Dragon Ball - Next Journey
La lumière de la salle de réunion n’avait rien de chaleureux.
Elle était blanche, clinique, découpée en bandes nettes par des lignes de plafonnier trop parfaites. Elle glissait sur la table ronde comme sur une surface qu’on aurait désinfectée avant d’y poser l’avenir. Tout était propre, silencieux, calibré… et pourtant l’air portait une tension épaisse, une sorte de jubilation qu’on ne disait pas à voix haute.
Autour de la table, plusieurs silhouettes tsufuls étaient assises, presque immobiles. Leurs corps étaient plus petits, plus fins, plus économes dans les mouvements que ceux des Saiyens. Leur force n’était pas dans les épaules, mais dans les doigts, dans le regard, dans la manière de choisir les mots comme on choisit une lame.
Au centre de la table, Sadala flottait déjà.
Une carte holographique en relief, suspendue au-dessus du plateau rond, tournait lentement sur elle-même. Les continents luisaient d’un bleu froid, les mers semblaient opaques comme du verre, et des halos colorés pulsaient en plusieurs points du globe. Des rouges malades. Des oranges nerveux. Des zones qui clignotaient comme des blessures qu’on n’arrivait plus à contenir.
Quand Lychee entra, ce fut comme si la pièce s’alignait autour de lui.
Il se tenait légèrement penché en avant, comme un professeur devant une classe, ou comme un chef d’orchestre devant une symphonie qu’il avait écrite pour faire pleurer le monde.
Sa moustache immense, sa chevelure blanche, son visage dur barré d’ombres lui donnaient l’air d’un vieux spectre qui avait survécu à trop de choses pour se permettre d’être tendre. Ses yeux, eux, brillaient d’’une satisfaction sèche, presque élégante.
À son côté flottait un petit noyau lumineux, un objet de taille modeste, mais dont l’ombre technologique remplissait la pièce. Une sphère d’interface, un œil artificiel, relié aux hologrammes par de fines lignes de lumière qui pulsaient au rythme des données.
Lychee leva deux doigts.
— T.A.D.A.
La sphère émit un léger son clair, poli.
— Je suis là, docteur Lychee, répondit la voix de l’assistant. Affichage principal en cours.
La carte de Sadala changea aussitôt. Des courbes s’ouvrirent autour d’elle en éventail, comme des pétales tranchants. Des nuages de points, des schémas de propagation, des cartes thermiques et des colonnes de chiffres vinrent s’assembler autour de la planète, transformant l’hologramme en cœur artificiel suspendu dans l’air.
Lychee effleura l’espace du bout de la main.
— La troisième phase du projet N4K171 avance comme prévu, annonça-t-il, en articulant chaque syllabe comme un trophée.
Sur les visages tsufuls, quelque chose se détendit. Ce n’était pas un sourire franc. Plutôt une microfissure dans la discipline. On sentait qu’ils attendaient ce moment comme on attend le dernier acte d’une pièce dont on connaît déjà la fin.
— Nous avons réussi, reprit Lychee. Ensemble.
Il insista sur ce mot, ensemble, avec l’assurance de celui qui croit réellement qu’un groupe partage la même foi.
— Chacun d’entre vous a contribué. Ajustements, variantes, optimisation de latence, adaptation antigénique… Nous l’avons rendu aussi mortel que possible. Aussi… efficace que possible.
Il écarta légèrement la main. La carte se rapprocha, zoomant sur Sadala. Les zones rouges gonflèrent comme des brûlures à vif. Les filaments orange s’étirèrent le long des grands centres habités.
— Évolution de la contamination en temps réel.
T.A.D.A répondit presque aussitôt, avec cette fluidité trop agréable pour ce qu’il annonçait.
— Les sujets porteurs d’un groupe rare ainsi que du groupe X présentent un taux de contamination confirmé. Les marqueurs de fixation sont élevés. Les tentatives de confinement demeurent insuffisantes.
Lychee inspira, presque attendri par la précision de sa machine.
— Le groupe X a cédé, dit-il.
Il y eut une satisfaction étrange dans ce simple constat, comme si une barrière psychologique venait de tomber.
Melo, un tsuful, assis à la droite de Lychee, se pencha un peu. Il portait une veste sombre trop bien coupée pour être honnête, et ses doigts fins, propres, se posaient sur la table comme sur un clavier invisible. Ses yeux avaient cette brillance de bureaucrate cruel.
— Et le groupe Y ? demanda-t-il d’une voix douce.
Lychee eut un rictus.
— T.A.D.A.
— La phase trois est désormais engagée, répondit l’assistant sans la moindre émotion. Selon les projections actuelles, le groupe Y devrait atteindre un taux de contamination quasi total dans un délai de quatre à six jours. La marge d’erreur reste faible.
Melo ferma les yeux une demi-seconde, comme si on venait de lui annoncer une victoire personnelle.
— Quatre à six jours… murmura-t-il. Enfin.
Paiya, la seule femme du cercle, prit la parole sans hausser la voix. Elle avait un port droit, presque noble.
— Les Saiyens vont paniquer, dit-elle. Et dans la panique, ils feront des erreurs.
— Exactement, répondit Lychee. Ils sont incapables de ne pas frapper quand ils ont peur.
Deux autres hommes rirent discrètement. Un rire sec, interne, comme si la joie devait rester « présentable ».
Kaki, plus large d’épaules pour un Tsuful, portait une tenue utilitaire. Il avait le visage d’un ancien mécanicien qui aurait découvert qu’on pouvait aussi tuer avec des équations. Mango, plus mince, plus silencieux, se contentait de fixer les courbes.
Lychee agita la main, et de nouvelles couches de données se déployèrent autour de Sadala : des séquences, des signatures, des correspondances sanguines, simulations de progression.
— Nous avons pensé à tout, dit-il. Le virus ne se contente pas d’attaquer. Il s’adapte. Il lit. Il se reprogramme.
Il prononça ces mots avec une fierté presque paternelle.
— Ils n’auront pas le temps de comprendre avant de tomber.
Melo hocha lentement la tête.
— Le cauchemar va enfin se terminer, déclara-t-il, d’un ton de prière. Notre univers sera libéré de cette engeance maléfique.
Lychee ne répondit pas tout de suite. Il fixa la carte de la planète qui maquillait des agonies en statistiques. Ses yeux se plissèrent.
— Ils ont pris notre monde, dit-il plus bas. Ils ont pris nos villes. Ils ont pris nos vies. Ils ont fait de nous… un souvenir.
Il posa la main à plat sur la table, comme s’il voulait écraser une époque.
— Alors oui. Qu’ils deviennent un souvenir à leur tour.
T.A.D.A émit un léger signal, moins intrusif qu’une alarme, mais assez net pour rappeler qu’il ne dormait jamais.
— Un détail, docteur.
La carte se resserra sur plusieurs points périphériques.
— Des anomalies mineures apparaissent sur une fraction des sujets de groupe Z. Certaines réponses immunitaires ne suivent pas la courbe attendue. La probabilité de résistance partielle reste faible… mais non nulle.
Lychee balaya l’information d’un geste sec.
— Faible, c’est insignifiant.
Paiya inclina légèrement la tête.
— Rien n’est insignifiant quand on parle de survie.
Lychee se tourna vers elle, les yeux durs.
— Je ne suis pas venu ici pour entendre des doutes.
Un bref flottement passa. Puis Melo sourit, conciliant.
— Aucun doute, Lychee. Juste… de la prudence.
Lychee reprit le contrôle comme on remet un gant.
— La prudence, c’est mon domaine.
Il se redressa, ramassa une tablette, puis fit un léger signe à T.A.D.A.
— Nous reprenons les mesures à intervalle régulier. Je retourne au laboratoire.
— Je vous accompagne, répondit l’assistant avec cette même politesse irréprochable.
La porte s’ouvrit dans un souffle feutré. Lychee traversa la salle avec la raideur de ceux qui ont l’impression d’être le centre de l’histoire. Son manteau frôla les chaises sans les toucher. T.A.D.A le suivit, flotteur docile.
Derrière eux, les courbes, les chiffres et les couches d’analyse se replièrent les uns après les autres, comme si la pièce effaçait les traces de leur échange. La carte holographique retrouva sa forme initiale, suspendue au-dessus de la table, tournant lentement dans le vide.
Au moment où la porte se referma, il y eut une fraction de seconde… où l’air changea. Comme si la pièce avait retenu son souffle devant lui, puis l’avait relâché quand il disparut. Et alors, les masques tombèrent.
Kaki éclata d’un rire plus franc.
— Il est magnifique, ce vieux taré, lança-t-il, hilare. « Engeance maléfique »… t’as entendu ça ?
— Il croit vraiment qu’on fait ça pour lui, murmura Mango.
Paiya croisa les jambes avec une élégance tranquille.
— Il a besoin d’y croire. La haine, ça rend docile. Et docile… c’est pratique.
Melo s’appuya contre son siège.
— On n’a même pas eu à forcer. Il est venu avec son obsession, ses plans, sa technologie… et il a tout posé sur la table, comme un cadeau.
Kaki ricana.
— Parce qu’il déteste les Saiyens de son univers. Alors il veut faire la même chose ici. Sauf que nous…
Il se pencha un peu, plus bas, comme si les murs avaient des oreilles.
— Nous, on veut surtout que ces macaques arrêtent de nous casser les pieds.
Mango releva enfin les yeux.
— Les Saiyens « justiciers ». Toujours à sauver des gens. Toujours à vouloir imposer leur morale. Toujours à surveiller les transactions.
Paiya sourit.
— Et nos partenaires… n’aiment pas être surveillés.
Melo fit tourner un petit objet entre ses doigts. Une pièce métallique, ou un jeton. Son sourire s’étira.
— Une fois les Saiyens hors jeu, les routes seront propres. Les échanges reprendront. Sans interférence. Sans « héros ».
Kaki haussa les épaules.
— Et si Lychee le découvre ?
Paiya posa son regard sur lui, doux.
— Il ne découvrira rien. Il aura trop de plaisir à regarder Sadala tomber.
Mango hocha la tête.
— Et s’il le découvre… ce sera trop tard.
Ils rirent, cette fois sans se cacher.
Sur la table, la carte de Sadala continuait de pulser, indifférente. Quelque part, très loin, une planète respirait difficilement sous les courbes d’un projet nommé « N4K171 ».
* * * * * * *
Le terrain d’entraînement était un endroit que les guerriers aiment parce qu’il ne ment pas.
Roche nue. Poussière. Plateaux brisés par le vent. Un espace assez vaste pour tomber loin, assez dur pour sentir chaque erreur. Un lieu où les coups s’inscrivaient dans le décor comme des phrases gravées.
Cabba haletait.
Il était en Super Saiyen 2. Sa chevelure dressée vibrait d’une énergie nerveuse, et des petites décharges claquaient encore autour de lui… mais plus comme une fanfare. Plutôt comme un câble abîmé, une foudre qui fatigue.
Ses genoux étaient fléchis, son souffle court. Sur ses avant-bras, des traces noires de brûlure s’étiraient comme des signatures humiliantes.
En face, Vegeta se tenait là, immobile, les cheveux sombres striés de gris, agités par le vent.
Pas d’aura flamboyante. Pas de lumière. Juste cette présence rangée, dense, comme si l’air autour de lui se mettait en ordre tout seul.
Le décor racontait le début du combat.
Des fissures en étoile zébraient le sol. Des blocs avaient été arrachés comme des dents. Des cratères propres, presque géométriques, signaient une pression continue, un rythme imposé. Cabba avait dominé au départ. Ça se voyait.
Mais maintenant… Le rythme avait changé de propriétaire.
Cabba serra les dents, puis repartit. Têtu. Rapide. Foudre aux talons.
Il tenta de reprendre l’initiative avec un enchaînement net, presque scolaire : jab, crochet, genou, pivot, talon. Une séquence qu’il avait répétée mille fois. Une séquence qui, normalement, oblige l’autre à reculer ou à se couvrir.
Vegeta ne recula pas.
Il glissa juste d’un demi-pas. Son épaule passa sous un coup comme une porte qui se referme. Son avant-bras détourna un autre impact avec la paresse d’un roi qui refuse de se lever. Son corps bougeait peu, mais chaque mouvement était parfait.
— Tu t’épuises, constata-t-il, voix basse.
Cabba gronda. Les éclairs autour de lui s’épaissirent, plus agressifs, comme s’ils voulaient compenser son souffle.
Il lança une courte rafale de ki, juste pour casser la distance. Puis il fonça derrière, déterminé à revenir au corps-à-corps, là où il avait encore l’impression d’exister.
Vegeta attendit ce moment précis. Le moment où Cabba devait avancer d’une fraction de trop pour « capitaliser ».
Le prince pivota.
Le monde s’aligna autour de lui.
Cabba sentit son propre élan se trahir. Ses pieds touchèrent un sol qui n’était déjà plus aligné avec sa trajectoire. Comme si on avait déplacé l’arène sous lui.
Vegeta fit un geste. Un seul. Brut. Placé au millimètre.
Le poing s’enfonça dans son abdomen. Il se plia en deux d’un coup sec. L’électricité autour de lui se mit à grésiller, hoquetant comme une transformation qu’on vient d’étrangler par la gorge.
Vegeta ne laissa pas le temps au corps de comprendre. Il enchaîna avec un coup de pied puissant, large et net. Un vrai coup de prince de guerre, pas de sportif. Le talon frappa, et Cabba fut projeté comme un projectile vivant.
Le jeune Saiyen traversa l’arène en ligne droite, fracassa une première colonne rocheuse, puis une seconde, puis une troisième. Chaque impact faisait éclater la pierre en gerbes épaisses, comme des vagues figées qui explosaient. Sa silhouette disparut enfin dans un amas de débris, engloutie par la poussière et les blocs effondrés.
Le silence qui suivit eut quelque chose d’indécent.
La poussière retombait lentement. Des cailloux roulaient encore sur la pente. Le vent reprenait sa place, comme s’il hésitait à respirer.
Vegeta ne bougea pas. Il ne triomphait pas. Il attendait.
Parce qu’il savait. Il connaissait cette sensation, ce moment où un Saiyen refuse de tomber même quand le corps dit non. Il connaissait cette fierté-là. Il l’avait portée comme une maladie, autrefois.
La poussière se souleva brusquement.
Une bourrasque énorme jaillit du tas de débris, saupoudrée de cailloux. Des pierres rebondirent contre le corps de Vegeta et glissèrent au sol. Une pression invisible gonfla l’air, comme si Sadala venait de serrer les dents.
Au milieu des débris, une silhouette se redressa.
Cabba.
Son aura s’enflamma… puis changea. Ce n’était plus de la foudre qui crépitait autour de lui. C’était un courant épais, lourd, comme une marée qui monte. L’énergie ne claquait plus, elle rugissait.
Vegeta plissa les yeux.
Le disciple du prince serra les poings. Son visage se déforma, non pas de rage, mais d’un effort qui arracherait n’importe quel autre corps en deux. Son cri monta, profond, étranglé au début, puis plein.
Sa chevelure s’allongea. Encore. Et encore.
Les mèches tombèrent dans son dos comme une cascade d’or. Son front sembla plus haut. Ses sourcils disparurent. Son visage prit cette dureté étrange du Super Saiyan 3, comme si la transformation effaçait un peu de l’humain pour ne laisser que le guerrier.
La planète elle-même trembla.
L’aura de Cabba explosa, puis se stabilisa dans une tempête permanente.
Le vent s’arrêta net. Puis revint d’un coup, violent, en spirale.
Vegeta, cette fois, eut un sourire. Bref, mince, presque invisible. Un sourire de satisfaction.
Cabba haletait encore, mais ce n’était plus la fatigue d’un corps au bord de rompre. C’était la respiration d’un moteur trop puissant qui apprend à se régler.
Il fixa Vegeta.
Le prince releva légèrement le menton.
— Intéressant… Très bien. Viens.
Et le combat reprit.
Plus lourd.
Plus dangereux.
Plus vrai.
* * * * * * *
Dans le palais royal, on aurait juré que le plafond allait céder.
Le tremblement avait traversé les murs comme une bête. Des morceaux de pierre s’étaient détachés en pluie sèche, rebondissant sur le sol dans un vacarme brutal. Une poussière fine flottait encore dans l’air, piquant la gorge et les yeux.
Runya s’était jetée sur le lit avant même de comprendre. Son corps avait couvert celui de son père comme un bouclier. Elle n’avait pas réfléchi. Elle avait obéi à quelque chose de plus ancien que la pensée.
Quand le tremblement s’apaisa enfin, elle resta un instant immobile, haletante, les mains crispées sur le drap.
Le roi Shiriko était là. Alité, amaigri, le visage marqué par la maladie et la fatigue, mais toujours cette présence dans les yeux. Une présence de souverain qui refuse de quitter la pièce même quand le corps a déjà commencé à partir.
À côté du lit se tenait une infirmière saiyenne, silencieuse, professionnelle. Sa tenue d’hôpital était pratique, ajustée, impeccable malgré la crise, comme si elle s’accrochait à cette discipline pour empêcher le chaos de gagner jusque dans les gestes. Elle tenait une tablette médicale contre elle, prête à intervenir sans un mot.
Un homme se tenait un peu en retrait, dos droit, expression sobre. Rak, le conseiller du roi, son second. Il avait cette allure de soldat qui a appris à ne pas laisser son visage trahir ce qu’il pense.
Runya releva enfin la tête, poussiéreuse, les cheveux en désordre.
— Sérieusement… souffla-t-elle. Il ne pouvait pas… se battre plus loin ?
Le roi inspira difficilement, puis réussit à parler.
— Cabba… est l’un des plus forts de cette planète, murmura-t-il.
Runya fronça les sourcils.
— Je l’ai compris.
Le roi eut un petit rictus.
— Il ferait un bon parti.
Runya se figea. Une chaleur brutale lui monta aux joues. Une vraie rougeur de tomate, incontrôlable, immédiate.
— P-Papa !
Rak esquissa un micro sourire. L’infirmière, elle, eut un petit ricanement timide qu’elle étouffa aussitôt, comme si elle se sentait coupable d’avoir une réaction humaine dans une pièce royale.
Le roi eut un souffle qui ressemblait à un rire… et cela le fit tousser. Une toux profonde, douloureuse, qui secoua sa poitrine et rendit la pièce immédiatement sérieuse.
Runya se redressa, paniquée.
— Papa !
L’infirmière s’approcha d’un pas, vérifia la respiration, posa deux doigts sur le poignet, puis se recula dès que la toux se calma. Toujours sans paroles.
Runya attrapa la main de son père.
Ses doigts étaient plus froids qu’elle ne voulait l’admettre.
— Ne parle pas, dit-elle, la voix serrée. Repose-toi.
Le roi la regarda longtemps. Ses yeux n’avaient pas peur. Ils avaient cette lucidité terrible de ceux qui savent.
— Mon heure est proche, Runya.
La phrase tomba sans violence. Comme un fait.
Runya secoua la tête.
— Non.
Elle serra sa main plus fort, comme si la force dans ses doigts pouvait empêcher le temps de passer.
— Non, non… on va trouver. On est en train de…
Le roi leva légèrement la main, pour l’interrompre. Le geste fut faible, mais il suffit.
Un silence passa.
— Papa… je suis désolée. De t’avoir frappé. Et d’être partie sans autorisation.
Shiriko la fixa un instant, puis expira lentement.
— Tu n’as pas levé la main par orgueil, dit-il d’une voix râpeuse. Tu l’as fait parce que tu étais acculée… et parce que tu voulais protéger ton peuple.
La princesse baissa les yeux.
— Moi, je n’ai pas su, avoua-t-il. J’ai cru que je pouvais résoudre ça seul. Ma fierté m’a rendu aveugle.
Il tourna légèrement la tête vers Rak.
— Mais toi… tu as su t’entourer.
Rak se racla la gorge, détourna le regard, une goutte de sueur au coin de la tempe, gêné d’être « vu » dans un moment pareil.
Le roi revint à Runya. Son regard se fit plus doux.
— Tu as l’étoffe d’une reine. Une grande… comme ta mère.
Il leva lentement le bras avec effort, puis ses doigts atteignirent la joue de sa fille.
Ce contact suffit. Runya ferma les yeux, les larmes montèrent d’un coup. Elle plaqua cette main contre sa joue, des deux mains, comme si elle voulait retenir la chaleur et retenir le temps.
Le roi eut un petit sourire fatigué.
— Dirige avec force… protège avec empathie.
Un souffle, presque rien.
— Et ne laisse personne utiliser ton cœur contre toi.
Sa main glissa.
Elle retomba, inerte, sur le drap.
…
Les Saiyens venaient de perdre leur souverain.
Dehors, la planète gronda encore d’un combat qui ne savait pas s’arrêter.
Ici, tout s’était arrêté.
Runya serra la main froide une dernière fois.
Et pour la première fois de sa vie, elle comprit la forme exacte du mot « reine ».
Elle avait gagné un trône. Elle avait perdu un père.
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Lychee [ ライチー ] : Son nom est une anagramme de litchi.
T.A.D.A (Tuffle Automated Digital Assistant) : inspiré de J.A.R.V.I.S et F.R.I.D.A.Y, des IA de Tony Stark.
N4K171 (prononcé Nakiri / Nakili) : provient d’un couteau à légumes japonais, en langage beghilos (orthographe pour calculatrice), idéal pour une arme censée tuer les Saiyens.
Melo [ メロ ] : provient de melon en japonais (comme ceux-ci-dessous)
Paiya [ パイヤ ] : provient de papaye
Kaki [ カキ ] : provient du kaki
Mango [ マンゴ ] : provient de mangue