Ce qui reste après
Le lendemain, un tambourinement réveilla en sursaut Adeline.
Elle se leva tout de suite et se précipita vers la porte.
Léo entra rapidement, le regard inquiet.
Il parcourut de ses yeux la silhouette de la jeune femme, et sa respiration s'apaisa un peu.
_ Elle n'est pas allée te voir!
_ Pardon?
_ Julia nous a fait une visite surprise. Elle est arrivée il y a dix minutes sans prévenir personne. On s'en est rendu compte il y a deux minutes. J'ai tout de suite couru ici pour m'assurer que tu allais bien.
_ Bien sûr, il ne faut pas que Julia découvre Elyo.
_ Hein? Ah, oui, il y a ça aussi. Bref, ne perdons pas de temps. Il faut cacher le petit. Si je le pouvais je te mettrais aussi en sécurité, mais elle… elle réclame ta présence.
Ses yeux s'assombrirent.
_ Très bien, j'arrive dans quelques instants. Emmène Elyo!
Luc hocha la tête et se dirigea vers le petit, auquel il secoua doucement l'épaule afin de le réveiller.
_ Coucou! Tu te souviens de moi?
Le Luc souriant était de retour, au grand soulagement d'Adeline. Un visage souriant serait plus rassurant aux yeux d'Elyo.
_ Que se passe-t-il ?
_ Une personne vient d'arriver, et elle ne doit surtout pas découvrir ta présence ici. Il faut se cacher. Tu peux me suivre ?
Elyo acquiesça et les deux garçons quittèrent l'appartement au pas de course.
Adeline se changea et se lava le visage, puis partit dans la direction opposée à la leur.
Elle se dirigea grâce aux éclats de voix, et trouva Adrian, Marianne et Julia dans le salon du quatrième étage.
_ Bonjour Monsieur, Madame.
Elle baissa la tête et se plaça rapidement aux côtés de Marianne, qui lui adressa un regard rassurant.
Adrian se tendit imperceptiblement en l'entendant, mais ne lui adressa pas un regard.
Julia, elle, sourit.
_ Ah! Ma chère, tu m'as manqué… Ne me dis pas que tu as fait exprès de te cacher à chaque fois que je suis venue, ces derniers temps! Ça me rendrait particulièrement triste. Enfin, ce n'est pas ton but, dis-moi, Émeline?
_ Adeline…
La jeune femme leva les yeux avec surprise. Pour une fois, la personne qui avait corrigé Julia sur son prénom n'était pas la servante, mais Adrian, qui s'était retourné et les observait avec un rictus amer.
_ Tu n'as pas fait tout ce chemin pour voir ma servante, si?
_ Non, effectivement.
Julia délaissa Adeline, qui respira plus lentement.
_ Je suis venue te voir parce que les rumeurs vont bon train, mon fils. Et elles ne sont pas en ta faveur. Je ne pouvais les laisser faire sans t'en informer!
_ Que veux-tu?
_ Une mère ne peut-elle pas aider son fils adoré sans contrepartie? Rétorqua la sorcière avec un air faussement triste.
_ Pas toi. Allons discuter plus loin. Tu ne veux pas plus que moi d'oreilles indiscrètes.
_ Évidemment.
Mère et fils entrèrent dans le bureau du Maître de Maison, et Marianne et Adeline sortirent.
_ Va remplacer Luc auprès de Elyo!
La jeune femme hocha la tête et tendit ses oreilles, afin de capter les sons et deviner où se trouvait Luc.
Au début, rien. Adeline n'était pas surprise. Elle savait que sa capacité, si elle avait son intérêt, n'était pas très développée. D'après Adrian, cette capacité avait différents “niveaux”, et n'était pas très développé pour la jeune femme.
Un chuchotement à peine perceptible parvint à ses oreilles.
_ Où est la gentille dame?
_ Adeline? Elle… elle est avec Adrian.
_ Elle va revenir? Pourquoi on se cache? J'ai peur…
_ Oui. Elle va revenir.
_ D'accord.
Le cœur de la servante fit un bond. Elle savait où ils étaient.
Elle s'élança vers le rez-de-chaussée du Manoir. Dans un petit salon que Luc affectionnait particulièrement.
La pièce beaucoup plus petite que la taille moyenne des salles du Manoir, était recouverte d'une moquette rouge carmin, et des canapés et fauteuils moelleux étaient disposés devant une cheminée d'où provenait en cet instant même le ronronnement agréable du feu. Une bibliotheque couvrait un pan entier du mur, des livres de tous types étaient disposés. Enfin, pour parfaire le tout, la pièce donnait sur une petite cuisine parfaite pour se confectionner un grand chocolat chaud, à boire au coin du feu, pelotonné dans un plaid.
Et comme le confort n'était pas le seul attrait de cette pièce, une trappe cachée sous la moquette donnait sur une plus petite salle encore, dans laquelle se trouvaient Luc et Elyo.
En voyant Adeline, Elyo se jeta dans ses bras et blottit sa tête contre son ventre.
_ Adeline!
Surprise, la jeune femme se laissa aller à cette étreinte.
Luc s'avança vers elle, et l'examina rapidement.
_ Elle ne t'as rien fait?
_ Je vais bien.
Il l'enlaça, quelques secondes de plus que nécessaire.
_ Vous êtes amoureux ? Demanda Elyo, des étoiles dans les yeux.
_ Quoi? Non!
Les deux jeunes gens s'éloignèrent précipitamment l'un de l'autre, le rouge aux joues.
_ Ah bon.
Le petit groupe remonta dans le salon.
_ Julia est dans le bureau d'Adrian. Elle dit être venue ici pour l'avertir de rumeurs qui courent à son sujet.
_ Ah, oui, ces rumeurs!
_ Tu sais de quoi elle parlait ?
_ Bien sûr. Adrian aussi. Les rumeurs disent qu'il prépare quelque chose contre le Sénateur. Ce ne sont que des bruits de couloir, et personne n'a de preuves, ne t'en fais pas.
_ Alors pourquoi Julia…
_ Le moindre prétexte est bon pour tourmenter son fils.
Adeline soupira. Elle plaignait Adrian, d'avoir ce monstre pour mère.
_ Bref, je suis venue te remplacer auprès d'Elyo.
Luc acquiesça et sortit, non sans avoir déposé un baiser sur le front de la jeune femme, qui la laissa confuse.
_ Tu vois que vous êtes amoureux.
_ Hein? Non non, on est juste amis.
Le petit allait protester, mais la jeune femme l'interrompit.
_ Tu voudrais que je te lise une histoire ?
_ Oui!
Ils se blottirent dans un des fauteuils pour le reste de l'après-midi.
Quelques heures plus tard, lorsqu'Adrian descendit pour prévenir Adeline que Julia était partit, il découvrit la jeune femme et l'enfant endormis, toujours dans leur fauteuil, les dernières flammes du feu s'éteignant lentement.
Il sourit, et tendrement remontants le plaid sur les épaules de la jeune femme, la contemplant, attendri.