Dragon Ball - Next Journey
Chapitre 22 : Le nouveau champion du monde ! Une finale d’anthologie...
3155 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 30/01/2026 20:51
Au-dessus de l’arène, le ciel glissait vers l’orange et déposait sur les gradins une pellicule de cuivre. Les silhouettes s’y découpaient nettes, étirées par la lumière oblique ; la poussière flottait en nappes fines, saturée d’odeurs de pierre chauffée et d’ozone. L’atmosphère vibrait d’un même battement que les cœurs. À la lisière de la nuit, personne ne songeait pourtant à lever le pied.
Depuis de longues minutes, la foudre des échanges martelait le ring. Les deux combattants portaient les cicatrices de cette guerre : plaies ouvertes, bleus profonds, souffle râpeux. La sueur traçait des sillons sur leurs visages maculés de poussières ; des gouttes accrochaient la lumière avant de retomber en éclats. À chaque impact, l’air gémissait, comme si l’enceinte entière avait des os à briser. Vegeta, couturé de coups, se tenait droit malgré son bras gauche pendu, inutilisable ; dans ses yeux, pourtant, rien n’avait faibli. Une veine battait à sa tempe, régulière, implacable.
Il repartit d’un bond rageur. Ses cuisses brûlaient, ses appuis lourds mais sûrs avalaient la distance en deux foulées. Il s’abattit dans un tacle inattendu, fauchant la jambe d’Oob. Le bruit sec claqua, immédiatement suivi d’un craquement qui coupa le souffle aux plus téméraires. L’élan emporta le jeune guerrier, ployant sous la violence de l’assaut. Le plateau plissa, craquela, grinça comme du bois trop tendu. Des dalles se soulevèrent, d’autres s’enfoncèrent d’un demi-poing ; la poussière, soufflée en anneau, retomba en pluie sur des spectateurs médusés. La dalle rendait les armes, labourée par les charges, creusée par les chutes, fatiguée de porter deux tempêtes.
Oob n’abandonna pas. D’un heurt d’épaules, il se libéra du centre de gravité et arracha son corps à la pesanteur. Il fila dans les hauteurs, soutenu par une poussée de ki pure qui vibrait sur sa peau comme une housse d’étincelles. Son ascension laissa derrière lui la rumeur haletante du stade, des “oh !” et des “attention !” avalés par le vent. Vegeta s’éleva à son tour. Exténué, muscles en feu, il forçait pourtant chaque fibre à répondre. Sa poitrine montait et descendait avec un râle sec ; son orgueil empêchait sa vitesse de mourir. Il savait ses réserves grignotées jusqu’au trognon, mais refusait l’idée même du recul.
Oob, lorgnant par-dessus son épaule, esquissa un sourire qui trahissait la fatigue autant que l’ironie :
— Il semble que la chance me sourit. Ton énergie a bien baissé.
C’était le point de bascule, la minute où l’on joue tout. Dans les tribunes, chacun retenait son souffle comme si cela pouvait peser dans l’issue. Un gamin se cramponnait à la rambarde, les jointures blanchies ; un vieil homme murmurait des consignes imaginaires au rythme des esquives ; un couple se tenait les doigts, yeux ronds, incapable d’applaudir. On savait déjà que ce dernier acte entrerait dans la légende.
En lambeaux, veines saillantes, le prince serra son poing valide jusqu’à blanchir les phalanges.
— Tu crois que j’en ai fini ? cracha le prince, la voix rugueuse. Tu vas voir… ce que c’est qu’un vrai Saiyen.
— Tu bluffes, Maître ! Tu n’as plus d’énergie, répliqua Oob sans ciller, prêt à bondir, les épaules basses, le centre de gravité fuyant.
Vegeta ferma les yeux une demi-seconde, canalisa, agrippa le monde. Le bruit ambiant sembla se contracter, comme aspiré. Il rugit :
— BIG BANG…
Une sphère bleutée, lourde et vorace, gonfla dans sa paume. Des filaments de ki serpentaient autour, striant l’air d’un sifflement électrique. Oob anticipa, inclina le buste, glissa hors de la ligne de tir avec un battement du bassin. Alors, un éclat plus dur traversa les yeux du prince. Le pivot fut fulgurant, l’intention, tranchante :
— ATTACK !
La déflagration, capturée puis renversée, le propulsa comme un javelot. Il fendit l’air en vibration sourde, corps tendu, menton verrouillé. Son dos heurta Oob dans un fracas qui éventra l’atmosphère. Une onde grise s’étira derrière eux et tordit, un instant, les drapeaux des gradins. La violence du choc rejeta les deux corps à une hauteur absurde, les déracina du ring, puis les projeta par-delà la balustrade, à mi-chemin des premiers rangs. Des verres basculèrent, des programmes s’envolèrent comme des oiseaux pris de panique.
L’arène s’éteignit d’un seul coup, muette, suspendue à l’image.
Une caméra saisit l’instant au ralenti. Silhouettes figées dans le couchant ; poussière en couronne ; visages crispés ; pupilles dilatées. Un technicien, casque sur l’oreille, n’osait plus respirer ; la régie s’était tue, crucifiée par l’instant. Les secondes s’allongèrent comme un élastique à rompre.
Puis le murmure revint, d’abord ténu, puis gonflant en houle.
— Ce combat… ça ressemble à ce que je m’imagine du duel entre Cell et Mister Satan ! souffla un Terrien, admiratif, sans jamais avoir vu les images.
Un autre répondit presque immédiatement :
— Mais ces deux-là sont encore loin d’arriver à la cheville de Mister Satan !
Il fit une pause, comme s’il se rendait compte de l'absurdité de la comparaison.
— Mais bon… c’est quand même un sacré combat, hein ? ajouta-t-il avec un sourire d’instantané respect.
À une soixantaine de mètres, Oob était à terre. Corps griffé, vêtements déchirés, respiration brisée. Sa jambe blessée, tordue par l’impact, refusait la moindre charge. Il chercha Vegeta du regard, trouva sa silhouette à travers la poussière, et laissa tomber la tête :
— Je… j’ai perdu, articula-t-il d’une voix râpeuse.
Vegeta, lui, se redressa en crispant la mâchoire, ramena son bras valide pour maintenir le gauche, brisé, contre ses côtes. Il pinça les lèvres dans un rictus bref, l’œil aigu :
— Tu as surtout encore des choses à apprendre, dit-il simplement, sa voix rude mais pleine de vérité.
— Merci, Maître, souffla Oob, assis sur le sol en dalles brisées, les mains posées derrière lui pour ne pas solliciter sa jambe. Le regard levé, humble, il fit simplement un signe de tête.
Vegeta gardait son avant-bras valide plaqué au bras blessé, comme une attelle improvisée. Il pivota du buste, sans décroiser l’appui, et s’éloigna de quelques pas sur un rythme mesuré. Chaque vibration du sol sonnait jusque dans l’os.
— Hmpf. Au lieu de me remercier, tu ferais mieux de ne plus sous-estimer ton adversaire, lâcha-t-il, sans se retourner.
Goku arriva à grandes enjambées, l’air amusé mais sérieux au fond des prunelles. Il jaugea les dégâts du regard, puis fixa Vegeta. Le geste partit net, presque paresseux : une fève verte décrivit une courbe propre.
— Pas mal, hein ? lança-t-il, mi-constat, mi-sourire.
Vegeta, la main droite rivée à son bras gauche meurtri, libéra juste assez de mobilité du côté valide pour attraper le senzu au vol. Ses doigts se refermèrent dessus avec la précision d’un piège. Il le jaugea, le fit tourner une seconde, puis détourna la tête avec sa mauvaise foi coutumière.
— Hmpf. Trop mou, grommela-t-il, mais une étincelle de fierté vibrait au fond de l’iris, impossible à étouffer.
Ils regagnèrent ensemble le plateau éventré comme on marche dans un champ de bataille après l’orage. Les dalles craquaient sous leurs pas ; des nuages de poussière se levaient à chaque foulée. Le stade respirait à nouveau.
* * * * * * *
Mr. Satan, président du tournoi et maître de cérémonie, s’avança en bombant le torse. Sa valise, calée contre la hanche, sonnait d’un cliquetis métallique à chaque pas. Il s’arrêta face à Vegeta ; un projecteur, revenu de son éclipse, cercla leurs silhouettes d’un halo.
— Votre récompense, champion ! déclama-t-il, emplissant le micro comme une trompette de parade.
Le couvercle sauta : cinq millions de zénis alignés, impeccables. Vegeta repoussa la mallette du plat de la main, sans même un coup d’œil.
— Je n’en veux pas.
Le refus tomba, net, et fit frissonner les tribunes. Le stade comprit : il n’était pas venu acheter une gloire, seulement prouver une vérité. Un murmure d’admiration sinua entre les rangs.
L’arbitre, lui, s’était immobilisé au centre du ring. On devinait le nœud dans sa gorge, les doigts crispés sur le micro. Il inspira ; le vacarme retomba par degrés, jusqu’au silence qu’on entend.
— Je… saisis l’instant, dit-il enfin, la voix un peu voilée, pour annoncer officiellement ma retraite des tournois d’arts martiaux.
Un battement de vide. Puis la nouvelle se propagea en vague froide, avant que l’émotion ne remonte comme une marée. Des chuchotements d’abord, des têtes qui se tournent, des sourcils levés ; et soudain, le soulèvement. Le public se leva d’un seul mouvement, une ovation se fracassa sur la scène. Cris, applaudissements, sifflets d’admiration. La reconnaissance, entière. Certains brandirent leurs pancartes, non pour leurs favoris, mais pour lui ; d’autres scandaient son nom, par vagues, jusqu’aux dernières rangées.
Krilin, Yamcha et les autres guerriers Z se dressèrent, les paumes rouges, le sourire grand ouvert. Goku, Vegeta, Piccolo, N°18 et Trunks gardèrent les bras croisés, mais inclinèrent légèrement la tête, sobres, impeccables. Derrière eux, Kame Sennin contempla la scène, mains nouées dans le dos, l’œil brillant d’une sagesse qui a vu passer les ères. On aurait juré voir ses épaules se relâcher d’un demi-centimètre, comme après une longue apnée.
Les yeux de l’arbitre se brouillèrent. Les applaudissements lui tombaient dessus comme une pluie qu’on n’attend plus. Pendant des années, il avait veillé à l’équité, réglé les départs, calmé les esprits. Il découvrait qu’on l’avait vu. Qu’on s’en souvenait. Chaque claque de main dans l’air ajoutait un poids doux à sa poitrine. Il leva une paume, maladroite, pour demander le calme ; l’ovation trembla, redoubla encore un instant, puis se déplia en un murmure reconnaissant.
— Merci, dit-il simplement, la voix cassée, quand le micro voulut bien lui rendre son souffle. Merci… pour tout.
Bulma et Videl fixaient le ring avec cette gravité tendre des témoins d’un passage de relais. Videl mordit la lèvre, retint une larme qui se formait malgré elle. Bulma, moins avare d’élans, laissa une trace brillante couper sa joue. Chichi, à côté, hocha la tête, un sourire mince, fier, au coin des lèvres. Même Mr. Satan, la valise encore entrouverte, baissa le menton avec un sérieux soudain qui lui allait bien.
La clameur s’amenuisa ; les pulsations se dispersèrent dans la charpente, puis retombèrent en échos. Le remerciement, lui, resta, comme une odeur après l’orage. L’arbitre s’inclina, lentement, profondément, avant d’esquisser un dernier signe. Le salut simple d’un homme ordinaire devenu repère. Les caméras s’attardèrent une seconde de plus, pas davantage.
Et l’arène, encore tiède de foudre, conserva ce silence de velours qu’on n’offre qu’aux adieux mérités.
* * * * * * *
Le tournoi touchait officiellement à sa fin. Après des heures d’affrontements, la foule s’étiolait par vagues, bruissant d’ultimes commentaires avant de filer vers les sorties. La Z-Team, elle, traînait encore près du ring éventré, recueillant les retardataires, décompressant par bribes. L’air avait retrouvé son calme, mais vibrait encore des échos du jour.
Aya s’avança alors, les pas lents, les épaules hautes, comme sur un fil. Son arrivée ne surprit personne : on l’avait vue rôder en périphérie, hésiter, revenir. Ce qui tendit les dos, c’était l’incertitude qui lui collait à la peau, ce mélange d’alerte et de pudeur. Derrière elle, Tara suivait de près, prête à parer le moindre dérapage.
Aya finit par gagner le cercle. Son regard, d’ordinaire impassible, chercha un havre et accrocha celui de Goten, puis glissa aux autres. Le silence s’épaissit une seconde. Tara prit la main, d’une voix douce qui portait clair :
— Elle est désolée. Quand on touche à ses cicatrices, Aya perd pied. C’est intime. Ça la dépasse encore.
Le ton apaisait, sans maquiller la difficulté. Goten, pris à revers mais de bonne foi, hocha la tête : il avait compris. Il força un sourire maladroit.
— C’est rien… Vraiment. Ne t’en fais pas.
Tara s’approcha de lui, la paume posée légèrement sur sa joue. Une lueur pâle ourla ses doigts ; la griffure se referma comme une fermeture-éclair qu’on remonte, la douleur se dissipa en une respiration. Goten cligna des yeux, surpris par le soulagement qui fondait dans ses muscles.
— Merci, souffla-t-il, sincère.
— De rien, répondit Tara en inclinant la tête, l’ombre d’un sourire au coin des lèvres.
Elle se tourna vers Aya, restée un pas en retrait, à la fois présente et fuyante.
— On y va ? proposa-t-elle, plus tendre qu’à l’habitude.
Aya acquiesça, encore troublée, mais docile. Les deux s’éloignèrent vers Guma et Dinner, postés un peu plus loin. Tara, sans la lâcher des yeux, risqua une pointe d’humour :
— Alors, contente ?
La question la prit au dépourvu. Aya rougit, un sourire minuscule fendit son masque.
— Beaucoup, admit-elle dans un souffle.
Elle baissa le regard, cette fragilité d’enfant qui passe puis se cache aussitôt. Tara posa ses mains sur ses épaules et les pressa doucement, un geste typique de grande sœur.
La conversation reprenait par grappes quand une silhouette familière se découpa dans le crépuscule : Kame Sennin, les lunettes brisées, la tenue froissée, le visage éraflé, avançait à petits pas héroïques. On eût dit qu’il sortait d’une porte qui s’était refermée trop vite sur lui.
Oolong ne laissa évidemment pas l’occasion passer.
— Alors, maître, vous avez eu l’autographe de Lady Star ?
Kame Sennin tourna la tête, exhiba un sourire qui n’avait jamais appris la prudence.
— On va dire ça… grogna-t-il, le timbre rauque et ronchon.
Le groupe éclata de rire, soupape bienvenue après la tempête. Mais une voix coupa net la rigolade :
— Vous n’avez pas changé, maître.
Tenshinhan approchait, flanqué de Chaozu, Yurin… et Lunch. La simple présence de cette dernière pétrifia un instant l’air. Plus mûre, même coupe, même allure, mais une lumière mélancolique au fond des yeux.
Le silence fit office de salutations. Kame Sennin, soudain sérieux, s’avança de deux pas, avalant des années d’un regard.
— Lunch…
Un nom comme un écho. Elle pinça les lèvres, puis adoucit son regard.
— Bonjour, maître. Vous avez… bonne mine, dit-elle avec une politesse timide.
Les regards se croisèrent, se reconnurent. Rares secondes où le vieux grivois n’avait plus de repartie prête : juste un homme, face à un chapitre qui revient dire bonjour.
Le moment fendillé, Kame Sennin se retourna et son œil glissa déjà vers Yurin, détaillant la jeune femme avec l’enthousiasme scientifique d’un scanner clandestin. Il entrouvrit la bouche… Paf. Yurin lui appliqua une tape magistrale sur le crâne. Visiblement, elle avait eu vent du comportement tendancieux du vieux maître. Le maître porta la main à sa tête, les yeux ronds et une grimace comique. Tout le monde se mit à rire. La camaraderie prenait ses aises.
Plus en retrait, Guma, Tara, Aya et Dinner suivaient la scène avec un calme amusé. On sentait l’après-coup des combats décroître, l’ordinaire revenir sur la pointe des pieds.
Profitant de la bonne humeur ambiante, Satan s’avança, frottant ses mains, l’étincelle du bon plan dans l’œil.
— Bon ! Maintenant que tout est terminé, pourquoi ne pas aller manger tous ensemble pour fêter ça ? cria-t-il assez fort pour que Tenshinhan et les siens entendent aussi.
L’idée fit mouche. Mais la mention de la récompense refusée lui revint à l’esprit ; il se tourna vers Vegeta, prudemment.
— Euh… Vegeta… Je… je peux… emprunter les cinq millions pour régler l’addition ? Pour… tout le monde ?
Silence en apnée. Vegeta leva vers lui un regard parfaitement lisse, puis inclina légèrement la tête. Un feu vert glacial.
— Parfait ! jubilait déjà Satan. Alors on régale tout le monde !
Direction le Delicious – rebâti depuis la 23e édition – haut lieu des remises à niveau caloriques d’après-tournoi. Un cortège hétéroclite s’ébranla, riait déjà en chemin. Goku et Vegeta s’échangeaient leurs piques rituelles, Trunks et Goten rejouaient les meilleurs coups en mime, Krilin racontait pour la quatrième fois « le moment où il a vraiment cru… », et même Piccolo semblait moins anguleux qu’à l’ordinaire.
À l’écart, l’arbitre quittait l’enceinte un sac à la main. Sa marche était lente mais sûre : une manière de fermer proprement la porte. Il se retourna. L’arène baignait dans une lumière miel ; les ombres s’étiraient comme des cordes de harpe sur le sol. Il inspira, grava l’image quelque part derrière les yeux. Les années remontèrent en vrac : départs impeccables, finales trop courtes, affiches impossibles, champions, anonymes, tricheurs rattrapés, miracles de dernière seconde. Un sourire lui vint, discret.
Il repartit, sans chercher d’autre témoin que le soir lui-même. Le bruit de la foule s’éteignait derrière lui ; devant, la ville allumait ses néons. Il resserra la sangle du sac et poursuivit son chemin, droit, sans se retourner. Un salut silencieux à un lieu qui avait façonné sa vie et qu’il rendait intact, à sa façon.