Nightmare City

Chapitre 13 : Epilogue

Chapitre final

1012 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 30/05/2026 18:05

Théo s’endormit. Il avait passé une journée… Il ne saurait comment la décrire. Le problème ne venait pas de la journée, mais de lui, sans qu’il ne puisse dire pourquoi. C’était comme si sa mémoire jouait avec lui, lui tendant des perches pour qu’il se souvienne de quelque chose mais que, quand il touchait ces souvenirs du bout des doigts, ces derniers s’évaporaient, insaisissables, comme un rêve dont on ne se souvient plus, qui s’échappe de toute tentative de rappel. Et ce petit jeu avait duré toute la journée, l’épuisant sans qu’il ne s’en rende compte. 

Ce fut donc sans mal qu’il sombra dans les bras de Morphée. Son rêve l’emmena dans une vaste plaine où deux soleils s’affrontaient au jeu de la corde, mais cette dernière était si grande qu’ils se trouvaient tous les deux à l’orée de l’horizon, donnant ainsi un double coucher de soleil qui teintait le ciel d’un rose timide. L’herbe bleue ondulait sous un vent clément, se courbant au gré de ses envies pour donner vie à son imagination. Théo s’assit sur le sommet d’une colline et s’amusa à y deviner des formes, comme un éléphant en suspension sur un fil ou un ptérodactyle servant une piña colada à un rocher. 

Soudain, une main se posa sur son épaule. En se retournant, il vit qu’elle appartenait à une femme. Cette dernière, avec ses longs cheveux rouges flamboyants flottants aux vents, était magnifique. Elle lui sourit, et il sentit son cœur fondre. Etrangement, ce visage lui était familier, et le voir lui faisait du bien. Elle lui fit la bise sur la joue, puis, le saisissant par la main, elle l’entraina vers le bas de la colline. Deux enfants, un totalement noir et l’autre totalement blanc, se courraient après en riant. Un vieil homme roux, assis dans l’herbe, agitait dans l’air ses mains de manière gracieuse, et, comme lui obéissant, le vent soulevait des brins pour les faire tourner en spirales hypnotisantes. Un asiatique jouait aux cartes avec, s’il ne se trompait pas, une femme vêtue de larges vêtements noirs, complètement encapuchonnée, sous le regard attentif de la créature la plus curieuse que Théo n’ait jamais vu. Elle semblait être un patchwork de tous les animaux et insectes peuplant la Terre, confirmant à Théo, s’il en avait encore le doute, qu’il était en plein rêve.  

Un autre ancien, torse nu, se tenait devant un barbecue et, lançant des éclairs avec ses doigts, il faisait griller diverses pièces de viandes. Quand il les vit, ses sourcils se froncèrent et il héla la femme aux cheveux rouges, lui disant que c’était plus son travail à elle qu’à lui de s’occuper de la cuisson. Deux jeunes femmes se tenaient à côté de lui. La première, caractérisée par ses cheveux d’or, donna un coup à l’arrière du crâne de l’ancien pour le réprimander, alors que la seconde, dans son armure bleue, dégaina un poignard pour planter une saucisse et la goûter. Trop cuite à son goût, elle aussi donna un taquet au cuisinier qui commença à vociférer sous leurs rires taquins. 

Le duo – à sa manière de lui tenir la main, Théo s’imaginait plutôt en couple, mais il n’osait conceptualiser cette idée – alla se poser devant une scène. A droite, un homme aux gestes grandiloquents faisait se mouvoir des marionnettes, décrivant un combat entre un seigneur cauchemar et un dragon. A gauche, un autre homme, entouré de cinq reptiles – une tortue, un dragon, un alligator, un T-Rex et un serpent – qui jouaient de la musique, chantait cet affrontement avec une voix grave qui donnait vie à la chanson. 

Le public, hormis eux, était composé de deux personnes qui, en les entendant arriver, se tournèrent vers eux. La première était un Noir au visage calciné -on pouvait encore voir fumer ses cicatrices de grand brûlé. Quand il lui fit un grand sourire, Théo frissonna, comme si celui-ci évoquait de mauvais souvenirs. La seconde personne avait le visage dissimulé dans sa capuche, mais il s’en dégageait une grande force et une grande sérénité qui le calmèrent instantanément.  

Théo crut entendre un « désolé » de sa part, mais avant qu’il ne puisse demander pourquoi ces excuses, le reste des individus vinrent les rejoindre, et tous ensemble, ils se mirent à déguster le barbecue – à juste raison qualifier de trop cuit – tout en profitant du spectacle qui leur était proposé.  

Et, dans cette ambiance joyeuse et bonne enfant, Théo se laissa aller à la bonne humeur. Il se sentait bien, comme s’il venait de trouver une seconde famille. A cette pensée, une aiguille de glace vint lui transpercer le cœur de manière fugace, et il comprit que cette félicité s’accompagnait d’un fardeau. 

La peur. 

La peur de la perdre. 

Cependant, elle disparut vite quand Maka – il était bien incapable de dire comment il connaissait son prénom – l’enveloppa dans ses bras, et, comme il se laissait aller à la musique, il se laissa aller à ses lèvres. 


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