La prophétie du roi déchu: L'enfant sombre

Chapitre 2 : Le chevalier blanc

7309 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/09/2024 15:01

Chapitre 2 : Le chevalier blanc









Ayant pris un sac de provision sur son dos, l’adolescent suivait le forgeron à travers le bois. La pluie se mit à tomber à la renverse alors qu’ils atteignirent le territoire des Chouettes Noires. La torche s’éteignit et les deux voyageurs s’abritèrent sous leurs manteaux de cuir couverts de graisses. Ils choisirent un arbre sous lequel ils dormirent. Cette partie des bois que Warddan n’avait jamais explorée était un endroit peu accueillant. Des ronces noires poussaient à ras du sol et en hauteur, formant fréquemment des murs épineux. Le lendemain ils entrèrent dans une clairière illuminée par les rares rayons qui traversaient les branchages des arbres lugubres. 

_ Bon, fini par dire Raon. C’est ici que nous nous séparons. Va au-delà de la colline et ils ne viendront jamais te chercher là où tu seras. On dit qu’elle est maudite et que seuls les déments oseront y aller.

_ Père.

Raon regarda son fils et le tapota dans le dos. Ils surent qu’ils allaient passer des heures sombres. L’homme passa sa canne de la main droite à la gauche et sortit de sa poche une dague assez large pour trancher dans le cuir d’un sanglier.

_ Un vrai père ne devrait jamais dire ça à son fils, mais si jamais cette histoire tourne mal, utilise la. J’aime les gens de ce village, mais tu es tout à mes yeux. Si l’un d’eux t’attaque, plante lui ça dans le ventre et cours. Peut-être que tu ne l’utiliseras pas, mais mieux vaut être prudent. 

Il cala l’énorme couteau entre les doigts de Warddan en lâchant quelques larmes. Il donna son arc et ses flèches puis le serra fort dans ses bras.

_ Dans une semaine, tu pourras rentrer. En attendant, reste caché. Tu devras rester prudent. 

_ Oui père. 

Raon embrassa son fils sur le front en priant Dieu de leur porter secours. Et ils se séparèrent, partant dans des directions opposées.




Warddan marcha longtemps à travers les bois, et au bout d‘une journée entière de marche, il put enfin rejoindre le versant de la colline. Il se déplaça le moins possible, car il sut qu’il était en lieu sûr ici, la forêt était lugubre en cet endroit. Le feuillage des arbres cachait le soleil et plongeait tout ce qui était en dessous dans une alcôve ténébreuse, où même un ours pouvait passer inaperçu. Dans son sac, Warddan eut de quoi tenir jusque dans les délais prévus par son père. La nuit, il dormit en se perchant sur un arbre, se calant entre les solides branches. Les chouettes attendaient souvent que la lune soit levée pour partir en chasse. Il fallait attendre des heures pour en apercevoir une seule, tant elles étaient discrètes. Les plumes n’émettaient aucun son lorsqu’elles battaient des ailes, si bien que les rongeurs ne voyaient les messagers de la mort qu’au tout dernier moment. Warddan se sentit comme ces souris, menacé à tout instant, et ignorant tout de la chouette qui vola peut être au-dessus de sa tête, incapable de lui échapper. Un matin, alors qu’il vint tout juste de descendre d’un arbre, Warddan entendit un bruit venant d’entre les buissons, à une trentaine de pas de lui. Un morceau de bois tendu était plié, tordu par une force exercée vers l'intérieur. Il eut juste le temps de se retourner et de sauter sur le côté pour éviter la flèche qui lui érafla la joue. Il sentit sa chair déchirée sur son visage par une pointe de fer, juste avant qu’elle ne se fige dans un tronc d’arbre. Il tomba et roula sur le côté, se tenant sa joue balafrée. Il sentit une douleur dans sa poitrine, c'était son cœur qui s’emballa. Il leva les yeux, tétanisé de peur. C’était la première fois qu’on tentait de le tuer. Lorsqu’il vit jaillir des fourrés le chasseur avec lequel son père s’était disputé, il fut paralysé de terreur. L’homme aux cicatrices se saisit de sa hache à la ceinture et s’approcha de sa proie, sans presser le pas toutefois. Il savait que sa victime n’irait pas bien loin. Il cracha par terre, découvrit ses dents gâtés et dit:

_ Je savais bien que j’avais vu une bête. Un elfe noir. Maudite bestiole, je vais te fendre le crâne et te dépecer.

Brudial se pencha et attrapa Warddan par les cheveux, le jeta violemment contre un arbre et lui assena un coup de pied dans le ventre. L’elfe noir plié de douleur leva les yeux juste à temps pour voir la hache s'abattre sur lui, l’évita et fit le tour du colosse. La lame de fer se figea dans le tronc, mais le chasseur la ressortit aussitôt et frappa une nouvelle fois vers Warddan qui baissa la tête. En frappant avec son épaule, il fit reculer son agresseur et lui asséna un cou de pied dans le genou. Profitant que Brudial était déstabilisé, il se saisit d’une pierre par terre et le frappa au visage avant de prendre la fuite. Le chasseur sonné se releva difficilement et regarda l’elfe noir disparaître sous les ténèbres des arbres. Il prit son arc et se lança à sa poursuite. Un peu plus loin, Warddan aperçut un fossé et se jeta dedans, espérant pouvoir s’y cacher. Ses mains tremblèrent. Jamais auparavant il ne se sentit aussi mal. Il regarda par-dessus la motte de terre, il ne vit rien. Il se laissa glisser contre le pan de la tranchée naturelle et soupira. Enfin, il n’était plus là.

Une grosse main le saisit juste à ce moment-là, et l’extirpa de son trou. 

_ Tu n’es pas très futé sale monstre ! Lui rugit Brudial alors qu’il frappa Warddan avec d’un coup de poing en plein visage. 

L’elfe noir tomba face contre terre, les lèvres saignantes. Lorsqu’il tenta de se relever, l’énorme pied du chasseur lui fracassa le dos. Ensuite, il sentit la violente caresse de la botte contre ses côtes, le faisant rouler comme une vulgaire pomme de pin. Alors qu’il gémissait de douleur, Brudial s’essuya les lèvres maculées de sang d’un revers de manche, là où Warddan avait frappé.

_ Je pensais que les elfes noirs étaient plus costauds que ça. On m’avait même dit que c’étaient des tueurs nés. Je ne vois là qu’un trouillard qui se fait dessus. 

Il leva sa hache, prêt à achever sa victime. Tout de fois, pendant le cours laps de temps durant lequel il parla, il ne vit pas l’elfe noir se saisir d’un énorme couteau à la ceinture et regretta amèrement de ne pas avoir remarqué ce détail lorsque la dague se planta dans son mollet. Il lâcha son arme pour se tenir la jambe et s’effondra, en hurlant de douleur. Warddan se releva, donna un coup de pied au visage de Brudial et s’enfonça dans la forêt. Après cette terrible aventure, il resta terré sous les racines d’un vieux chêne durant une journée entière. Le chasseur devait avoir abandonné sa chasse, gravement blessé il n’avait guère d’autres choix que d’aller au village se faire soigner. Il redescendit la montagne, vigilant à chacun de ses pas. En fin d’après-midi, il se détendit, la battue avait certainement sonné sa fin et les villageois étaient rentrés chez eux. Il se pencha au-dessus d’un ruisseau et s’essuya le visage de son propre sang. La fraîcheur le raviva, et durant un instant il se sentit enfin libéré de l’oppression de la peur qu’il avait ressentit quelques jours auparavant.

Mais en levant les yeux, à travers les branchages, au loin, il vit des armures qui brillaient au soleil. Et parmi elles, il y avait un homme portant une armure blanche et tenant une bannière, orné d’un oiseau d’or entouré de lumière. Il se cacha, les épia, et les suivit sur une courte distance. Il reconnut Brudial parmi eux, il avait deux béquilles et boitait derrière l’homme en blanc. Ils avaient dû le retrouver en forêt, et Brudial les guidait jusqu’au village. Il fallait qu’il aille prévenir Raon et Hélène. Warddan partit au milieu des arbres et se dirigea vers l’habitation de ses parents adoptifs. 

Lorsqu‘il arriva, la maison était vide, et guidé par don instinctif, il décida de suivre le sentier menant au village. Une fois arrivé à ce dernier, il se cacha à l'orée du bois, le dos à un arbre. Le grand homme à la bannière cria haut et fort, suffisamment pour que même Warddan là où il se situait puisse entendre:

_ Moi, Paladin Phénix Lurthor, ainsi que ma troupe, avons rencontré un braconnier de votre village alors que nous enquêtions sur une affaire liée au Comté de Féraldal, il nous a parlé d'un elfe noir qui aurait trouvé refuge dans vos bois. Au nom des Croisés de l’ordre, nous vous prions de nous avertir lorsque vous voyez la créature ! Ici présent, un de vos citoyens affirme avoir été agressé par l’une de ces bêtes ! Nous vous prions de coopérer au nom de l’Ordre afin de tuer cette créature !




Warddan senti une boule dans sa gorge, il voulut la hurler tant elle lui faisait mal. Il ne voulait qu’une seule et unique chose, rentrer, manger la bonne soupe d’Hélène et se serrer très fort contre son père. Quand les Croisés de l’Ordre réquisitionnèrent les maisons pour s’héberger, la maison de Raon et d’Hélène servit aussi de foyer pour les soldats. Warddan se retrouva sans possibilité de rentrer chez lui, il avait faim, il avait froid et la seule maison où il pouvait dormir jusque là était occupée par ses chasseurs. Pour se cacher, il se dissimula dans les bois de la petite colline. Quand le soleil se coucha pour laisser place à la lune, il put voir trois soldats se bâfrer des seules provisions de ses parents et jeter par terre le gras, denrée rare et précieuse. De plus, les militaires avaient pris une jarre qui contenait apparemment  de l’alcool très fort,  constatant leur état d‘ébriété avancé. Avec leurs arcs ils tiraient dans le mur, pour le plaisir d‘entendre la musique de la corde et de la flèche se plantant dans le bois. Raon servit encore des lentilles et des morceaux de lard à la demande d‘un soldat tandis qu‘un porc hurlait, comme si on l’étranglait. 

_ Ne bougez pas, je vais voir ce que c’est, fit un soldat saoul.

_Non, je suis sûre que vous préférez manger cette bonne assiette, je vais voir ce que c’est moi-même, répondit le forgeron.

_ D’accord, mais ne revenez pas les mains vides, hein forgeron charcutier ! Et les soldats se mirent à rire d’un sarcasme sinistre.

Le grand homme se dirigea vers l’enclos des cochons et observa chaque bête, et une d’entre elles porta une marque de dents. Soudainement, une main l’aspira à traîner  dans la boue, recouvrant de fange sa barbe frisée

_ Montre toi sacri…

_ Chut papa, fit une voix familière, ils vont nous entendre.

Raon reconnut tout de suite la voix de son fils.

_ J’ai dut mordre les fesses de la grosse Monique, et j’avoue que je les préfère après que tu les aies cuisiné.

_ Tu es bien le fils de ton aïeul, fit l’homme crasseux, toi seul savais qu’après toi et Hélène, ce sont mes cochons qui sont les plus précieux trésors à mes yeux.

Soudainement, ils entendirent du bruit provenant de la maison, c’était Hélène qui appelait à l’aide. Un soldat complètement ivre avait attrapé la femme par le bras et la gifla. Deux de ses compagnons la plaquèrent sur la table. Hélène cracha en direction du premier soldat. Il s’essuya le visage, regarda la paume de sa main et frappa une nouvelle fois Hélène.

_ Hé ben ma jolie, c’est mal de cracher sur ses invités ! Montre moi que tu es une femme !

Il lui écarta les cuisses, remonta les pans de sa robe et défit la boucle de sa ceinture. 

_ Elle à l’aire bonne la femme du forgeron, dit un homme qui la maintenait tandis qu’elle hurlait.

_ Ouais, sacrément bien conservée.

Il laissa tomber son pantalon et s’approcha d’elle en lui caressant le visage. Il la saisit par les épaules et plaqua le bas de son corps contre le sien.  

Raon et Warddan sortirent de la boue et sautèrent au secours de la femme en détresse. Le forgeron donna un crochet magistral à l’agresseur de sa femme :

_Bat les pattes ! Hurla Raon décrochant un second coup de poing dans le nez du violeur qui tomba à la renverse.

Warddan frappa si fort dans le plancher en bois qu’il se brisa en deux. Il mit sa main à l’intérieur du trou et en sortit l’épée géante. Les deux autres inquisiteurs reculèrent, dégainèrent leurs lames et chargèrent l’elfe noir. Un bruit de métal tranchant la chair résonna dans la maison, et une éclaboussure pourpre éclaboussa la tête de drake, puis les deux soldats tombèrent, tranchés en deux, laissant échapper leurs boyaux visqueux qui glissèrent sur le parquet. Le soldat à la marmelade à la place du nez se mit à hurler de terreur, voyant ses deux compagnons déchiquetés, et l’elfe noir le transperça de toute la longueur de l’immense épée faisant jaillir sang et hurlement hors de la bouche sa bouche. Un cri à glacer le sang retentit dans la maison. Pour le faire taire, Warddan prit la tête de l’agonisant et lui cassa la nuque, comme un vulgaire lapin. 




Warddan regarda l'étendue du désastre, une mare de sang recouvrit le plancher fracassé. Trois soldats firent office de fontaines de sang dans la maison. Le spectacle était terrifiant. Warddan s’agenouilla et regarda ses mains, dégoûté. Son épée venait de faire ses premières victimes. Il comprit enfin la véritable fonction d’une arme : prendre la vie. Ses glyphes sur la peau se mirent à briller de couleur pourpre pendant quelques secondes et s’éteignirent rapidement. 

_ Il faut se débarrasser des corps sinon nous sommes morts ! fit le père. 




Warddan acquiesça et se leva,

_ On va donner les corps aux cochons, dit le forgeron, ils ne laisseront aucune trace. 

_ Raon ! fit sa femme.

_ De toute façon, ils mangeaient leur chair, les porcs méritent leur revanche. 

L’elfe noir et son père prirent dans un sac les cadavres et jetèrent les morceaux des soldats aux porcins.

_ Je suis un monstre, dit Warddan, je suis un monstre.

_ Tu n’avais pas le choix, dit son père, n’importe quel humain aurait eu exactement le même réflexe que toi. De plus, ce sont eux les agresseurs.

Pendant que Warddan et le forgeron parlèrent, un des cochon suça le pied cadavérique d’un militaire et fit un rot magistral.

_ De plus, je n’avais plus rien pour engraisser les cochons, remarqua l’homme barbu avec une note d'humour pour apaiser. Regarde-les se régaler !

_ Arrêtes Père ! J’ai déjà vu assez d’horreur ! Lâcha Warddan en repartant vers la maison éclairée par la lampe tachée de sang. 

Les os des cadavres craquèrent sous les dents des porcs affamés, dont la face était maculée de pourpre mélangé à la boue. Raon sentit la douleur de Warddan, et la peine qu’il devait endurer. Il se mit à regarder le festin que les animaux étaient en train de prendre. Une des bêtes s’attaqua aux intestins dégoulinants du ventre déjà troué de plusieurs dizaines de groins. Raon regarda pendant un moment ce spectacle repoussant, mais il fut sorti de sa rêvasserie par une rumeur qui provenait du village. Il semblait que des bottes piétinaient une terre mouillée depuis le sentier. Le forgeron prit de panique partie à la rencontre d’Hélène et de Warddan, et se mit à parler rapidement : 

_ Aidez moi à prendre les cadavres de porcs, vite !

_ Ceux morts de la Néran ? Pourquoi faire ? demanda la femme.

_Je n’ai pas le temps d’expliquer ! Faites le c’est tout !

Et la famille se mit à prendre des cochons morts sur un gros tas, et se mirent à les entasser sur la table, Raon prit son plus grand couteau et se mit à trancher les ventres des carcasses du haut de la cage thoracique jusqu’à l’anus à une vitesse éclair, et sortit un maximum de tripes. 

_ Warddan ! Vas-t’en ! Vite ! 

L’adolescent affolé sortit de la maison et se cacha au milieu des broussailles. 

_ Hélène, donne moi ma hache ! Fit le forgeron ;

La femme prit la hache à côté du bois et le lança à son mari. Au moment où Raon rattrapa la hache, le chef de la commune ouvrit la porte. Le grand homme coupa la tête du porc et s'écria :

_ Bonsoir, j’étais en train de vider mes porcs morts de la Néran.

_ Bien, dit le chef du village, mais pourquoi avez vous coupé la tête de celui. Et où sont passés les gardes qui étaient avec vous ? 

_A vrai dire Rodret, répondit Raon, ces bons p’tits gars n’ont pas l’estomac bien solide. En me  voyant vider les porcs, ils se sont enfuis dans la forêt pour vomir leur bile. Et d’ailleurs, à force de sentir la moisissure de ces cadavres jaunis, je crois que je ne tarderais pas à les rejoindre.  

Quand Rodret se mit à sentir l‘air pestilentiel, ses poumons lui brûlèrent et il sortit de la maison, puis gerba dans l’auge à cochon. Trop étourdis pour voir l’hémoglobine sur le groin des porcs, et pour voir ce qu’ils mangeaient dans la boue, le petit homme qui avait craché ses tripes ne se dévoilait pas sous son meilleur sous le regard attentif du Paladin. L’homme à l’armure blanche sortit lui aussi de la maison à cause de l’odeur infecte, mais lui ne se contenta que de prendre de grande inspiration d’air frais, à quelques pas de l’entrée. 

_ Après avoir enlevé les organes de ces porcs et les avoir brûlé, nettoyez votre maison ! La vue de ce sang sur les murs et l’odeur imprégnée ici me répugne !




Les cochons formaient un cercle à présent autour de leur repas, et seuls leurs énormes derrière étaient visibles. 

_ Et vos porcs, fit le petit chef de communauté, quand j’étais en train de vomir ma bile, j’ai vu que vos animaux mangeaient quelque chose mais je n’ai pas pus voire ce que c’était.

Raon commença à trembler et à transpirer. L’odeur ne faisait que monter la pression, mais il finit par sortir finalement :

_ Des pommes, oui ils mangeaient des belles pommes que j’ai trouvées sur un pommier au fond de la forêt. J’ai profité du beau temps pour aller chercher des fruits pour engraisser mes belles bêtes. Vous croyez peut être que c’est avec du foin qu’on fait des couronnes ?

_ Bon, on est rassuré, reprenez vos occupations.

Et les deux hommes sortirent de la maison, Raon rassuré, lâcha son couteau et serra très fort sa femme. 

_ Et si on sortait prendre un bain, suggéra Hélène, parce que cette odeur me répugne moi aussi. 

_ Warddan, tu peux rentrer maintenant.

L’elfe noir rentra dans la pièce, se boucha le nez et se mit à rire :

_ Allons à la rivière, nous en avons besoin de ce bain. 

Et les trois compères partirent à la rivière, et prirent un bain de nuit. L’elfe avait pris son arme à portée de main. Pendant que Warddan faisait la planche, il vit la lune pleine lune d‘argent illuminer le ciel obscure. Mais au bout d’un moment, à force de fixer cette lune, il rentra dans une sorte de rêve. Il se vit dans les bras de son ancienne mère, il entendit au loin les cris au loin, des bruits agaçants d’armure. Ce rêve se révéla être en réalité un souvenir, le souvenir de la nuit où il rencontra Raon et Hélène. Il revit la flèche qui transperça la jambe de sa mère, de la colline, et des grosses bottes pleines de boue. Mais le rêve se répéta plusieurs fois, la course poursuite, les cris, le grincement de sa de sa mère. Puis il se concentra sur la course poursuite. Il revit mainte et mainte fois la scène qui repassa en boucle. Mais à chaque fois, il se souvint qu’à un moment donné, sa mère se plia et lui permit de voir ce qui la poursuivit. Là, il vit un homme qui se distinguait des autres. Cet homme était équipé d’une armure blanche et d’une épée éclatante. Mais avant tout, il se fit la remarque que ce visage lui était familier, qu’il avait déjà vu quelque part. Mais brutalement, une douleur lui traversa la jambe, comme si quelque chose s’était incrusté à l’intérieur. Il sortit de sa transe et se vit dans l’eau qui avait viré au rouge et une flèche plantée dans sa jambe droite. Puis il leva les yeux et vit les Croisés de l’ordre qui tenaient des arcs. Les archers décochèrent leurs flèches, Warddan plongea dans l’eau et tenta de nager jusqu’à la berge de l’autre côté de la rivière. Ses parents avaient disparu, que leur étaient-ils arrivés ? Mais il n’y avait pas le temps de se poser la question, il devait nager jusqu’à la berge qui était si proche, mais si loin. Sa jambe mutilée ne lui permettait pas de nager plus vite. Il se retourna et aperçut les soldats qui plongeaient dans l’eau. Il tenta de nager plus vite, mais sa jambe mutilé l‘en empêcha, il aurait souhaité la couper si c‘était possible. Les militaires s’étaient débarrassés de leurs armures, libres de leurs mouvements ils étaient plus rapides que lui. Warddan ne se concentra plus que sur la terre qu’il allait attraper, après il serait sauvé, mais un poids énorme le coula et stoppa sa progression. Il sentit une force le ramener de l’autre côté, sans qu’il puisse lutter. Il tenta de débattre, mais rien à faire, il fut immobilisé.  Une fois la tête sortie de l’eau, il hurla, mais la force continua à le traîner. Il tenta en vain de s'accrocher aux racines, aux rochers et à la terre, mais rien ne stoppa la force, qui le traîna jusqu’au village. Devant la maison du chef de commune, la force cessa de le tirer et le retourna. C’était l’homme qui avait l’armure blanche qui l’avait traîné jusqu’ici. L’homme fier de lui s’écria :

_ Soldats de la Croisade de l’Ordre, regardez le travail d’un Paladin, c’est comme ça qu’il faut s’y prendre avec eux !

Et le paladin lui donna un violent coup de pied dans la pommette.

_ Il faut frapper là où ça fait mal !

L’homme continua de frapper Warddan de son gros pied. Il lui écrasa aussi de la même violence à l’entre jambe. Le mutilé se plia en deux et grogna un long moment. 

_ Voyez-vous, c’est comme un chien enragé, il faut aller au bâton !

Et le paladin prit un gourdin frappa à déchirer la peau.

_ C’est comme les bœufs, sa se fouette !

Et les soldats prirent un violon de la honte, l’attachèrent sur les épaules du captif à l’aide de cordes et le maintinrent debout. Le paladin prit un fouet à la corde métallique, et se mit à se déchaîner sur le corps noir de l’adolescent. Pendant qu’il claquait le bout de son arme sur la chaire saignante, il parla de races, de pureté et de saints esprits. Au bout de plusieurs coups de fouet répétitifs et douloureux, Warddan se mit à hurler de douleur. On pouvait distinguer des éclats de chair s‘éparpiller en l‘air avant de retomber dans la boue. Le supplice était si horrible que le ciel même se mit à lâcher des larmes. En écoutant ces cris inhumains, la population vint voir le terrible événement qui se produisait devant la maison de Rudret. Bientôt, Warddan n’eut plus de voix à force de crier de douleur. Ses cheveux si blancs furent tachés de son propre sang, et ses épaules quasiment à vif. A chaque claquement, il ressentait de nouvelles convulsions, et chaque convulsion semblait ravir le guerrier blanc. Cette horrible torture sembla durer une éternité, sous une pluie torrentielle, montant le niveau de la boue des bottes jusqu’au genoux. Warddan n’entendait plus rien, hormis le claquement du fouet et les plaintes de son corps martyrisé. Des fourmis parcouraient son corps, il tenait debout uniquement parce que les deux soldats le soulevaient, la brûlure de ses blessures irradiait tout son être d’une flamme malsaine. Alors qu’il perdit tout espoir, alors qu’il était en train de mourir de douleur, il leva la tête et vit une femme noire aux cheveux blancs. Elle cria en direction des Croisés et se sauva dans la forêt, le paladin ordonna à ses hommes de la poursuivre. Il lâcha son fouet et prit l’épée de l’elfe noir. 

_ Créature diabolique, regarde cette épée. Elle est couverte du sang de mes hommes. Les monstres comme toi naissent dans le but de convertir ce monde aux malheurs et aux ténèbres. Tu as semé le mal, et je suis là pour ramener la justice. Tu as tué mes hommes avec cette lame, soit, tu mourras par cette lame.

Le paladin s’agenouilla devant Warddan pour mieux lui montrer l’arme qui l’exécuterait. En le regardant, le détenu se souvint de son rêve. L’homme qui avait tué sa mère avait le même visage que le paladin qui se dressait devant lui. Alors en un instant il  entra dans une colère noire et força les deux extrémités de la planche de bois qui le retint et la brisa en deux. De ses deux mains libres, il s’empara de son arme des mains du paladin et le frappa de son poing ce qui projeta le guerrier en armure blanche sur les murs de la maison du chef de commune :

_ Assassin ! Cria Warddan avant de fondre sur le paladin.

N’obéissant qu’à son instinct, il décrivit un arc de cercle avec la lame géante, et il savait à ce moment précis qu’il allait changer son destin à jamais, que le temps viendrait où il le regretterait.

La tête du paladin vola pendant un long moment avant de retomber tandis que le corps s’effondra sur la terre humide. La lame de Warddan goûta à nouveau au sang des hommes. La foule autour de lui s’écarta de quelques pas, transis de peur. Il sentit les sentiments de chaque personne qui l’entourait. Lorsqu’il se retourna, les habitants reculèrent d’un autre pas. Warddan avança, ils s’écartèrent de nouveau du démon. Son regard croisa celui d’une petite fille tenu par une femme. Il aurait voulu leur dire qu’il n’avait jamais voulu que les choses se passent ainsi, mais lui-même avait peur d’eux. Il tituba vers sa maison, son dos déchiré irradiant de douleur. Les gens s’écartèrent de son passage, toujours aussi silencieux. Il reprit le sentier jusque dans sa petite chaumière, l’elfe noir prit quelques vêtements dans une bassine à côté de lui puis parti dans la forêt, une chemise de cuir, un pantalon vert foncé et une ceinture de tissu. Au milieu des décombres du plancher, il en sortit le sac contenant l’armure forgée par son père. Il le serra très fort contre son cœur, repensant à son ancienne vie qu’il s’apprêtait à abandonner. Il sortit et referma la porte derrière lui. Dans l’enclos, il n’y avait plus le moindre bruit, plus le moindre animal, juste des énormes masses allongées aux flancs percés d’une multitude de flèches. Il le contourna sans attarder son regard davantage sur ce que ses yeux ne voulaient voir. Il s’enfonça dans les profondeurs des bois, grimpant la petite colline à la tête de corbeau. Les ténèbres s’épaississaient, un nuage noir dévora la lune. Il marcha jusqu’à se retrouver dans une clairière. Pour ne pas trop s’encombrer, il prit son sac et mit son armure sur le corps. Il enfila les gantelets, puis le plastron. Il en profita pour s’arracher la flèche qui était coincée dans la jambe. Il prit un morceau de tissu qu’il mit entre les dents et tira de toute sa force sur le bois de la flèche, et l’enleva d’un coup sec. Ses nerfs qui étaient à l'intérieur des muscles lui dégagèrent une décharge de douleur intense qui paralysa son membre transpercé. Il se mit à grogner, puis enfila ses bottes d’aciers. Puis il remarqua que sur le dos du plastron, il y avait des lanières de cuir qui s’entrecroisaient, assez espacées pour y laisser passer son épée, mais assez tendues pour ne pas la laisser s’échapper. Il y rangea la gigantesque lame dedans et cette fois-ci, se mit à boiter très péniblement, à cause de sa jambe blessée. Il traversa toute la forêt, jusqu’aux montagnes des Sylves, puis décida de faire une pause à un étang pour se désaltérer et reprendre des forces. Il prit l’eau qu’il pouvait dans la paume de ses mains et prit quelques gorgées. Sa jambe et son dos massacrés le torturaient encore, cette brûlure dorsale l’empêchait de se coucher, et sa jambe trouée l’empêchait de rester debout. Il s’assit donc sur un rocher plat et se massa la jambe brûlante de douleurs. Il resta des heures sur ce rocher, dans cette clairière encerclée par les arbres. Pendant ces heures de peine, seule la lune servait de compagnie à l’elfe noir. De ses grands yeux rouges, il regardait les étoiles. Des larmes tombèrent dans l’étang pendant cette nuit. Il passa le reste de la nuit éveillé, dormir sans vraiment dormir, rêver les yeux grands ouverts, rester dans la clairière en ayant l’esprit ailleurs, ressassant les souvenirs de son père et de sa mère. Un vent chaud lui effleura le visage, et une odeur de brûlé. Il décida donc de monter en haut de la colline pour voir d’où venait ce vent brûlant. 

En montant les dernières pentes, il put regarder au-dessus des arbres tremblants. Là, il vit à l’emplacement de son village une lumière éblouissante. La demeure qu’il avait toujours connue partait en cendre devant ses yeux, ses dents grincèrent à l’intérieur de sa mâchoire. Il détourna son regard et entassa un tas de brindilles sur les racines d’un chêne et s’allongea sur le flanc de son corps. Il réussit à fermer les yeux et finit par s’endormir. Mais son sommeil ne fut que de courte durée, car les lueurs de l’aurore le réveillèrent. La fraîche rosée du matin avait recouvert les feuilles vertes des grands arbres, laissant passer au travers un petit arc-en-ciel. Malgré le beau spectacle, l’elfe resta couché, revoyant cette nuit atroce qu’il venait de passer. La chemise qu’il avait prise avant son départ était encore mouillée du sang qui coulait de son dos. Sa colonne vertébrale ne put plus le soutenir, son mollet était tressaillit de douleur, et de son torse ressortait des contusions saignantes. Les traces du fouet le paralysèrent encore pendant de longues heures. Il resta longtemps immobile sur son lit provisoire, sans pouvoir faire le moindre effort. Sa cage thoracique semblait être enfoncée dans sa poitrine, lui coupant le souffle. Si par malheur un puma passait dans les environs, il ne pourrait pas tenter la moindre tentative de fuite. Il aurait été une proie parfaite, mais il semblait que les animaux avaient autre chose à faire que de s’occuper de son cas. Lorsque le soleil fut à son zénith, l’elfe noir réussi à étirer un bras pour s’accrocher à une branche pour mieux s’installer aux milieux des racines du vieux chêne. Les aiguilles de pins lui picotaient les jambes traînantes par terre. Péniblement, lentement mais sûrement, il réussit à s’abriter sous son arbre protecteur. Une fois confortablement installé, il se mit à fermer les yeux pour s’endormir, mais une gêne torturait son peu de sommeil. Il eut l’impression d’être  observé par des yeux invisibles, espionné par un fantôme. Mais cette impression disparut peu à peu, et réussit à faire sa petite sieste périodique. Il réussi à rêver que cette nuit abominable ne s’est jamais produite, qu’il était toujours en compagnie de Raon et d’Hélène, en train de manger des délicieux travers de porcs marinés aux Flaïa. Mais son magnifique rêve fut interrompu par un bruit sourd et lourd. Il semblait qu’une masse marchait sur les racines où il s’était caché. Puis des reniflements bruyants d’une grosse créature traversa le bois tremblant. De petits morceaux de terre tombèrent dans les cheveux blancs de Warddan, puis des insectes sortirent de petits trous dans les racines. Toutes ces petites bestioles partirent vers l’extérieur et s’éparpillèrent dans toutes les directions. Les pas lourds continuèrent à faire trembler le chêne pendant quelques minutes. Des sueurs froides coulèrent du front de l’elfe et traversa du haut de sa tempe jusqu’au menton. Ses yeux rouges essayèrent d’apercevoir la cause de ces tremblements, mais les racines furent trop serrées pour les laisser voir.

Le bruit sembla se rapprocher et des expirations de reniflement recommencèrent. Et l’horreur le saisit, il vit le bout d’un grand museau, avec une grosse truffe aspirant tout sur son passage. Le grand nez se rapprocha de ses jambes paralysées, et sans pouvoir faire le moindre mouvement, il se mit à prendre de la terre. Bientôt, le museau poilu toucha la jambe mutilée. Sur ce, l’elfe sauta comme il put et jeta la terre qu’il avait prise sans voir à qui appartenait cette truffe. Dans son élan, il se mit à ramper de toutes ses forces, mais une patte griffue l’attrapa. 




Le poids le stoppa net et commença à l’écraser. Warddan eut l’impression que ses côtes rentraient dans ses poumons, l’empêchant de respirer. Il se mit à crier au secours, suppliant qu’on vienne le sauver. Mais rien à faire, aucune personne ne se manifesta à l’horizon. Seuls de grands arbres feuillus se présentaient devant lui. La même patte griffue qui l’écrasa le retourna comme une crêpe. Le dos déchira le jeune elfe, ce qui lui fit hurler de douleur. Le cri inhumain pourtant semblait inaudible, ses poumons étaient vides de ses appels incessants. Quand Warddan tourna la tête pour voir son agresseur, il se trouva nez à nez avec un loup géant. La bête devait être bien plus grande qu’un cheval, et ses pattes plus grosses que la tête de l’elfe. Le museau gris de l’animal était aussi long qu’une de ses jambes. Les poils formaient une bosse entre les  omoplates et ses moustaches étaient si longues et fines qu’elles semblaient être de grands fils de lumières. Mais les crocs gigantesques rappelèrent la nature de l’animal.




L’elfe tenta d’échapper  au regard hypnotique de ces grands yeux jaunes, mais la bête l’emprisonnait sans lui laisser la moindre possibilité d’un moindre mouvement. Un petit oiseau fit un joli petit gazouillis au loin qui résonna dans tout le bois, et s’envola de sa branche pour survoler le spectacle terrifiant. Le loup ouvrit sa grande gueule et rugit si bruyamment qu’une nuée de volatiles partit vers les cieux. Après avoir humé l’odeur fétide de la bouche du canin géant, les paupières de l’elfe se firent lourdes. Il put tenir jusqu’au moment où il sentit la gueule de la bête l’attraper par son buste. Il sombra dans un sommeil profond, comme s' il était mort. 




Ses yeux furent voilés de noir l’empêchant de voir le jour, le soleil, et toute chose. Au bout d’un moment, une lumière intense illumina son esprit troublé, puis s’éteignit laissant place à la flamme des torches qui l’entouraient. Il était seul au milieu d’une caverne, et sur les parois des peintures rupestres étaient dessinées. Des loups étaient représentés sur les murs, et avec la lumière des torches, ils semblèrent bouger. L’elfe se leva et caressa un de ces dessins. Au lieu de sentir la solidité de la roche poreuse, une douceur se présenta sous la paume de sa main. C’est comme si une épaisse fourrure se matérialisa sous les doigts qui frottèrent la représentation du loup. Il se mit à mieux examiner l’endroit où il s’était retrouvé. 




La grotte formait une demi sphère, et le sol sur lequel il marchait était un sable qui lui était inconnu. Un sable fin mélangé à du gravier gris. Puis, une étrange chanson tribale commença à résonner dans la grotte lumineuse. Tout d’abord, la chanson semblait inaudible, puis on commença à percevoir le son des voix indigènes. Puis par la suite, la musique devint de plus en plus forte, jusqu’à en faire trembler les parois de la grotte. On put parfaitement deviner que les voix chantantes étaient composées de voix de femme et d’une voix d’homme. Des tambours roulèrent, les phrases se précisèrent et se raffinèrent. « Rassoun, Rassoun, alra Rem ! Rassoun, Rassoun, alra Rem ! Rassoun, Rassoun, alra Rem ! Rassoun, Rassoun, alra Rem ! Rassoun, Rassoun, alra Rem !... »




La chanson se répéta systématiquement pendant que le plafond fondit pour laisser place à un ciel nuageux, et le tonnerre gronda, laissant place à une pluie glacée. Les loups peints sur le mur partirent au contact de l’eau et glissèrent jusqu’au sable humide. Un éclair éclata de lumière le ciel et des formes sortirent de la terre. Des loups par centaines apparurent ainsi et se mirent à hurler sinistrement. Dans la tête de Warddan, tout se mettait à tourner autour de lui, comme s' il était un cyclone. La grotte disparut pour laisser place à une forêt de loups géants. Les paroles de la chanson s’accélérèrent en même temps que la musique. Cela pendant de longues minutes incessantes. 




Soudainement, sa vision s’arrêta sur un loup encore plus grand que les autres. Un grand et monstrueux loup noir, borgne, une longue cicatrice parcourait sa tête gigantesque depuis le haut du crâne, en passant par l’œil blanc troué, pour arriver jusqu’au bas du museau. « Rassoun, Rassoun, Rassoun alra Rem ! » fit une dernière fois encore plus fort la chorale tribale. La musique s’arrêta pour laisser place au silence le plus total. Le loup noir toucha de sa truffe le front de Warddan et une grande lumière blanche éblouissante envahit la vision. De la lumière blanche pure, une tout autre lumière envahit sa vue, une lumière jaunâtre d’une flamme.




D’abord des formes floues lui apparurent, puis ces formes se précisèrent, puis une ombre recouvrit ses yeux. Les contours finirent de se préciser, le temps pour qu’il réalisa qu’une femme était au-dessus de lui. Celle-ci prit un objet mou et mouillé et l’appliqua sur son front.

_ Jaron ! s’écria t-elle, Jaron, il se réveille. 

Les longs cheveux bouclés tombèrent sur le visage du jeune elfe, des cheveux noirs. 

_ Jaron ! Tu n’es pas là ?

_Si si, dit une voix d’homme qui semblait se résonner sur des parois, J’arrive Mélane !

L’adolescent tourna un peu la tête et aperçut le loup qu’il avait rencontré sous le vieux chêne. Sa bouche était occupée par un cerf qui effleura le sol de ses pattes. L’énorme bête posa ce qui était censé être sa proie, et rapprocha sa tête gigantesque prêt du visage de la jeune femme. 

_ Il s’est fait battre par les hommes, comme tes cousins à quatre pattes, dit la jeune demoiselle au loup.

 _ Il devrait s’en remettre, sortit de la bouche du loup qui le sentait. Ses blessures sont douloureuses, et ses cicatrices sont fragiles. Si on en prend soin, il devrait être rétabli dans deux ou trois mois. 

L’elfe noir n’en crut pas ses yeux, le loup s’était mit à parler devant lui. Pensant halluciner, il referma les yeux et se remit à dormir.


*Néran: Maladie porcine hautement contagieuse.


*Vous croyez que c'est avec du foin qu'on a des couronnes: Expression Étalenne pour exprimer qu’il faut travailler dur pour mériter son dû, dans la même veine que “on a rien sans rien”. 


* Flaïa: fleur au propriétés aromatiques.





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