METALBORN : Les Gardiens du Métal

Chapitre 14 : L'Appel de la Résistance

6218 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 19/02/2026 22:59

Après le petit-déjeuner, le groupe de gardiens se sépara pour vaquer à ses occupations. Mathieu resta à l'appartement, tandis que Naveen et Lars iraient faire les courses. Quant à Jessica et Mariko, elles iraient acheter des vêtements et peut-être aussi quelques disques pour essayer de changer les idées à la jeune japonaise.

Leur appartement étant situé dans un quartier réputé pour ses nombreux magasins et boutiques, les deux jeunes femmes n'eurent même pas besoin de prendre le bus et partirent ensemble à pied. Mathieu les regarda s'éloigner depuis la fenêtre, toujours intérieurement soucieux pour Mariko, même s'il savait qu'il pouvait compter sur Jessica pour veiller sur elle.

En premier lieu, Mariko souhaita se rendre à un endroit précis pour une raison très importante, et Jessica le comprit immédiatement en la voyant. Au cœur d'un petit parc se dressait un modeste sanctuaire shinto traditionnel. Bien que n'ayant jamais été élevée dans la tradition shintoïste, catholique ou même bouddhiste, Mariko avait toujours éprouvé un profond respect pour ces croyances et tenait à rendre hommage à la mémoire de son père, une manière d'apaiser son cœur. Après avoir salué respectueusement le moine et gardien du sanctuaire, Mariko alla brûler un petit bâtonnet d'encens sur un autel sacré. Dans un silence absolu, respectant la sérénité du lieu, elle observa l'encens se consumer et la fine fumée s'élever dans les airs. La gorge serrée, les larmes aux yeux, Mariko pria quelques instants avant de lever les yeux vers le ciel. Elle n'avait pas su lui dire adieu quand il le fallait, elle devait réparer cette erreur tant qu'il était encore temps.

_ "Même si nous nous disputions parfois, même si tu passais ton temps à te détruire, à te sentir malheureux et responsable du malheur des autres, pour moi, tu étais le meilleur homme que j'aie jamais connu… J'aurais tellement aimé que nous ayons plus de temps… Je ferais n'importe quoi pour que tu sois fier de moi… Adieu, papa… Je t'aime", murmura-t-elle doucement.

Pendant ce temps, Jessica était restée à l'entrée du sanctuaire, observant Mariko et ne pouvant s'empêcher d'éprouver une sincère compassion pour elle. Elle ne connaissait pas le père de Mariko, mais à en juger par sa tristesse, il semblait être un homme vraiment gentil et un père aimant.

Après avoir terminé sa prière et son hommage, Mariko quitta le sanctuaire et rejoignit Jessica. La jeune Allemande, profondément émue par ce qu'elle avait vu, prit Mariko dans ses bras, lui apportant un soutien moral précieux. L'étudiante japonaise, encore triste mais profondément touchée, la laissa faire. Aucun mot ne fut prononcé, car ils étaient superflus, et Mariko remercia silencieusement sa nouvelle amie pour ce geste et cette compassion qui lui redonna un peu de force, si précieuse en ces instants de douleur.

Après ce moment poignant, mais absolument nécessaire à Mariko pour faire son deuil et aller de l'avant, elle et Jessica se dirigèrent vers le centre du quartier, où se concentraient la plupart des commerces. Le matin, le quartier était déjà animé, des dizaines de passants vaquant à leurs diverses occupations ou travaux. Pendant une bonne partie de la matinée, les deux jeunes filles flânèrent dans les boutiques de vêtements qu'elles croisaient, faisant quelques achats pour renouveler la garde-robe de Mariko, car elle ne pourrait pas toujours porter son uniforme scolaire. Cependant, Jessica ne se priva pas de ce petit plaisir et eut un véritable coup de foudre pour un pyjama panda, qu'elle acheta sans hésiter, preuve qu'elle appréciait visiblement les objets mignons au Japon. Mariko parvenait à se détendre en sa compagnie, la voyant si rayonnante et presque enfantine par moments, malgré la menace constante et implacable qui planait sur elles. Elle remarqua que Jessica n'agissait pas ainsi uniquement pour la rassurer, mais que c'était tout simplement dans sa nature. Mariko l'admirait presque et, d'une certaine manière, aurait aimé lui ressembler davantage. Jessica dut néanmoins demander l'aide de Mariko pour communiquer avec les commerçants qui ne parlaient pas anglais, Jess ayant tenté de parler japonais à un vendeur, ce qui avait donné lieu à une scène aussi embarrassante qu'hilarante.

Vers la fin de la matinée, un petit creux après leur longue séance de shopping, les deux jeunes filles s'arrêtèrent dans un petit fast-food à l'entrée d'une galerie marchand. Pendant que Jessica allait chercher les commandes au comptoir, Mariko était assise à leur table, assez isolée dans un coin du fast-food, son sac de courses à ses pieds. Pensive, la main pressée contre sa joue, l'étudiante japonaise observait silencieusement à travers les grandes fenêtres donnant sur la rue et le centre commercial en face. Tous ces gens, ces familles, qui marchaient, faisaient leurs courses ou discutaient simplement entre eux… À la vue d’une famille qui passait non loin de là, la mère tenant sa fille dans ses bras, Mariko soupira doucement. Elle enviait presque l’insouciance de tous ces gens, vivant leur vie sans se douter des forces qui les entouraient et de la guerre de l’ombre qui se déroulait. Mariko se souvint alors des paroles de Rob : le rôle d’un gardien n’est pas seulement de maintenir l’équilibre, mais aussi de protéger les autres. Mais elle doutait encore d’en être capable, à cause de la mort de son père, qu’elle n’avait pas pu sauver. Jessica arriva enfin avec les deux plateaux-repas, en tendant un à Mariko et gardant l’autre pour elle.

_"Faire les courses, ça creuse", dit Jessica en se frottant les mains. "Comme on dit en France : bon appétit."

Sur ces mots, Jessica déballa le cheeseburger qu'elle avait commandé et commença à le manger avec appétit. Mariko prit une petite gorgée de sa boisson à la paille, puis commença son repas elle aussi, un peu plus lentement. Cependant, Mariko semblait hésitante, comme si elle craignait de déranger Jessica en lui posant la question.

_"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda la jeune Allemande, inquiète en le remarquant. "Si tu veux rentrer à l'appartement…"

_"Non, non, ça va, ne t'inquiète pas…" répondit Mariko d'un ton rassurant. "C'est… Je sais que tu voulais faire cette virée shopping entre filles pour me remonter le moral, et crois-moi, je te remercie du fond du cœur. Tu me fais un bien fou… Mais il y a encore tellement de questions sans réponse qui me taraudent depuis que cet homme, Rob, a fait ces révélations sur qui j'étais vraiment…"

Elle sentit alors la main de Jessica se poser doucement sur la sienne, leurs regards se croisant.

_"Si tu as des questions, n'hésite pas à me les poser", dit Jessica avec un sourire compréhensif. "Tu sais, c'est normal… Je suis déjà passée par là, je sais ce que c'est."

Mariko serra doucement la main de Jessica, la remerciant d'un regard, comme si elles étaient amies de longue date. C'était réconfortant d'avoir quelqu'un à qui parler, surtout en ces temps difficiles. Mariko ne savait pas trop par où commencer, tant elle avait de questions, mais elle finit par choisir la première qui lui vint.

_ "Je me suis réveillée avec ce pouvoir il y a trois ans, alors que j'étais à l'hôpital après l'accident de voiture qui a coûté la vie à ma mère…" dit Mariko en regardant sa main. "Et toi ? Comment avez-vous été choisis, toi et les autres, par les cœurs gardiens ?"

_ "C'était il y a trois ans aussi, pour moi, Lars et Naveen…" répondit Jessica honnêtement. "Pour ma part, je suis née à Hambourg, dans une famille d'artistes. J'ai mené une vie plutôt ordinaire, mais en grandissant, j'ai commencé à fréquenter un groupe de personnes assez radicales dans leur vision du monde et de la façon dont il devrait être géré. Naïve comme j'étais, j'ai d'abord cru un peu à ce qu'ils disaient, mais avec les années, j'ai peu à peu réalisé mon erreur et j'ai essayé de rompre les liens avec eux… Ils n'ont pas du tout apprécié et une nuit, leur chef, qui avait pourtant été un très bon ami d'enfance, m'a tiré dessus et m'a laissée pour morte au fond d'un ravin…"

En évoquant son passé, Jessica perdit sa gaieté et devint beaucoup plus grave. Soulevant légèrement son t-shirt, elle dévoila une cicatrice assez horrible sur son ventre, la trace de la balle. Mariko frissonna d'horreur à cette vue, tandis que la jeune Allemande reprenait son récit.

_"La douleur était indescriptible… Ma vision était floue, je ne sentais plus mon corps ni n'entendais plus… J'avais froid et j'étais terrifiée… Ma dernière heure était arrivée, j'allais mourir seule… Et c'est alors que Rob m'a trouvée… Il m'a prise et m'a sauvée… À mon réveil, j'ai acquis des pouvoirs qui font partie de moi depuis… J'ai aussi découvert que toute ma famille avait été tuée par ces mêmes radicaux qui prétendaient être mes amis. Ils ont traités mes parents comme des traîtres, simplement parce que j'étais leur fille… N'ayant plus personne, j'ai décidé de suivre Rob, me promettant qu'un jour, justice serait faite."

En parlant, Jessica serra les dents et les poings, réprimant sa colère grandissante et retenant une larme. Mariko, triste et compatissante, prit ses mains dans les siennes pour la soutenir, et lui rendit la pareille. _"Je suis vraiment désolée, Jessica. Je n'aurais pas dû te faire ressasser ton passé", dit Mariko.

_"Non, c'était mon choix, je t'en prie, ne t'en veux pas", répondit Jessica, sans rancune.

_"Et… les autres ?" osa alors demander Mariko.

_ "Eh bien… Lars est né à Oslo, en Norvège," expliqua Jessica après quelques instants pour se remettre de ses émotions. "D'après ce que je sais, il est né dans une famille chrétienne très religieuse, voire fanatique. Et… disons simplement qu'avec son penchant pour le gothique et son amour du black metal, l'ambiance à la maison était plutôt explosive… Puis, il y a trois ans, de violents orages ont frappé la Norvège et la maison des Johansen a été prise dans une crue éclair du jour au lendemain… Piégé chez lui, Lars était sur le point de se noyer, mais son pouvoir s'est éveillé et lui a permis d'échapper vivant aux eaux. Le reste de sa famille n'a pas eu cette chance, et il s'est retrouvé seul, anéanti. Pendant des mois, Lars a vécu dans la rue, se nourrissant dans les poubelles pour survivre, jusqu'au jour où il a croisé le chemin de Rob… Quant à Naveen, il est né à Mumbai, dans une famille aisée. Ses parents sont décédés lorsqu'il était bébé, et il a été élevé par sa sœur aînée, une actrice très riche et célèbre de Bollywood. Naveen ne manquait de rien, et le conte de fées aurait pu continuer… Mais un jour, il y a trois ans, sa sœur a été retrouvée sauvagement assassinée et le meurtrier n'a jamais été retrouvé. Au même instant, sous le coup du choc, le pouvoir de Naveen s'éveilla en lui. Dévasté, il erra sans but, héritier de la fortune familiale mais ayant perdu tout goût à la vie… Jusqu'à ce que, je te laisse deviner, Rob entre dans sa vie."

Mariko avait écouté sans hésiter, profondément touchée par le passé douloureux de chacun des gardiens et les prenant en pitié. Malgré sa compassion, plusieurs détails demeuraient troublants, comme le fait que l'éveil de leurs pouvoirs ait eu lieu trois ans auparavant, pour chacun d'eux, et toujours dans des circonstances tragiques, au comble de leurs émotions… La présence de Rob peu après ces tragédies la laissait également perplexe, comme s'il… savait que ces choses allaient arriver… Pourtant, tous les gardiens lui vouaient une confiance absolue, Jessica le considérant même comme une figure paternelle et l'appelant « Papa Rob ». Un autre détail inquiétait également Mariko.

_"Mais… et Mathieu ?" demanda-t-elle.

_"Ah lui... Bah, il n'y a rien à dire, tout simplement parce qu'il ne s'en souvient pas lui-même", admit Jessica. "D'après lui, il n'a aucun souvenir de sa vie antérieure, de sa famille, etc. Il se souvient seulement de ce pouvoir, qu'il dit avoir toujours eu en lui, et de Rob, qu'il connaît depuis toujours… C'est tout ce qu'il a pu nous dire."

Cela ajouta un peu plus de mystère à cette situation déjà énigmatique, pensa Mariko. Peut-être devrait-elle essayer d'en parler à Mathieu, s'il était d'accord, bien sûr. Quoi qu'il en soit, Mariko remercia sincèrement Jessica pour toutes ces informations, sachant qu'il ne devait pas être facile de revivre tout cela à travers les souvenirs. Elle aurait aimé en savoir plus, mais craignant de paraître trop insistante et ne voulant pas gâcher la bonne ambiance de la journée, Mariko s'abstint et se contenta des réponses déjà données. Il valait mieux y aller progressivement et ne pas se surcharger d'informations.

_ "À propos de Mathieu… J’ai vu qu’il a passé la nuit avec toi… On dirait qu’il t’apprécie…" dit Jessica pour changer un peu de sujet, en lui faisant un clin d’œil taquin.

_ "Je… je… non, non, ce n’est pas ce que tu crois, il ne s’est rien passé…" balbutia Mariko, un peu gênée et les joues rouges. "Mais… c’est vrai qu’il a été très gentil avec moi…"

_"Je plaisante, détends-toi", dit Jessica d’un ton rassurant. "J’avoue qu’il est plutôt beau, et un vrai gentleman, malgré son côté parfois arrogant. Mais c’est ce qui le rend si charmant. Sans lui, on n’en serait pas là, crois-moi. Il aime jouer les durs, mais au fond, je sais qu’il tient beaucoup à chacun d’entre nous… Qui sait, peut-être qu'on est la seule famille qui lui reste dans ce monde."

Mariko se posa la même question. Ce Mathieu Moreau était vraiment une énigme vivante, mais elle devait admettre que cela ajoutait à son charisme. Elle repensa à ce matin-là, à eux deux dans le lit, son bras autour de sa taille, leurs regards croisés… Mais très vite, la jeune étudiante japonaise, gênée, chassa cette pensée de son esprit, tout en ressentant une douce chaleur au fond de son cœur.

_"Et toi, Jessica ? Tu as quelqu'un dans ta vie ? Si ce n'est pas trop indiscret, bien sûr", demanda Mariko.

_"Oh, c'est vrai, je ne te l'ai pas dit, mais Naveen et moi sommes ensemble depuis un peu plus d'un an maintenant", répondit la jeune Allemande. "C'est difficile à croire vu nos personnalités, mais nous nous aimons vraiment, même si j'avoue que sa manière de cuisiner me laisse parfois sans voix. Un jour, il a même réussi à foirer une fondue savoyarde, tu te rends compte?"

Mariko fut effectivement très surprise par cette révélation, mais la trouva aussi adorable. Jessica se pencha alors vers elle comme pour lui confier un secret.

_"Ne le dis à personne, mais depuis quelques mois, je l'ai vu cacher une petite boîte, le genre qui pourrait contenir un petit bijou, par exemple", murmura Jessica. "Il se croit discret, et je le laisse croire, mais je sens que…"

_"Attends… Tu crois qu'il va te demander en mariage ?" demanda Mariko, persuadée d'avoir deviné juste.

Jessica hocha la tête sans hésiter, un large sourire aux lèvres et les joues rouges. Mariko porta la main à sa bouche, surprise mais aussi heureuse pour son amie. En ces temps difficiles, une telle nouvelle apportait un peu de lumière et d'espoir.

_"Félicitations d'avance", murmura doucement Mariko, sincèrement heureuse pour Jessica.

_"Merci, Mari", répondit la jeune Allemande, donnant même un surnom affectueux à sa nouvelle amie. "Franchement, je ne sais pas quand il compte le faire, mais je serai prête. Pour plaisanter, j'ai demandé à Lars s'il accepterait d'officier comme prêtre au mariage, et bien sûr, il a répondu avec son légendaire laconisme : Il gèlera en enfer avant que ça arrive."

L'imitation par Jessica du flegme de Lars fit doucement rire Mariko.

_"Si tu veux, je pourrais être ta demoiselle d'honneur", demanda timidement Mariko.

_"Avec plaisir !" répondit Jessica avec enthousiasme avant de reprendre son ton enjoué. "Et comme ça, je serai là pour toi à ton mariage avec Mathieu, d'accord ?... Je t'imagine déjà en robe de mariée, oh, tu serais tellement mignonne !"

_"Mais… je… Non ! Arrête !" balbutia Mariko, rouge de honte, mais riant doucement avec Jessica.

Le mariage… Mariko n’y avait jamais vraiment pensé auparavant, car elle n’avait jamais eu de petit ami, ni même d’homme capable de faire battre la chamade à son coeur timide… Puis, elle essaya d’imaginer Mathieu en costume de marié… Elle rougit encore davantage et s’empressa de penser à autre chose avant que Jessica ne le remarque et ne la vanne à nouveau.


Après le déjeuner, les deux jeunes filles décidèrent d'aller flâner ensemble dans le magasin de disques qu'elles avaient repéré plus tôt dans le centre commercial. À l'intérieur, elles parcoururent les rayons remplis de vinyles et de CD de groupes de rock et de métal. C'était une journée plutôt calme, et les rayons étaient presque déserts.

En examinant les disques un par un, Mariko et Jessica partagèrent sur leurs goûts musicaux, notamment en matière de groupes et de styles de métal. Elles étaient d'accord sur certains points, en désaccord sur d'autres, mais respectaient toujours les choix de l'autre et ne les jugeaient jamais. Chacun devrait avoir le droit d'aimer ce que son cœur lui dicte, c'était cela, la chance de vivre dans un pays libre. Elles écoutèrent ensemble un morceau puissant du groupe Motorstorm sur une enceinte et des casques mis à leur disposition, appréciant la mélodie technique et les paroles percutantes du chanteur. Jessica appréciait particulièrement le jeu de batterie, plus qu'impressionnant.

_ "Je vais demander au vendeur s'ils ont des éditions spéciales de l'album Iron Buster. Je reviens tout de suite", dit Jessica.

Mariko hocha la tête pour lui faire comprendre qu'elle avait entendu et continua d'écouter la chanson de Motorstorm, parvenant à se détendre et à se vider la tête.

Mais alors que Jessica se dirigeait vers le fond du magasin, une main ferme et gantée l'attrapa soudainement et la traîna dans une réserve sombre. Elle laissa échapper un petit cri étouffé, la bouche couverte par la main, et se retrouva plaquée contre le mur. Devant elle se tenait un homme caucasien, vêtu d'un grand manteau gris fermé et d'un chapeau, qu'elle reconnut immédiatement, un mélange de surprise et de mépris traversant le regard de la jeune femme. Armin Krügger.

_ "Bonjour, Jessica…" dit-il d'une voix calme mais menaçante. "C'est un plaisir de te revoir."

_ "Plaisir non partagé, Armin", répliqua Jessica en repoussant sa main de sa bouche. "Qu'est-ce que tu viens foutre ici ? Tu t'es pas fait assez botter le cul c'est ça ? J'te savais pas aussi maso."

_ "Toujours aussi directe et combative que lorsque nous étions ensemble", plaisanta Armin, ne se sentant pas menacé. "Quel dommage que tu aies décidé de nous trahir, de ME trahir. Tu avais tellement de potentiel…"

_ "Plutôt crever que de rejoindre ton petit club de puceaux génocidaires", rétorqua Jessica fermement. "Ouais, je vous ai trahis, et devine quoi ? Je crois que c'était la meilleure putain de décision que j'aie jamais prise."

Tandis qu'elle parlait, Jessica sentit son poing se serrer et l'envie de brandir son marteau de guerre la submerger. Il le remarqua et eut un sourire narquois, comme pour l'inciter à oser le faire, à déchaîner sa fureur et à mettre en danger des innocents dans le combat qui s'ensuivrait. Jessica en mourait d'envie, mais elle décida de ne pas céder à sa colère… Elle ne lui ferait pas ce plaisir. Il laissa échapper un petit gloussement cruel, puis passa doucement ses doigts dans ses cheveux blonds.

_"On a passé de bons moments ensemble… Je m'en souviens très bien, comme si c'était hier", souffla-il.

_ "Comme tu l’as dit, c’était avant", répondit Jessica sèchement, arrêtant sa main qui allait effleurer son ventre, là où se trouvait la cicatrice. "Mais contrairement à toi, j’ai choisi de rester humaine."

_ "Continue de m'insulter si ça t'amuses, je m'en moque", lui dit Armin, impassible. "Toi et cette petite bande de monstres qui te servent de potes, profitez de ce répit, car il ne durera pas… Quoi qu'il en coûte, l'Impératrice et l'organisation Millennium obtiendront ce qu'ils veulent."

_ "Oh, mais j'espère bien… Et nous serons prêts… à te préparer un aller sans retour pour l'enfer", rétorqua Jessica fermement, fixant son ancien ami droit dans les yeux.

Sur ces mots, elle quitta le débarras, Armin la laissant partir, se contentant de lui adresser un sourire narquois.

Jessica ne rejoignit pas immédiatement Mariko. Elle s'appuya contre un mur et prit un instant pour respirer afin d'apaiser le malaise et la colère qu'elle ressentait d'avoir recroisé Armin. La cicatrice sur son ventre lui rappelait une douleur aiguë du passé, comme si elle aussi s'en souvenait…

Se forçant à se vider l'esprit du mieux qu'elle put, Jessica prit une profonde inspiration et retourna auprès de Mariko, faisant comme si de rien n'était. Elle avait promis à son amie de passer une bonne journée, et elle tiendrait parole. L'ombre maléfique d'Armin n'atteindrait pas Mariko, elle ne le permettrait pas. Mariko la vit revenir, mais la trouva encore un peu pâle.

_"Ça va ?" demanda la jeune Japonaise.

_ "Oui, ne t'inquiète pas. Je crois que c'est juste un peu trop de malbouffe", répondit Jessica en feignant un léger mal de ventre.

Sur ce, en fin d'après-midi, les deux jeunes femmes, après une journée bien remplie, rentrèrent à l'appartement. À peine avaient-elles franchi le seuil qu'elles aperçurent Rob, assis dans un fauteuil du salon, en compagnie de Mathieu, Lars et Naveen, qui tournèrent tous leurs regards vers elles.

_ "Ah, on vous attendaient", dit Naveen. "Alors, votre journée s'est bien passée ?"

_ "Plutôt bien", répondit Mariko. "Mais… que se passe-t-il ? Pourquoi cette réunion ?"

_ "J'ai dit à Naveen ce matin que j'aurais une surprise à vous montrer plus tard dans la journée", expliqua Rob. "Eh bien, si vous voulez, je vous y emmène tout de suite."

Échangeant des regards intrigués et apercevant le petit sourire malicieux de Rob, sachant pertinemment qu'il n'en dirait pas plus, ils décidèrent de jouer le jeu et de le suivre. Le groupe au complet quitta l'appartement et monta dans la voiture noire de Rob. Il conduisait, Mathieu à ses côtés, Mariko, Jessica et Naveen à l'arrière, et Lars dans le coffre. Les questions se lisaient sur tous les visages, mais personne n'interrogea Rob, sachant qu'il garderait le secret jusqu'au bout.

_"Je me demande où on va…" murmura Mariko aux autres.

_"Moi aussi, j'ai hâte de voir cette surprise", lança tout à coup une voix espiègle qu'ils ne reconnurent pas.

Mariko laissa échapper un bref cri de peur et de surprise, figée sur place, tandis que les autres étaient tout aussi stupéfaits. Un chat noir parlant, arborant un sourire difforme et carnivore, était soudainement apparu comme par magie sur les genoux de Mariko. Tous les gardiens furent déconcertés par l'apparition de la créature, mais perçurent aussitôt la nature abyssale qui s'en dégageait. Sans hésiter, Mathieu invoqua sa hache à une main, prêt à s'en servir.

_ "Oh, du calme, tout le monde", dit Rob, très serein et nullement surpris par la présence de cette chose. "N'ayez pas peur, il n'y a rien à craindre. Voici Loke, un… allié."

_ "Un allié ? Mais Rob… c'est une créature des abysses !" s'exclama Mathieu.

_ "Bien vu, jeune homme", répondit Loke, toujours très poli et sans s'offenser. "Voyez-vous, certains d'entre nous, aussi rares soient-ils, ont choisi de ne pas se consacrer à une existence chaotique. Contrairement à ce que l'on croit, je n'ai qu'une vie et je veux la préserver… Rob peut le confirmer grâce à notre accord passé."

Les regards perplexes des gardiens se posèrent à l'unisson sur l'homme chauve, qui ne cherchait même pas à le dissimuler.

_ "Tu as passé un marché avec… cette chose ?" demanda Naveen.

_ "Exactement, j'ai passé un marché avec Loke", affirma Rob. "Il espionne les activités ennemies pour nous, et en échange, je lui ai promis qu'il pourrait mener une existence paisible dans le monde des humains sans risquer d'être éliminé par les gardiens."

_ "Et pourquoi tu nous l'as pas dit plus tôt ?" demanda Mathieu, légèrement agacé.

_ "À ton avis ?" demanda Rob comme si c'était une évidence, en regardant la hache que Mathieu tenait encore à la main.

Ils connaissaient la réponse, car il savait qu'ils réagiraient ainsi. Rob aurait préféré que cela reste secret, mais Loke en avait visiblement décidé autrement. Maudit chat abyssal. Émettant de petits ronronnements, il s'installa confortablement et se blottit sur les genoux de Mariko. La jeune étudiante japonaise n'osa pas trop bouger, un peu déconcertée d'avoir une créature des abysses sur elle, après avoir passé tant de temps à affronter ces créatures qui voulaient la tuer. Cependant, l'aura abyssale de Loke était très discrète, ne laissant rien présager de menaçant. Mariko et les autres ne savaient pas trop quoi en penser, restant quelque peu méfiants.

Le trajet dura un certain temps, la voiture se dirigeant vers une partie moins peuplée du quartier. Le véhicule s'arrêta devant un terrain vague abandonné, devant lequel se dressait une sorte d'ancien hangar à voitures, apparemment reconverti. La nuit commençait à tomber, le crépuscule teintant le ciel de rouge et le soleil disparaissant lentement derrière les plus hauts immeubles du centre-ville. Le groupe se dirigea vers l'entrée du vieux hangar. Loke, perché sur les épaules de Mariko, semblait visiblement s'attacher à elle. La jeune étudiante japonaise, un peu mal à l'aise, gardait son calme, constatant que cet étrange chat l'était tout autant. Mathieu, quant à lui, restait vigilant et surveillait la créature, prêt à l'anéantir d'un seul coup au moindre mouvement suspect.

Rob frappa plusieurs fois à la porte en fer, comme un code en morse. Elle s'ouvrit aussitôt et un homme plutôt grand et trapu apparut devant eux, arborant une crête punk et un t-shirt à tête de mort.

_ "Salut Rob. Content de te voir", dit le Japonais à l'allure punk.

_ "Moi aussi, Koba", répondit Rob en lui serrant la main. "Comme tu peux le constater, je ne suis pas seul. On nous attend."

Le grand homme nommé Koba regarda alors les jeunes gardiens et leur sourit doucement, s'écartant pour les laisser entrer. Il ne sembla même pas surpris par la présence de Loke, qu'il laissa entrer à son tour. De plus en plus intrigués, Mariko et les autres suivirent Rob dans le hangar, pour y découvrir quelque chose d'incroyable. Ce qui avait été autrefois un garage avait été transformé en un véritable studio de répétition. Plusieurs guitares et basses étaient soigneusement rangées sur des étagères. Dans un coin, se trouvait une batterie complète et flambant neuve. Il y avait aussi plusieurs claviers, trépieds, microphones, amplis… Un véritable trésor pour les musiciens.

Dans une petite pièce attenante, derrière une vitre et ressemblant à une salle d'enregistrement, deux hommes discutaient. Voyant Rob et les gardiens arriver, ils vinrent à leur rencontre. Mariko fut immédiatement surprise d'en reconnaître un.

_ "Shinji ?" s'exclama-t-elle, haletante.

_ "Bonsoir, Mariko", répondit-il avec un sourire bienveillant.

Shinji Sawano, un vieil ami de son père qu'elle avait croisé à plusieurs reprises et qui avait accepté de gérer la page Facebook professionnelle de Lady Dragon pour Mariko, fut un véritable choc pour la jeune femme.

_ "Je suis vraiment désolé pour ton père", dit Shinji en lui présentant ses sincères condoléances. "Crois-moi, j'aurais aimé tout te dire, mais j'ai juré de garder le secret pour te protéger, du moins jusqu'à ce que tu sois prête."

_ "Mais finalement, je n'étais pas prête assez vite", répondit Mariko d'un ton plutôt sombre, faisant allusion à la mort de son père.

Shinji ne sut que dire et finit par accepter cette remarque. Il ne pouvait pas lui en vouloir après tout ce qu'elle avait enduré, d'avoir été tenue dans l'ignorance, ce qui avait coûté la vie à Shiro. Heureusement pour Mariko, les autres gardiens étaient là pour la soutenir moralement, et Mathieu vint même lui prendre doucement la main. L'homme qui accompagnait Shinji vint alors se présenter. La quarantaine, les cheveux mi-longs, une barbe de plusieurs jours, une casquette sur la tête et une veste légèrement usée, il dégageait une forte odeur de bière et de cigarette.

_ "Salut, je suis Zenko, mais tout le monde m'appelle Zion", dit-il en serrant la main des jeunes un à un avec une grande amabilité. "Je suis l'ingénieur du son. C'est un honneur de rencontrer enfin les Gardiens en personne."

_ "Euh… ravi aussi", répondit Mathieu, un peu perplexe.

Ainsi, outre Rob, d'autres personnes étaient au courant de l'existence des Gardiens, et donc probablement des créatures de l'Abysse. Le groupe avait presque l'impression d'être dans le repaire d'un mouvement de résistance plutôt que dans un studio.

_ "Rob", s'exclama Jessica, à bout de patience. " Tu peux nous expliquer ce que ça veut dire tout ça?!"

L'homme chauve était resté relativement silencieux un moment, légèrement à l'écart. Son regard se porta ensuite sur les instruments rassemblés dans le hangar, puis revint à ses protégés.

_ "Nous sommes restés trop longtemps sur la défensive", dit-il. "Mais maintenant que nous sommes réunis, l'heure est venue de riposter. Il est temps que la véritable puissance du métal se réveille à nouveau, et il n'y a qu'un seul moyen d'y parvenir…"

Sur ces mots, il fixa intensément le groupe de gardiens. Ils échangèrent des regards, d'abord perplexes, mais devinant peu à peu ce que leur mentor voulait dire.

_ "Tu veux que nous formions… un groupe, tous les cinq ?" demanda Naveen. "Alors c'était ça la surprise…"

_ "Exactement", confirma Rob sans hésiter. "Depuis toujours, les maîtres du métal, unis comme un seul homme, ont puisé leur force dans le pouvoir du métal pour repousser l'abîme. Et aujourd'hui, alors que le monde sombre à nouveau dans les ténèbres, vous offrirez l'espoir et, en retour, il vous prêtera sa force pour remporter la victoire finale. Une symbiose unique et réciproque. Car, après tout, n'est-ce pas là l'essence même d'un groupe ? Combien de fois avons-nous entendu quelqu'un dire que sa vie avait été sauvée par la musique de son groupe préféré… Car c'est là le véritable pouvoir de la musique : nous rassembler, nous inspirer à aller de l'avant, à ne jamais abandonner et à nous tenir debout, fiers, affirmant qui nous sommes."

Les jeunes gardiens écoutaient Rob, le voyant empli d'espoir, croyant sincèrement à ses paroles, comme s'il avait rêvé de ce jour. Il avait cru en eux depuis le premier jour. Il est vrai qu'ils étaient encore sous le choc de l'attaque des créatures contre la maison de Mariko, puis de l'embuscade à l'entrepôt. C'est alors qu'ils remarquèrent l'absence de Mariko et la virent s'éloigner seule vers les instruments de musique.

Silencieuse et pensive, Mariko s'arrêta devant la rangée de guitares, les touchant une à une, puis s'approcha pour en prendre une. Elle la prit dans sa main, la brancha à l'une des amplis, l'accorda à plusieurs reprises, puis fit vibrer les cordes très doucement, produisant un son léger. Cela lui rappela de joyeux souvenirs, l'époque où elle avait reçue sa toute première guitare et où elle avait commencé à s'entraîner avec sa mère. Elle repensa aussi à la petite fille qu'elle avait aperçue dans les bras de sa mère, plus tôt dans le centre commercial… Un instant, elle se vit à sa place, mais refuserait catégoriquement de la laisser endurer la même souffrance.

_ "Mariko ?" demanda Mathieu.

_ "Pendant longtemps, j'ai cru être la seule dans mon cas", déclara Mariko, continuant de jouer doucement de la guitare. "J'étais heureuse, j'avais une famille… Mais cela appartient désormais au passé, une vie que je chérirai à jamais dans mon cœur… Aujourd'hui, j'ai rendu hommage au meilleur homme que j'aie jamais connu. Il s'appelait Shiro Miyazaki, et il était mon père… Et je continuerai d'avancer, d'espérer, de vivre, pour que son sacrifice ne soit pas vain… En son nom et au nom de ma mère, je me battrai, je garderai la tête haute et je vaincrai ! Car je suis leur fille, Mariko Miyazaki, et je suis une gardienne !"

Tandis qu'elle parlait, la gorge serrée par l'émotion et les larmes, mais gardant sa force malgré tout, Mariko intensifia son jeu de guitare, le rendant plus puissant et précis, comme un cri de rage. Dans le hangar, tous restèrent sans voix, impressionnés par sa performance. Mathieu, Jessica, Lars et Naveen échangèrent un regard, retrouvant leurs sourires confiants. Sans hésiter, ils rejoignirent Mariko vers les instruments. Celle-ci les vit arriver et perçut leurs sourires et leurs regards insistants… Oui, elle se battrait, et elle ne le ferait pas seule ! Elle les remercia d'un regard.

Mathieu prit une guitare, Lars une basse, Jessica s'installa derrière la batterie et Naveen brancha un clavier. Une fois tout le monde prêt, ils rejoignirent Mariko dans la puissante mélodie métallique qui résonnait avec une intensité décuplée dans le hangar. Pinçant et faisant vibrer les cordes de leurs instruments, Mariko, Mathieu et Lars, en parfaite harmonie, se laissèrent envahir par le métal et hochèrent la tête au rythme de la mélodie rugissante de leurs guitares. Derrière eux, Jessica déchaînait sa force brute et cette même passion dans un jeu de batterie précis, puissant et rapide, digne des plus grands batteurs de l'histoire, en parfaite synchronisation avec les instruments à cordes de ses amis. Non loin d'elle, Naveen ne se laissait pas distancer, faisant preuve d'une virtuosité extraordinaire au clavier et laissant résonner les sonorités mélodieuses et envoûtantes de son instrument pour accompagner le reste du groupe.

Rob, Shinji, Zion et Koba, sans un mot, étaient venus observer et écouter, incapables de dissimuler une certaine admiration et une certaine fierté face à ce spectacle. Même Loke, installé un peu plus haut, ne cachait pas son étonnement devant cette démonstration de volonté et de puissance de la part de si jeunes âmes.

Mathieu et Mariko, tous deux jouant avec une passion débordante, se retrouvèrent face à face. Leurs regards déterminés se croisèrent, leurs deux riffs de guitare ne faisant plus qu'un, soutenus par la basse profonde de Lars, le martèlement de la batterie de Jessica et la mélodie entraînante du clavier de Naveen. D'ordinaire plutôt calme et passif, Lars déploya une énergie inédite, vivant littéralement son jeu de basse, ses doigts glissant sur les cordes avec une aisance comparable à celle de l'eau qu'il pouvait invoquer. Jessica, derrière sa batterie, incarnait une rage presque primale, martelant les instruments avec énergie et fougue. Son regard intense et sauvage croisa celui de Naveen qui, bien que plus calme, souriait lui aussi à sa petite amie avec la même détermination et laissant résonner les sons de son clavier telle le vent dans l'air. Mariko et Mathieu, se regardant avec un sourire complice, exprimèrent le même désir, la même impulsion. Dos à dos, ils intensifièrent leur jeu de guitare dans une symbiose presque surnaturelle. Ce n'était pas une simple démonstration… C'était un message… Que le royaume des abysses tremble… Car aujourd'hui rugissait à pleine vitesse la renaissance de la résistance du Métal! 

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