Ce qui reste après

Chapitre 8 : L'enfant

1024 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 05/01/2026 06:38

Quelques heures plus tard, ce fut Adrian qui entra discrètement. Adeline ne dormait plus, elle le regarda s'asseoir à son chevet en silence.

_ C'est encore un coup de ma mère, n'est-ce pas? Luc m'a raconté.

_ Désolée…

_ Tu n'as pas à t'excuser. Cette harpie t'a prise pour cible et ne s'arrêtera pas avant d'avoir réussi à te briser! Je ne la laisserai pas faire, je te le promets. Je ne veux plus te voir alitée…

La jeune femme le regarda avec surprise. Il semblait véritablement inquiet.

_ Reste-ici aujourd'hui, d'accord ?

_ Mais il doit y avoir du rangement à faire… du nettoyage… protesta Adeline.

_ Reste ici aujourd'hui.

Il sortit sans rien ajouter de plus et Adeline passa la journée à lire les livres que Marianne lui avait apporté quelques jours avant.


Le quotidien reprit, la jeune servante ayant appris à éviter Julia comme la peste à chacune de ses visites.

Un soir, alors que l'orage grondait dehors et que Marianne, Luc et Adeline étaient rassemblés dans un des salons, près de la cheminée, la jeune femme entendit la porte claquer, signe de l'arrivée d'Adrian, puis la voix du jeune homme dit calmement;

_ Adeline, prévient Luc et Marianne de mon arrivée et rejoignez moi dans le petit salon de mes appartements.

Le Maître de Maison communiquait souvent ainsi avec Adeline, la compétence de celle-ci étant ses cinq sens surdéveloppés.

La servante informa ses amis des nouvelles et les trois se précipitèrent aux appartements d'Adrian.

Ils y découvrirent Adrian, qui se séchait les cheveux dans une serviette, et une petite silhouette enroulée de couvertures et blottie dans un fauteuil.

_ Qu'est-ce que… commença Marianne.

_ Ah, mes amis. Je vous présente Elyo. C'est un enfant que je viens de trouver sur le chemin pour rentrer. Il a 7 ans.

Les minutes suivantes permirent à Adrian de raconter aux servants comment il avait vu Elyo se matérialiser devant lui alors qu'il revenait du Sénat. Il n'avait pas réfléchi et l'avait emmené avec lui.

_ Je croyais que les enfants de moins de onze ans ne se Réveillaient pas après leur mort! protesta Luc, tandis que Marianne s’assurait que le petit allait bien. Elle lui fournit une couverture et lui apporta un chocolat chaud.

_ C’est ce que je croyais aussi, lui assura Adrian. Ou cet enfant est une anomalie, ou nous avons mis la main sur un secret très important. Adeline, je te libère de tes services actuels. À partir de maintenant, tu veilleras sur cet enfant. Tu assureras son confort et sa sécurité. Tu devras le cacher dès qu’un visiteur sera de passage ici. Je t’enseignerai moi-même les bases du combat afin que tu sois en mesure de le protéger.

_ Hein?! s’écria la jeune femme. Mais j’ai tout à apprendre, je pars de zéro!

_ Ton existence ici est infinie. Tu auras le temps. Tous les matins tu confieras le petit à Marianne et me rejoindras dans la cour.

_ Adrian…

_ Cet enfant est important, Adeline! Nous sommes peu nombreux ici, il est normal que nous sachions nous battre.

Son regard se radoucit, et il lui adressa un sourire amer.

_ Je comprends que tu ne sois pas emballée par cette idée, mais tu sais, Marianne et Luc se battent à la perfection.

_ Vraiment?

La servante tenta d’imaginer la vieille Marianne en train d’envoyer coups sur coups au combat. Impossible.

_ Que m’est-il arrivé?

Les trois adultes se tournèrent vers Elyo, qui les regardait avec de grands yeux terrifiés.

_ Vous êtes qui? Où est ma maman?

Un élan d’affection monta en Adeline, qui s'agenouilla devant le petit garçon et lui sourit.

_ Tu t'appelles Elyo, c'est ça ?

_ …

_ Et si tu venais avec moi? J'ai beaucoup de choses à t'expliquer.

La jeune femme lui tendit sa main, qu'il saisit avec un instant d'hésitation. Son petit sourire fit fondre le cœur de la servante.

En passant devant Adrian, elle lui murmura:

_ Je ne suis pas sûre que parler de combats et de mesures de sécurité soit la meilleure chose à faire en face d'un enfant traumatisé.

_ Je n'ai pas de diplôme de papa, Adeline. À plus tard.

Il les regarda sortir, puis se replongea dans son travail.




Adeline emmena Elyo jusqu'à ses appartements. Elle se doutait que Marianne ne tarderait pas à lui proposer une suite, mais elle doutait que ce soit approprié pour un enfant si jeune.

Elle devait d'abord savoir son mode et style de vie avant sa mort.

Ils s'assirent sur le lit de la jeune femme, et celle-ci plongea son regard dans celui du petit.

Ses yeux avaient quelque chose de mystique, presque… effrayant.

_ T-Tout va bien?

_ Mmh? Ah, oui, excuse moi, se reprit Adeline.

Elle s'était totalement perdu dans le regard azur de l'enfant.

_ J'aimerais que tu me racontes ton histoire, Elyo. As-tu compris ce qui t'es arrivé?

_ Je… je suis mort. C'est bien ça?

_ Oui. Tu es décédé. Serais-tu capable de me parler de toi? De ta famille, de l'endroit d'où tu viens? Si tu ne veux pas je ne te force à rien.

_ Oui, je peux. J'habite à New York avec mon papa et ma maman, et Lysa.

_ C'est ta sœur ?

_ Oui. Elle est super grande, et super gentille. Elle doit beaucoup s'inquiéter… je veux pas la faire pleurer. Est ce que je vais bientôt la revoir?

Adeline tenta de refouler les larmes qui la gagnèrent. Ce garçon était si jeune! Il avait toute la vie devant lui, et il ne dépasserait jamais ses six ans. C'était terrible.

_ Je suis désolée de te demander ça, mais il faut que je sache. Peux-tu me raconter ta mort ?

_ Je… n-non. Je n'y arrive pas. Désolée…

_ Adeline. Appelle-moi Adeline. Je pense qu'il faut que tu te reposes.

Le petit hocha la tête, et bailla.

_ Est ce que je peux rester avec toi?

_ Oui, bien sûr.

Elle borda avec délicatesse l'enfant, et se blottit dans un des fauteuils du salon.


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