Dragon Ball - Next Journey
A l’auberge du Sanglier Bleu, on servait les aventuriers comme on sert des gens qu’on espère voir revenir.
Avec plus de mousse dans les chopes, des portions plus généreuses, et cette façon bien à elle qu’avait la patronne d’oublier soudain l’addition quand le client s’apprêtait à partir combattre un monstre trop célèbre pour être sain.
Ce matin-là, les tables du fond avaient été réservées pour un groupe dont les noms circulaient déjà depuis des années dans les capitales, les casernes et les marchés.
Le chevalier Dederick, l’elfette Aurora Boralus, la sorcière Amalia Thornheart et le nain minotaure Darag.
Des aventuriers de rang S.
Enfin, c’était surtout ce que répétait Dederick à chaque fois qu’il entrait quelque part avec sa cape bien droite, son menton levé et ce regard de statue qui semblait dire au monde entier : oui, vous pouvez admirer.
Aurora, assise à sa droite, l’observait justement avec une attention dévouée qui frisait la prière silencieuse. Son repas refroidissait presque autant que son bon sens quand il s’agissait de contredire le chevalier.
En face, Amalia découpait sa viande avec une précision froide, le grand chapeau noir posé à côté d’elle sur la banquette pour éviter qu’il ne trempât dans la sauce. Sa longue chevelure rouge lui tombait sur l’épaule, et son expression disait déjà qu’elle regrettait d’être levée si tôt pour sauver un royaume qui, de toute évidence, ne la méritait pas.
Darag, lui, mastiquait.
Petit, trapu, noir de poil, cornes épaisses et anneau d’or au nez, le nain minotaure avait l’air de pouvoir encaisser un bélier lancé au galop juste pour se donner une idée de sa vitesse. Il mangeait sans faire de discours, ce qui, à la table, le rendait de loin le plus reposant.
La serveuse arriva alors avec un large plateau rond où reposaient trois chopes et une assiette de pain encore chaud.
— Et voilà pour vous, annonça-t-elle avec un sourire.
Eleanor posa le plateau avec aisance, comme si elle avait grandi en apprenant à porter des bières entre des mercenaires blessés, des bardes bavards et des chasseurs de primes.
Elle avait noué ses cheveux noirs à la hâte ce matin-là, ce qui laissait échapper quelques mèches autour de son visage. Son regard pétillait d’une franchise simple, celle des gens qui n’ont pas besoin d’épée pour tenir debout devant des héros.
— Trois bières ? remarqua Amalia. Et la mienne ?
— La patronne a dit que vous avez déjà l’air assez de mauvaise humeur sans qu’on vous aide, répondit Eleanor.
Darag souffla par le nez, ce qui, chez lui, ressemblait à un rire de forge. Dederick saisit sa chope comme on reçoit un symbole de reconnaissance populaire.
— Le royaume sait honorer ceux qui se dressent entre lui et la ruine.
— Le royaume sait surtout qu’un héros qui a faim devient agaçant, dit Eleanor.
Aurora eut un petit sourire, vite réprimé en voyant Dederick redresser le dos.
— Eleanor, reprit le chevalier d’un ton noble, soyez sans crainte. Avant le coucher du soleil, Neoll’ur ne sera plus qu’un mauvais souvenir.
Amalia leva enfin les yeux de son assiette.
— Avant le coucher du soleil ? Tu veux lui réciter ta biographie avant ou après t’être fait rôtir ?
Aurora fronça légèrement les sourcils.
— Dame Amalia...
— Quoi ? Je pose la question.
Dederick but une longue gorgée, essuya un peu de mousse sur sa lèvre et répondit avec un calme étudié.
— Le doute est normal chez ceux qui n’ont pas reçu de formation chevaleresque.
— Et la compétence est normale chez ceux qui ne compensent pas par le ton, répliqua Amalia.
Darag mastiqua encore deux fois, puis déclara :
— Si vous finissez mariés, j’irai vivre dans une grotte.
Un silence tomba.
Aurora rougit légèrement. Dederick faillit s’étouffer avec sa bière. Amalia leva un sourcil si haut qu’il manqua de sortir de son visage.
Eleanor éclata de rire.
— Pour une fois, dit-elle, je paierais pour voir ça.
Dederick reposa sa chope avec dignité.
— Concentrez-vous. Nous avons été choisis par le roi en personne.
Cette fois, même Eleanor se tut un instant. L’ombre du nom suffit à remettre la mission au centre de la table. Neoll’ur, le seigneur dragon, avait détruit une capitale alliée entière. Pas une tour. Pas un hameau. Une capitale. Les récits divergeaient sur les flammes, la durée de l’attaque, le nombre de survivants. Mais ils s’accordaient tous sur un point : quand il s’était envolé, le ciel lui-même avait semblé vouloir s’écarter.
Aurora joignit les mains devant elle.
— Nous réussirons.
Dederick tourna la tête vers elle avec un air grave.
— Oui.
Amalia soupira.
— Vous êtes vraiment faits pour vous encourager mutuellement jusqu’au bord de l’abîme.
Darag vida sa chope d’un trait.
— Tant qu’on prend l’abîme par surprise.
Eleanor ramassa les assiettes vides, puis s’arrêta un instant derrière Dederick.
— Revenez vivants, d’accord ?
Le chevalier se leva lentement.
— Vous avez ma parole.
Amalia enfila son chapeau.
— Voilà qui me rassure à moitié moins qu’un sort de protection.
Ils sortirent peu après.
Dans la rue principale, les habitants s’écartaient sur leur passage avec ce mélange de respect et de curiosité que provoquent les gens qu’on transforme déjà en histoire avant même leur départ. Les étendards de la capitale claquaient mollement dans l’air du matin. Quelques enfants coururent derrière eux pendant quelques mètres avant de s’arrêter, impressionnés par le charisme du groupe.
Ils n’avaient pas encore atteint la porte extérieure qu’une voix douce les appela.
— Attendez !
Sœur Briana traversait la place à pas pressés, relevant légèrement les pans de sa robe pour ne pas trébucher. Son voile encadrait son visage avec sévérité, mais une mèche blonde s’en échappait obstinément au-dessus de son front. Ses yeux bleus, eux, ne parvenaient pas à cacher qu’ils cherchaient quelqu’un en particulier.
Ou plutôt quelqu’un avec une armure brillante et un profil avantageux.
— Ma sœur, dit Dederick en se tournant avec une noblesse instantanée.
La religieuse reprit son souffle, puis leva une petite fiole d’eau bénite.
— J’ai appris votre départ. Je... je tenais à vous accorder une bénédiction avant que vous n’entriez dans l’antre de la créature.
Darag haussa les épaules.
— Si ça protège aussi de ses flammes, je prends.
Briana s’avança devant le groupe. Elle traça un signe de protection devant Darag, puis devant Amalia, qui se laissa faire avec une expression neutre. Quand vint le tour d’Aurora, la sœur murmura une formule plus longue, peut-être parce qu’elle craignait sincèrement pour elle.
Puis elle arriva devant Dederick.
Sa main s’arrêta une fraction de seconde trop longtemps au-dessus de son front.
Dederick, lui, prit immédiatement le visage des grandes occasions, celui qu’il réservait d’habitude aux statues, aux souverains et aux surfaces réfléchissantes.
— Que la lumière veille sur votre bras, murmura Briana.
— Et sur votre foi, ma sœur, répondit-il avec profondeur.
Amalia pinça les lèvres pour ne pas sourire. Aurora, elle, détourna les yeux.
Briana recula d’un pas, puis joignit les mains sur sa poitrine.
— Revenez-nous.
Darag pencha la tête.
— C’est moi ou elle a dit « nous » en regardant surtout lui ?
— Chut, fit Amalia.
— Je peux très bien t’entendre, protesta Briana en rougissant.
Darag se contenta d’un grognement qui, chez lui, faisait office d’excuse.
Le groupe reprit sa route.
Au bout d’une heure, les remparts n’étaient plus qu’une ligne claire derrière eux. Les terres s’élevaient, devenaient plus âpres, plus rocheuses. Les arbres se raréfièrent, puis disparurent presque. Un vent chaud soufflait depuis les hauteurs, chargé d’une odeur minérale et ancienne.
L’antre de Neoll’ur s’ouvrait dans le flanc d’un massif noir, immense déchirure béante dans la montagne.
Le groupe s’arrêta à l’entrée.
Même Dederick cessa de bomber le torse pendant une seconde.
L’intérieur descendait en pente douce avant de s’ouvrir sur une cavité gigantesque. Des colonnes naturelles montaient jusqu’à une voûte si haute qu’elle se perdait dans l’ombre. Au fond, tout en bas, au milieu de roches éclatées et de coulées anciennes, reposait une masse monumentale.
Neoll’ur.
Même endormi, il avait l’air prêt à ruiner des générations d’architecture. Ses ailes repliées semblaient taillées dans un cuir de nuit. Sa crinière blanche hérissée tombait derrière son cou comme une cascade sauvage. Des cornes rouge et noir encadraient un front orné d’un joyau bleu. Sa poitrine se soulevait lentement, mais à chaque respiration, on croyait entendre remuer un four.
Dederick s’accroupit derrière un rocher.
— Très bien, murmura-t-il. Darag et moi avançons par la gauche. Aurora couvre. Amalia gagne de l’altitude et prépare un sceau offensif. Dès que je donne le signal...
— Pourquoi tu chuchotes ?
La voix, normale, claire, paisible, surgit derrière eux comme une assiette qu’on casse dans une cathédrale.
Tous se figèrent.
Dederick se retourna si vite qu’il cogna presque son plastron contre la roche.
Trois silhouettes venaient d’entrer dans l’antre comme on entre dans une grange où l’on a vaguement entendu qu’il y avait quelque chose d’utile.
Devant, un homme aux cheveux noirs en bataille, vêtu d’un dogi bleu sans manches et d’un pantalon orange, avançait les mains derrière la tête avec une décontraction scandaleuse.
A sa droite, un jeune homme au teint brun en tenue verte.
A sa gauche, une jeune fille à queue-de-cheval, vive et concentrée, portant un débardeur et un mini-short.
— Papy, dit-elle, je t’avais dit que c’était ici.
— Oui, oui, répondit l’homme.
Dederick resta bouche ouverte. Amalia cligna une fois, deux fois.
Darag plissa les yeux. Aurora ne comprit même plus quoi protéger en priorité.
Le dragon ouvrit un œil. Puis l’autre.
Son regard bleu se fixa sur le trio. Il releva lentement la tête, dévoilant des crocs qui auraient pu servir de piliers de pont.
Dederick tendit une main paniquée.
— Vous, là-bas...!
Trop tard.
Neoll’ur inspira.
Le fond de sa gorge s’illumina d’un rouge incandescent.
— Attention ! lança Aurora.
Le dragon cracha.
Le souffle de feu traversa l’air de l’antre dans un rugissement de forge déchaînée. Pan et Oob bondirent chacun de leur côté. L’homme au dogi, lui, resta une demi-seconde de trop au même endroit.
Le feu l’engloutit.
Un silence de mort s’abattit. Puis une silhouette noire de suie émergea de la fumée.
Ses cheveux fumaient encore légèrement. Son visage était couvert de noir. Son dogi bleu avait pris quelques brûlures sur l’épaule et le flanc. Il s’épousseta les vêtements pour en chasser la suie, et fit :
— Oulah. Fais attention avec ça.
Le dragon cligna des yeux à son tour. Dederick sentit son cerveau abandonner plusieurs fonctions non vitales.
L’homme s’éleva dans les airs jusqu’au niveau de la gueule gigantesque.
— T’en fais pas, on va juste prendre les pierres rouges et repartir. T’es pas obligé de faire peur à tout le monde comme ça.
Neoll’ur grogna, méfiant. Alors l’inconnu lui tendit la main... et lui caressa doucement sous le menton.
Le dragon se figea.
Un battement. Deux. Puis, à la stupéfaction générale, l’énorme tête se redressa légèrement. Une sorte de grondement grave s’échappa de sa gorge. Ce n’était plus vraiment hostile. C’était... satisfait.
— Ah ! fit l’homme. Je savais bien !
Il continua ses papouilles. Sous le menton. Puis sur la joue. Puis sur le haut du cou.
Le dragon tourna lentement la tête, comme une créature découvrant qu’elle avait peut-être attendu ce moment toute sa vie. L’inconnu posa alors les deux mains sur son ventre écailleux et le gratta avec l’énergie ravie d’un enfant qui aurait trouvé le plus gros chien du monde.
Neoll’ur bascula presque sur le côté.
Il donna un coup de patte dans le vide, énorme, maladroit, pas agressif du tout. On aurait dit qu’il luttait entre la dignité du prédateur millénaire et le plaisir colossal d’être gratté au bon endroit.
Pan revint la première, un énorme rocher rouge sur l’épaule.
— Papy ! On a ce qu’il faut !
Oob la rejoignit.
— On peut y aller. Il y en a d’autres plus loin, mais ceux-là devraient suffire pour Bra.
Dederick tourna très lentement la tête vers eux.
Ils parlaient du seigneur dragon destructeur de capitale comme d’un problème d’approvisionnement.
L’homme au dogi cessa de gratter le ventre de Neoll’ur.
— Déjà ?
Le dragon leva la tête avec une expression si déçue qu’elle parut presque humaine.
— On reviendra peut-être, dit l’homme avec un sourire. Merci de nous avoir laissés prendre ça.
Il donna une dernière tape affectueuse sur le flanc du dragon, puis s’envola jusqu’au niveau de Pan et Oob.
— Allez, on rentre.
Il fit un signe de la main.
Le dragon, les yeux humides d’une tristesse soudaine, sortit de nulle part un immense mouchoir blanc et l’agita lentement pour leur dire au revoir.
Tous trois quittèrent l’antre en emportant leurs rochers.
Le silence qui suivit fut si complet qu’on aurait entendu tomber une plume en armure.
Darag fut le premier à parler.
— C’était qui, ça ?
Dederick se redressa, tira sur ses épaules et croisa les bras comme s’il avait parfaitement analysé la situation.
— Je l’ignore, dit-il. Mais notre groupe est plus fort qu’eux.
Aurora hocha la tête aussitôt.
— Oui. Bien sûr.
Elle n’y croyait pas une seconde. Amalia, elle, garda les yeux fixés vers la sortie qu’avait empruntée le trio.
— J’espère sincèrement que tu as raison.
Neoll’ur, lui, avait cessé d’agiter son mouchoir. Il se retourna lentement. Et, privé de son nouvel ami, se rappela tout à coup qu’il était un seigneur dragon.
La température de l’antre monta d’un cran.
Darag montra les crocs.
— On devrait partir.
— Pas question, lança Dederick. Nous avons été choisis par le roi.
Il tira son épée.
— Amalia, avec moi. Prends de la hauteur. Aurora, reste prête à couvrir !
— Voilà une phrase qui me donne envie de facturer plus cher, grommela la sorcière.
Elle enfourcha son sceptre-bâton, murmura une formule, et le bois noir se mit à flotter. Dederick grimpa derrière elle avec l’assurance crispée d’un homme qui n’aimait pas du tout dépendre de quelqu’un assis devant lui.
Aurora les regarda monter avec une crispation discrète.
— Tu peux arrêter de respirer comme ça dans mon dos ? lança-t-elle.
— Je respire comme respire un chevalier.
Ils s’élevèrent jusqu’au niveau de la tête du dragon. La chaleur était écrasante. Neoll’ur les suivait des yeux, cette fois sans la moindre attendrissante confusion.
Dederick leva son bras.
— Maintenant !
Amalia serra les dents. Le sceptre vacilla. Puis plongea.
— Qu’est-ce que... commença Dederick.
Les deux chutèrent brutalement et s’écrasèrent en contrebas dans un nuage de poussière, juste à côté de Darag.
— Qu’est-ce que tu fiches ?! lança le chevalier.
— Le sort de lévitation consomme énormément de mana, imbécile ! Tu n’es pas une plume !
— Quoi ?! C’était le moment de me le dire !
— C’était le moment de peser moins lourd à la naissance !
Le minotaure les regarda une demi-seconde. Puis il leva un doigt énorme en direction du dragon.
— Ce n’est peut-être pas le moment.
Dederick et Amalia levèrent la tête en même temps.
Neoll’ur avait ouvert la gueule. Au fond, le feu se concentrait déjà.
L’entrée de l’antre resta visible un instant, vide, noire, silencieuse.
Puis un rugissement la fit trembler.
Et des cris en jaillirent.
* * * * * * *
Plusieurs jours plus tard, sur Sadala, le vent soufflait entre les colonnes rocheuses avec une sécheresse de sabre.
Cabba respirait fort.
Face à lui, Vegeta se tenait à demi de profil, le regard dur, les bottes ancrées dans la poussière d’un plateau ravagé par des entraînements répétés. Les jours écoulés avaient laissé leurs marques partout : impacts, roches brisées, sillons d’atterrissage, pans de falaise entamés.
Le soleil déclinait lentement, noyant les pics dans une lumière de cuivre.
— Encore, dit Vegeta.
Cabba fondit sur lui.
Depuis leur premier affrontement, quelque chose avait changé. Le jeune Saiyan n’attaquait plus avec la même fougue visible. Son style s’était resserré. Il gaspillait moins. Il cherchait davantage à lire qu’à imposer. Et même dans sa fatigue, cela se sentait.
Vegeta bloqua un direct. Cabba pivota aussitôt, frappa au flanc. Le prince dévia. Cabba remonta en coup de genou. Le prince encaissa sur l’avant-bras, puis répliqua d’un revers sec.
Cabba se baissa juste assez. Le vent du coup lui balaya les cheveux.
Il glissa sur le côté, frappa au ventre, feinta une seconde fois, puis enchaîna immédiatement avec un crochet montant que Vegeta évita d’un souffle.
Le prince eut un mince rictus. Cabba serra les dents.
Leur échange se mua en rafale. Les coups claquèrent dans l’air en séquences presque invisibles. Cabba bloquait, reculait d’un angle, revenait. Vegeta testait ses ouvertures, cassait ses appuis, cherchait l’erreur avec cette cruauté éducative qui lui servait de méthode.
Puis Cabba vit enfin quelque chose : un appui trop net sur la jambe avant. Infime. Mais là. Le jeune Saiyen tenta sa chance.
Coup au corps. Coude au thorax. Pivot. Fausse ouverture à droite. Vegeta crocheta pour contrer. Cabba l’attendait. Il tourna sur lui-même et lança une jambe fouettée qui cueillit le prince à la tempe.
Vegeta recula d’un pas.
Cabba ne le laissa pas respirer. Il bondit, frappa de la paume, puis du talon, puis termina par un coup de poing net au plexus qui projeta Vegeta à travers un empilement de roches noires.
L’explosion de débris fit vibrer l’air.
Cabba atterrit, haletant, les yeux grands ouverts.
Il l’avait fait. Pas vaincu. Jamais il n’aurait été assez idiot pour croire cela. Mais il avait remporté un enchaînement propre.
Un frisson de fierté lui monta dans la poitrine.
Les gravats bougèrent. Puis Vegeta en jaillit d’un bond sec, traversa le nuage de poussière et vint se poser au sommet d’une colonne rocheuse étroite, un genou à peine fléchi. Le soleil couchant découpait sa silhouette comme une lame noire.
Cabba leva la tête, prêt à entendre une pique, un « pas mal ». Ou au moins un « hm » de qualité acceptable.
Mais rien ne vint.
Vegeta était immobile. Trop immobile. Quelque chose clochait.
— Maître ?
Le prince porta brusquement une main à sa poitrine, sur le tissu qui la recouvrait.
Son autre poing se serra si fort que les articulations blanchirent. Son dos se voûta. Sa respiration se brisa d’un coup, comme si un crochet invisible venait de l’atteindre de l’intérieur.
Cabba fit un pas en avant.
— Maître Vegeta ?!
Vegeta se plia en deux.
Le mouvement fut si brutal qu’il rappela moins un essoufflement qu’une attaque venue du fond des organes. Ses épaules tremblèrent. Les muscles de son cou saillirent. Une veine pulsa à sa tempe. Ses dents grinçaient si fort que Cabba les entendit presque malgré le vent.
Puis une première vague de puissance se déploya autour de lui.
Pas comme d’habitude.
Pas comme une simple libération.
C’était plus violent. Plus heurté. Moins propre. Comme si quelque chose cherchait à sortir tout en le forçant à rester le même.
Le sol vibra.
Cabba sentit l’air devenir lourd.
Vegeta redressa lentement la tête. Ses yeux étaient toujours les siens, mais l’expression... l’expression n’avait rien de normal. Il y avait une lutte dedans. Une crispation profonde, comme si tout son corps refusait d’être traversé par ce qui montait.
— Ngh...!
Le cri resta coincé à moitié dans sa gorge.
Sa colonne rocheuse se fendit sur toute sa hauteur. Alors la puissance éclata pour de bon…
Un halo terrible jaillit autour de lui, immense, écrasant, presque silencieux d’abord tant il dépassait le simple vacarme du ki. Il n’y avait pas cette sensation franche et lisible qu’on ressent face à une transformation ordinaire. C’était autre chose. Une pression. Une majesté monstrueuse.
Cabba recula d’un pas malgré lui.
Il ne sentait pas le ki divin. Et pourtant, au plus profond de lui, quelque chose savait.
Cette puissance n’était pas pour lui.
Elle n’était pas dans sa catégorie, ni dans celle d’un combat normal, ni même dans celle des seuils que son maître lui avait déjà laissés entrevoir. C’était comme se tenir au bord d’un vide si haut qu’on comprenait sa profondeur avant même d’en voir le fond.
Le vent se mit à hurler autour du plateau.
Les pierres se soulevèrent.
Vegeta écarta légèrement les bras, tordu par les spasmes de cette montée atroce, et son aura grandit encore. Par instants, elle semblait se fissurer elle-même, comme corrompue par une pulsation étrangère. Des éclats noirs, trop rapides pour être vraiment vus, parasitaient la lumière.
Cabba comprit.
Ce n’était pas un déploiement volontaire.
Ce n’était pas juste la forme divine.
Le jeune Saiyan leva un bras devant son visage pour se protéger de la pression qui ravageait le plateau. Ses yeux, pourtant, restaient rivés sur la silhouette de son maître.
Son cœur se serra.
Vegeta releva enfin complètement la tête. Et la puissance continua de monter.
Cabba sentit le sang se glacer dans ses veines.
— Pas vous...
La colonne sous Vegeta éclata entièrement.
Et le ciel de Sadala sembla, l’espace d’un instant, hésiter entre la lumière des dieux et la maladie.
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Dederick, le prodige [ 天才 ・ デデリック ] : provient d'un générateur de nom de chevalier.
Aurora Boralus [ オーロラ ・ ボラルス ] : provient de « Aurore Boréale » en anglais.
Amalia Thornheart [ アマリア ・ ソーンハート ] : provient d'un générateur de nom de sorcière.
Darag [ ダラグ ] : provient d'un générateur de nom de minotaure.
Eleanor [ エレノア ] : provient d'un générateur de nom.
Sœur Briana [ シスター ・ ブリアナ ] : provient d'un générateur de nom.
Neoll'ur, le seigneur dragon [ 竜王 ・ ネオルール ] : provient d'un générateur de nom de dragon.