Romen Avanture

Chapitre 8 : Épilogue

Chapitre final

930 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 08/05/2020 20:10

Un grand silence s'installe.

On entend Blazey jouer avec son os en plastique quand elle reprend enfin la parole:

« C'était il y a très longtemps, environ deux siècles peut-être. Un magicien était venu me voir pour que je lui donne la carte d'une quête. Il était accompagné d'un humain à tout faire. Il me fallait quelqu'un pour préparer mes repas, comme je déteste cuisiner. Oui c'est étrange, me diriez vous, que j'ai tenu un restaurant si longtemps alors qu'au départ, la cuisine ne m'a jamais attirée. Enfin. J'ai alors proposé au magicien de m'échanger ma carte contre son humain. Il a accepté. Plus le temps passait, plus la gentillesse, la volonté et la douceur de l'humain changeaient quelque chose en moi. Progressivement je tombais amoureuse de lui. Et il me semble qu'il ressentait la même chose envers moi. Malheureusement, le sort finit par se dissiper, et l'humain, en un instant, disparut pour retourner dans son monde. Un jour, sans que cela ne soit le moins du monde prévu, je ressentis des contractions. Et j'ai accouché, dans ma demeure, seule. Et quelle était ma détresse ! Je n'aurais jamais imaginé pouvoir être enceinte un jour. Et je ne m'imaginais encore moins maman. Alors j'ai préféré abandonner l'enfant, par peur d'être une mère épouvantable mais, je dois avouer, surtout pour garder ma liberté qui m'est si chère. J'ai alors confié l'enfant aux esprits de la montagne. Et je pense que cet enfant, c'est toi...»

Je n'arrive pas à y croire... Lélio serait le fils de la manticore ? 

Elle regarde Lélio tristement. Quant à ce dernier, il affiche une expression impossible à déchiffrer.

La manticore reprend:

« Je comprendrais si tu m'en voulais... Après tout, tu n'as pas connu de mère à cause de moi...»

Lélio affiche à présent un sourire amer:

«Non je n'ai pas connu ma mère. Ni mon père d'ailleurs. Mais si ce n'était que ça ! J'ai été élevé par des esprits complètement irresponsables qui pensaient que la nature allait toujours me protéger... D'accord ils faisaient en sorte que je sois nourri, mais c'est tout ! Et pour un enfant, vivre seul dans une montagne, ce n'est pas ce qu'il y a de plus sécurisant. À l'époque, il n'y avait aucun village aux alentours, et je n'avais même pas un seul contact avec une autre créature magique. Heureusement, une fois adolescent, un magicien qui me trouva dans la montagne me prit sous son aile, et je pus quitter cet endroit. J'y suis retourné quand la magie commença à être dénigrée, car je voulais continuer à la pratiquer à l'abri des regards. »

La manticore répond faiblement:

« Je ne savais pas... Je suis désolée... »

Lélio soupire:

« Mais étrangement, je ne t'en veux pas... Après tout, tu as essayé de vivre une vie que tu as choisie, comme tout le monde. Je peux comprendre que le poids d'un enfant aurait été trop lourd à porter... » 

Des larmes se mettent à couler sur les joues de la manticore:

« Je suis vraiment désolée...»

« Quoi qu'il en soit, je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Merci pour l'hospitalité mais je vais retourner sur ma montagne... Je préfère ma vie d'ermite à celle de citoyen d'un pays que je ne connais plus. Je vous dis au revoir. » dit Lélio. 

Il se relève. Mon cœur bat très fort et je sens une grande émotion m'envahir. Ma mère l'interpèle:

« Tu es sûr de vouloir partir ? » 

Il affiche son sourire énigmatique:

« Oui. »

Alors il ouvre la porte et la referme derrière lui. 

Je suis ténanisé. Mon ventre me fait mal. Je n'ai pas envie qu'il parte. Mais c'est trop tard. 


Après quelques temps, la manticore m'amène d'un battement d'aile récupérer Guinevère. Mais si proche de l'endroit où habite Lélio, je ne peux m'empêcher de le voir une dernière fois. J'emprunte alors le même chemin que la dernière fois, qui me paraît avoir eu lieu il y a une éternité. J'arrive enfin au sommet. J'appelle Lélio:

«Lélio! C'est moi Ian ! Réponds s'il te plait...» 

Un bruit d'herbe froissée se fait entendre derrière moi. Je me retourne et le vois, avec son même sourire énigmatique:

«Blazey a disparu cette fois ? » ricane-t-il. 

« Non je... Je voulais juste te voir... Pour te dire que tu pouvais vivre chez nous si tu voulais ! Tu sais le monde n'est pas si terrible, on y vit même très bien, tu pourrais aller au lycée avec moi et tu apprendrais plein de choses... » 

« Écoute, j'ai déjà répondu... Maintenant rentre chez toi. » 

Il s'apprête à partir quand sans réfléchir, je lui prends la main et lui demande:

« S'il te plaît... » 

Alors il me sourit, s'approche de moi et m'embrasse.

«C'est ça que tu voulais ? Maintenant pars...» 

Je sens tout mon visage devenir violet. Je ne m'y attendais pas du tout. 

D'un bond, il vole pour disparaître dans sa maison invisible. 

Je ne peux plus contenir mes larmes. Je serre les poings et m'apprète à retrouver Guinevere quand je décide de me retourner, dans l'espoir de le voir. Mais rien. 

Alors je rentre chez moi, le vent séchant mes larmes mais le cœur serré. 


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