… et déclenche une alerte impériale.

 

Il appuya sur un bouton.

 

Le boîtier fit BIP-BIP-BIP.

 

Mai leva un doigt, sans hausser le ton.

 

— Moins fort.

 

Pilaf se figea, puis murmura aussitôt :

 

— Oui… pardon… alerte impériale… en mode discret…

 

Trunks croisa les bras.

 

— Et l’alerte, elle va où ?

 

Pilaf sourit, triomphant.

 

— À moi.

 

Mai cligna des yeux.

 

— Pourquoi à vous ?

 

Pilaf répondit comme si c’était l’évidence la plus logique du monde.

 

— Parce que je suis un proche. Et parce que je dois être informé immédiatement des événements majeurs.

 

Trunks inspira lentement.

 

— Et… si tu ne réponds pas ?

 

Le sourire de Pilaf s’élargit.

 

— Le signal est envoyé… à Soba.

 

Shu se crispa déjà.

 

— Seigneur Pilaf…

 

Pilaf appuya sur un autre bouton. L’écran s’alluma et afficha un menu tout simple :

 

-- MENU --

Alerte

Volume

Historique

 

Pilaf pointa l’écran, fier.

 

— Voilà ! Moderne ! Scientifique ! Inattaquable ! Tel est mon génie !

 

Mai regarda le boîtier, puis Pilaf.

 

— Donc votre cadeau, c’est une machine qui vous évite de venir… et qui envoie Soba.

 

Pilaf pointa un doigt, offensé.

 

— Non ! C’est un outil de coordination ! Une chaîne de commandement !

 

Trunks plissa les yeux.

 

— « Historique » ?

 

Pilaf hocha la tête, très sérieux.

 

— Oui. Parce qu’un empire se gère avec des données.

 

Il le sélectionna.

 

L’écran afficha une liste, comme un carnet de bord. Il y avait… une seule ligne.

 

Dernier pleur: ENVIE DE DOMINER LE MONDE

 

Trunks resta figé.

 

Mai cligna des yeux.

 

Pilaf, lui, se redressa encore plus, ravi.

 

— Vous voyez ?! C’est un génie ! Il a déjà de l’ambition !

 

Trunks pointa l’écran.

 

— Il n’a même pas pleuré.

 

Shu toussa.

 

— C’était vous, seigneur…

 

Pilaf se figea une demi-seconde, puis se ressaisit comme un capitaine qui refuse de couler. Il s’approcha du berceau, très digne.

 

— Alors… bienvenue dans le monde, jeune héritier ! Tu as de la chance: tu as un grand-père…

 

Mai ricana. Pilaf corrigea aussitôt :

 

— Enfin… un mentor ! Un mentor puissant ! Moi !

 

Soba déballa les derniers cadeaux au sol avec un pouf de soulagement.

 

Trunks, lui, ne regardait déjà plus ni les peluches ni les rubans. Il reporta son attention sur la fenêtre ouverte, sur le rideau qui flottait encore, comme si le ciel venait d’avaler Goten.

 

Il serra les poings.

 

— … On n’a jamais la paix, murmura-t-il.

 

Et le rideau retomba.

Laisser un commentaire ?