La prophétie du roi déchu: L'enfant sombre
Chapitre 30 : La fin de l'Ordre de la Pierre Sacrée
14298 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 22/12/2024 16:25
Chapitre 30: La fin de l’Ordre de la Pierre Sacrée
La ville de Grenthenal, capital de l’Étale, sainte ville dont le cœur n’est autre que le saint Temple du Phénix, comptait ses dernières heures de répits lorsque Galro arriva. Lors de sa venue les sentinelles avaient presque refusé de lui ouvrir la porte, ainsi qu’à tous les soldats exténués. Au loin, au nord-est de la ville, de grandes colonnes de fumées noires s’élevaient accompagnées par un sinistre chant de bataille où acier et chair servaient d’instruments.
_ Que se passe-t-il ici ? Demanda le paladin revenu de la montagne.
_La guerre frappe à nos portes messire, répondit un croisé qui gardait la porte principale. Faites vite entrer vos hommes si vous voulez éviter d’être réduit en charpie.
Les lourdes et gigantesques portes de la cité s’ouvrirent dévoilant les entrailles urbaines de la capitale. Les croisés sous les ordres de Galro s’empressèrent de rentrer à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Lorsque le paladin rentra, le lourd claquement dans son dos retentit, et les gardiens placèrent une poutre en travers de l’entrée afin de verrouiller la ville contre une éventuelle attaque. Le paladin monta les escaliers menant aux murailles, gravit les marches qui menait en haut d’une petite tour et admira avec horreur le spectacle qui se déroulait devant la cité.
L’armée d’Étale affrontait des guerriers en nombre incalculable qui portaient trois bannières différentes: la première fut reconnaissable car c’était un faucon qui tenait entre ses serres une flèche argentée, ce devaient êtres les elfes sylvestres; la seconde portait sur son tissu une lance d’or levée vers le ciel entourée de deux ailes; la dernière représentait une enclume accompagné d’un marteau sous une montagne. Les hauts elfes et les nains s’étaient sûrement joint aux forces sylvestres pour terrasser l’Ordre de la Pierre sacrée .Si Galro pensait juste, alors les croisés avaient d’avance perdu cette bataille.
Le Conseil devait sûrement déjà être réuni, le paladin descendit de la muraille et accourut jusqu’au Temple. Dans la ville affolée, les femmes et les enfants cherchaient des lieux sûrs où se cacher, alors que les hommes, soit trop vieux soit trop jeunes, étaient enrôlés de force pour défendre la cité. Les nouveaux miliciens reçurent en tout et pour tout une lance et un écu de bois par personne. Les gardes de la ville envahissaient les rues avant de pouvoir rejoindre leur poste. Alors que les Grenthenalais cherchaient refuge ou poste de combat, les prisonniers qui devaient être purifiés par les flammes ce jour-là appelaient de l’aide en vain pour que leurs liens soient détachés. Après avoir traversé tant de ruelles, Galro arriva au mur qui protégeait le Temple.
_ Ouvrez les portes au nom de Dieu ! Hurla Galro aux sentinelles en hauteur.
Les gardes du lieu sacré obtempérèrent immédiatement, et lorsque le chevalier de l’Ordre pénétra entre les murailles, ils s’empressèrent de fermer et de verrouiller. Galro traversa les immenses jardins de fleurs, d’arbres fruitiers et de statues. Le domaine du Temple était si grand que l’on oubliait souvent la ville qui l’entourait. Les croisés en armure d’or accouraient aux postes de défense qui étaient maigres en comparaison de celles de la ville. Les jardins du Temple furent construits dans le but d’être admirés et devaient inspirer la beauté et la poésie. Il ne fut jamais prévu qu’un jour le Temple sacré de Dieu soit attaqué, ce qui faisait de ce terrain un poste facile à capturer pour tout envahisseur qui pouvait briser les défenses de la ville. Lorsque Galro pénétra dans l’enceinte du Temple, les prêtres guidés par un instinct de folie s’emparaient de toutes les richesses afin de les cacher des futurs envahisseurs.
Devant la porte argentée des moines toujours fidèles aux préceptes de Dieu décidèrent de lever leurs robes et de se flageller pour se repentir d’un mal quelconque qu’ils auraient pu commettre. Galro poussa les deux battants où étaient inscrits « Seuls ceux que Dieu à choisi pourront ouvrir cette porte ». Au centre de la pièce, l’immense onyx noir aux reflets bleutés reposaient toujours, avec ses fragments en lévitation autour d’elle. Devant elle, le septième paladin phénix Sapharël et tous ses confrères étaient en cercle. Datral était assis à leurs côtés, des bandages tenaient sa mâchoire pour l’empêcher de bouger. Fradel était également là, le coup qu’il avait reçu à la tête était superficiel et s’était rapidement rétabli durant le voyage. Ils avaient été sûrement amenés par les croisés sous la direction de Tilbar qui était juste à côté de la porte, la main sur le plat de la lame de sa hache accrochée à sa ceinture. Les sept paladins à la cape se tournèrent vers Galro qui était essoufflé après avoir couru dans les jardins. Sapharël lui dit sur un ton de reproche:
_Je vois que vous êtes revenus plus tôt que prévu.
_ Il semblerait que vous n'ayez pas su faire face à ces misérables mineurs, rajouta un paladin phénix. Sire Datral a failli à sa tâche, tout comme vous deux, sire Galro et Fradel. Cette défaite est humiliante.
_Taläsna et sa suite sont arrivés en renfort, répondit Fradel. Nous avons été dépassés. Sire Galro étant le dernier paladin en état de commander a fait le bon choix en ordonnant le repli, les pertes étaient colossales.
_Silence sire Fradel ! Hurla un paladin phénix. Sire Galro, puisque vous êtes le responsable de ce repli, vous devrez en subir les conséquences à cause de cette humiliation ! Vous avez déshonoré l’Ordre !
_Un peu de calme je vous prie, paladin phénix Junar.
Tous les paladins se tournèrent vers la pierre d’où semblait jaillir la voix. Les chevaliers blancs contournèrent l’onyx aux reflets bleutés et virent derrière, installé dans son trône le Grand Prophète lui-même. Devant lui était étalé un gigantesque tapi en fourrure noir avec la gueule d’un loup géant dont un œil avait été crevé et à sa gueule manquait un croc. À ses côtés, les hommes les plus importants du haut clergé étaient réunis. Le chef religieux adressa un regard au général Tilbar qui était toujours au fond de la salle, et lui dit:
_ Je vous remercie Général Tilbar pour ce magnifique présent. Ce loup est magnifique, et sa fourrure est soyeuse sous le pied.
Le général ne répondit pas, il se contenta de garder son air impassible, la main toujours posée sur le sommet de sa hache. Le Prophète invita les paladins à venir, et lorsque tous furent réunis devant lui à genoux, il leur annonça d’une voix forte et claire:
_L’heure est grave mes fidèles. Nous ne pouvons pas nous permettre de régler nos différends maintenant. Il faut unir nos forces contre ces envahisseurs barbares venus de l’autre côté de la montagne. Certes, sire Galro n’a pas su mener ses troupes à la victoire que nous avions prévu, mais si il avait continué le combat il ne serait pas avec nous en ce moment, et ses troupes nous auraient manqué cruellement. Remerciez le d’être présent parmi nous au lieu de le blâmer. Maintenant que ce problème est résolu, unissons nos esprits pour faire face à cette crise. Septième paladin phénix Sapharël, expliquer leurs je vous prie.
Le paladin à l’armure d’argent se leva et se tourna vers ses confrères.
_ Chevaliers du Seigneur, mes frères d’armes, ce que je vais vous annoncer est terrible. Vous le savez certainement, omis les paladins Fradel et Galro, que lors de notre mission de repousser une éventuelle attaque par la vallée fut un échec. L’ennemi avait eu en cette heure l’avantage numérique et des nains faisaient appel au feu du diable. les projectiles semblaient pour la plupart invisibles, et rapidement nous avons été débordés par les forces ennemis écrasantes. Nous n’avons eu d’autre choix que de nous replier.
_ Et maintenant ils frappent à nos portes ! S’écria un paladin phénix.
_L’heure n’est plus aux blâmes, répondit un autre chevalier blanc portant fièrement la cape rouge. Il nous faut tous nous unir si nous voulons que demain soit une réalité pour l’Ordre.
_ Même si nous étions l’Ordre entier pour combattre ces légions nous n’aurions aucune chance ! S'écria un paladin. C’est la Guiogne et ses légions qui nous envahissent, ils sont les seuls à posséder une assez grande force militaire pour résister aux Enfërs, et aujourd’hui ils veulent venger leurs frères massacrés. La vie, c’est le prix à payer pour avoir osé les courroucer.
_ Paladin phénix Natael à raison, ils sont déjà plus de vingt-cinq milles guerriers redoutables au seuil de nos portes, et ces armes crachant du feu déciment nos rangs avec une facilité déconcertante. Ce serait comme tenter de résister à un fléau infligé par Dieu en personne.
_ Alors que proposez vous Paladin phénix ? demanda un haut prêtre. Votre mission est de nous protéger et de servir l’Église. Dieu, le Seigneur Tout-puissant nous protégera si nous croyons en lui. Prions en son nom et...
_ La foudre divine décimera les légions de Guiogne ? Demanda le général Tilbar sur un ton moqueur, toujours adossé contre le mur au fond de la salle.
Un prêtre courroucé s’avança en agitant son doigt en l’air, son visage avait viré au pourpre de la colère, et menaça le vétéran de guerre avec ce même doigt comme si c’était la pointe effilée dune épée.
_ Général Tilbar, il suffit de vos sacrilèges ! Nous ignorons pourquoi vous faites encore partie de notre saint Ordre ! Vous êtes tel un vieux fruit purulent dans nos assiettes, vos insanités écœurent nos oreilles à chacune de vos vils paroles ! Votre grossièreté mériterait mille châtiments ! À l’heure où nous parlons, l’ennemi frappe aux portes de notre si belle cité et vous osez douter de notre Saint Créateur !
_ Cela fait longtemps que je ne doute plus de Dieu, prêtre, je sais que cela doit faire un bail qu’il nous a tous abandonnés.
Le visage du vieux prêtre vira soudainement du rouge sang au blanc de soie, il s’apprêta à dire quelque chose qui aurait jailli du fond de son être, mais il s’avisa et se contenta de dire:
_ Soyez maudit !
_Je le suis déjà, n’ayez crainte.
_ Calmez vous mes camarades, dit sagement le Grand Prophète qui malgré la douceur de sa voix se fit entendre par tous. Nous avons un problème de plus grande importance au pied de nos murailles. Que proposez vous Septième paladin phénix Sapharël ?
L’homme portant ce titre se mit à genoux devant les pieds de son maître vénéré, fit le signe du Perchoir sur son torse. Il redressa sa tête et plongea son regard d’azur dans les yeux du vieux sage.
_ Nous n’avons que deux options Ô Grand Prophète, fuir ou nous rendre.
Le vieil homme se leva et fit deux pas, pour être juste au niveau du chevalier détenteur de Grandal, et lui posa délicatement la main sur les cheveux.
_ Ô Seigneur Tout-puissant qui êtes aux cieux, aidez nous en cette période de chagrin. Paladin Phénix Sapharël, je suis sûr que votre bras saura repousser l’ennemi, car à travers cette lame vous déverserez sur l’ennemi le courroux du Créateur lui-même. Fuir est devenu impossible, combattre et nous protéger vous aurez comme ultime mission, chevalier divin.
Sapharël fit le signe du Perchoir sur son torse et murmura quelques prières avant de se relever vers ses subordonnés.
_ Mes frères d’armes, l’heure est venue de prouver votre fidélité envers l’Ordre. Combattez et mourez pour sauver l’Ordre, et Dieu vous récompensera dans l’autre vie. Que les lâches fuient, nous n’avons pas besoin d’eux, qu’ils s’en aillent et qu’ils reçoivent le châtiment divin.
Un coup de tonnerre déchirant résonna de dehors, assez fort pour traverser les murs épais du Temple. Toutes les têtes se tournèrent vers l’origine du bruit, et la porte s’ouvrit sur un garde et un môme. Tous deux pénétrèrent affolés, le croisé accouru aux pieds du Prophète et se mit à genoux, il pouvait presque embrasser le carrelage blanc tant que sa tête fut basse. On pouvait entendre des sanglots dans sa voix:
_L’ennemi à repoussé nos hommes jusqu’à l’enceinte de la ville. Ils sont en train de détruire les murs et les maisons avec leurs armes cracheuses de feu.
Tous les paladins aux regards affolés se retournèrent vers Sapharël, qui contrairement à tous ses compagnons, gardait son sang-froid. L’homme blond à l’armure d’argent s’avança vers la Pierre et se mit à genoux pour demander conseil aux cieux. Le gamin s’avança vers Galro l’air aussi paniqué que le garde et s’écria:
_ Sire ! Sire !
Galro reconnut le jeune homme, c’était le serviteur fidèle et dévoué. Il se tourna vers lui et se baissa jusqu’à son niveau.
_As-tu accompli la mission que je t’ai demandé ?
_ Oui sire, sans jamais renoncer.
_ Bien, oublie ça, c’est futile en cette heure.
_Non ! Croyez-moi, c’est maintenant ou jamais où il faut savoir.
Le paladin regarda son serviteur et sentit en lui que quoiqu’il avait à lui annoncer, pour que ce soit le moment ou jamais, ce devait être d’une importance cruciale. Il s’accroupit devant lui et le regarda droit dans les yeux.
_ Dit moi.
_ Pas ici messire. Seul vous avez le droit d’entendre.
Galro comprit alors l’importance de la nouvelle qu’il avait à apporter. Il se leva et demanda un instant de solitude avec son serviteur.
_ Paladin Galro, nous n’avons point de temps à perdre.
_ Je ne serai pas long Paladin Phénix Junar. Accordez-moi juste un instant avec mon valet. Il souhaiterait me délivrer un message à moi et moi seul.
_ Alors soit, faites, mais nous aurons besoin de vous dans peu de temps, alors soyez rapide.
Galro remercia son supérieur de sa compréhension et s’éloigna avec le jeune homme. Lorsqu’ils furent loin de toute oreille indiscrète, Galro commença à entendre un récit qui allait à jamais changer sa vie.
Aux remparts, les croisés et les guerriers étalens unissaient leurs forces pour repousser les envahisseurs, mais ils ne se faisaient pas d’illusion, la bataille était déjà perdue dès l’instant où leurs supérieurs avaient décidé de déclarer la guerre à la Guiogne. De longs tubes creux de bronze étaient rangés en ligne au milieu des troupes naines, manœuvrés par des centaines d’ingénieurs qui calculaient l’angle de tir adéquat. Un petit homme par la taille, grand par sa renommé, caressait le plat de sa hache légendaire qui lui fut transmise de génération en génération. Dans son armure scintillante, Guldörr, le roi des nains, regardait la cité humaine tomber sous les tirs de la redoutable invention de ses scientifiques: le canon. Ils avaient été capables de créer une poudre noire (un mélange de salpêtre, de charbon et de sulfure. Les alchimistes cherchaient à ce moment-là à créer un remède capable de rendre la peau d’un nain imperméable à la magilith.) capable de s’embraser à une allure impressionnante, et si lors de sa combustion celle-ci est confinée, alors un geyser de flamme explosait dans un rugissement de tonnerre. Les ingénieurs employèrent cette idée d’explosion pour trouver le moyen d’obtenir une arme plus puissante qu’un trébuchet. En confinant la poudre noire entre le fond un long tube, dont l’une des extrémité est bouchée, et une large boule de fonte, l’explosion de la matière explosive permettait au projectile de voler dans les airs sur une plus longues distance et frapper avec plus de force les obstacles que n’importe quel engin de siège connu à cette époque. Un mur que mettait un trébuchet à détruire en une journée était aisément anéanti en trois heures par un canon. Guldörr était ravi de voir ces misérables Etalens se faire écraser par les boule de feu incandescentes tombantes du ciel. D’ici une ou deux heures, tout s’effondrera et la ville serait alors victime de la colère du roi et de son armée. Ces traîtres allaient apprendre ce qu’il en coûte de s’en prendre au peuple nain.
Le tonnerre brute et sec dehors résonnait toujours plus fort. La grande cité que fut celle de Grenthenal était aujourd’hui proie aux flammes. Galro avait conscience que plus aucune issue n’était libre, tout échappatoire fut condamné.
_ Sire, vous ne m’écoutez plus ? Demanda le jeune homme avec une pointe d’outrance dans la voix. Je suis en train de vous dire que le Prophète, le Grand Prophète assis là-bas est un...
_Je t’ai entendu. Même moi je ne m’en serai jamais douté. Je pense que tu as terminé.
_Le reste ne vaut pas le détour messire, tout ce qu’il y a à dire vous le savez déjà sans doute.
_ Certainement. Maintenant écoute moi bien, tu sais bien que l’alliance à l’extérieur est sur le point de forcer les portes de la ville.
_ Oui messire...
_ Alors court, ne regarde pas autour de toi, va droit dans les cachots du Temple. Dans la salle de torture tu trouveras une porte qui mènera à un étage inférieur. J’ignore ce qui se trouve à l’intérieur mais tu vas te cacher dedans, et tu n’en ressortiras qu’à mon retour.
Le jeune serviteur tremblait de tout son corps, transi par la peur. Ce n’était pas la peur pour lui, mais pour l’homme qu’il servait avec dévouement. Galro voyait ses larmes coulaient sur ses joues, il les essuya d’un revers de main et lui dit:
_ Quel est ton nom jeune homme ?
_ Nardel sire Galro, mon nom est Nardel.
_ Alors Nardel, va te cacher maintenant, c’est un ordre.
Le jeune Nardel aurait voulu se serrer contre son maître, mais son rang l’en empêchait. Il se contenta de le remercier du regard. Il se tourna vers la porte, l’ouvrit sans ménagement et s’enfuit aussi vite que possible vers les cachots, les gardes ne s’en préoccupèrent même pas, ils fermèrent la porte juste derrière lui. L’heure était venue, et Galro éprouvait de la haine, plus que jamais. Même la mort de son père ne l’avait jamais rendu aussi fou de rage. Il ignorait quel raison était la plus valable pour le tuer, mais cet homme ne méritait pas de vivre plus longtemps. L’un des sept paladins phénix l’appela.
_ Messire Galro, puisque vous en avez fini avec ce jeune garçon, pourrions nous je vous prie mettre au point notre stratégie défensive ?
_ Inutile, répondit Galro d’un ton sec.
Tous les représentants de l’Ordre: Paladins, clergé, gardes et même le prophète en personne; écarquillèrent les yeux à la réponse du chevalier blanc. Pendant qu’il avançait vers les marches qui conduisaient derrière la Pierre, le Prophète lui demanda:
_ Pourquoi est-ce qu’une stratégie défensive est inutile ?
_ Vous le savez très bien pourquoi Prophète. L’heure n’est plus à la guerre, mais à la justice.
Alors qu’il n’était plus qu’à une dizaine de mètres du chef suprême de la religion, Galro dégaina son épée et montra de la pointe de sa lame l’homme qu’il avait toujours rêvé de servir.
_Au nom de la loi et de la justice qui règne sur tous les hommes, vous êtes en état d’arrestation.
Pour la première fois depuis la création de l’Ordre, un paladin, chevalier fidèle à Dieu et aux dogmes religieux, menaçait son Prophète. Et pour la première fois depuis des années, le Prophète entra dans une colère noire. Il se leva brusquement avec l’énergie d’un tigre et s’écria d’une voix courroucée:
_De quoi m’accusez-vous Paladin ? Pour quelle raison votre lame est pointée sur mon corps et non celui de l’ennemi ?
_ Si ma lame est contre vous en cette heure, c’est parce que je suis un paladin, un serviteur de Dieu et de la justice. Mon père avait toujours œuvré pour que la justice soit toujours rendue. J’éprouvai de la haine envers vous pendant que ce jeune garçon me racontait tout ce qui s’est passé, mais maintenant mon cœur est lavé de cette colère, et je peux enfin rendre justice. Je vous accuse Grand Prophète Daërdilon d’hérésie !
Les lames jaillirent dans un crissement de métal hors de leurs fourreaux, et toutes menaçaient Galro. Le chevalier renégat ne recula point face à la colère de tous ces hommes. Le septième paladin phénix Sapharël s’avança, tenant fermement Grandal dans ses mains, la pointe de son épée bleutée vers la gorge de celui qui a osé pointé son arme contre le Prophète.
_ Vous osez traiter d’hérétique la voix même du Créateur ?! Les paroles du Grand Prophète sont les saintes paroles que Dieu adresse à sa création, et vous osez lever votre épée sacrée contre le Divin en personne !
_Le Prophète n’est rien de plus qu’un menteur, répondit Galro. Ses pouvoirs divins viennent de votre imaginaire, il n’est pas plus sacré que n’importe quel homme. Ce vieillard nous a tous berné et j’en ai la preuve.
Sur ces paroles, Galro sortit de son armure le Saint livre écrit par les mains des quatre chevaliers fondateurs. En le voyant tous les paladins s’éloignèrent comme si la splendeur de la couverture les aveuglait. Même Sapharël ne put se retenir de reculer avec ses compagnons, admirant le seul ouvrage qu’ils cherchaient tous depuis des siècles et des siècles. Le Prophète pointa de son doigt squelettique l’évangile les quatre fondateurs et hurla:
_ Hérésie ! Faites brûler ce livre qui n’est que mensonge !
_ Vous, Ô Gand Prophète, traitez d’hérétiques les quatre chevaliers fondateurs de l’Ordre de la Pierre Sacrée ?!
Les paladins qui se dressaient entre les deux hommes ne savaient dans quel sens tourner la tête, la confusion commençait à croître dans leurs cœurs. Galro s’avança vers le Prophète malgré les épées qui le menaçaient, mais il semblait à ce moment-là que la force invisible du livre sacré repoussa les rangs des chevaliers de l’Ordre qui ne cessèrent de reculer.
_J’ai conservé sur moi ce livre afin de le protéger, et j’avais même l’intention de vous l’offrir Prophète, même si ce que j’ai lu dans ses pages allaient contre votre dogme. Je pensais à ce moment que tout homme a le droit de se tromper, mais ce jeune garçon qui vient de partir à l’instant m’a révélé des choses si terribles que je ne puis vous pardonner, car en sachant la vérité vous avez volontairement déformé les paroles de Dieu. Ces mensonges font de vous un hérétique !
_ Je suis Dieu ! Hurla avec férocité le Prophète dont ses traits si doux de vieux sage se métamorphosaient en celui d’un sorcier fou maléfique. Paladins, je vous ordonne de tuer ce traître !
Les serviteurs du Prophète s’avancèrent pour occire Galro mais au même instant il leva son livre devant qui d’un éclair divin dissuada tous de faire un pas de plus.
_ Tuez moi et ce livre que tant d’hommes se sont sacrifiés pour l’acquérir va se retrouver déchiqueté par vos lames ! Si vous êtes Dieu Prophète, nous le sommes tous, ce sont les premières lignes de nos quatre fondateurs. Dieu (qui se prononce en Etalen Darnaël) signifiait dans l’ancienne langue le Coeur (qui se prononce dans l’Etalen actuel Darnacel). Le Prophète n’est rien d’autre qu’un homme qui s’est approprié pour lui seul le pouvoir d’entendre le Cœur, mais en réalité, chacun de nous si nous le voulons pouvons entendre Dieu parler en nous.
_ Faites taire cet infidèle ! Rugit le vieil homme. Que les flammes du Phénix le dévorent pendant mille ans !
_ Le Phénix n’est que la métaphore de la haine ! Répondit Galro face à la rage du chef religieux. Je l’ai lu, écrit dans le dix-septième verset chapitre trois: En chaque homme il existe un mauvais côté, un oiseau de feu instable nommé Phénix. Celui qui tentera de le tuer le verra renaître de ses cendres, car l’homme et le Phénix sont liés par la vie. Le Phénix est immortel, l’homme ne pourra jamais être pure entièrement, combattre la flamme par la flamme est impossible. Le seul moyen de vaincre le mal en soit est de le domestiquer. Une fois le Phénix à sa merci, l’homme peut en tirer une grande force. Ne rejetez jamais le mal en vous, l’accepter et le contrôler est votre unique moyen de vous rendre meilleur.
Sur ces paroles il ouvrit les pages de la relique sur l’image d’un sage tenant à ses côtés un perchoir sur lequel était posé le Phénix. Juste en face du livre sacré faisait face le tableau représentant Dieu tenant le Phénix sur son Perchoir. La ressemblance entre les deux œuvres d’arts était flagrante, mais la symbolique opposée en tout point. Lorsque le Grand Prophète vit en ses fidèles le doute grandir, il s’avança vers un paladin, l’attrapa par une lanière de son armure et tout en hurlant il l’envoya vers Galro.
_ Chevalier de l’Ordre, détruisez-moi cet ouvrage démoniaque !
Le paladin obéit en levant son épée pour frapper l’hérétique, mais la lame d’un de ses alliés vint croiser la sienne. C’était le Paladin Phénix Junar qui faisait maintenant face à ses compagnons.
_ Pourquoi me barrer la route Paladin Phénix ?
L’homme qui avait rejoint la cause de Galro repoussa l’épée de son compatriote et lui répondit d’une voix claire et distincte:
_ Vous laissez détruire la relique que notre Ordre a recherché durant des siècles m’est impossible. Soit, traitez le Paladin Galro d’hérétique et faites le brûler si vous le souhaitez, mais jamais je ne vous laisserai salir la mémoire des quatre chevaliers fondateurs.
_ Les auteurs de ce livre diabolique ne sont que des imposteurs ! Hurla le Prophète.
_ Traiteriez vous aussi Dieu d’imposteur lorsqu’il descendra sur terre ? Demanda Junar sur un ton sarcastique. Si vous détruisez cet ouvrage, c'est la volonté de nos quatre pères fondateurs que nous perdrons à jamais ! Je ne peux laisser faire un tel autodafé !
_ Nous servir est votre seul but ! Cria un haut prêtre derrière les hommes armés.
_Non, la mission que m’a donnée le Seigneur en devenant paladin est de faire régner la justice, de servir le peuple et non d’être l’esclave de vieux porcs suintant dans leurs sièges d’or.
_ Comment osez vous nous traiter de la sorte ?! Répondit le Prophète avec véhémence. Jamais on ne m’a fait un tel affront !
Le paladin Galro, toujours le saint livre dans ses mains, regardait celui qu’il servait autrefois droit dans les yeux et lui dit:
_ J’aurais tout de fois pu pardonner vos erreurs Prophète, mal interpréter un livre perdu aurait pu arriver à n’importe qui. Vos prédécesseurs furent également dans l’erreur. Mais ce que j’ai entendu de la bouche de cet enfant m’a ébranlé, et depuis je ne puis vous offrir le pardon. Je lui avais donné l’ordre de mener une enquête sur le général Tilbar, mais j’ai découvert davantage de choses sur vous et Datral que sur la vie de ce pauvre homme. Je voulais savoir pourquoi cet homme avait intégré le corps de la croisade, et je fut surpris d’apprendre que son frère faisait partie de nos rangs autrefois. C’était un sous-officier, rien que ça, mais c’était un soldat qui se battait avec conviction et servait avec foi. Lui et un groupe de croisés menés par un paladin avaient retrouvé le saint livre, et vous l'avaient amené. Mais vous, Prophète, avez jugé bon de le faire disparaître.
_ Faites le taire ! Ordonna Daërdilon.
Les paladins encore du côté du Prophète s’avancèrent, mais s’arrêtèrent en voyant la pointe effilée de la lame de Junar dans leur direction.
_Je vous prie Paladin Galro, dit le paladin phénix sans se retourner. Continuez, je suis tout ouïe de ce que vous avez à nous raconter.
Le chevalier possesseur du livre sacré se sentit rassuré en voyant qu’il n’était pas seul. Il regarda chacun des hommes qui étaient entre lui et le Prophète. Il reprit son récit là où il fut interrompu.
_ Le frère de Tilbar, voulut évangéliser la population avec les versets du livre sacré originel, mais notre propre Ordre voulut le faire taire. Alors, le croisé s'enfuit avec le tome sacré, pendant la même période que la crise des nécromanciens. Il fut recherché par notre Église et traqué par des assassins, et finalement il fut retrouvé au bout de plusieurs mois, mais sans le livre. Il fut finalement brûlé vif pour hérésie, alors qu'il avait découvert la vérité.
Le vieillard outragé s’avança vers les deux paladins et les menaça du bout de son doigt et de son regard embrasé.
_ Menteur ! Vous osez proférer de pareils accusations sans preuves sous le toit du Seigneur ! Vous mériteriez que l’on vous jette dans un donjon et qu’on vous laisse vous faire dévorer par les vers !
_ Ce ne sont pas des mensonges Prophète ! S’écria Tilbar du fond de la salle tout en rejoignant d’un pas calme l’assemblement de prêtres et de paladins. Cet homme que l’on a brûlé sur le bûcher était bien mon frère aîné, il s'appelait Findral. J'ai toujours le parchemin qui offrait une récompense à quiconque détruirait le livre.
_ Retournez à votre poste Général Tilbar ! Ordonna Sapharël.
Le général le regarda de son seul oeil avec un sourire de loup, se rangea à côté de Galro et dit d’une voix mielleuse au septième paladin phénix:
_ Paladin phénix Sapharël, je n'en ai rien à foutre.
Tous les membres du haut clergé choqués par les grossières paroles du général firent le signe du Perchoir et prièrent. Les paladins quant à eux prirent un air courroucé.
_Un jour tu m’as demandé pourquoi j’avais rejoint l’Ordre, voici la réponse.
Le vétéran borgne sortit de son armure un vieux bout de parchemin devenu brun par les années. Il tendit bien haut pour que tout le monde puisse voir et dit:
_ Voici la preuve que vous voulez Prophète, le contrat sur la tête de mon frère.
_ Ridicule ! Répondit sur un ton violent le vieil homme. Qu’en est-il advenu du paladin qui aurait donné ce fameux contrat ?
_ Il fut récompensé, reprit Galro. Et il est parmi nous.
_ Alors qui est-ce ? Demanda un paladin.
Tilbar se tourna vers le paladin phénix Datral et lui adressa un sourire narquois.
_ Il ne pourra pas vous le dire le pauvre, il a la mâchoire fracturée, mais cet espèce de salopard est juste en face de moi.
Datral furieux bondit sur Tilbar pour le faire taire à coup d’épée, mais l’homme petit en taille mais grand par la puissance l’attrapa au poignée et l’assomma d’un coup de boule. Il donna un coup de pied dans l’arme qui valsa jusque derrière la Pierre Sacrée et appuya sa botte métallique contre la joue du chevalier au sol.
_ Sens-tu la douleur petite ordure ? Ce n’est rien comparé à ce que tu as fait subir à mon frère !
Galro se tourna vers Tilbar et vit dans son regard la haine qu’il éprouvait envers cet homme.
_ Alors c’est pour ça que tu as rejoint l’Ordre ? Pour te venger ?
_ Exacte jeune homme, plus j'étais de ce meurtrier, plus j’avais de chances de l’avoir. Si je t’ai incité à avoir un espion c’est bien pour découvrir la vérité sur moi, ainsi que sur le complot tramé pour faire taire la vérité sur le livre.
_ Cessez ! Hurla le vieillard. Paladins, taillez ces hommes en pièces !
À sa grande surprise, aucun paladin ne lui obéit. Ils se contentèrent de se retourner vers leur chef le regard incrédule. Celui qui avait régné sur toute l’Église durant tant d'années voyait tout s’effondrer autour de lui. Galro fit un pas en avant, brandissant toujours son épée vers le messager divin.
_ Grand Prophète Daërdilon, au nom de la justice vous êtes en état d’arrestation, le peuple vous jugera pour vos crimes et vos injustices envers ce dernier.
Sur ces mots, le Prophète s’empara d’une épée d’un de ses gardes sacrés, attrapa un prêtre par la gorge et posa le tranchant froid de la lame sur sa gorge.
_Un pas de plus Paladin Galro et un innocent mourra !
D’un côté Sapharël et ses subordonnés se dressaient en barricade contre une autre rangée de paladins prêts à sauter sur le Prophète. Les deux côtés étaient également répartis, mais Sapharël détenait Grandal. Tilbar à son tour s’arma de sa hache et de son bouclier dans le dos, face à face avec Datral qui s’arrachait les bandeaux qui lui maintenaient sa mâchoire fracturée. Le paladin Phénix tendit une main vers sa bouche et finit de se ressouder les os brisés.
_ Enfin, dit le général d’un air satisfait. Nous voilà l’un en face de l’autre. J’attendais cet instant depuis un bail.
_ Misérable gueux ! Répondit le chevalier de l’Ordre. Tu ressemble à ton frère, ta tête est aussi effilée que celle d’un rat et ta puanteur correspond à ta nature !
_ Lorsque tu as brûlé mon frère je n’étais qu’un gosse ! Mais maintenant tout a changé, on a des cheveux blancs et de l’expérience. Tout de fois ma rancœur est restée la même, et je te jure que ce tu vas endurer va être mille fois pire que le sort que tu avais réservé à mon aîné !
_ Espèce de barbare !
Le septième paladin Phénix Sapharël et Galro étaient l’un en face de l’autre, et le Prophète tenait toujours son otage dans le dos de son subordonné direct. Le chevalier d’argent demanda à son ennemi sans lâcher garde:
_ Pourquoi nous trahis-tu Paladin ? Tu nous avais juré fidélité et tu es le premier à nous poignarder lorsque nous avons le dos tourné !
_Je voudrais qu’il en soit autrement, répondit Galro sans faire attention aux injures que se lançaient le général et le paladin phénix. Mais mon destin est scellé, j’ai vu et j’ai entendu ce que notre bien aimé Prophète à commis, des péchés trop graves pour être pardonné. Je suis fidèle à la justice et à mes idéaux.
_ Alors nous sommes dans une impasse chevalier de l’Ordre. Je suis fidèle au Prophète, et j’ai juré sur mon âme que toujours je le protégerai et servirai, même à travers la mort.
_Tu es fidèle à un homme du Mal, est-ce ton choix que de servir un homme injuste ?
Le regard azuré du septième paladin phénix parlait à la place de sa bouche. Cet homme n’abandonnera jamais son maître, même s' il savait qu’il était mauvais. Il était l’un de ces rares hommes à encore respecter le serment des anciens chevaliers, qui était de à jamais de haïr la trahison et le mensonge. Le chevalier d’argent brandit son épée.
Galro rangea son livre entre son armure et son corps, et brandit à son tour son épée. Le combat était inévitable, ils le savaient. Sapharël frotta le plat de sa lame avec la paume de sa main et récita la formule ancestrale pour réveiller l’âme de la Dyaladuil:
_Naërden neral der ter Aridanmar, Grandal !*
Le saphir bleuté qui brillait à l’emplacement de la garde de l’épée se mit à scintiller puis à exploser de lumière, une aura blanche et bleutée recouvrit la lame d’une enveloppe électrique qui claquait désagréablement aux oreilles. La foudre divine du châtiment retenue dans la lame jaillissait du saphir prêt à abattre sa colère sur les paladins renégats. Pendant un bref instant, Galro sentit son cœur gonfler dans sa poitrine et se percuter contre ses côtes. « Non, j’ai connu une peur bien plus grande, se dit Galro. Je peux le vaincre. »
Comme si un messager divin avait murmuré à leurs oreilles, tous les paladins brandirent leurs épées et se chargèrent mutuellement, puis ce fut au tour de Tilbar et Datral de se sauter à la gorge, la lame du phénix contre la hache. Sapharël et Galro quant à eux ne bougèrent pas de leurs places respectives, attendant le moment propice. Finalement ce fut le paladin au livre sacré qui bondit le premier sur son ennemi.
*Ancien étalen: Punie les de ton courroux, Foudre d’acier.
Sapharël le para sans la moindre difficulté, repoussa son opposant et frappa à son tour. Galro tenta de repousser Grandal mais un arc électrique frappa son arme qui vola jusqu’au fond de la salle. Son bras encore engourdie par le choc de la foudre, le paladin regardait son adversaire qui le dominait. Il esquiva un coup d’épée suivi d’une vague d’énergie qui frappa un chevalier rebelle qui fut projeté contre un mur et tué sur le coup, sauta des escaliers et accouru jusqu’à son épée. Même les gardes de la salle s’entre-tuaient pour leurs idéaux, ils ne faisaient même plus attention à Galro lorsqu’il ramassa son arme par terre. Il se retourna et vit le septième paladin phénix et dans son dos la Pierre Sacrée.
_ Voici le don que Dieu nous a offert pour vaincre le Mal, dit Sapharël en parlant de l’artefact divin derrière lui. Aujourd’hui, par ta faute, elle servira à tuer les enfants du créateur. Grandal avait été forgé grâce à son cœur, maintenant admire le pouvoir que Dieu m’a conféré.
Les arcs électriques de la Dyaladuil effleuraient la surface de la pierre noire et soudainement, le cristal si sombre auparavant brillait de milles éclats, et un chant suraigu s’en échappa. Le paladin phénix souleva son épée et la rabattit, les éclairs du courroux divin suivirent la trajectoire de la lame et explosèrent tout ce qui se dressait devant elle. Galro eut juste le temps de sauter sur le côté mais l'onde de choc de la foudre le projeta contre une colonne de marbre. Il sentit son corps s’écraser contre la pierre et sa colonne vertébrale hurlait de douleur.
Dehors, les murs de la ville tombaient en miettes, bientôt Guldörr et les siens pourraient entrer dans la ville et venger leurs frères. Le roi nain entendait d’abord un léger bourdonnement dans ses oreilles, pensant que c’était à cause des coups de canons qui l’assourdissait, et soudainement, jaillissant du dôme du Temple du Phénix qui dominait le cœur de la cité jailli un éclair blanc gigantesque qui allait jusqu’aux cieux, puis il descendit comme dirigé par une sorcellerie et anéanti tout sur son passage, frappant la terre avec violence. Chaume, maison, bois, pierre, tout explosa au contact de la lumière destructrice. Même le rempart qui protégeait la ville. Guldörr encore ahurie par la vision qu’il avait eut se contenta de dire:
_Qu’est ce que c’était ?
Un elfe tenant une lance d’or à l’allure peu commune s’approcha du roi des nains et lui répondit:
_ Cela à dut provenir de l’intérieur, un chevalier à utilisé Grandal au maximum de sa puissance.
_ Alors c’est cela le pouvoir d’une Dyaladuil ? C’est vraiment très impressionnant. Merci roi Zuanlanor de votre aide, maintenant nous n’avons plus besoin de disposer de vos vies, vous pouvez donner l’ordre de replie à vos guerriers, cette affaire est dorénavant entre nous et ces crapules !
_ Soit, répondit le roi des haut-elfes. Ainsi est votre volonté roi Guldörr. Nous nous en allons.
L’elfe à la chevelure d’or donna l’ordre de replis à son armée. Les guerriers légendaires de la Guiogne commencèrent la manoeuvre pour quitter la bataille, pendant ce temps là les nains envahissaient la brèche et l’agrandissaient en arrachant les pierres détachées. Guldörr se retourna vers ses serviteurs et demanda sa monture. Le Béhémot royal orné de son armure s’approcha de son maître, tenu fermement par une douzaine de nains. La bête était semblable à un taureau de un mètre soixante-dix au garrot, trois mètre de long et bien cinq nains de large. Dotée de ses deux paires de cornes noires, la créature était redoutée dans les montagnes, tant pour sa force que pour son agressivité. Sur son dos les épines osseuses ont été sciées pour éviter de se faire empaler par le fondement, ainsi que ses deux incisives de sa mâchoire inférieure qui peuvent être en tant normal de la longueur d’une dague. C’était le Béhémot femelle du roi, un mâle est impossible à apprivoiser car ils sont beaucoup plus grands, plus forts et plus agressifs que leurs partenaires. Le roi Guldörr caressa l’épaisse fourrure de son destrier. À l’aide d’une chèvre* il put monter sur la selle installée et attrapa les
rênes.
_ Frères nains, mes fidèles soldats, l’heure est venue de leurs faire payer pour chacun de nos morts !
Le fier roi leva sa hache dorée et ses légions hurlèrent à la victoire en s’engouffrant dans la brèche. Les guerriers Hache d’or, une caste d’élite, accompagnèrent le roi lors de l’assaut sur le dos de leurs boucs géants. Malgré le lourd galop assourdissant, on entendait toujours le tonnerre gronder au cœur de la cité.
* une chèvre est une grue du moyen âge servant à monter les chevaliers sur leurs montures, dans ce cas là un Béhémot
Galro sauta une nouvelle fois sur le côté et roula par terre, évitant encore de justesse un éclair qui fit partir en mille éclats les dalles du temple. Les fragments de marbre qui fouettaient son visage le gratifiaient de minuscules coupures saignantes. Il saisit son épée à deux mains et fonça droit sur le septième paladin phénix et la pierre aveuglante de lumière. Le protecteur fidèle du Grand Prophète leva de nouveau son épée et envoya une décharge qui explosa sur le côté droit de Galro, qui fut projeté en l’air avant de retomber lourdement.
_ Tu ne peux pas me vaincre Galro, dit Sapharël en voyant son ennemi se relever inlassablement. Je détiens la Dyaladuil Grandal, nul ne résiste au courroux de Dieu ! Tu devrais le savoir mieux que quiconque, toi qui détiens le livre des quatre chevaliers fondateurs.
Lorsque le paladin parvint à se redresser, il se frotta d’un revers de main la tempe et découvrit du sang. À cette allure, il allait avoir tous les os de son corps brisé sans même être réellement touché une seule fois. Il brandit son épée et hurla furieusement en accourant envers son ennemi. Sapharël fit apparaître de la pointe de sa lame un nouvel éclair qui frappa juste derrière Galro qui fut jeté par la puissance du choc jusqu’au pied des escaliers du rituel de l’ascension menant jusqu’à la Pierre. En levant les yeux, il vit Sapharël le dominer depuis le haut des marches.
_ Renonce Paladin et ta mort sera plus douce.
_ Soit, je périrai dans la souffrance !
Galro se releva, bondit sur Sapharël et frappa de toutes ses forces sur Grandal qui se mit en travers de son chemin. Un éclat blanc s’échappait du point de contact entre les deux épées, des éclairs zigzaguaient le long de la lame bleutée. Dans les yeux azurés du septième paladin phénix, Galro put y voir un ouragan de colère qui allait tout engouffrer. L’arme à l’effigie du Phénix crissait, là où elle touchait Grandal le métal commençait à fondre.
_ Tu n’es qu’un pauvre fou, lui dit Sapharël.
D’un simple geste du bras il repoussa Galro et un éclair le fit voltiger à une distance de cinq mètres. À peine le chevalier blanc se releva qu’un nouvel éclair lui fonçait droit dessus, il eut juste le temps de tenter de le parer, mais en vain. Entre ses mains son épée explosa en mille éclats et la foudre le frappa de plein fouet dans la poitrine, et Galro fut emporté par le choc jusqu’à se fracasser contre la porte argentée dans le rugissement furieux de la Dyaladuil. Lorsqu’il retomba, son corps était inerte et d’un trou béant dans son plastron s’échappait de la fumée.
Les autres paladins qui combattaient s’immobilisèrent en voyant par terre le détenteur du livre des quatre chevaliers. L’écho de la foudre transperçant le métal résonnait encore dans la salle. La Pierre Sacrée s’éteignit en même temps que Grandal et toutes deux retrouvèrent leurs teintes originelles. Le Septième paladin phénix descendit des marches conduisant à la Pierre et rengaina son épée. Les chevaliers qui avaient suivi Galro se prosternèrent devant le possesseur de la Dyaladuil, symbole de la toute puissance de Dieu sur les mortels, et abandonnèrent leurs armes. Tilbar était à terre, le nez en sang, une épée posée sur la gorge, Datral le dominant. Sapharël regarda l’assemblé autour de lui et dit en désignant Galro:
_ Voici ce qui arrive aux traîtres, Dieu les châtie comme il se doit. Affronter le Seigneur revient condamner à mort son corps et son âme. Rejoignez-nous, battez vous jusqu’à la mort contre les nains et Dieu vous pardonnera, sinon vous n’aurez qu’à périr à votre tour.
Au milieu du silence qui suivit les paroles du chevalier argenté, seuls les applaudissements du Prophète retentirent. Le vieil homme qui s’était assis durant la bataille pour l’admirer se leva et s’écria:
_ Merci d’être resté fidèle à votre serment Paladins, à la fin de cette guerre vous serez tous récompensés pour votre loyauté. Quant à ceux qui ont suivi ce vaurien de Galro devront répondre de leurs actes. Une fois l’envahisseur repoussé, tous, vous devrez marcher pendant sept jours et huit lunes vers le nord sans aucun répit et vous crever les yeux face au soleil. Vous devrez revenir au Temple sans aucune aide, et si vous réussissez à refouler le saint sol qui se trouve sous nos pied vous serez alors pardonné, et si ce n’est pas le cas alors cela voudra dire que le Seigneur vous refuse la rédemption et pour le restant de votre vie vous devrez marcher pour retrouver la voie. Jurez le sur ce qui reste de votre honneur !
Tous les paladins renégats firent le signe du Perchoir sur leur torse et furent obligés de faire le serment que leur punition sera exécutée. Un sourire triomphale illuminait le visage du Prophète, levant les mains vers les cieux comme pour remercier Dieu. Mais son regard s’assombrit brusquement, lorsqu’il vit au fond de la salle Galro se relever. Il montra de son doigt le chevalier ressuscité et hurla:
_Le Dieu noir ! Il l’a ramené à la vie ! Il a pactisé avec les ténèbres !
Les chevaliers blancs se retournèrent vers celui qu’ils croyaient mort. À l’emplacement de la plaie béante qui trouait le plastron sacré encore incandescent, là on s’attendait à voir sa cage thoracique réduite en charpie par l’impact, on pouvait apercevoir un angle du livre des quatre chevaliers fondateurs et sur son torse mis à nu une amulette avec deux ailes, l’une couverte de plumes d’or; l’autre noir épineuse, et un diamant noir en son centre. Galro même pensait rêver lorsqu’il se tâta sa poitrine à travers son armure perforée. C’était le second cadeau de l’Ombre, le talisman. Il ne pouvait se l’expliquer, mais il semblerait que lors du moment où Grandal l’avait frappé que cet objet enchanté l’ait protégé. Voilà pourquoi l’Ombre lui avait offert tous ces présents, dans le but de pouvoir faire face à Grandal et renverser l’Ordre. Il regarda Sapharël droit dans les yeux et lui dit:
_ Écartes toi, je dois accomplir mon devoir.
_ Et moi le mien, lui répondit l’homme en armure d’argent.
Galro ramassa une épée abandonnée à ses pieds et s’avança droit vers son ennemi. Pendant ce temps, Datral regardait la scène avec étonnement et ce fut l’occasion qu’attendait Tilbar pour détourner la lame de son cou et frapper en plein visage le paladin phénix. Il ramassa sa hache et frappa dans le dos d’un autre chevalier blanc qui servait le Prophète et hurla:
_ Levez vous bandes de lâches ! Nous avons encore une chance de vaincre !
Emportés par le courage et le culot de Tilbar, les autres paladins se relevèrent en ramassant leurs armes et reprirent le combat. Le général tua un autre chevalier de l’Ordre avant de devoir de nouveau faire face à Datral bavant de rage.
_ Tu vas me le payer chien ! Vociféra-t-il entre ses dents.
_ Alors je ne serai pas le seul à rembourser mes dettes vermine !
Sapharël eut le temps de dégainer son arme, mais pas assez pour faire l’incantation pour réveiller son pouvoir. Galro attaqua une première fois mais fut paré. Le paladin argenté repoussa la lame de son ennemi et tenta de le taillader mais à son tour son arme se retrouva bloquée par le chevalier au plastron troué.
_Me tuer est hors de portée d’un mortel Galro, renonce !
_Je ne compte pas te tuer, lui répondit le chevalier blanc. Je veux tuer le Prophète.
_ Alors tu devras m’occire le premier.
_ Alors qu’il en soit ainsi !
Galro repoussa Grandal et attaqua son ennemi avec acharnement qui le parait en reculant. Le Septième profita de la déconcentration de son adversaire pour faire tourner sa lame autour de la sienne et le désarmer. Le chevalier blanc tomba par terre et vit la pointe de l’épée bleutée dans sa direction.
_Je te l’ai dit Galro, tu ne peux me tuer.
Le chevalier à terre recula pour échapper à la pointe de la Dyaladuil, et son regard se porta sur les quatre statues qui encerclaient la Pierre, les lances dans leurs mains. Des armes capables de percer la magilith. Galro tendit sa main vers Sapharël, ne concentra dans la paume de sa main qu’une infime quantité de magilith et hurla:
_ Repousse !
Une vague invisible frappa le paladin Phénix qui fut projeté sur une distance de deux mètres. Le paladin au livre sacré se releva et profita de l’instant où son ennemi était encore à terre pour accourir vers les statues. Lorsqu’il gravit les cinq marches et fut à côté d’un des chevaliers de marbre, il lui arracha la lance de ses mains et se retourna vers Sapharël qui invoquait les pouvoirs de Grandal. De nouveau le tonnerre rugit à l'intérieur de la lame bleue. Le talisman sur la poitrine de Galro résonnait avec les éclairs émis par la Dyaladuil, prêt à les repousser. Le paladin le savait au fond de lui, il n’avait qu’une seule chance, et il n‘avait pas le droit à l‘erreur.
Les jardins autrefois si somptueux étaient maintenant en feu et les cadavres de croisés entassés sur les chemins servaient de festin aux corbeaux. Guldörr et sa suite arrivèrent devant la porte principale du Temple après avoir occire tout obstacle. Le roi nain poussa la porte d’une main mais elle était verrouillée de l'intérieur. Il fronça ses sourcils blancs et se tourna vers ses soldats.
_ Défoncez moi cette porte !
Six nains en armure lourde prirent une statue sur le côté représentant une femme dotée de paire d’aile et d’un fin tissue qui couvrait à peine son corps. Ils la positionnèrent à l’horizontale, reculèrent de cinq pas et chargèrent avec le bélier improvisé, détruisant la tête et les ailes de l'œuvre d’art en même temps. Ils recommencèrent leur assaut à cinq reprises et la porte céda face à la colère des petits hommes. Le roi entra le premier et vit trois gardes du Temple boucliers levés et lances dressées. Le nain saisit sa hache d’or à deux mains et frappa dans l’écu du premier soldat en armure d’un sombre bleu et blanc qui se fendit en deux. Il frappa de sa grosse botte cloutée dans le genoux de l’humain qui fut à la hauteur du souverain des montagnes du nord et l’arme royale le décapita dans une effusion de sang. Les deux autres guerriers moins téméraires prirent la fuite en voyant leur camarade d’un côté et la tête de l’autre. Guldörr fit un signe de la main et deux arbalétriers tirèrent dans le dos des fuyards.
_ Ce ne sont que des lâches ! Vociféra le roi nain. Ils attaquent de pauvres mineurs sans défense comme une meute de chiens enragés et courent la queue entre leurs jambes une fois les soldats arrivés !
_ Ils recevront le châtiment qu’ils méritent mon roi, lui répondit une Hache d’or.
Le roi nain et sa suite reprirent leur marche vers leur objectif final. Ils ne rencontrèrent pas beaucoup de résistance, la plupart des croisés qu’ils rencontrèrent couraient à travers les couloirs pour fuir. Ils en tuèrent quelques-uns mais ils ne représentaient en outre aucun intérêt. Il semblait que quelque chose de plus terrifiant que des nains furieux les terrorisaient. Mais qu’est-ce qui pouvait être plus terrifiant qu’un roi et sa légion en pleine rage ? Ils traversèrent les couloirs vides, mais plus ils approchaient de leur but, plus les démangeaisons les gagnaient.
_De la magilith ? Demanda une Hache d’or.
_ Il semblerait, répondit une autre. Ça ne me dit rien qui vaille.
Soudainement un claquement suraigu descendant dans les plus bas octaves en quelques secondes fit trembler les fondations. Le roi et sa troupe s’immobilisèrent pendant un instant, le temps que l’écho cesse. La démangeaison s’était décuplée durant ce bref intervalle, certains soldats ne purent se retenir de se gratter.
_Je n’aime pas ça, dit un arbalétrier. Que faisons nous mon roi, devons nous reculer ?
_Non, nous continuons ! Nos frères ont péris par leurs fautes, ils doivent mourir par nos lames !
_ Oui mon roi.
Le seigneur de tous les nains reprit sa marche, plus déterminé que jamais, sa hache à la main. Un second tonnerre plus puissant résonna à travers le Temple, mais le souverain refusa de s’arrêter malgré le son assourdissant. Sa peau le grattait, voire même le piquait tant que l’activité de la magilith était forte, comme des centaines d’aiguilles minuscules qui s’enfonçaient lentement dans son corps. D'autres tonnerres secouaient les fondations durant leur périple, jusqu’au moment où ils se retrouvèrent devant une immense porte d’argent. Dessus étaient gravés des anges dans le ciel tenant à distance des monstres venant des abysses à l’aide de gigantesques lances. Quatre chevaliers soutenaient une pierre rayonnante à l’aide des quatre Landbards. Au dessous des quatre hommes étaient écrits en Etalen « Seuls ceux qui ont été choisis par Dieu pourront ouvrir cette porte. ».
_Mon cul ! Hurla le roi nain en frappant violemment de sa botte l’obstacle qui le gênait mais en vain.
Elle était également verrouillée. Il donna l’ordre à quatre de ses soldats de la défoncer; mais en même temps une série de claquement d’orage suivirent, déchirant les tympans, et de la lumière s’échappait par le bas de la porte. Ça venait de derrière. Guldörr se grattait tant la douleur urticaire était atroce sans pouvoir se soulager. Les quatre Haches d’or tenant fermement une statue de femme archère martelèrent l’argent de la porte avec violence à trois reprise avant qu’elle ne cède. Lorsqu’elle s’ouvrit, ils virent devant une immense pierre noire un chevalier retirant du ventre d’un vieillard une épée bleue. Tout autour de lui des paladins couverts de sang et de blessures étaient à genoux ou se tenaient debout en se soutenant sur leurs lames. Un homme avec un bandeau sur un de ses yeux était assis sur un chevalier à la cape rouge en tenant d’une seule main le haut d’une hache. Les dalles étaient recouvertes de cratères et de cadavres de chevaliers ecclésiastiques. Le Roi nain regarda la scène durant un bref laps de temps et s’écria:
_ Voilà ce que je disais, des chiens ! En temps de crises ils préfèrent s’entre-tuer plutôt que de faire face ensemble contre l’ennemi !
_ Heureux aussi de faire votre rencontre, répondit le borgne avec un sourire ironique sur au coin de la bouche. Que puis-je pour sa majesté ?
_Me dire ce que c’est que ce bordel !
_ Nous venons de mettre fin à la guerre, répondit le chevalier à l’épée bleue.
Il se retourna face au roi et sa suite, dans son plastron on pouvait voir un trou béant qui dénudait son torse. On pouvait distinguer sur de sa poitrine le coin d’un livre et un talisman qu’il portait autour du cou reposait sur l’emplacement de son cœur.
Galro se retourna et vit un groupe de nains armés de haches d’or, et celui de tête portait une armure brillante ainsi qu’une barbe blanche et une palabre sur le visage. À l’allure de son casque richement décoré de diamants et d’or ce devait être quelqu’un de très haut rang. Il y avait même de très grandes chances pour que ce soit le chef en personne. Le noble nain avança et demanda d’une voix forte:
_ Où est le Prophète ? Je veux sa tête !
_ Soit, répondit Galro.
Le paladin se retourna vers le cadavre encore chaud de Daërdilon et lui trancha le cou d’un mouvement circulaire. Après avoir exécuté sa besogne, il se tourna vers le chef des nains et lui envoya le trophée. Tous les nains regardèrent stupéfaits le visage crispé de douleur du Prophète aux pieds de leur souverain. Le guerrier d’or à la barbe blanche ramassa la tête gisant devant lui et regarda avec dégoût les yeux roulants dans leurs orbites. Il jeta le présent du paladin écœuré.
_ Moi, roi Guldörr, souverain des montagnes de Klendërr, réclame votre nouveau chef.
Les chevaliers blancs se regardèrent les uns les autres, ils avaient perdu toute notion de hiérarchie durant la bataille. Peu importait que l’on portait une cape rouge ou pas, ils devaient se battre au nom de leurs convictions. De plus, la plupart des paladins phénix avaient été tués, donc les paladins n’avaient plus de supérieurs à qui obéir. Le paladin Fradel se releva, malgré l’entaille dans sa jambe, et proclama:
_ Notre nouveau Prophète est le paladin Galro.
Tous les chevaliers de l’Ordre se retournèrent vers leur camarade. Fradel s’attendait à recevoir des réprimandes jusqu’au moment où le paladin phénix Junar se leva.
_ Oui, Galro est dorénavant notre Prophète. Il a sut ramener le savoir des quatre chevaliers fondateurs et réinstaurer la justice dans ce monde perfide. Plus que chacun de nous, il a su faire preuve de courage et de vertu en osant brandir sa lame contre l’Ordre entier. Il a démasqué le criminel qu’était notre Prophète, et nous lui en serons éternellement reconnaissant. Quel guide choisir que celui qui détient la vérité des quatre chevaliers ? Paladins, serviteurs du Cœur, à genoux devant le Prophète !
Les chevaliers blancs se levèrent tour à tour, se tournèrent vers Galro et s’inclinèrent devant lui. Tilbar ne fit pas figure d’exception, il s’agenouilla parmi la foule de paladins. On pouvait lire un léger sourire sur ses lèvres. Galro se sentit gonfler de fierté, mais à la fois il sentit sur ses épaules le poids de ses nouvelles responsabilités qu’il devait porter certainement jusqu’à la fin de ses jours. Une nouvel ère commença, le règne de Daërdilon avait pris fin et l’histoire retiendra que son successeur deviendra le plus grand des Prophètes que l’Étale aura connu. Le poids de l’ouvrage pesait sur sa poitrine, dorénavant ce sera à lui de transmettre la volonté des quatre chevaliers. Un paladin phénix demanda au nouveau Prophète en restant à genoux.
_ Quels sont vos Ordres Ô Grand Prophète ?
Galro regarda le roi Guldörr droit dans les yeux et ordonna à tous ses fidèles chevaliers:
_Rendez les armes, cette guerre est finie.
Tous les paladins se levèrent et jetèrent leurs épées par terre. Galro fit de même avec Grandal, et descendit les cinq marches conduisant à la Pierre Sacrée. Il s’avança vers le roi nain entre les deux rangées de paladins qui lui formaient une haie d’honneur. Lorsqu’il se retrouva face à face avec Guldörr, il se mit à genoux devant lui, imité par tous les paladins présents dans la salle.
_ Nous sommes à votre merci, Ô roi Guldörr. Au nom de l’Ordre, je suis prêt à payer pour les crimes commis par les miens. Prenez nous ce que vous voudrez, souverain.
Le regard furieux du roi des nains adoucit ces paroles. Il donna sa hache à un de ses écuyers et attrapa l’épaule du Prophète à ses pieds.
_ Sâche que tu as su me toucher Prophète. Je ne suis que rarement clément, mais aujourd’hui est une exception. Tu ne paieras point pour les crimes manigancés par un autre homme, tu n’es point fautif pour ses actes. Je te pardonne, toi ainsi que tes frères humains.
Sur ces paroles emplies d’émotions, le roi des montagnes de fer s’apprêta à partir mais le Prophète Galro le retint par le bras. Durant un instant tous les paladins et toute la suite du roi pensaient que le pauvre homme se ferait arracher la tête d’un coup de poing, mais le roi nain n’en fit rien, il se contenta de se retourner sans résistance.
_ Ces crimes ne resteront pas impunis, dit Galro au souverain Guldörr. Je le jure sur mon honneur, justice vous sera rendu. Un jour, un guerrier m’a appris qu’un criminel a deux choix: recevoir un châtiment ou se repentir de ses fautes. Il avait tué mon père, mais je ne pouvais le tuer malgré toute ma colère. Alors il a choisi de réparer ses fautes en me rendant un service qui devrait combler la mort de mon aïeul. À partir de ce jour nous suivrons son exemple, un jour vous aurez besoin de notre aide. Sachez peuple de Guiogne que nous serons là, nous vous viendrons en aide au péril de nos vies. Un jour viendra.
Ému par le discours de Galro, Guldörr versa une larme qui avait refusé de couler depuis de très nombreuses années. Il lui tint les deux épaules et lui dit:
_ Nous nous en souviendrons. Un jour viendra où vous pourrez vous repentir. Peut-être pas aujourd’hui ni demain, mais un jour viendra.
Sur ces paroles, le roi nain et sa suite quittèrent le Temple.
Après un long moment de silence, le général Tilbar s’avança vers Galro et se mit à genoux devant lui.
_ Prophète, que faisons nous maintenant ?
_Il faut que chacun de ces hommes ait des funérailles dignes de leurs rangs. Tous sans exception.
Les chevaliers blancs encore exténués de leur combat se levèrent et firent sortir du Temple les cadavres de leurs camarades tombés. Galro se dirigea vers le corps de Sapharël, dans son torse était encore plantée la lance des quatre chevaliers fondateurs, ses yeux azurs ouverts sur le dôme où était peint le paradis du repos éternel. Le nouveau Prophète s’agenouilla aux côtés de l’homme qu’il a tué et lui referma les paupières.
_ Souvenez vous de cet homme comme d’un héros, et non simplement comme d’un ennemi. Rendons-lui hommage comme il se doit.
_ Bien Ô Grand Prophète, lui répondit un paladin phénix. Nous veillerons à ce que ses funérailles soient en mesure de sa grandeur.
Les chevaliers blancs se rassemblèrent autour de l’ancien Septième et prièrent pour le salut de son âme. Galro se releva et se dirigea vers le corps d’un paladin phénix dont une de ses mains avait été coupée. D’un coup de pied l’ancien chevalier blanc le retourna et vit le visage ensanglanté de Datral grimacer de douleur.
_ Soit maudit vermine de paladin ! Lui dit-il avec le peu de force qu’il lui restait. Tu vas me tuer n’est-ce pas ?
_Tu as commis de trop nombreux péchés, lui répondit Galro. Je ne puis te pardonner, tu aimes la mort et je ne peux guérir le mal en toi...
Il contempla le plastron fendu en plusieurs endroits dont du sang s’échappait, Tilbar ne l’avait pas manqué. Le paladin phénix manchot eut un sourire diabolique durant un bref instant avant que celui ne passe à l’affreux rictus de souffrance.
_ Tu comptes me laisser agoniser comme ça ? Remarque, j’aurais fais la même chose que toi...
Il une violente quinte de toux le coupa dans sa parole, du sang sortait d’entre ses dents. Le Prophète resta silencieux. Le manchot tout en lui adressant un regard mauvais reprit.
_Dis moi, ça à l’air de te procurer du plaisir à me voir souffrir ? Regarde ce que ce chien m’a fait. (il désigna son moignon encore débordant de sang.) Il m’a bien dit qu’il me le ferais payer, et il ne m’a pas raté...(toux violente).
_ J’aime te voir souffrir Datral, car toi-même tu es un homme cruel. Mais ton destin ne sera pas la mort, détrompe toi, je compte faire durer ta peine. Je pourrais te faire brûler vif, peut être que ta chair te sera douloureuse, mais au fond de ton âme noir tu seras ravi de me voir rabaissé à ton niveau. Je te ferais panser tes blessures, je te ferais soigner, et tu devras retourner sur le mont de Léondia. Là-bas tu devras pleurer pour chaque mort que tu as fait pendant une journée et une nuit entière, et leur rendre hommage. Je sais que ton corps ne souffrira point, mais ton âme sera déchirée. Lorsque le soleil se lèvera de nouveau, on te mettra un anneau de fer autour de la tête qui t‘empêchera de voir. Ensuite, sans aucune aide, tu devras revenir au Temple pour demander ton pardon et à ce moment-là je te rendrai la vue.
Sur son jugement, Galro se releva et quitta la salle, escorté par quelques gardes. Il pouvait encore entendre Datral le traiter de lâche, de vermine, de fuyard... Mais à présent, il n’avait que faire des réprimandes de cet homme. Il était devenu le nouveau guide, celui qui mènerait l’Étale, et peut être le monde, sur la voie du Cœur décrit par les chevaliers de l’ancien temps. Soudainement, il lui revint à l’esprit, le jeune homme sans qui il n’aurait jamais su la véritable nature de Daërdilon. Il ordonna à ses gardes d’aider les autres paladins à débarrasser les corps. Il voulait être seul.
Après avoir couru dans les couloirs il retrouva la porte des cachots où l’avait amené Datral au moment où il avait crevé les yeux du jeune brigand. Il ouvrit la porte qui n’était pas verrouillée, et pénétra dans la noirceur et la puanteur du désespoir. Il n’y avait que peu de torches allumées, mais cela ne gênait en rien Galro. Il explorait la salle de torture sans trouver trace de vie. Nardel n’était pas là. Il l’appela par son nom à plusieurs reprises, mais il ne reçut comme réponse que le son des pattes de rat qui courait sur le sol de pierre. « Où es-tu caché ? » se demandait le Prophète inquiet. Il se dirigea vers les prisons où étaient cachés habituellement des prisonniers de guerre ou des criminels de plus grande importance. Il ouvrit la porte qui conduisait dans la galerie souterraine et découvrit que toutes les cellules avaient été ouvertes durant l’attaque du Temple. À l’intérieur tout était vide, les prisonniers avaient dû retrouver la liberté. Était-ce un bien ou un mal, Galro l’ignorait, mais au moins il en était certain, son serviteur n’était pas là. Est-ce que les détenus l’auraient emporté lors de leur évasion ? Peu probablement, ils avaient même oublié un vieillard squelettique au fond d’une cellule, certainement plongé dans un profond sommeil. Il retourna à la salle de torture où il réfléchi à la cachette qu’aurait choisi son serviteur. Peut être s’était-il fait attrapé en fin de compte, et qu’il soit peut être déjà trop tard. Il s’assit là où était assis le bandit à qui Datral avait crevé les yeux avec une lame de fer brûlant. Le siège en acier était humide et froid. L’odeur n’était qu’à peine supportable. Il se tourna vers la droite et aperçut la porte qu’il avait remarquée lors de sa première visite ici. Il se leva et se dirigea vers l’entrée mystérieuse. Un cadenas semblable à celui de la caisse où était enfermée l’elfe noire de Datral gisait à terre, une clef encore enfoncée dedans. Galro craignait pour ce qui pouvait arriver à Nardel. Il poussa la porte et le gond grinça désagréablement à ses oreilles à cause de la rouille. Il n’y avait absolument aucune lumière dans ces escaliers qui menaient dans les profondeurs. Ici, le jeune homme était certain que personne n’oserait le chercher, mais est-ce que lui-même mesurait le danger qui l’attendait. Galro pénétra dans les ténèbres et avança dans l’obscurité à l’aide de ses Calenaclidyals. Les marches semblaient mener dans les entrailles du monde tant qu’elles semblaient infinies. Lorsqu’il se trouva enfin en bas de l’escalier un long et interminable couloir l’attendait.
_ Pourquoi cet endroit Nardel ? Se chuchota Galro.
Des portes d’acier longeaient les deux murs de chaque côté de l’allée centrale. Le Prophète marcha aussi silencieusement que possible, il entendait à travers des grandes plaques de métal des crissements d’ongles et des pas. Au moment où il s’y attendait le moins un des « prisonniers » frappa de toute sa force contre la porte juste à côté de Galro dans un grand fracas de tôle. Ensuite une symphonie de hurlements et de pleures suivirent dans un chaos absolu. Il vit courir dans les couloirs une forme aux reliefs bien reconnaissable. Le Prophète attrapa la petite silhouette et l’immobilisa.
_ Lâchez moi sale monstre ! Hurla Nardel en frappant contre la poitrine de Galro.
_ Calme toi Nardel ! Lui hurla le paladin. Calme toi c’est un ordre !
_ Sire Galro ? Demanda la petite voix toute étonnée. Où êtes vous ?
_ Juste là, je te tiens.
Le Prophète avait presque oublié que le pauvre garçon marchait à l’aveuglette dans l’obscurité absolue. Il sentit contre son torse la tête du jeune homme qui sanglotait de terreur. Pour le réconforter il le serra fort entre ses bras en lui murmurant des douces paroles. Dès que le garçon cessa de pleurer, le silence était revenu. Alors qu’ils s'apprêtaient à partir de cet endroit sombre, Galro fut attiré par la porte de métal juste en face de lui. Que pouvait-il se cacher à l’intérieur ?
_ Que faites vous messire ? Demanda Nardel. Il n’y a que des monstres ici !
_ Justement, lui répondit Galro.
Il attrapa une minuscule poignée qui lui permit de faire glisser sur la droite une petite plaque de métal, et à travers la fente il put voir une maigre silhouette recroquevillée dans les ténèbres. Ses longs cheveux traînaient par terre tant ils étaient longs, et de son corps dénudé elle tremblait de froid. Il voulait en être sûr, les Calenaclidyals ne suffisaient pas. Il dégaina Grandal et ordonna à son serviteur de reculer.
_ Que faites-vous messire ?
_ Naërden neral der ter Aridanmar, Grandal !
Une vive lumière éblouissante jaillit de la lame sacrée, effaçant tout relief autour d’eux, aussi le manieur fit faiblir la puissance dégagée par la Dyaladuil, jusqu’à obtenir une lueur bleutée qui était ni trop forte mais permettez de voir la galerie qui les entourait. Le jeune serviteur ouvrit grand les yeux de stupeur en s’apercevant que c’était Grandal et s’écria:
_ Mais c’est Grandal ! L’épée du septième paladin phénix Sapharël ! Comment...
Galro ne se retourna qu’à peine vers le jeune garçon qui comprit très vite qu’il n’y avait plus de septième paladin phénix.
_Je te l’expliquerai une fois à la surface, lui répondit Galro. Avance droit dans le couloir et tu trouveras les escaliers, à partir de là ce sera facile de te retrouver.
_ Je veux rester avec vous !
_ Soit, mais alors promet moi de ne pas hurler.
_ Pourquoi ?
Galro tendit sa main vers la poignée de la porte de la cellule. Le jeune homme fut tenté de retenir la main de son maître mais s’abstint en voyant l’assurance de celui-ci.
_ Il y a un monstre à l’intérieur ! L’avertit le jeune garçon. N’entrez pas je vous en supplie.
_ N’aie aucune crainte Nardel.
L’ancien paladin tourna la poignée à l’ingénieux mécanisme ce qui lui permit d’ouvrir la cellule. Lorsque la lumière envahi la pièce, il y aperçu une frêle femme à la peau noire et au cheveux blancs tenter de se cacher dans un recoin d’obscurité. C’était la créature de Datral, l’elfe noire. Elle était terrifiée.
_ Vous allez la tuer ? Demanda Nardel.
_ Reste dehors.
Galro s’avança vers la femme sombre qui se plaquait contre le mur à la recherche d’une sortie. Il pouvait voir sur sa peau ténébreuse des marques noires, similaires à celles de Warda. Contrairement à la description de cette race qu‘on lui avait répété tant de fois, elle avait un comportement plus proche du petit animal terrifié que de celui du démon assoiffé de sang. Galro fit de nouveau un pas, mais l’elfe noire se recroquevilla dans le coin de sa cellule en se protégeant de ses avant-bras s’attendant à recevoir un coup. Le chevalier comprit que c’était la Dyaladuil qu’il portait qui lui faisait si peur, aussi il l’éteignit et la jeta par terre. Le jeune homme commença à se plaindre car il ne voyait rien dans l’ombre, mais il cessa rapidement se remémorant les ordres de son maître. Galro s’agenouilla devant l’elfe noire et murmura:
_ Qu’avons nous fait mon Dieu ?
Il tendit une main jusqu’à frôler la peau de la créature qui eut un mouvement de recul. Elle était si douce. Le paladin regarda sa paume et sentit la culpabilité monter en lui. Voilà ce que l’Eglise cachait depuis tant de temps: une cruauté infinie envers ces créatures, une injustice qui aurait dû être condamnée depuis longtemps. Tout comme Warda, tous les elfes noirs cherchaient un moyen de survivre, et tous étaient victimes d’une malédiction que les hommes n’ont jamais su comprendre. Il regarda sur son torse le talisman offert par l’Ombre. Il existait un moyen de les libérer, et c’était à lui de le trouver maintenant. Il avait une grande dette envers cette race dès l’instant où il était devenu Prophète. Il entoura la créature de ses deux bras et murmura:
_ Pardonnez nous, je vous en supplie, pardonnez nous de nos péchés.
L’elfe noire sentit les larmes couler sur sa peau, et elle ne put réagir face à cette tendresse si subite venant de la part d’un humain. À son tour elle entoura le cou de Galro avec ses bras et posa sa tête sur l’épaule gauche. Une profonde chaleur s’empara des deux êtres, entre culpabilité et amour. Longtemps le chevalier blanc avait considéré ces créatures comme démoniaque, mais depuis la rencontre avec Warda il se rendit compte que même ceux qu’il haïssait possédaient un cœur. Et en tenant cette femme sombre contre lui il découvrit également qu’il pouvait aimer l’une d’entre eux. Avant même d’avoir tenté de se racheter, elle l’avait pardonné. Il leva les yeux vers elle, malgré sa maigreur et la saleté sur sa peau elle était belle.
_Je...te...pardonne...
Ses paroles étaient certes maladroites, mais cela suffit au Prophète pour sentir une flamme naître dans son cœur. Il se sentit ému par ces mots. Il entoura d’un bras la taille de la femme ténébreuse et passa l’autre sous ses jambes et la souleva. Elle était légère. Il se tourna vers Nardel qui regardait à droite et à gauche d’un air nerveux.
_ Que faites vous messire ? Demanda-t-il.
_Je veux la sortir de là, où pourrait-t-on l'amener ?
_ Il y a une vieille tour au nord du Temple, mais jamais vous n’arriverez à l’atteindre sans vous faire remarquer.
_ Soit, alors monte et donne leurs l’ordre de réparer les dégâts au sud du Temple, que personne ne me dérange.
Le jeune garçon grimaça dans un premier temps, mais il se décida quand même à obéir à son maître. Il accouru dans les couloirs, remonta les escaliers et transmit l’ordre de Galro à tous les paladins et autres représentants de l’Ordre. Pendant ce temps, le Prophète tenant dans ses bras la frêle créature sortit des entrailles de la terre. Elle s’agrippait à son cou comme un bébé s’agripperait au cou de sa mère. Ses longs cheveux traînaient sur le sol, et de nombreuses tâches de crasses apparaissaient à la lumière. Ils prirent une porte tout au nord du Temple et grimpèrent un escalier. Lorsque Galro monta toutes les marches dont la mousse dévorait les rebords, il se trouva face à une porte en vieux chêne, dont des barreaux de fer rouillés s’entrecroisaient devant un judas recouvert de mousse et de champignon. Cela semblait ridicule, il venait de la sortir d’un cachot pour l’enfermer dans une tour, mais il n’avait pas le choix, personne n’était prêt à accepter les elfes noirs au sein de leur Temple. Il ouvrit la vieille porte qui grinça de tout son battant. L’intérieure était remplie de mousse et de champignons, la roche était érodée, le plafond consistait en de simples barreaux métalliques entrecroisés qui laissaient passer l‘air et la lumière au centre de la pièce. Cette tour n’avait pas été entretenue depuis longtemps. Il posa par terre le femme ténébreuse qui accouru au centre, elle se leva et tendit un bras vers la lumière. C’était la première fois qu’elle voyait le soleil librement. Tout en la regardant émerveillée devant ce spectacle, Galro lui trouva un nom.
_Ilada*, tu te nommeras Ilada.
Ilada*: Une fleur aux pétales noirs qui n'éclos qu’aux rayons du soleil. C’est également le nom d’une fée dans une ancienne légende qui mourait dans l’obscurité et quiconque la faisait renaître aux rayons du soleil avait droit à un vœux. Dans la légende, un homme lui demanda sa main.