La huitième merveille

Chapitre 30 : Renaissance

4110 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 06/11/2024 07:45

—    Comment va-t-il ?

—    Il reprend conscience. Son métabolisme est parfaitement stable.

Thésée tenait quelque chose dans sa main gauche. Il serra son poing.

—    Aïe, il me fait mal !

Il reconnut la voix de Fanny. Elle le tenait par la main. Il ouvrit les yeux.

—    Ah, le revoilà.

—    Comment te sens-tu ?

Des voix mélodieuses résonnaient à ses oreilles. Elles étaient d’une douceur réconfortante. Thésée reprit conscience comme si le monde surgissait en lui et qu’il était en retard pour arriver en cours. Il se redressa brusquement, se palpa le visage et l’arrière du crâne.

—    Doucement, amigos ! dit Aaron au pied du lit. Souffle un coup ! Rien ne presse.

—    Ça va ?

Aaron, Fanny, Samuel et Eva étaient autour de lui. Il était allongé dans un lit d’hôpital. 

—    C’est étrange, mais… je me sens en pleine forme.

—    Content de te voir, on avait du mal à y croire.

Aaron en profita pour lui ébouriffer les cheveux. Thésée le chassa d’un revers de main.   

—    Fanny ! s’exclama-t-il. Tu vas bien ? Ton ventre…

—    J’ai eu beaucoup de chance, rassura la jeune fille. Je vous dois une fière chandelle.

Fanny semblait en parfaite santé. Elle abordait son plus beau sourire, une rose dans les cheveux. Thésée se passa encore la main à l’arrière du crâne.

—    Tout est en ordre, rassura Aaron, ne t’inquiète pas. On se demandait si tu allais te réveiller un jour.

—    Depuis combien de temps suis-je ici ? 

—    Sept jours !

—    Sept jours ? Sept jours quoi ?

—    Ça fait sept jours que tu es là, répéta Aaron.

Thésée n’en croyait pas ses oreilles : il venait tout juste de s’allonger dans le sarcophage.

—    Sept jours ! répéta-t-il, médusé.

Sa tête retomba sur l’oreiller.

—   Désolé, vieux ! dit Samuel. Mais rassure-toi, tu n’as rien loupé.

Thésée fixa le néon au-dessus de son lit.

—    On a réussi, murmura-t-il.

Aaron répondit par un clin d’œil complice.

—    Comment en êtes-vous sortis ? Vous êtes remontés par la décharge ?

—    Que moi ! répondit Aaron. Les autres n’ont pas eu besoin. On a fait ce que tu nous as dit de faire.

—    Ce que je vous ai dit de faire ?

—    Oui, ce que tu nous as dit de faire, répéta Aaron mot pour mot.

Thésée ignorait de quoi il parlait.

—    Vous pouvez me rafraîchir la mémoire, parce que je ne me souviens pas de tout.  

—    Tu ne te souviens vraiment pas, mec ?

Thésée hocha de la tête.

—    J’ai activé le téléporteur, et, trois secondes après, tu m’as contacté. Enfin, c’était étrange, mais c’était ta voix. Tu m’as dit qu’on avait réussi.

Thésée ne se souvenait plus de rien.

—    Et ensuite ?

—    Ensuite ! Tu as trouvé le moyen d’évacuer Fanny rapidement.

—    Tu as reprogrammé le téléporteur, intervint Eva.

—    J’ai reprogrammé le téléporteur ?

—    Oui, directement vers l’infirmerie.

—    J’ai fait ça ?

Cette nouvelle effraya secrètement Thésée. En reprogrammant le téléporteur, il avait sans doute condamné l’accès au cœur de l’étoile. Personne ne pourra plus jamais y accéder.

Il pensa à Voxa. Il s’allia toutes les forces qu’il avait en lui pour contenir la bulle d’amertume qui était subitement sur le point d’éclater.

—    C’était le seul moyen de sauver Fanny, précisa Aaron en voyant le désarroi déformer son visage.

Puis il ajouta :

—    Perso, je me suis sacrifié pour renvoyer les autres. Le téléporteur s’active manuellement. Autrement, ça ne marche pas. Puis, j’ai fait tout le chemin en sens inverse.

Et, avec un rictus qui ne cachait pas sa fierté, il ajouta :

—    Le cannibale n’a pas bronché. Le pauvre pépère va avoir du mal à s’en remettre.

—    Tu es remonté comment ?

—    Le drone de sauvetage que tu as envoyé m’a récupéré sur la montagne de déchets. Je me suis rendu au laboratoire, c’est là que je t’ai retrouvé.

—    Tu m’as retrouvé ?

Aaron eut toute la peine du monde pour ne pas mimer le dégoût. Thésée ne savait pas trop s’il grimaçait où s’il souriait.

—    Oui ! Dans un caisson de clonage. Enfin, je t’avoue que je n’ai pas tout compris. Ce n’était pas vraiment toi, c’était un fœtus de toi, tout couvert de placenta. Mais il y avait bien ton nom et ton prénom, comme tu me l’as dit !

Il grimaça pour de bon.

—    Mec, ajouta-t-il pour enfoncer le clou. Je suis désolé, mais tu faisais pitié à voir. Au début je n’y croyais pas. Puis l’infirmière est arrivée pour m’aider. Faut que tu la voies. C’est une bombe. J’avais envie d’être malade. Mais elle n’a pas posé de question. Elle m’a simplement dit que la machine mettrait sept jours à reconstituer ton corps, et que si on me demandait où tu étais, je devais dire qu’on te gardait en observation à cause d’un défaut de puce pinéale.

—    Elle n’a rien dit d’autre ?

—    Non ! Rien !

Thésée devinait pourquoi.

—    Je pense que c’est un androïde.

—    Je n’ai pas cherché à creuser la question, continua Aaron. J’ai rejoint les autres. Fanny était déjà dans son caisson de soin.

—    C’est plein de gélatine ce truc-là, intervint Samuel.

—    La fine équipe, se moqua Fanny. On devait être beaux, tous les deux dans nos boîtes.

—    De vraies sardines, ajouta Eva. Mais le plus glauque, c’est que la station était déserte à cause de l’exercice d’évacuation. Flippant !

—    Et après ? voulut savoir Thésée.

—    Après ! Fanny est sortie le lendemain. Par contre, toi, on vient tout juste de te placer dans un lit. L’infirmière t’a injecté une nouvelle puce parce que tu avais vraiment perdu la tienne.  

—    Apparemment, il n’a pas perdu que sa puce, remarqua Samuel en faisant référence à sa mémoire.

—    Et nous voilà, dit Fanny. Tu connais toute l’histoire. Tout va bien qui finit bien.

—    Et vous en avez parlé à quelqu’un ?

—    À personne, répondirent les autres.

—    De toute manière, dit Eva, on n’aurait pas su quoi dire. Tu nous dois quelques explications, non ?

Thésée vérifia machinalement que la porte était fermée, prit son inspiration, et raconta ce qu’il avait vécu. Aaron l’interrompit le premier :

—    Tu veux dire qu’Agamemna voulait s’emparer de la station ?

—    Oui, c’était le plan. Elle voulait la retourner contre la Ligue de Talos. Mais comme je ne l’ai pas laissé faire, elle a cherché à la détruire.

—    Faut être complètement cinglé.

—    Et ton vrai corps, demanda Fanny, enfin… tu vois quoi, il est encore dans la tombe au cœur de l’étoile ?

—    C’est celui-là, mon vrai corps, répondit Thésée en agitant ses deux mains. Ce qui reste là-bas, c’est quelque chose, c’est… comme si j’avais perdu un cheveu ou un ongle. Enfin, un peu plus, mais c’est la raison pour laquelle on a dû m’injecter une nouvelle puce.

Samuel exprima ses doutes à voix haute :

—    Je ne pensais pas qu’une étoile pouvait avoir un noyau solide.

Puis, dévisageant Thésée derrière ses lunettes de soleil :

—    Tu ne te souviens absolument pas de ce qu’il s’est passé après le transfert de conscience dans le Serveur de Gala ?

—    Absolument pas, avoua Thésée. Je me souviens de tout ce qu’il s’est passé avant, jusqu’au moment où je me suis allongé dans le sarcophage. Puis, plus rien. Enfin…

Il hésita, car il avait en mémoire un étrange rêve, un rêve avec sa mère. Mais c’était trop long à expliquer, trop confus. Il le garda pour lui et dit :

—    Pour moi, tout ce que je viens de vous raconter vient tout juste de se produire. Il y a une seconde, j’étais là-bas, et tout un coup, je me réveille dans un lit d’hôpital. Je ne me l’explique pas.  

—    Tu crois que le cadavre du sarcophage, c’était celui de l’ingénieur ? demanda Samuel.

—    Archiloque ? Je n’en sais rien, avoua Thésée. Mais je crois que l’esprit de la momie n’a jamais vraiment quitté la station. Je suis même prêt à parier qu’elle nous entend à l’heure qu’il est.

Samuel voulait comprendre :

—    Tu veux dire que, comme toi, il aurait transféré sa conscience dans la station, mais qu’il n’en serait jamais ressorti ? Que Gala serait à moitié vivante ; enfin, disons consciente, intelligente ? 

—    C’est possible, admit Thésée. Vivante, non ; mais consciente, oui, c’est possible.

Aaron s’exclama :

—    Attendez ! Ça voudrait dire qu’il peut mater les filles sous la douche sans que personne n’en sache rien ? 

Fanny soupira fortement :

—    Tu crois vraiment qu’un des plus grands cerveaux de l’univers serait un pervers ? Il aurait créé Gala dans le but de relooker des étudiantes sous leur douche ?

—    Ce serait le génie ultime ! 

—    Imaginez ! ajouta Eva. Si ça se trouve, il mate Néous.

Aaron tira une langue écœurée. 

—    L’essentiel, coupa Fanny, c’est que l’on soit tous là, en bonne santé et bien vivants.

Au même instant, la porte s’ouvrit : l’infirmière. Comme Aaron l’avait précisé, c’était une très belle femme. Elle venait s’assurer que Thésée se portait bien. D’une grande douceur, elle fit ses analyses, le questionna sur son état, et, constatant que tout allait bien, repartit aussi rapidement qu’elle était arrivée.

—    Un androïde, ça ? s’étonna Eva. Elle est bien foutue, parce qu’on s’y laisse prendre. 

—    Elle est trop belle pour être réelle, ajouta Fanny.

Aaron voulut jouer au sage pour réconforter ses copines :

—    La vraie beauté réside dans les imperfections.

Fanny, désappointée, répliqua gentiment :  

—    Tu dois te trouver drôlement beau !

Aaron rougit sans répondre. Thésée recentra la conversation ; il avait encore quelques questions.

—    Des nouvelles de Spéciae ?

Les quatre autres partagèrent un silence gênant.

—    Rien, avoua Fanny. 

—    Je crois qu’il faut mieux que tout ça reste entre nous, confirma Thésée.

—    De toute manière, personne ne nous croira jamais, ajouta Samuel. Si on dit qu’un de nos potes est mort au milieu d’une étoile, et qu’il a fini par ressusciter au septième jour, on nous prendra pour des fous. 

—    Je parlais de Spéciae, précisa Thésée.

Fanny en profita pour glisser un conseil malicieux :

—    La prochaine fois, tu feras mieux attention en choisissant tes copines.

—    Je ne sais pas si on choisit nos amours, répondit Thésée.

—    Au final, quand on y réfléchit bien, marmonna Aaron, c’était peut-être mieux ainsi. C’est vrai, quoi ! Après tout, c’est ton histoire d’amour avec Spéciae qui nous a sauvés. Sans ça, la station serait détruite à l’heure qu’il est. 

—    C’est beau ce que tu dis, ajouta Eva.

—    Non, mais c’est vrai, quand tu y réfléchis…


Thésée resta en observation une nuit supplémentaire. Il devait sortir le lendemain pour assister à la traditionnelle remise des diplômes des étudiants qui avaient achevé leur formation à bord de l’Académie. Puis, il serait l’heure de repartir sur Terre.

Mais Thésée était encore dans son lit quand il reçut une visite pour le moins surprenante. On frappa à sa porte de chambre.

—    Monsieur Stradivarius,

Le grand homme, élancé dans sa redingote rouge bordeaux, s’avança d’un pas timide au pied du lit. Un droïde était perché sur son épaule.

—    Monsieur London, je suis navré de venir vous déranger. Que vous est-il arrivé ?

—    Pas grand-chose, mentit Thésée. Un problème d’Âme.  

—    C’est le genre d’accident qui arrive. Pas de chance, cela tombe sur vous.

—    Tout va bien, rassura Thésée, on m’a implanté une nouvelle puce. Seulement…

Il ne finit pas sa phrase.

—    Justement, dit monsieur Stradivarius, vous devinez l’objet de ma visite. J’ai appris que vous avez perdu votre Babel. J’en suis désolé.

—    Oui ! s’empressa de répondre Thésée. Comment puis-je récupérer mon génius ?

Monsieur Stradivarius prit une grande inspiration. Thésée comprit à sa tête que sa réponse n’allait pas lui plaire.

—    Hélas, Thésée, sans la Babel d’origine, je ne peux rien faire.

—    Mais pourquoi ? Sa mémoire doit être enregistrée dans le Serveur de Gala ?

—    Oui, sans doute. Peut-être que vous avez raison. Mais encore faut-il pouvoir accéder au Serveur de Gala, ce que je ne saurais faire. Toutefois, comprenez que les génius sont des artefacts en vérité d’une complexité déconcertante. Ils disposent d’une mémoire autonome dépendante directement de la Babel, en plus de votre mémoire personnelle. Si votre montre était simplement cassée, je pourrais sans doute en récupérer les données. Mais sans la montre… je n’aurais que des informations parcellaires. Il me manquerait l’essentiel, à savoir la mémoire propre à la Babel. Comprenez-vous ?

—    Je crois, oui.

Monsieur Stradivarius scruta les iris de Thésée, allant jusqu’à deviner ses arrières pensés.

—    C’est qu’on s’y attache à ces petites choses-là. Elles nous accompagnent tout au long de notre vie, et elles finissent par nous connaître mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Aussi, je comprends votre chagrin.

Thésée se mordit les lèvres en fixant un coin de la pièce.

—    Néanmoins, poursuivit monsieur Stradivarius, nous n’allons pas vous laisser sans rien. Il s’est passé une chose étrange que je n’explique pas. Il y a quatre jours, quand je suis rentré dans mon atelier, une Babel que je n’avais pas programmé était en cours de fabrication. Je dois dire que c’est la première fois que je me retrouve témoin d’une telle chose. D’habitude, j’interviens toujours dans le processus. Je suis le seul dans tout l’univers à disposer des codes pour accéder au logiciel. Je ne les ai jamais révélés à qui que ce soit. Or, figurez-vous qu’à ma grande surprise, cette Babel vous était destiné.

Le droïde sur l’épaule de monsieur Stradivarius sortit de son ventre un coffret de velours. Il le donna à Thésée. Thésée, plein d’espoir, ouvrit le coffret. Il contenait une petite montre à gousset. Une Babel d’une grande simplicité, argentée. Mais ce qui émut le plus Thésée, ce fut le visage de la jeune fille dessinée sur la coque : le visage de Voxa.

Une bouffée de larme remplit ses yeux. Il ne parvint pas à les retenir. Il renifla plusieurs fois et dut s’essuyer les joues avec ses draps. L’Horloger attendit tranquillement que Thésée sèche ses yeux.

—    Excusez-moi.

—    Je vous en prie, répondit monsieur Stradivarius. Cela va de soi. Mais je tenais à vous signaler un petit problème avec cette Babel. J’espère que vous pourrez m’éclairer.

—    Qu’est-ce que vous voulez dire ? demanda Thésée la voix chevrotante.

—    Rien de bien grave dans le fond. La Babel fonctionne correctement, vous avez accès à la traduction instantanée, ainsi qu’au Serveur de Gala. Seulement, il y a un hic. Je mis suis pourtant repris plusieurs fois : impossible d’implanter un nouveau génius. Je vous avoue que cela dépasse mes connaissances sur le sujet. Je suis pourtant le mieux placé sur cette station pour savoir comment fonctionne une Babel.  

—    Je crois que c’est normal, répondit Thésée en ouvrant sa montre.

—    Vous croyez ? répéta monsieur Stradivarius en sourcillant. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Thésée ne répondit pas tout de suite.

—    Peut-être que cela ne me regarde pas, ajouta l’Horloger sans insister. Voyez-vous, moi non plus, je n’ai plus de génius, et je vis très bien. Alors, dans ce cas, si vous croyez que tout est en ordre, je ne voudrais pas vous empêcher d’assister à la cérémonie de fin d’année.

L’homme se redressa. Il faisait penser à un acrobate sur échasses que l’on peut voir lors des carnavals.

—    Attendez, s’écria Thésée dans son dos. J’ai une question.

—    Je vous écoute ! répondit monsieur Stradivarius en se retournant les mains ouvertes.

—    L’été dernier, raconta Thésée, quelqu’un m’a envoyé la Babel de ma mère, et ce, juste avant la venue de monsieur Dalembert. Je lui ai montré, il semblait étonné. Il m’a dit qu’il ne pourrait rien obtenir, mais mon père a reconnu la montre.

Monsieur Stradivarius se caressa le menton.

—    Permettez que je pose une question indiscrète : quand vous me parlez de votre maman…

—    Elle est décédée, précisa Thésée.

—    Je suis une fois de plus désolé pour vous. Mais dans ce cas, la réponse de monsieur Dalembert me semble tout à fait pertinente. Une Babel ne peut pas survivre à son hôte. Il est uni à la vie à la mort. La montre a cessé de fonctionner le jour où votre maman est décédée.

—    Mais ! Je ne sais pas qui me l’a envoyé !

Monsieur Stradivarius joint ses mains devant ses lèvres. Il prit davantage de temps pour réfléchir.

—    À l’évidence, répondit-il, il doit s’agir de quelqu’un qui vous connaissait…

—    Quelqu’un qui savait que mon père serait réticent à me laisser venir.

L’Horloger planta ses pupilles bleues dans celles de Thésée comme s’il essayait de sonder le fond de sa pensée. Ses cheveux ébouriffés en couronne lui donnaient l’allure d’un savant fou.

—    Où voulez-vous en venir ?

—    Je crois, enfin, je me demande…

Thésée chercha à formuler son idée :

—    Gala enregistre toutes nos données, toutes nos pensées.

Les pupilles de monsieur Stradivarius se dilatèrent. L’homme était plongé dans une profonde réflexion. Il tourna légèrement le menton en direction de quelque chose que Thésée ne voyait pas. Il finit par dire :

—    La conscience de Gala.

—    La conscience de Gala ?

—    La marque ultime laissée par le créateur à sa création, la mémoire de tous ceux qui furent là et de tous ceux qui seront là. Gala, c’est tout ça à la fois. Un esprit qui les réunit tous.

—    Et ma mère ?

—    Je vais vous décevoir, Thésée, mais Gala n’a pas le pouvoir de ressusciter les morts. Personne ne le peut.

—    Pas les ressusciter, rectifia Thésée, mais sauvegarder leurs souvenirs dans le Serveur. Je crois que Gala garde en mémoire une copie de l’esprit de tous ceux qui sont venus vivre ici et qui se sont vus implanter une Âme. Elle pourrait très bien les cloner.   

—    Vous pointez un sujet passionnant, je pourrais en parler avec vous pendant des heures. Hélas, on a beau le creuser encore et encore, je crains que ce qui se passe dans le cerveau de Gala reste un mystère, pour nous, simples mortels que nous sommes.

Il se caressa le menton et poursuivit :

—    Toutefois, vous avez raison. Il se pourrait que toutes les informations acquises par Gala sur les porteurs des Âmes soient conservées quelque part dans sa mémoire centrale. Mais, s’empressa-t-il d’ajouter, je tiens à vous prévenir : personne n’aura jamais accès au cerveau de Gala. Même pas l’amiral Trah-an. Telle est la Loi.

L’Horloger ajouta :

—    J’ai toujours pensé que Gala était la huitième merveille de l’univers. Plus on apprend à la connaître, plus on se rend compte qu’on ne sait pas grand-chose sur elle. Ceci étant dit, je vous souhaite un bon rétablissement, et un bon retour sur Terre.

Monsieur Stradivarius tourna les talons et s’échappa. 

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