Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 63 : Appels en absence
Un petit moment plus tard, il soupire avec un bien-être évident :
- Je n’ai jamais été aussi détendu de ma vie…
Je glousse immédiatement en relevant le nez pour le regarder :
- C’est exactement ce que j’espérais, rayonne-je.
- C’est réussi… Je me sens tellement bien Hestia c’est à peine croyable… Sans même parler de nos coucheries, entre toi, le bain et le massage… J’ai l’impression que je vais passer la meilleure nuit de ma vie.
- C’est parfait alors, chuchote-je en l’embrassant.
- J’aimerais que ce séjour ne s’arrête jamais…, soupire-t-il.
- Moi non plus…
- Et si on se prenait la nuit prochaine… ? supplie-t-il.
- Je ne peux pas, c’est bientôt la rentrée Hunter… il faut que je me prépare, décline-je avec difficulté.
Il affiche une moue boudeuse mais il n’insiste pas.
Je suis presque déçue et ça me fait réaliser que j’aurais sans doute accepté de me « mettre en retard pour ma rentrée » simplement pour profiter un jour de plus de ce paradis, ce qui est inquiétant. Mes études sont importantes, je ne veux pas les rater parce que je m’amuse subitement à jouer les jolis-cœurs comme je le fais… Mais en même temps, nous avons tous les deux des colocataires, ce qui rend ce genre de moment rares et précieux alors je ne me flagelle pas trop d’avoir envie qu’il dure.
Nous nous câlinons encore un peu avant de nous décider à prendre une petite douche pour nous nettoyer de cette session massage et en sortant, j’enfile un de ses tee-shirt.
- Tu es fatigué ? demande-je en montant en tailleur dans le lit.
- Un peu mais ça va, la douche m’a réveillé… pourquoi ?
- J’ai une dernière surprise…, annonce-je malicieusement.
- Tu te moques de moi ? Comment est-ce possible ? s’étonne-t-il en se relevant sur les coudes.
- Ce n’est pas grand-chose, ne t’attends pas à un truc spectaculaire mais je crois que ça va te faire plaisir…
Je me tortille pour attraper le jeu d’échec sous le lit et dès que je le pose sur le matelas, un sourire si tendre s’étire sur ses lèvres que je sais que j’ai encore tapé dans le mille.
- Hestia… mais combien de fois aujourd’hui vais-je encore devoir te dire à quel point je te trouve parfaite… ? murmure-t-il.
- Pas trop, sinon je risque de m’y habituer ! claironne-je en installant le plateau entre nous.
- Tu l’es, je te le jure… je sais qu’on dit que la perfection n’existe pas, mais tu es parfaite pour moi.
- Tu l’es pour moi aussi Hunter…, murmure-je timidement en installant les pièces.
Il se redresse pour attraper mon menton et ancrer ses yeux les plus sérieux dans les miens :
- Je passe les plus beaux moments de ma vie depuis que tu es entrée dedans Hestia… je voulais juste que tu le saches, dit-il.
Mon cœur a un raté mais il est ensuite emplit d’un si beau sentiment que je m’ouvre complétement à lui :
- Moi aussi, souffle-je avec émotion. Je suis sincère Hunter, tu es l’homme de mes rêves.
- Et tu es la femme de mes rêves.
Nous nous embrassons un long moment dans la tendresse la plus totale, avant de nous installer confortablement pour jouer quelques parties. Après ça, nous nous décidons à dormir et je me love entre ses bras, bercée par mon amour dévorant et cette journée parfaite.
*
Après un second lever au paradis et un petit déjeuner copieux, nous partons en fin de matinée pour trois heures de randonnée dans la montagne avec Youk. Je fais découvrir à Hunter mes chemins de promenade et nous retrouvons mon « Calyouk de neige », qu’il complimente avec zèle.
Nous passons simplement à la chambre pour manger un morceau avant de repartir aussi sec pour l’espace aquatique pour nous réchauffer, puisque je veux absolument lui donner un aperçu de mes journées lorsqu’il n’était pas là. C’est donc emmitouflés dans nos peignoirs de la salle de bain que nous nous y rendons main dans la main.
Je frémis de bonheur lorsqu’il nous annonce comme « les Grimmal » et qu’on nous donne accès à l’espace en nous déroulant pratiquement le tapis rouge. J’ai ensuite le bonheur de le voir en maillot de bain et bien que je jalouse les femmes qui le dévisagent, je tiens toujours fièrement sa main alors que nous nous enfonçons dans l’eau chaude d’un jacuzzi. Je soupire d’aise en m’appuyant sur le rebord et il me lance un regard amusé :
- Tes journées de princesses étaient vraiment difficiles…, commente-t-il avec humour en se laissant masser le dos par les jets.
- Je te l’avais bien dit, pouffe-je.
- Pendant que je me tuais à la tâche pour t’offrir tout ça ! me taquine-t-il.
Il m’observe avec une pointe d’hésitation, sans doute inquiet que je le prenne mal mais j’ai largement dépassé ce stade et je peux en rire avec lui :
- C’est ça d’être une première dame, rétorque-je en haussant les épaules. Nous n’avons pas grand-chose à faire à part nous faire plaisir !
Il est visiblement tout content que je ne gâche pas l’ambiance et il m’offre un sourire resplendissant :
- En tout cas c’est agréable, j’en conviens. Je t’imagine bien lézarder ici pendant des heures…, dit-il en observant autour de nous.
- Dur d’imaginer que la rentrée est lundi…, marmonne-je.
- Ça t’inquiète ? demande-t-il.
- Ça m’inquiète toujours et après des vacances aussi reposantes, il va falloir que je me plonge dans le travail…
- Il ne faudrait quand même pas perdre ta place de major…, souligne-t-il avec des yeux malicieux.
- Arrête ! couine-je.
- Je t’embête, et puis la rentrée est après-demain, profite donc du repos qu’il te reste ! ordonne-t-il finalement en s’appuyant paresseusement sur le bord.
- Et toi ? Tu ne travailles pas du tout aujourd’hui ? demande-je.
- Pas du tout. J’ai abandonné mon téléphone depuis hier soir, je veux juste profiter avec toi, répond-il en me souriant.
Je jette un petit coup d’œil autour de nous et puisque je ne vois personne dans un rayon acceptable, je me penche pour l’embrasser rapidement.
- Tu as raison, profitons, confirme-je.
*
Il est déjà presque seize heures lorsque nous sortons de notre jacuzzi pour rejoindre notre suite. Je suis toute détendue et le retour en approche fait mal alors que j’enfile rapidement une robe en commençant à rattrouper mes affaires dans la buanderie. Je continue dans la salle de bain et je termine par la chambre, déprimant un peu plus à chaque nouvel habit que je mets dans mon sac.
Hunter m’imite, il plie consciencieusement ses vêtements en me jetant des petits coups d’œil tristes et je perds un maximum de temps simplement en espérant qu’il me repropose de rester une nuit de plus. Je me sens tellement idiote d’avoir refusé, je m’en ficherais des claques sincèrement … comme il vient de le souligner, je suis major et je n’ai donc quand même pas beaucoup de soucis à me faire si je ne révise pas la veille de la rentrée… Ça me parait même ridicule, surtout comparé à une journée de plus ici avec lui et j’envisage de lui demander franchement.
Nos petits regards timides se croisent et nous détournons les yeux en même temps, alors que nous sourions aussi malicieusement l’un que l’autre, simplement heureux d’interagir… Ce petit éclat de complicité me décide et je laisse mon sac en plan pour traverser le lit à quatre pattes dans sa direction.
Il hausse un sourcil en m’interrogeant du regard et je décale son sac vers le bout du lit avant de me relever face à lui, toujours perchée sur le lit.
- Ça va ? demande-t-il en passant ses bras autour de moi.
- Oui… c’est vraiment triste de rentrer…, murmure-je en caressant ses épaules.
- C’est vraiment triste que tu sois plus grande que moi, je n’apprécie pas, plaisante-t-il en relevant le nez pour me regarder dans les yeux.
Je suis frustrée qu’il ait déjà détourné le sujet, alors j’y vais plus franchement malgré mes joues qui chauffent un peu sous la honte :
- J’aimerais dormir avec toi cette nuit encore… Je regrette de t’avoir dit que je voulais rentrer…, avoue-je d’une toute petite voix en enlaçant sa nuque.
- Vraiment ? s’étonne-t-il.
- Oui…, continue-je honteusement.
- J’appelle immédiatement la réception alors, tranche-t-il.
Je glousse en me jetant sur lui et comme souvent, il m’attrape d’un bras sous les fesses en me portant hors de la chambre alors que j’embrasse sa gorge pour cacher mon immense sourire victorieux.
Lorsqu’il prend son téléphone sur le plan de travail de la cuisine, nous sommes surpris de voir plusieurs messages et appels en absence d’Eden. Nous tournons instinctivement la tête vers Calyouk, l’être le plus précieux dans sa vie, comme pour nous assurer qu’il aille bien. Hunter percute alors le problème :
- Bordel… on ne l’a pas prévenu qu’on ne rentrait pas hier soir finalement… Il m’a appelé jusqu’à minuit…, chuchote-t-il en faisant dérouler son journal d’appel.
J’ai un sursaut d’horreur lorsque je réalise que je n’ai pas prévenu Julia non plus et il me lâche immédiatement pour que je file vers mon téléphone. Les notifications envahissent mon écran et je commence par envoyer un message à Julia pour lui dire que tout va bien. Elle m’a appelé plus d’une vingtaine de fois et ses messages sont de plus en plus inquiets au fur et à mesure du temps qui passait alors je sens que je vais me faire engueuler comme il faut.
Voyant que je prends le temps de répondre à mes nombreux messages, Hunter attrape son ordinateur portable et se cale dans le canapé pour se mettre dessus.
- Je croyais que tu ne travaillais pas, le taquine-je.
- Je regarde juste mes mails ! se défend-il.
Nous nous sourions et je m’assois sur le banc en bois de la table pour continuer mes notifications. Eden m’a appelé aussi toute la soirée, mais je comprends vite pourquoi il s’est rassuré vers minuit, lorsque je lui ai envoyé la photo de nous trois sans même réaliser que j’avais des tonnes d’appels en absence.
E : « Vous êtes trop mignons tous les trois ! Joyeux anniversaire à Hunter, un bisou sur vos trois truffes et je suppose que je dois en déduire que vous ne rentrez pas ce soir... »
Je lui envoie rapidement un petit message pour lui dire que nous sommes désolés de ne pas avoir prévenu et que nous rentrons demain, puis j’ouvre la conversation d’Alma, qui me dit qu’elle est bien arrivée et qu’elle a des choses à me dire, ce qui ne manque pas de m’interpeller.
He : « Des choses à me dire ?! »
A : « Hors de question de te raconter mon retour avec Eden par texto, je veux te voir ! Je veux qu’on analyse tout ! Je t’invite au resto ce soir … ? »
Je rougis un peu.
He : « Je suis toujours à la montagne… et j’y reste encore cette nuit… »
A : « Le prince charmant te kidnappe dans son beau château ? »
Je glousse toute seule devant mon écran et je lance un regard heureux à Hunter.
He : « Oui… »
A : « Comme ta vie doit être difficile … ! »
Elle ajoute un petit émoji qui rit dans sa main et je glousse un peu plus jusqu’à ce que Julia m’appelle et que je perde mon sourire. J’annonce à Hunter que je vais l’appeler et je trottine sur le balcon en décrochant.
- « Non mais tu te fous de moi Hestia !! Tu peux me dire où tu étais passée ?! Où tu es tout court ?! Tu imagines le sang d’encre que je me suis fait depuis hier soir ! J’ai même dû appeler Eden, Eden !! Qui n’avait pas de nouvelles de toi non plus ! J’étais à deux doigts d’appeler les flics lorsqu’il m’a renvoyé un message à minuit pour me dire que tu allais bien et que tu étais restée à la montagne ?! J’en suis même arrivée à me demander s’il ne te retenait pas captive dans sa cave !! »
J’encaisse les cris de Julia sans broncher alors qu’elle me passe un savon pendant quelques minutes en répétant plus ou moins ce qu’elle vient de me dire. Au bout d’un moment, sa panique redescend et elle se calme enfin :
- « Bon c’est quoi cette histoire ? Je sais que les chambres des étudiants n’allaient que jusqu’au premier alors dis-moi la vérité ? Tu sors avec Eden et tu es chez lui ? »
- Non ! Absolument pas, Eden est chez lui et je suis bien restée ici…
- « Bien sûr, tu t’es pris une chambre à six-cents euros la nuit avec ta bourse étudiante, c’est évident. Crache le morceau avant que je ne m’énerve encore. »
Je sais que je n’arriverai jamais à trouver un bobard pour lui expliquer ma présence ici, c’est juste impossible alors il va falloir que j’opte pour la vérité… je ne m’y étais pas préparé et je prends donc une grande respiration pour me calmer avant d’avouer :
- Je suis toujours à la montagne Julia, je… je suis avec un garçon, murmure-je en rougissant jusqu’aux oreilles.
Le blanc au bout du fil est assourdissant et je peux le comprendre.
- « Rassure-moi… C’est Eden ? »
- Non Julia, je viens de te dire qu’Eden était chez lui.
- « Tu es dans une chambre avec un mec ? Depuis hier ? »
- Et jusqu’à demain, précise-je timidement.
- « Attends… ne me dis pas que tu as rencontré un type inconnu au bataillon dans cet hôtel et que tu es toute seule là-bas avec lui ?! Comment s’appelle-t-il ? Quel âge a-t-il ?! Il n’est vraiment pas louche ?! Tu as confiance en lui ?! »
Son ton est terriblement inquiet et je n’avais pas réalisé à quel point mon histoire pouvait paraitre bizarre dit comme ça. Elle doit sans doute imaginer que je suis tombée sur un de ces riches quinquagénaires dégarnis qui n’aspirent qu’à mettre une jeunette à leurs bras grâce à leur argent et j’ai presque envie de rire à l’idée que Julia imagine que j’ai pu tomber dans les bras d’un vieux pervers.
- Je le connais Julia ! m’exclame-je. Je le connais d’avant le séjour !
J’entends son soupir soulagé et je la visualise même très bien en train de se laisser tomber dans son lit :
- « Bon sang tu m’as fait peur ! J’avais déjà attrapé mes clés pour venir te chercher par la peau des fesses Hestia ! C’est quoi cette histoire alors ? »
- En fait… Nous n’avons pas trop envie que ça revienne aux oreilles d’Eden…, hésite-je.
- « Eden ? J’étais sûre que c’était lié à lui, c’est ta seule autre connaissance ! »
- Plus maintenant ! me récrie-je. J’ai une nouvelle copine je te signale !
- « Quoi ?! Mais combien d’épisodes j’ai loupé moi ?! »
La baie vitrée s’ouvre dans mon dos et je sursaute un peu avant de voir qu’Hunter m’amène simplement un plaid :
- Je suis désolé de t’interrompre mais je te vois trembler depuis le canapé, s’excuse-t-il en le passant sur mes épaules.
- C’est adorable…
Je me lève sur la pointe des pieds pour l’embrasser par-dessus mon épaule alors qu’il me serre furtivement dans ses bras le temps de notre baiser et après un sourire il retourne se mettre devant ses mails. Je l’observe avec les yeux de l’amour, complétement étourdie, et ce sont les cris étouffés de Julia dans le combiné qui me ramènent dans le présent.
- « C’était lui ?! Il t’a emmené une veste ?! Quelle voix ! C’est prometteur ! Vous vous êtes embrassés ?! Je ne vous entendais plus parler ! Hestiaaaa !! »
J’éclate de rire et je m’explique en serrant mon plaid autour de moi :
- Oui, c’était lui. Il m’a emmené un plaid parce que je te téléphonais en robe dehors et oui… il m’a embrassé, conclus-je en chuchotant.
- « Oh ! Mais quel homme charmant ! Alors tu le connais d’avant ce séjour ? Tu te doutes que je ne dirai rien à Eden, alors crache le morceau ! »
- C’est son colocataire…, avoue-je.
- « Le type qui te donne les cours d’autodéfense ?! »
- Oui… Il nous a rejoint ici pour le nouvel an et je reste avec lui jusqu’à demain... Je t’expliquerai tout ça en rentrant.
- « Vous l’avez fait ? »
- Julia ! couine-je. Je te raconterai en rentrant !
- « Ça… ça veut dire oui ! »
- A demain !
Je lui raccroche au nez sans autre forme de procès.