La prophétie du roi déchu: L'enfant sombre

Chapitre 31 : La dernière volonté

Chapitre final

4101 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 23/12/2024 08:02

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Durant leur voyage, Jaron racontait tous les événements qui se sont produits durant leurs absences. Warda écoutait attentivement le récit de son compagnon. Après s’être séparés, ils étaient parvenus à traverser la frontière sans difficulté majeure. Une fois de l’autre côté, ils furent dans une forêt où ils parvinrent à s’abriter et subvenir aux besoins du reste du clan. Ils trouvèrent une grande variété d’animaux et plantes qui leurs étaient encore jusque là inconnus. 

_ Et comment m’as-tu retrouvé ? Demanda l’elfe noir au loup gris.

_J’avais retrouvé ton odeur alors que je chassais, au pied d’un arbre anormal, et je l’ai suivi. Ta trace m’a amené jusqu’aux montagnes de Léondia, mêlées à celle de plusieurs centaines d’elfes. Je me doutais que tu devais être dans un sacré pétrin, et je ne me suis pas trompé. 

_ Merci d’être venu à mon secours Jaron, je te suis reconnaissant.

Un chevalier en armure d’or sur son destrier passant en tête et s’assura que la voie était sûre, toujours la Guanduil au poing. Le loup géant tourna sa tête massive vers Warda et lui demanda:

_ Pourquoi avons-nous une telle escorte ? 

_ Ordre de sire Taläsna, répondit Warda. Depuis une vingtaine d’années, ils ont recensé des attaques dans la forêt, toujours plus proches de la ville. Nous lui avons sauvé la vie durant cette guerre, c’est sa façon de nous remercier. 

_Je vois... Mais qui sont ces agresseurs ?

_ Il a refusé de me le dire, mais je sais qui est derrière tout ça.

L’elfe noir se remémora son combat contre Galaran, le prince ténébreux, et il se souvint avec quelle aisance il avait massacré la garde de Lindilla. Il avait frappé sans crier gare avec une telle rapidité que sans doute escorté ou pas, une fois face à lui la mort était certaine. 

_ Len derlaï sen jaïrr.*

Les six autres chevaliers se placèrent sur les flancs de Jaron et Warda, prêts à une éventuelle attaque. L’arrière garde composée de guerriers à pieds armés de lance, de sabre et de boucliers marchait à une allure cadencée, mais à la fois silencieuse. Ils avancèrent aux milieux des fougères et des arbres recouverts par une fine pellicule de neige. Les yeux rouges du guerrier sombre scrutaient à travers les broussailles, craignant que l’agresseur de Lindilla jaillisse de nouveau des broussailles. 

_ Sommes nous encore loin ? Demanda Warda au canin gigantesque.

_Non, encore trois bonne heure dans cette direction et nous y serons. 

Un buisson remua ses feuilles de manière anormale, le bruit des frottements des feuilles n’échappa pas aux archers elfes qui encochèrent une flèche à la vitesse de l’éclair et pointèrent leurs armes en direction de la plante. S’attendant à voir jaillir d’entre les feuilles le prince noir, Warda saisit la garde d’Algazalm dans son dos, mais c’est à ce moment précis que la biche décida de bondir hors du feuillage de sa cachette comprenant qu’elle avait été repérée. Rassurés, les gardes elfes rangèrent leurs flèches dans leurs carquois, soupirant après tant de tension. 

_ Vous êtes vraiment sur le qui-vive, constata le loup. Qu’est-ce qui peut être assez dangereux pour qu’au moindre buisson qui bouge vous soyez prêts à l’abattre.

_ Nous avons nos raisons. 


Après trois heures de marche à travers la forêt luxuriante, ils trouvèrent une grotte cachée par la végétation et des rochers. Jaron pointa son museau dans sa direction et renifla.

_ Ils sont tous là, dit-il à son compagnon. Ils sont même en train de cuire de la viande.

_ Alors qu’attendons-nous ? Demanda Warda.

Ils marchèrent en direction de la grotte et aperçurent la frêle silhouette d’une chamane sortant pour aller chercher du bois. Lorsqu’elle vit Jaron et Warda de retour, elle appela tout le reste du clan et elle accouru jusqu’à sauter dans les bras de l’elfe noir.

_ Vous êtes de retour ! S’écria la jeune femme. Tous les deux ! Sains et sauf !

Les grands loups sortirent la tête de leur tanière et à leur tour ils bondirent à leur tour à la rencontre des deux héros du clan. Les dernières femmes abritées s’élancèrent après leurs compagnons et elles les encerclèrent. La garde elfique recula de quelques pas pour les laisser à leur bonheur tout en restant vigilants. Warda serra chacune d’entre elles dans ses bras sentant contre lui la chaleur qu’elles dégageaient. 

_ Où est Rassoun ? Demanda le guerrier sombre à une jeune femme qui le tenait par une chaleureuse étreinte autour du cou.

Là, le silence régna. Les sourires s’effacèrent du visage des chamanes et les grands loups cessèrent de glapir de joie, pour laisser place à un sentiment de tristesse. Le plus grand des loups s’approcha de Warda et lui dit en le regardant droit dans les yeux.

_ Depuis ton départ son état n’a cessé de s’empirer. Il faut que tu ailles la voir. 

L’elfe noir eut un mauvais pressentiment, il savais que ce qu’il allait voir n’allait pas lui plaire. Les chamanes et les loups s’écartèrent pour lui laisser place, et il monta en direction de la caverne. Lorsqu’il se trouva en face de l’antre, il vit sur le côté de la grotte un cerf empalé sur une broche au-dessus de feu. L’odeur était alléchante, mais ça ne suffit pas à lui faire partir ce goût amer sur le palais et cette douleur naissante dans son cœur. Lorsqu’il entra, il entendit l’écho d’un souffle animal, saccadé et grinçant. Dans les ténèbres il vit une immense masse noire se relever et entendit la voix rauque brisée d’une très vieille femme. 

_Es-ce toi Warddan ? Demanda-t-elle.

_ Oui Rassoun, je suis de retour. 

_ Approche.

Il redoutait d’entrer au fond de la grotte, non pas qu’il craignait la louve, mais il avait peur de ce qu’elle était devenue. Il se saisit d’un bout de fois qui servait à alimenter le feu du rôtie et pénétra dans la profonde noirceur de la caverne. Lorsqu’il leva la torche, il vit une immense créature à la fourrure dégarnie dévoilant sa peau grisâtre à travers laquelle on pouvait apercevoir les os. La créature leva sa tête et elle le fixait de son oeil blanc. 

_ Warddan ? 

L’elfe noir eut un sursaut en la voyant dire son nom. C’était Rassoun devant lui, elle, qui était si forte, était devenue si faible; elle, qui était si sombre de pelage, était devenue pâle et malade, et son seul œil valide venait de s’éteindre. Il remua la flamme devant elle mais elle ne réagissait pas, elle était aveugle. 

_ Où es-tu ? Demanda la louve.

_ Ici Rassoun, devant toi.

La matriarche du clan tâta l’épaule de Warda à coup de museau et d’un air émerveillé elle s’exclama:

_ Tu es revenu parmi nous Warddan ! Sers moi contre toi, je veux pouvoir te sentir sur mon pelage.

Le guerrier sombre lâcha sa torche et l’attrapa autour de son large cou. Elle puait la mort. De sa voix vieillie et exténuée, elle lui dit:

_La mort à laquelle j’ai échappé pendant des milliers d’années me rattrape à présent, le temps aura eut finalement raison de moi. Je vais mourir Warddan, et ce sera bientôt.

_ Tu ne peux mourir Rassoun, ils ont encore besoin de ton aide.

_ Warddan, écoute moi. Bientôt le clan des Lunes d’Argents va disparaître. Aussitôt que mon cœur cessera de battre, le pouvoir qui unissait chamanes et loups se rompra et plus jamais nous ne pourrons ne pourrons parler dans la langue des hommes. Les chamanes redeviendront des femmes et retourneront à une vie humaine, et les loups redeviendront des bêtes sauvages. Je ne te demanderai pas de garder intact ce qui reste du clan, il est voué à l’extinction, mais tu peux encore sauver l’un d’eux. 

_ Mais qui je pourrais sauver ?

La louve laissa tomber son énorme tête sur ses pattes avant, exténuée de vivre. Après une quinte de toux faisant trembler tout son corps elle dit à l’elfe noir:

_Tu devras le choisir, un compagnon qui t’est cher et dont tu seras capable de t’en occuper. Je ne voudrais pas que notre race perde l’usage de la parole à tout jamais, aussi tu devras prendre un de mes enfants pour qu’il puisse encore parler après ma mort.

_ Mais comment pourrais-je le faire ? C’était grâce à toi qu’ils pouvaient parler.

_ Justement, je voulais que tu sois là pour que tu apprennes comment faire. Tout comme moi tu possède un gigantesque pouvoir,  même beaucoup plus puissant que le mien, et tu es le seul du clan capable de faire autant que moi. Fais venir celui  que tu as choisi et je te montrerai comment lui offrir le don du language.

L’elfe noir s’avança vers la sortie de la grotte et choisi pour compagnon Jaron. Bien plus qu’un simple lien d’amitié, il l’avait choisi lui parce que par sa faute le loup géant qui l’avait sauvé des griffes de la mort avait perdu sa compagne. Il lui devait tout autant justice qu’il le devait à Galro. 


Une heure se passa dans la grotte avant que Warda et Jaron ne ressortent tous deux. Le guerrier sombre s’approcha des gardes qui l’accompagnaient.

_ Avant de repartir, j’aimerai que vous m’aidiez à accomplir une dernière tâche. Dans cette caverne, une louve est en train de mourir. J’avais promis à un ami qu’un jour je l’emmènerai voir la mer. Je vous le demande comme étant mon dernier vœu, aidez-moi à l’y amener. 

Les sentinelles elfes se regardèrent entre elles, ne sachant répondre à une telle requête. Elles avaient reçu l’ordre d’escorter l’elfe noir jusqu’aux loups, puis de revenir auprès de leur roi une fois la mission accomplie. Le seul moyen d’aller vers la plage la plus proche était de prendre la direction d’où ils étaient venus et de marcher vers l’est pendant une semaine. Warda n’avait pas besoin de lire dans leurs pensées pour deviner qu’elles préféreraient mille fois retourner dans leur foyer plutôt que d’obéir à la créature ténébreuse qu’il était. Tout de fois l’une des sentinelles s’avança vers lui et lui répondit en étalen:

_ Vous êtes le guerrier sombre qui a sauvé notre roi lors de cette guerre qui ne vous concernait en rien. Sans vous, notre royaume aurait connu un ère de chaos et d’anarchie. Nous acceptons de vous y conduire car vous avez sauvé l’un des derniers descendants royaux. 

Le chef des sentinelles se retourna vers ses soldats et leur fit un bref signe méconnu de Warda. Aussitôt, six d’entre eux pénétrèrent dans la grotte.

_ Merci infiniment, dit le guerrier sombre au chef des sentinelles. 

_Non, ce serait plutôt aux miens de vous remercier.


Après plus d’une semaine de marche à travers la forêt, la végétation changeait peu à peu de visage. Là où des grandes fougères se dressaient, on y retrouvait des petits buissons épineux et secs. Durant le périple les elfes prenaient le relais pour soutenir la louve, et ils appliquaient sur elle des flammes bleutées sortant de leurs mains. Ils appelaient cette technique Dyala, et plus précisément la Dyalasuërril, et un des chevaliers accepta de traduire à Warda sous la forme de « magie de guérison ». Souvent c’était difficile d’appliquer ce genre de magie, mais ces guerriers aguerris avaient appris cet art bien avant que ces graines ne deviennent les arbres qui les entouraient actuellement. Ils affirmaient que ce sortilège ne leur demandait qu’un moindre effort. Une étrange odeur commençait à envahir les narines de Warda. Un air frais, revigorant, humide et salé à la fois. Le chevalier en or en tête du groupe ne manqua pas de sentir également. 

_ Nous ne sommes plus très loin.

_Quel est cette odeur, demanda Jaron tout aussi curieux que l’elfe noir.

_La mer.

Ils firent quelques pas et à travers les arbres, le guerrier sombre sentit sur son corps une légère brise salée. Il traversa l’allée d’arbres et vit devant une étendue d’eau gigantesque, si grande que l’autre bout du rivage était invisible. Le ciel bleu se reflétait à la surface du lac gigantesque, ainsi que les rayons du soleil qui semblaient s’embraser à son contact. Jamais il ne vit si belle merveille. Ils sortirent de l’orée du bois et parcoururent encore un kilomètre avant de se retrouver au bord d’une gigantesque falaise. Comme si la terre avait été sectionnée en deux, les flancs du continent plongeaient droit vers la mer. En contrebas seuls les pics rocheux jaillissaient de l’eau turquoise. D’énormes oiseaux blancs au bec dorée se reposaient sur ces pics rocheux avant de replonger dans l’eau en quête de poissons. Lorsqu’ils revenaient auprès de leurs compagnons en détenant fièrement une proie ils semblaient ricaner. 

_ Que sont ces oiseaux ? Demanda Warda. 

_ Des goélands, répondit une sentinelle. Ils sont présents partout où la mer est. 

_ Où est l’autre rive ? Demanda à son tour Jaron. Je ne parviens pas à la voir.

_Il n’y a pas, répondit le capitaine des sentinelles. Si un lac se trouve au milieu de la terre, la terre est au milieu de la mer. 

_ Incroyable, dit Warda sans même se rendre compte de ses paroles tant il était époustouflé par le paysage. 

La louve noire guidée par deux chamanes se rapprocha du guerrier sombre et se posa par terre, exténuée.

_ Je voudrais tellement voir ce que tu vois Warddan, dit Rassoun. Décris-moi la mer.

_ Nous pouvons faire mieux, répondit le capitaine elfe.

_ Vraiment ? Demanda Warda.

_ Ce sera difficile, très difficile, mais je pense pouvoir lui réparer la structure de son œil et lui rendre temporairement la vue.

_ Vous pouvez le faire ? Demanda le sombre guerrier.

_ Certes, mais cela me demandera une forte concentration et aussi il faut que vos compagnons s’éloignent le temps de l’opération. La moindre perturbation pourrait me déconcentrer et mon erreur serait irréparable. 

L’elfe noir regarda les chamanes et les loups. Ils ne pouvaient abandonner la matriarche alors qu’elle était en train de vivre ses dernières heures. Mais lorsque Warda leurs demanda de s’écarter, ils acceptèrent. Lorsque le capitaine et Warda se retrouvèrent seul à seul, l’elfe aux yeux d’or lui dit à voix basse:

_ Nous avions fait de notre mieux, mais une force mystérieuse est en train de la tuer. Il semblerait que la mort réclame son dû, aussi nous ne pouvons empêcher l’impossible. Si elle doit partir, ce sera dans peu de temps. Aussi vous resterez à ses côtés, vous me servirez de support pour la maintenir parmi nous le temps d’accomplir mon sortilège, et une fois mon charme rompu, elle mourra. Êtes-vous certains de faire ce qui doit être fait ?

_ Oui.

_ Alors allons-y. Une dernière chose, essayez de penser le moins possible, contentez- vous d’être à ses côtés. Je peux compter sur vous ?

_ Oui, ne perdons plus de temps.

Le capitaine elfe et Warda s’agenouillèrent de chaque côté de Rassoun. La louve aveugle leva légèrement la tête et demanda:

_ Que se passe-t-il ?

_Je t’ai promis que je t’emmènerai voir la mer, répondit Warda. Voilà, je t’offre ce don. Reste calme et tout se passera bien.

L’elfe noir attrapa la louve autour du cou, sentant la chaleur de l’animal quitter son corps. Le capitaine avait raison, la mort semblait la réclamer. L’elfe posa la paume de sa main sur la tête de la louve, et de l’autre main il effleura le front de Warda. Il commença à réciter à voix basse une incantation. Le guerrier sombre sentit entre son âme et celle de la louve des liens invisibles les unir. Son énergie vitale semblait s’envoler à toute allure pour disparaître dans le néant, mais lorsque leurs âmes furent connectés, la force restante de Rassoun s’attacha à celle de Warda. Le capitaine elfe se concentra de toutes ses forces, des perles de sueur perlaient de son front. Il continua à réciter ses formules pendant une heure entière, sans résultat. Il leva la tête vers l’elfe noir, il était exténué.

_Je suis désolé, je ne parviens pas à réparer son œil. Il est trop endommagé.

_ Il doit exister une solution !

Le capitaine elfe réfléchi tout en maintenant la connexion entre Warda et Rassoun. Au bout d’un long moment de réflexion, il leva la tête et dit:

_ Il en existe une, mais elle comporte des risques.

_ Peu importe, faites !

_Bien, répondit l’elfe. Je vais utiliser cette connexion entre vos âmes pour qu’elle puisse voir à travers vos yeux. Regardez la mer, c’est tout ce que vous avez à faire. Ce sera pour vous l’unique moyen d’accomplir sa dernière volonté.

_ Alors allez-y. 

De nouveau, l’elfe se pencha au-dessus de Rassoun et dégagea de ses doigts une flamme bleutée. Il récita longuement sa formule, l’air plus concentré que ce qu’il ne l’a jamais été. Les flammes bleutées se matérialisèrent finalement en glyphes flottantes avant de finalement se poser sur le corps respectif de Warda et Rassoun, les interconnectant. Lorsque Warda sentit en lui une présence, il regarda la mer. Le soleil se couchait à l’horizon, le ciel bleu il y avait encore peu de temps était devenu rougeoyant, le soleil était d’or et les reflets sur la surface de l’eau étincelaient de mille et une étincelles. Elle était d’une beauté superbe. La louve se remua sous ses bras et dit:

_ Quelle beauté ! Jamais je n’avais eu vision si merveilleuse. Ces couleurs, cette odeur, ce soleil... Je comprend enfin pourquoi Carnassus tenait tant à me montrer la mer. J’aimerai tant qu’il soit à mes côtés en ce moment. 

_Il est, répondit Warda. Son esprit nous observe en ce moment et est heureux de voir sa dernière volonté accomplie. 

_ Alors si il est heureux, je le suis aussi. Maintenant nous pourrons l’admirer à jamais, ensemble...

L’elfe noir sentit en lui la force de Rassoun faiblir. Elle était en train de mourir. Sous ses bras, il sentait le pouls de la créature qui ralentissait à une allure affolante. Il ne voulait pas gâcher sa dernière vision, il contempla la mer  pour elle. À travers ses yeux il savait qu’elle percevait tout ce qu’il percevait. Il regarda le soleil et ses reflets sur la mer. Il resta agrippé à elle, jusqu’à la fin. Lentement, le cœur de la mère louve cessa de battre, et la dernière étincelle de vie disparu. Juste avant son dernier battement de cœur, elle dit à Warda « Merci », et le dernier lien qui les unissait se rompit. Les marques qui les interconnectaient disparurent en s’embrasant, les lumières zigzagantes sur leurs peaux effacèrent les marques. Lorsque la louve mourra, tout le clan se rassembla autour de la défunte, accomplissant leur ultime révérence envers celle que fut jadis leur guide et leur matriarche. L’elfe noir en larme se releva, et fit ses adieux à Rassoun. Il caressa une dernière fois le museaux de la louve, remontant la cicatrice jusqu’à l'œil crevé. Il s’éloigna de ses compagnons, resta debout en contemplant la mer. Ainsi, le clan des Lunes d’Argents était définitivement voué à disparaître. Le capitaine elfe vint à ses côtés et lui exprima ses plus sincères condoléances. « Je partage votre douleur » dit-il avant de retourner auprès des sentinelles qui s’éloignèrent pour laisser les Lunes d’Argents entre elles. Au milieu des rayons du soleil, une tâche sombre dominait l’horizon. Une île peut être. Des nuages noirs angoissants flottaient tout autour, plongeant dans l’obscurité totale le monde en dessous d’eux. Une présence maléfique semblait irradier toute l’île de sa malveillance. Warda sentait sur lui peser le regard d’un fantôme qui l'observait depuis les rivages de cette terre désolée. Une phrase traversa son esprit: « Un jour viendra... ». La voix qui lui parla dans sa tête lui était inconnue, mais à travers elle on pouvait sentir le poids du remords, de la haine et... Du chagrin. Il ne quitta pas des yeux l’île, certains qu’une présence l’appelait là-bas. Une force attractive, douce et brutale. Il ignorait pourquoi, mais il était certain, ce n’était pas la première fois qu’il avait ressentit ce sentiment de colère et de tristesse mêlé émanant de... De celui qui était là-bas, en train de l’observer. Il ne détourna son regard que lorsque Jaron le bouscula légèrement avec son museau. 

_ Nous allons partir Warda, lui annonça-t-il. La nuit va tomber, reprenons la route.

_ Bien, j’arrive.

Warda retourna auprès des chamanes, et escortés par les elfes, ils pénétrèrent dans la forêt. Avant de perdre définitivement la mer de vue, Warda lança un dernier regard par-dessus son épaule et vit Rassoun, la mer et l’île noire. 


Les vagues se brisaient sur les rochers acérés à ses pieds. Les crustacés géants luminescents s’étaient écartés lorsqu’ils l’aperçurent. De l’autre côté de la mer, là-bas, il l’avait vu pour la première fois depuis des années. Aucun doute, il accomplira la prophétie, celle qui libérera l’ancien peuple. Une larme tomba entre les mâchoires d’un monstre d’acier coiffé d’une longue chevelure blanche, qui se révéla être le heaume d’un chevalier au sombre manteau. D’un gant d’acier il s’essuya son visage invisible sous son casque. Il pouvait sentir sa présence malgré la distance, et sa tristesse. Le chevalier noir se retourna vers son royaume, une terre aride, pullulé de rochers tranchants comme des rasoirs. Au loin il n’y avait que son château abandonné et ce sombre ciel sans lumière qui l’y attendait. Il lança un dernier regard par dessus son épaule et tout en reprenant la route qui conduisait à son royaume déchu, il dit:

_Un jour viendra...

Sur cette dernière phrase, il fit cliqueter ses bottes d’aciers cachées sous son noir manteau, plongeant dans les ténèbres absolues.











« Ce récit, ne l’oublie jamais, car c’est l’histoire de ces ancêtres qui ont sacrifié leur vie, leurs amours et leur raison d’exister pour nous faire part du don de pouvoir marcher sur cette terre et de sentir ses fleurs.  Ne l’oublie jamais, car si nous sommes là aujourd’hui, c’est grâce à ce sacrifice. Son nom est Warda, et à jamais il a changé la destinée de ce monde ». 


























La suite dans le deuxième tome de la trilogie La Prophétie du Roi Déchu: 

Le seigneur oublié



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