Dragon Ball - Next Journey

Chapitre 23 : La voyageuse intergalactique

2900 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/02/2026 17:57

Quelques semaines s’étaient écoulées depuis la 32e édition du Tenkaichi Budokai. Les banderoles avaient jauni au soleil, des affichettes se décollaient des murs des gares et des boutiques, et les conversations s’étaient peu à peu éloignées des uppercuts et des kikohas pour revenir au prix des légumes, aux devoirs du soir et aux matchs de baseball du dimanche. La vie reprenait son cours…

 

Très haut dans le ciel, les nuages se fendirent comme un rideau. Un vaisseau ventr, descendit en spirale avec la lente assurance des prédateurs certains de leur force. À mesure qu’il approchait, sa silhouette se détaillait : trois navettes superposées, segmentés par des couronnes d’arrimage et des joints d’éjection, comme si elles étaient clipsés les unes aux autres. Des clapets, des crochets magnétiques et des tuyères affleurantes ponctuaient les ceintures techniques de chaque étage. Nul sur Terre ne pouvait le deviner, mais chacun de ces modules formerait, au besoin, un appareil autonome.

 

Il se posa à l’orée d’une clairière, dans un souffle grave. Les rétro-propulseurs rabattirent l’herbe et couchèrent les fougères, projetant un nuage de poussière qui retombait en pluie ocre sur les troncs. La rampe s’abaissa dans un grincement hydraulique. Une guerrière se découpa dans l’embrasure, une silhouette nerveuse et compacte, gainée d’une armure : un plastron gris, court et ajusté, porté sur une sous-tenue rouge bordeaux, une jupette mauve entourée d’une ceinture à boucle circulaire. Des brassards bruns aux avant-bras et aux tibias, ainsi que des bracelets dorés aux chevilles et enfin des bottines mauves aux semelles légèrement galbées.

 

Son visage était masqué par un détecteur lisse et opaque couvrant les deux yeux, serti aux tempes comme un masque d’instrumentation. Mais ce qui frappait d’abord, c’était sa coiffure : une chevelure décoiffée aux mèches épaisses qui jaillissaient vers l’arrière, des pointes hautes et dissymétriques dessinant une ombre agressive, tandis que deux mèches frontales encadraient ses pommettes. À la nuque, une longue queue de cheval, capturée dans un ruban cramoisi, tombait le long de son dos et venait effleurer son plastron à chaque mouvement.

 

Elle porta l’index à l’oreillette gauche.


— Unité Runya, rapport d’arrivée…


Des grésillements vrillèrent aussitôt le canal. Elle coupa net, la mâchoire crispée. Bien sûr. À cette distance interstellaire, les signaux de son monde d’origine n’atteignaient plus la Terre : une transmission noyée dans le bruit cosmique. Elle s’y attendait ; il faudrait opérer sans contact.

 

Sans soupirer, elle bascula sur l’oreillette droite. Sa visière se tapissa de chiffres qui défilaient à grande vitesse. Une pointe revint obstinément, à une centaine de kilomètres au sud-ouest, hors des grands centres urbains.

— Très bien… souffla-t-elle, presque pour se rassurer. Il se pourrait que ce soit l’un des deux Saiyens.

 

D’une impulsion, elle quitta le sol. Les feuilles mortes tourbillonnèrent ; son sillage tressa la poussière en spirale, laissant derrière elle l’ombre immobile du vaisseau à trois étages.

 

* * * * * * *

 

À des dizaines de kilomètres de là, les murs lépreux d’un quartier industriel enfermaient un autre type de tumulte. Une bande organisée, costumée d’accessoires de gladiateurs – des cimiers à crête, plastrons faux bronze, brassards cloutés – s’empressait autour de palettes chargées de caisses. Les « antiquaires » trafiquants savaient mieux manier l’AK que la rapière : leurs contenants débordaient d’armes modernes, de munitions, et d’un lot de capsules volées dont la valeur se chuchotait à mi-voix. Des billets claquaient, des mains gantées scellaient l’accord, et les guetteurs tapaient des rythmes secs du plat de la main sur la tôle pour signaler que tout « allait bien ».

 

Les gyrophares déchirèrent la scène. Une vague bleue et rouge déferla au coin d’une allée ; des voitures de police verrouillèrent les issues, un fourgon s’écrasa en travers de la sortie principale.


— POLICE ! LÂCHEZ VOS ARMES !


La réponse fut immédiate : un rideau de feu aboya des palettes et des capots. Les impacts martelèrent la tôle, les pare-brise éclatèrent en givre. Un trafiquant épaula un lance-roquettes, visa court, et tira ; la roquette hurla, et la berline la plus proche s’ouvrit en fleur de feu, projetant une pluie de morceaux fumants. Par chance, l’équipage avait déjà plongé derrière un muret, rejoignant des collègues tapis derrière leur voiture.

 

— Le lieutenant vient d’arriver ! lança un brigadier dans le micro.


On sentit la ligne respirer. Ça se voyait aux épaules qui se redressaient, aux regards qui se ressaisissaient.

 

Une silhouette prit appui sur un capot et bondit, franchit un gyrophare, puis deux, puis trois, rebondit de toit en toit comme sur des dalles d’eau. Elle atterrit entre les trafiquants et la police, dans une pose nette, presque cérémonielle : main et genou gauches au sol, jambe droite fléchie, paume droite posée sur le genou. Il releva la tête ; son visage lisse, sans nez, accrochait la lumière d’un sourire tranquille.


C’était Krilin.

 

— Feu ! beugla un des « gladiateurs ».


Les balles cinglèrent. Krilin se dissipa ou plutôt, son image resta là une fraction de seconde, assez longtemps pour que l’un d’eux s’écrie : « Je l’ai touché ! », avant que la réalité ne le détrompe. L’instant suivant, le lieutenant glissait déjà dans leurs angles morts. Une droite sèche fit ployer le premier, un coup de pied balaya le second à la hanche, un tranchant de main coupa net l’envie au troisième : la mitraillette chuta d’elle-même, repoussée d’un revers vers une plaque d’égout. Il tournoya comme un compas, pivota sur l’appui, crocheta un poignet, inversa une saisie. Tout paraissait fluide, économe, propre. En moins d’une minute, la mêlée s’effilocha. Des menottes claquèrent, des injonctions nettes mirent fin aux velléités. Les cimiers d’opérette gisaient, étourdis, sous les genouillères.

 

Le fourgon arriva à reculons, porte béante. Les policiers hissèrent les suspects, un à un. L’odeur de poudre se dissipait déjà, remplacée par l’odeur d’huile chaude et de pneus. Krilin, lui, ne relâchait pas son balayage. Il se figea soudain : à l’angle d’un hangar, une silhouette féminine venait de reculer d’un pas. La coupe de sa tenue ressemblait trop à celle de la bande pour que ce fût un hasard… et pourtant, quelque chose trahissait une autre provenance : une rigidité militaire dans la posture, un éclat métallique à hauteur des yeux, comme une visière.

 

— Hé, toi ! Ne bouge pas ! lança-t-il, clair, sans agressivité inutile.

 

La tête de l’inconnue pivota à peine, juste assez pour que l’éclat de sa double visière accroche la lumière. Dans cet instant, Krilin sentit une densité d’énergie différente, tenue serrée, comprimée. L’inconnue fléchit les genoux et s’arracha au sol. Elle remonta l’angle d’une gouttière en trois appuis, prit la fenêtre comme un barreau, bascula sur le toit.

 

— Partez sans moi ! s’écria Krilin à ses collègues, leur faisant signe de se concentrer sur l’exfiltration.

— À vos ordres, lieutenant ! répondirent plusieurs voix.


Krilin s’élança. Il courut droit au mur, posa un pied, puis l’autre, il grimpa par bonds réguliers. Il franchit la corniche avec la souplesse d’un chat, laissant derrière lui des collègues impressionnés par tant d’agilité.

 

* * * * * * *

 

Sur les tôles dentelées, le vent rabattait une odeur de poussière brûlée et d’huile de moteurs. Devant lui, la silhouette filait très bas, effleurant les faîtes comme une ombre rapide. Elle ne laissait rien déborder : pas de jaillissements d’aura, pas d’éclairs inutiles. Son énergie demeurait, compacte, affûtée, une lame froide qu’on aurait glissée entre deux plaques d’acier.

 

La course s’étira plusieurs minutes. Elle sauta un puits de lumière, posa l’orteil au bord d’un châssis et se projeta. Elle glissa ensuite sur un pan de tôle incliné, utilisa une gaine de ventilation comme tremplin avant de reprendre sa vitesse de croisière. Krilin suivait sans forcer.

L’inconnue, soudain, jeta un regard par-dessus l’épaule. La double visière vibra d’un chapelet de chiffres verts qui défilèrent en cascade : elle scannait son poursuivant.

 

Ils débouchèrent finalement sur un cul-de-sac : un dernier toit, bordé d’un mur aveugle et d’une cheminée monumentale ; en contrebas, une ruelle trop étroite pour une chute propre. Elle marqua l’arrêt. Plutôt que de s’arracher au ciel, elle resta plantée là, à mi-distance de Krilin ; les épaules très légèrement abaissées, les mains visibles. Elle avait jugé qu’il ne lâcherait pas l’affaire, mieux valait plaider son innocence.

 

— Je ne fais pas partie de ces voyous, dit-elle d’une voix claire. Je viens d’arriver.

 

Krilin ne baissa pas sa garde : la fuite, la tenue, l’arme à la ceinture… rien ne plaidait pour elle. Il se détendit d’un demi-pas, puis laissa une image rémanente devant elle tandis que son corps coulissait déjà sur la droite. Il réapparut dans son dos, main ouverte pour frapper la nuque.

 

Elle se baissa juste avant l’impact, l’air pulsa au-dessus d’elle. Il enchaîna : feinte du coude, pivot, tranchant de main, balayage. Elle para tout, glissa d’un quart de pas, neutralisa le poids, puis se retrouva derrière lui et verrouilla ses avant-bras. Une prise propre, sans brutalité. Il testa le levier, rien ne cédait.

 

— D’accord, d’accord… tu as gagné, concéda-t-il en expirant.

 

Elle relâcha aussitôt, recula d’un pas, paumes ouvertes.

 

— J’ai compris depuis le début que vous n’étiez pas avec eux, dit-il posément.

 

Elle inclina la tête, curieuse :

 

— Alors pourquoi avoir continué ?

 

Krilin eut un petit sourire qui dégonfla la tension.

 

— Vieille habitude. Quand je cours après quelqu’un, je vais au bout. Et… ça faisait longtemps que je n’avais pas fait un peu d’exercice.

 

Son regard glissa sur l’armure courte, la jupe mauve, les bottes, remonta vers la double visière.

 

— Vous êtes une Saiyenne, n’est-ce pas ? Votre armure… elle rappelle celle de ce… euh… Cabbé.

 

Elle marqua une pause, puis déclina son identité d’un ton calme.

 

— En effet. Je suis Runya, envoyée par le général Cabbé. Je cherche deux personnes : Maître Vegeta… et un certain Sans Gros Cou. Vous les connaissez ?

 

Krilin étouffa un rire bref, puis ôta son casque qu’il coinça sous l’avant-bras.

 

— Vous avez de la chance : Son Goku est mon meilleur ami. Et Vegeta… je sais où le trouver.

 

Un sourire discret sembla glisser sous la visière.

 

— Vraiment ? Je ne pensais pas tomber sur quelqu’un qui les connaisse dès mon arrivée.

 

Krilin sourit à son tour, puis s’éleva doucement dans les airs.

 

— Suivez-moi. Je vous invite à manger.

 

Elle ne dit rien, mais son regard s’éclaira à l’idée d’un repas. 

 

* * * * * * *

 

Le portillon grinçait à peine sous le soleil haut. La haie taillée au cordeau bordait l’allée de graviers, et la façade claire renvoyait un blanc tiède. Krilin ouvrit la porte d’entrée ; on débouchait directement dans la pièce à vivre, inondée d’une lumière ferme. Pas de balcon, pas de genkan formel : le tapis crème recevait les pas, les rideaux ouverts découpaient l’ovale lumineux des fenêtres, et la skyline de la capitale dressait au loin ses volumes arrondis.

 

Tout paraissait net. Sur le meuble TV, à droite de l’écran, reposait un cadre photo ancien. Krilin, N°18 et Marron enfant, mains levées. En miroir, de l’autre côté, un second cadre montrait Marron adulte, coupe plus longue, tailleur sobre, sourire franc : la fierté de la maison. Au mur, l’horloge ronde glissait ; sous elle, le tableau de Kame House ouvrait une fenêtre pastel sur la mer. Le ventilateur de plafond était immobile, suspendu comme une fleur métallique.

 

Krilin avait dressé la table basse avec un sérieux de chef : quatre grandes assiettes fumantes, un bol de riz sauté aux pousses et carottes, tofu grillé laqué au sésame, champignons poêlés, pickles croquants, et un saladier de concombre vinaigré. Les couverts étaient alignées, les tasses prêtes ; il versa du thé, dont le parfum chaud courut sur la pièce.

 

— J’ai vu large, expliqua-t-il en souriant. Toujours une ou sept assiettes de plus au cas où Goku débarque…

 

La Saiyenne posa ses bottines près de la porte et s’assit bien droite sur un zabuton. La lumière du jour soulignait le velouté de sa jupette mauve et l’éclat du ruban cramoisi à sa nuque. Krilin s’accroupit face à elle.

 

Elle commença à piocher. L’ambiance restait attentive, mais la chaleur du repas détendait les épaules. La Saiyenne goûta au tofu, huma le vinaigre de concombre, s’autorisa un bref sourire.

 

— C’est… très bon, admit-elle, presque surprise.

—Merci, ce sont les restes de la veille, régale-toi ! dit-il, satisfait que l’on dise du bien de sa cuisine.

 

Après quelques coups de fourchettes, Krilin rompit le silence.

 

— Alors ? Que se passe-t-il sur ta planète ?

— Un virus s’est propagé sur Sadala, répondit-elle, grave.

— Un virus ? répéta Krilin, surpris.

— Oui. Mais… étrange. Nous ne tombons pas tous malade en même temps. Les premiers cas ont frappé des soldats de la garde royale ; puis cela s’est étendu dans les quartiers de la Capitaine Caulifla.

— Et les symptômes ?

— … fièvre, perte de tonus, ki confus, comme si l’énergie se brouillait dans les canaux. Tandis que le Roi…

 

La sonnette vibra dans un ding-dong clair.

 

— Ça doit être N°18, fit Krilin en se relevant.

 

La porte s’ouvrit, laissant entrer un trait de soleil… et N°18. Des cheveux blonds très courts, lissés vers l’arrière, la nuque dégagée, accompagné de petites boucles roses aux oreilles.

 

Elle portait une tenue plus urbaine et structurée : une veste cintrée bleu nuit avec liserés or sur le col, les rabats et les coutures, piping ivoire le long des poches ; en dessous, un top en V blanc minimaliste ; un pantalon fuselé anthracite glissé dans des sneakers blanches nettes ; et au poignet, des bracelets d’acier et joncs fins. La coupe donnait à N°18 un air de commandante décontractée.

 

Deux sacs de shopping tintaient contre ses cuisses.

 

— Marron n’est pas avec toi ? demanda Krilin en prenant un sac.

— Elle vient d’avoir un appel de Bra pour regarder cet animé stupide, répondit N°18 d’un ton faussement blasé.

 

L’humaine artificielle jeta un regard vers l’invitée avant d’ajouter :

 

— On dirait qu’on a du monde.

— Oui. Je l’ai ramenée manger un morceau… et parler.

 

N°18 arqua un sourcil, amusée, l’œil qui pétillait.

 

— Inviter une inconnue pendant que sa femme est absente, quel vilain garçon.

— Arrête… tu sais bien que je ne suis pas comme ça, bredouilla Krilin, déjà rouge.

— Je confirme, glissa-t-elle avec un sourire.


Elle se pencha et déposa un baiser rapide sur sa joue.


Smack.


La Saiyenne eut un bref sursaut ; la couleur monta jusqu’aux oreilles, et le ruban rouge vibra comme une corde pincée.

 

— Tu veux un baiser toi aussi ? lança N°18, malice aux lèvres.

— Hk !

 

La jeune femme s’étrangla avec un grain de riz, toussa dans son poing, mortifiée. Elle s’empressa d’engloutir sa tasse de thé.

 

N°18 posa ses sacs près du canapé sable, jeta un coup d’œil circulaire à la table dressée, puis s’assit en tailleur sur un zabuton. Elle posa sur un morceau de table, les lunettes de soleil qu’elle avait calées comme un serre-tête.

 

— Reprenons, dit-elle, le ton qui glissait de la plaisanterie au sérieux. Que fais-tu sur Terre ?

 

La Saiyenne posa sa cuillère, releva les yeux vers eux.

 

— Je veux sauver mon peuple, répondit la Saiyenne, net.

 

Un silence glissa, lourd et clair. Sous la clarté tranquille de midi, une voiture zébra le ciel d’un trait blanc.

 

 

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