La prophétie du roi déchu: L'enfant sombre
Chapitre 29 : Se racheter de ses fautes
2318 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 22/12/2024 08:08
Chapitre 29: Se racheter de ses fautes
Les deux combattants se chargèrent mutuellement, attaquant avec force et détermination. Galro recula pour éviter la large épée et tenta une contre attaque qui fut esquivée. Il s’avança davantage et se mit à frapper sans répit sur Algazalm. Warda donna un coup de pied dans le ventre de son ennemi juré et fit siffler son arme au-dessus de la tête du chevalier du phénix qui eut le réflexe de se baisser. Ils usèrent de leurs techniques, leurs feintes, contre-attaques... Ils mobilisèrent toutes leurs capacités pour se détruire mutuellement sans jamais se toucher réciproquement. Warda plaça son épée de manière à ce que toute sa largeur lui serve de bouclier et la lame de Galro se percuta au mur de fer qui le séparait du cœur qu’il s’apprêtait à empaler. Le guerrier sombre profita de cet instant pour dévier la pointe de son adversaire qui perdit l'équilibre, il leva son arme prêt à décapiter le paladin qui su la dévier en attrapant le bras de Warda au dernier instant. La lame étincelante de Galro se dirigea vers la gorge de l’elfe noir qui de sa main gauche attrapa le poignée de son agresseur. Utilisant toute sa puissance, l’être ténébreux balança le chevalier de lumière par-dessus son épaule. Le paladin retomba lourdement dans la neige, et avant qu’il ne se rende compte qu’il avait perdu son arme des mains, la pourfendeuse d’acier était déjà posée sur sa gorge. La botte d’acier s’appuya sur son thorax, et lorsque Galro se récupéra enfin ses esprits, il comprit que Warda le dominait, et qu’il était en position de l’achever. Les deux combattants étaient exténués, plus à cause des blessures à peine rétablies que du combat lui-même. Le fils du feu paladin perça à travers les ténèbres de la nuit le regard de son ennemi mortel, de celui qu’il s’est juré d’exterminer depuis son enfance, celui qui avait hanté ses cauchemars pendant si longtemps. Il s’attendait à voir sur son visage un sourire diabolique et des yeux illuminés d’une flamme de haine. Il pouvait presque entendre rire de sadisme, mais il ne vit que des larmes couler sur ses joues. « Il pleure ? ».
_Qu’attends-tu démon pour me tuer ? Demanda Galro toujours à terre. Tu as bien tué mon père sans remord, alors pourquoi refuses tu de me tuer ici et maintenant ?
_ Pourquoi devrais-je toujours tuer ? Demanda à son tour le démon.
Les yeux du paladin s’écarquillèrent à cette question. Il pouvait entendre les sanglots que le guerrier ténébreux tentait d’étouffer, il sentait à l’intérieur de cette créature un sentiment de colère mêlé à la tristesse. L’elfe noir ne relâcha tout de fois son épée qui était toujours braquée sur le cou du vaincu. D’une voix remplie de peine, il dit:
_J’ai toujours dû tuer pour survivre. Tout à commencé lorsque ce chasseur me pistait. Il conduit ce paladin jusqu'à mon village, et mena une battue à travers les bois. J'ai tenté de fuir, je me suis caché, mais il m'a retrouvé. Il m'a battu, fouetté, lynché. Et lorsque mon regard a croisé le sien je su... Il avait tué ma mère. Je n'ai pas pu le pardonner...
Le guerrier sombre enleva sa gigantesque lame de la gorge de Galro et la rangea dans son dos. Il tourna le dos à son ennemi et commença à partir lorsque le paladin se releva et l’appela.
_ Warda ! Je veux savoir ! Pourquoi tu m’épargnes ?
L’elfe noir cessa de marcher, le vent soulevait ses cheveux spectraux. Une atroce douleur lui torturait le cœur, tel un coup de poignard mental. Il se tourna vers le chevalier et lui répondit:
_ Tu lui ressembles tellement.
L’âme de Galro fut chamboulée sur ces paroles. Lorsqu’il entendit Warda parler de la mort de son père l’avait déjà renversé de l’intérieur, mais sur ces mots « Tu lui ressembles tellement » il pouvait sentir son cœur se briser en une centaine de morceaux. À beaucoup de personnes qui ont perdu leurs parents on leur dit « Tu ressembles à ton père » ou « tu ressembles à ta mère » mais jamais ce ne fut prononcé par la bouche d’un assassin. Que Galro le veuille ou non, l’elfe noir était son dernier lien avec son père. Le guerrier sombre regardait le ciel étoilé, ses yeux semblaient implorer leur pardon.
_ Je souhaiterais tellement revenir en arrière et réparer mes erreurs, mais il est trop tard. L’autre jour, lorsque je m'apprêtais à t’achever, j’ai compris que j’allais commettre la même erreur qu’il y a vingt ans. Te tuer ne fera qu’aggraver ma situation.
_ Pourquoi ? Demanda Galro. Je ne te traquerai plus sans relâche si je meurs.
_ Tu te trompes.
L’elfe noir regarda ses mains avaient maintes et maintes fois manié Algazalm pour trancher la chair d’hommes. Comme si toute la culpabilité de tous ses meurtres avaient décidé lui retomber dessus, son regard attristé tombait sur Galro.
_ C’est pour cette raison que je l’ai tué. Je croyais qu’une fois mort, ce chevalier me laisserait en paix, mais tu es la preuve du contraire. Si maintenant je décide de mettre fin à ton existence, un de tes proches décidera de te venger, alors je me battrai encore et je tuerai. Puis un autre reviendra de toutes manières, et ce sera sans fin. Il est encore temps pour moi de choisir. Vas-t’en !
Le paladin ne pouvait quitter des yeux l’assassin de son père. Il ne pouvait s’approcher, mais il ne pouvait non plus partir. Il savait que justice n’était pas encore rendue, et il ne pouvait se résoudre à s’en aller sans que l’honneur de son aïeul soit lavé. Il attrapa Warda par l’épaule et le força à lui faire face.
_Ne crois pas que ce sera aussi simple, Warda. Tu as tué mon père, et même si tu avais tes raisons, tu m’as privé de père ! Il me manque tous les jours depuis que je l’ai vu dans ce cercueil ! Il m’a tant manqué ! Ton crime mérite qu’on y amène justice ! Je ne partirai pas tant que tu ne paieras pas pour ton péché ! Tu dois faire face à la justice !
_Je le sais ! Répondit le guerrier sombre d’une voix brutale. Tu crois être le seul à en souffrir ? Moi aussi, depuis cette nuit je n’arrête pas de faire des cauchemars ! Sa mort pèse aussi bien sur ma conscience que sur la tienne !Mais contrairement à toi, j’ai son sang qui tâche mon âme depuis l’instant où ma lame l’a tué ! Je sais que je suis l’assassin et que j’attise la colère et le malheur ! Je n’ai rien voulu de tout ça, mais c’est arrivé contre mon gré ! Je ferai n’importe quoi pour être autre chose que ça !
Il se regarda de nouveau ses mains, et il montra ensuite son visage.
_ Parce que je ne suis pas humain, je n’ai été que source de malheur depuis mon enfance. Pourtant, mes parents adoptifs ainsi que de nombreuses personnes que j’ai connu ont offert leur vie pour préserver la mienne. Je sais que je mérite la mort à cause de tous ces hommes que j’ai tué, mais je n’ai pas le droit d’accepter aussi facilement de me faire occire sinon leurs sacrifices auront été vains.
Le paladin baissa les yeux sur sa lame, un mélange de haine et de dégoût noyait son palais. Tous ses idéaux, tout ce qu’il avait imaginé, tous ses plans venaient d’être renversés. L’être hideux qu’il s’imaginait faire face s’était révélé sous un autre jour, car bien qu’il soit démon, il avait le sens de la culpabilité. C’est pour cette raison que Galro lâcha son arme, il venait de découvrir que même son éternel ennemi avait un cœur. Et parce qu’il était ce qu’il était, Warda n’avait que deux choix: soit vivre coûte que coûte malgré toutes ces morts sur sa conscience, soit il acceptait que l’on rende justice, mourir mais dans ce cas tous ses compagnons se seront sacrifiés en vain. Le chevalier blanc comprenait ce que ressentait Warda au fond de son âme, déchiré par un mortel dilemme. Galro se retourna pour contempler les étoiles, espérant voir son père accroché à l’une d’elle. Il s’apprêtait à faire le choix que jamais il ne se serait imaginé faire.
_ J’abandonne, annonça-t-il.
_ Comment ? Demanda Taläsna perplexe.
À ce moment-là, il savait que grâce à sa lanterne, son père le regardait depuis les cieux. Galro ignorait si c’était ce qu’il aurait voulu, mais il savait au fond de lui que c’était le choix à faire. Il lâcha un bref rire devant cette ironie.
_ À quoi bon traquer un guerrier que je ne peux tuer. Ma lame ne pourra jamais l’atteindre comme la sienne ne pourra jamais m’occire. Ce combat me l’a montré, Dieu semble avoir décidé qu’il en sera ainsi. Si Dieu empêche mon bras d’accomplir ma vengeance, il doit avoir une raison. Guerrier sombre, sache que je renonce à la justice. Vas, vie aussi longtemps que tu le pourras, et n’ai plus jamais crainte de moi. À partir de ce jour, tu devras également tout faire pour que la mort de mon père ne soit pas vaine. Adieu.
Le chevalier de l’Eglise commença à plonger dans les ténèbres de la nuit quand il sentit le gant de métal l’attraper par l’épaule. Il se retourna et vit Warda juste derrière lui.
_ Merci Galro, je comprends ton sacrifice. Mais je ne peux accepter que justice ne soit jamais rendue. J’ai été élevé par des étalens, et mon père était un homme juste. Il m’avait dit un jour que lorsque quelqu’un commettait un crime, il n’avait que deux solutions. Soit recevoir un châtiment, soit réparer ses fautes pour se racheter. Parce que trop de vies ont été sacrifiées pour préserver la mienne je ne peux accepter de me faire trancher la tête, mais je te jure sur mon âme que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour me racheter de mes péchés.
_Comment compte-tu réparer ta faute, elfe noir ? Jamais tu ne pourras remplacer mon père.
_Un jour arrivera où tu me demanderas un service, celui qui pourra compenser la perte de ton père. Peu importe ce que ce jour tu me demanderas, j’accomplirai cette tâche, et je ne cesserai alors que lorsque tu m‘offriras ton pardon.
Le paladin regarda le guerrier sombre. Jamais il n’avait entendu brigands ou voyous parler ainsi de se racheter. Warda était l’assassin de son père, mais pourtant, la haine qu’éprouvait Galro à son égard s’était envolée dans le vent de la montagne. Le monstre qu’avait traqué le chevalier durant toute sa vie n’était rien de ce qu’il avait pu imaginer. Le paladin appuya sa main sur l’épaule de l’elfe noir et lui dit:
_ Soit, je ne traquerai plus jamais, mais un jour viendra où je te demanderai un service qui réparera la mort de mon père. J’ignore encore lequel, mais lorsque ce jour arrivera tu devras accomplir ta tâche avec la même ferveur que pour défendre ta propre vie. Si tu venais à échouer, alors je te retrouverai et tu recevras le châtiment que tu mérites.
_ Alors nous respecterons tous deux notre pacte, si je venais à échouer je ne me défendrai point.
_ Dans ce cas là, adieu Warda, jusqu’à notre prochaine rencontre.
Le paladin parti dans les ténèbres, guidés par les Calénaclidyals. Alors que le chevalier blanc avait entièrement disparu dans l’ombre de la nuit, Warda regarda le médaillon de mariage de son père suspendue à l’anneau du pommeau de son épée, la saisie et lui murmura:
_ Je réussirai père. Je saurais me racheter de mes fautes.
De retour au camp, Galro rentra discrètement sous sa tente. Dehors le soleil était sur le point de se lever. Il se débarrassa de son manteau et de son capuchon, s’allongea dans ses couvertures et fit mine de dormir. Là, un individu rentra dans la tente, et demanda d’une voix rustre:
_Le soleil est levé, Paladin Galro. Que faisons-nous ?
_ Pourquoi vous me le demander ?
_ C’est simple, parce que tu es le dernier paladin encore valide.
_Tilbar ?
Lorsque le paladin se leva, il vit le général au garde à vous devant lui.
_ Dorénavant c’est toi seul qui a les commandes de cette guerre. Quels sont les ordres ?
Galro ne put s’empêcher de sourire. Voilà pourquoi le chevalier noir l’avait choisi lui. Parmi tous ces paladins, il était le seul qui aurait eut le culot de dire:
_ Nous rentrons.
Calénaclidyals: les yeux de l’ombre.