Fallout Rooster.
Chapitre 2 : Le contrat de toute une vie.
2917 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 21/11/2025 18:31
Note de l’auteur : Notre procédé d’écriture sortant de l’ordinaire et similaire à une écriture théâtrale, il est important de mémoriser les codes employés afin d’éviter toute confusion dans la lecture.
Pour rappel :
Paragraphes en italique : Le narrateur est l’un des personnages. (Le plus souvent Orson)
Texte simple en italique : Citations, Surnoms ou Incantations. S’applique aussi dans les dialogues.
Dans les dialogues :
Phrase entre des astérisque : exemple * J’ai l’impression qu’on m’observe * : Le personnage réfléchit ou pense.
Phrase entre guillemets : exemple « Boit un verre d’eau » : Le personnage fait une ou plusieurs actions, avant, pendant ou après avoir parlé.
Mot entre parenthèse et italique derrière le nom de personnage dialoguant : exemple : Coq (téléphone) : Donne une information sur les conditions de dialogue. Ici, Coq parle au téléphone.
Voilà tous les codes qui vous permettront de suivre au mieux la lecture. Je vous souhaite dès à présent un agréable moment en compagnie de mes personnages.
Leakee/Skymailleur.
Chapitre 2 : Le contrat de toute une vie.
Le vent de la Marne soufflait entre les trous baillant des anciennes habitations.
En poussant la porte du bar, Orson sentit la morsure glaciale de l’extérieur lécher son visage.
Devant lui s’étendait Reims.
Ou plutôt… ce qu’il en restait.
Des immeubles éventrés se dressaient tels des carcasses. Entre ces ruines, la nature reprenait ses droits : des vignes déformées, aux grappes translucides, s’accrochaient aux façades effondrées. On disait que ces vignes donnaient encore du vin du “Champagne irradié”, un nectar que seuls les plus téméraires osaient boire.
Des silhouettes s’agitaient dans les ruelles : des marchands ambulants tirant des chariots de pièces détachées, des goules en manteaux rapiécés, des humains couverts de masques respiratoires. Les uns ignoraient les autres, chacun plongé dans sa survie.
Orson alluma une cigarette. Le briquet crachota trois fois avant de céder une flamme tremblotante.
Il inspira longuement, laissa la fumée s’échapper par sa bouche.
Orson : Foutu paradis, « Murmura-t-il. » Autrefois, les gens ici portaient du parfum, allaient à l’opéra… Maintenant, ils troquent du rad-champ contre des cartouches.
La route menant à la forteresse de la cathédrale serpentait à travers les décombres. Les anciennes rues pavées étaient couvertes de gravats et de carcasses rouillées des voitures d’avant-guerre fondues dans l’asphalte. À chaque pas, ses bottes craquaient sur le verre brisé.
La silhouette de la cathédrale se dessinait peu à peu à travers le brouillard de cendres.
Immense. Majestueuse, malgré ses blessures.
Ses tours éventrées pointaient encore vers le ciel, défiant les bombes, le temps, et la folie des hommes. Des plaques d’acier et de béton avaient été fixées là où les vitraux avaient volé en éclats. Sur les murs, on devinait des peintures grossières représentant des saints défigurés, leurs auréoles remplacées par des symboles de radiation.
Des projecteurs bricolés illuminaient les vitraux restants. En bas, au pied des portes colossales, deux goules montaient la garde.
Elles portaient de longs manteaux de cuir cloutés, des casques de motards fendus, et des fusils laser rafistolés à partir de pièces d’armes pré-guerre.
Quand Orson s’approcha, l’une d’elles leva la main.
??? : Stop-là, Coq !
La voix était râpeuse, presque sans timbre, comme un vieux tourne-disque qu’on aurait laissé tourner trop longtemps.
??? : On a entendu dire que t’étais encore vivant. On pariait sur le contraire.
Orson : « Esquissa un sourire. » Eh bien… c’est sympa d’entendre ça ! T’aurais perdu ton pari, Gaspard. J’suis plus coriace qu’un bouchon de champagne.
L’autre garde, une goule à la mâchoire presque absente, ricana.
??? : Le Coq revient à la basse-cour… Encore des plumes pleines de sang, j’parie ?
Orson : Des pillards… gueule d’acier « Répondit Orson. » Ils ont voulu me dépouiller. Ils ont appris à voler… sans ailes.
Les deux gardes éclatèrent d’un rire rauque, à mi-chemin entre le grognement et le gargouillis.
L’un des gardes tira sur une lourde chaîne. Les portes s’ouvrirent dans un grondement sourd.
Gaspard : Allez, passe ! « Dit Gaspard en ouvrant la lourde porte. » Mademoiselle Verdun voudra sûrement t’entendre raconter ça.
Orson leur adressa un salut de la tête et pénétra dans la forteresse.
La Citadelle de la Cathédrale.
L’intérieur de la Forteresse était une vision d’un autre monde.
Les vitraux éventrés laissaient filtrer une lumière sur des dizaines d’étals, de feux et de tentes. Le sol de pierre, fissuré mais solide, accueillait des familles entières de goules, des artisans, des musiciens, des enfants nés de la radiation.
Un immense drapeau, cousu à partir de morceaux de tissus disparates, pendait au-dessus de l’autel : un coq blanc peint à la main, debout sur un champ rouge, entouré de mots effacés :
“Peuple debout, même brûlé.”
Le chasseur de primes s’arrêta un instant, balayant la scène du regard.
Orson : Vous voyez ça ? « Dit-il en se tournant vers vous. » C’est ça, notre royaume. La Forteresse de la Cathédrale. Une ruine bénie par le feu, où les damnés ont trouvé un toit.
Il désigna un groupe de goules en train de réparer une turbine à fusion bricolée à partir d’un vieux moteur de TGV.
Orson : Ici, on a les “bricoleurs”, les savants fous du dimanche. Sans eux, plus de lumière. Ensuite, y’a les “caveux” : les vignerons du malheur, qui font fermenter du raisin mutant dans les sous-sols. Leur gnôle te brûle la langue, mais ça te garde en vie.
Il passa près d’un feu où un vieux prêcheur goule récitait des fragments de la Bible, les mots déformés par des siècles de radiation.
Orson : Et puis y’a les croyants… Ceux qui pensent qu’on est les élus du Grand Brûlé. Les survivants de la purification. Moi, j’crois juste qu’on a la peau dure.
Il s’arrêta, sortit une nouvelle cigarette, et observa le sommet de la cathédrale. Les cloches rouillées y étaient encore suspendues, prêtes à sonner un jour où il n’y aurait plus personne pour les entendre.
Orson : Reims… La cité des rois, qu’ils disaient. Maintenant, c’est la cité des morts qui marchent.
Un silence. Puis la radio, quelque part dans la cathédrale, grésilla à nouveau. Une voix nasillarde annonçait les dernières nouvelles du Bastion des Chasseurs.
Orson leva les yeux. Son regard, fatigué mais brillant, se posa sur la grande nef.
Orson : Allez. Faut que j’aille causer à Verdun. La vieille aime les histoires sanglantes, et j’en ai une belle à lui servir.
Il se mit en marche, ses bottes résonnant sur la pierre le tout en sifflant.
La forteresse de la cathédrale, Le bastion des chasseurs.
Orson gravit un escalier tortueux décoré de pancartes rouillées, de drapeaux déchirés, d’armes démontées et de crânes de pillards blanchis par la poussière.
À mesure qu’il montait, les voix devenaient plus nombreuses, le métal résonnait, les ordres fusaient.
Ici, on ne priait pas.
Ici, on survivait.
Et on gagnait sa vie avec la mort des autres.
Une grande arche s’ouvrit sur un hall improvisé dans une ancienne sacristie, transformée en QG.
Des bureaux soudés à partir d’anciennes clôtures, des cartes de France constellées de punaises, des fiches de primes suspendues avec des morceaux de fil de cuivre.
Au mur, un slogan peint en lettres épaisses :
« Le sang, irradié ou non, vaut le même prix. »
Orson ne put s’empêcher de sourire en coin.
Une vérité simple.
Une devise efficace.
Alors qu’il avançait, il se tourna vers vous, le lecteur invisible qui l’accompagnait tel un fantôme bienveillant.
Orson : Bienvenue au Bastion des Chasseurs, mon ami. La belle vitrine du meurtre légitimé. Ici, on tue pas pour la gloire… mais pour une récompense. Une capsule reste une capsule, que le sang ait pourri ou non.
Il désigna du pouce les silhouettes qui s’affairaient autour d’eux : des goules, des humains aux yeux cernés qui observaient constamment l’horizon, des mercenaires portant les trophées de leurs proies sur leurs épaulières.
Orson : Cette faction, c’est ce qu’il reste d’organisé dans ce foutu pays. On a un Bastion à Lyon, un autre dans les ruines de Paris, un petit à Bordeaux… Une douzaine en tout. Chaque Bastion a son chef. Nous, ici… on suit Mademoiselle Verdun.
Il marqua un temps, comme si son esprit remontait un souvenir.
Orson : Une femme admirable, pour une goule. Elle a les nerfs d’acier, la tête froide… Et si j’étais vous, j’éviterais de la faire chier.
Rooster s’avança jusqu’à un comptoir recouvert de boîtes, de formulaires froissés et de taches de sang séché. Derrière, un humain aux lunettes rondes ajustait un brassard.
Le scribe du Bastion.
Un rat des registres.
Mais un rat indispensable.
Scribe : Ah ! Rooster ! « Lança l’homme en levant le nez. » Toujours pas crevé ? Tu es comme un cafard… un cafard patriotique.
Orson : Eh ! Tout le monde veut ma mort « Soupire. » J’ai la peau dure… Et le patriotisme dans la moelle.
Le chasseur de primes sortit de son sac un tas de preuves macabres : des plaques de métal, quelques doigts encore munis de bagues, une oreille tatouée du symbole d’un gang, et une tête… disons… suffisamment identifiable.
Le scribe blêmit légèrement, mais dut garder contenance.
Orson : Excuse le désordre… « dit Orson. Ces gars voulaient me faire un massage aux douilles de 5.56. J’ai pas aimé la proposition.
Scribe : Hm… carnage classique…. « Commenta le scribe en enfilant des gants. »
Il utilisa une pince pour retourner chaque preuve, vérifiant les numéros gravés, les tatouages, tout ce qui pouvait donner une identité aux morts.
Il cocha des cases sur une feuille sale, puis tapota dans un vieux terminal relié à un mini générateur.
Scribe : Alors… on a Les Fouines de Fismes… Leur prime vient d’augmenter à cause des incidents sur la route 32. Beau tableau de chasse, Rooster. « Il releva les lunettes, impressionné malgré lui. » Ça nous fait… trois cents capsules. « Conclut-il. »
Orson : « Souffla, une fumée blanche. » Pour trois cents capsules, leur bande pouvait au moins tirer droit…
Scribe : Tu veux le règlement maintenant ? Ou tu préfères voir Verdun d’abord ? Elle m’a dit qu’elle voulait te parler. Ça a l’air… important. Je dois encore calculer aussi le reste des preuves.
Orson fit tourner sa capsule de cigarette entre ses doigts, contemplatif.
Orson : Si la vieille veut causer, j’me fais pas attendre.
Elle déteste ça.
Le scribe acquiesça, puis appela deux novices pour emporter les preuves.
L’un d’eux vacilla en portant la tête encore dégoulinante.
Orson : Fais gaffe à ta chemise ! « Lança Orson avec un clin d’œil. » Ça part pas au lavage.
Il rangea son holster, fit craquer son cou. Puis il ajouta, en quittant le comptoir.
Orson : Garde mes capsules au chaud. Je reviens pour les récupérer, promis.
Bastion des chasseurs, Bureau de mademoiselle Verdun.
Les lourdes portes en acier grincent quand Orson les pousse. Une vague de chaleur artificielle l’accueille : la pièce de mademoiselle Verdun, maîtresse du Bastion de Reims, est éclairée par une série de lampes au néon bricolées et d’anciennes chandelles qui laissent couler leur cire sur des bouteilles de vin transformées en chandeliers. Sur le mur, une immense bannière porte la devise des chasseurs :
« Le sang, irradié ou non, vaut le même prix. »
Mademoiselle Verdun se tient derrière son bureau, silhouette filiforme drapée dans un manteau d’avant-guerre, recousu, rapiécé, mais toujours porté avec une élégance presque provocante. Sa peau ridée et fissurée raconte sans mot le siècle qu’elle a survécu. Ses yeux jaunes, eux, restent vifs… trop vifs pour une goule.
Elle ne lève même pas la tête quand Orson entre.
Mlle Verdun : Si c’est encore une de tes histoires de fusillade dans un bar, Rooster, garde ça pour les ivrognes. « Elle marque une pause, le temps de tamponner un document avec un geste sec. » Aujourd’hui, on a plus urgent.
Orson : Toujours aussi accueillante, cheffe… « Grommelle-t-il pour lui-même. » D’habitude tu aimes les récits que je te raconte…
Elle tend un papier, jauni et couvert d’une écriture nerveuse. Le chasseur s’avance, l’attrape du bout des doigts, le déplie… et son regard s’assombrit aussitôt.
Rapport du Bastion de Saint-Nazaire
Statut : détruit.
Forces hostiles identifiées : groupe militaire inconnu lourdement armées, possède des armures assistées, déplacement aérien : zeppelins blindés et vertiptères
Symbole : engrenage d’acier avec épée centrale.
Aucun survivant recensé.
Un silence lourd tombe, si lourd que même le bourdonnement des néons s’efface un instant.
Orson : Qui…. Qui a fait ça ?!
Ses doigts, irradiés, se crispent sur la feuille.
Mlle Verdun : Je ne sais pas… mais Ils se sont crus en terrain conquis, Rooster. Ils massacrent nos bastions et pillent notre technologie. Et tu sais ce qu’ils ont laissé derrière eux ? Rien. Pas un fichu trophée pour prouver qui a fait ça. « Elle s’approche, poings posés sur la table. » Mais… certains de nos informateurs ont vu assez pour être sûrs. Et le Conseil des Bastions a pris une décision.
Elle ouvre un dossier scellé par un cachet rouge. Un sourire, mince, dangereux, déforme ses lèvres déjà détruites.
Prime officielle sur ce groupe militaire.
Elle laisse les mots flotter, tels une menace ou une promesse.
Mlle Verdun : Une prime énorme. Le genre qui pourrait te permettre de… comment tu dis déjà ? Te la couler douce pendant des années. Avec ou sans tes bouteilles de vin irradiées.
Orson inspire lentement.
Une cible impossible. Une armée entière. Des soldats conditionnés, suréquipés.
Il a déjà combattu des pillards, des esclavagistes, des goules sauvages… mais ça ?
Orson : Vous pensez vraiment qu’on peut les arrêter ? demande-t-il, la voix incertaine.
Mlle Verdun : Pas « on », Rooster. Toi. Sinon… dis-moi. Qui d’autre ?
Un rire bref et cynique échappe au chasseur de prime.
Orson : Eh merde… J’avais prévu une soirée tranquille, moi. « Il replie la feuille dans sa poche. » Bon. Je suppose que casser du militaire en ferraille, ça peut devenir mon nouveau passe-temps.
Verdun lui tend un carnet en cuir usé : Les primes à jour. Les avis de recherche. Les récompenses en capsules. Orson le saisit mais Verdun retient sa prise. Ses yeux brillent d’un éclat sincère. Rare.
Mlle Verdun : Orson… reste en vie. Cela fait deux siècles que je te supporte, deux siècles que tu reviens ici raconter ta dernière gloire. Ce serait dommage que la prochaine soit… ta dernière.
Le chasseur de prime la regarde. Et pour une fois… il ne balance pas de vanne.
Orson : Promis. Un vieux coq a encore quelques coups de crête à donner.
Verdun relâche le carnet.
Il n’a jamais semblé si lourd.
Orson recule vers la porte… Puis, comme pour conjurer le doute, il se tourne vers vous, oui, vous, lecteur.
Orson : Eh, ne coupez pas la radio.
Fin du chapitre 2. Le contrat de toute une vie.