Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 73 : Kayla

1818 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/03/2026 13:39

Chapitre 73 : Kayla


Une vingtaine de minutes de réflexion plus tard, j’en suis arrivée à une conclusion très simple : je ne peux pas mentir entièrement à Hunter. Il faut qu’il ait une version extrêmement proche de la vérité pour comprendre mon comportement mais je ne veux pas qu’il sache que j’ai repris contact avec Kai puisqu’il sait que j’en suis proche et que… et bien que c’est un homme. J’ai peur que ça joue, peur qu’il imagine qu’il y a plus que de l’amitié entre nous ou ce genre de bêtises. C’est ainsi que j’en suis arrivée au personnage de Kayla, grande star du mensonge qu’est en train de devenir ma vie.

Après m’être assurée trois fois que plus personne ne trainait dehors, je ferme les fenêtres et je me rends sur le long palier extérieur de Kai, mon téléphone à la main, le cœur battant et le souffle court. Je respire plusieurs fois, jusqu’à ce que je sente que ma voix ne déraillera pas trop et j’appelle Hunter. Il est minuit et demi, mais il répond à la première sonnerie.

-         « Hestia ?? »

Sa voix est toujours morte d’angoisse bon sang.

-         Hunter… mon cœur je … je suis désolée…, bafouille-je avant de fondre en larmes.

Ce n’était clairement pas du tout prévu dans mon plan de bataille, mais sa voix m’a transpercé sans que je ne m’y attende. Sa voix grave, réconfortante, familière, inquiète… Il me manque tellement que c’est insoutenable et je me mets à pleurer si fort que je l’angoisse un peu plus alors qu’il me demande si tout va vraiment bien, s’il faut qu’il vienne me chercher, où je suis et avec qui. Il me supplie de le laisser venir me voir alors que je sanglote au bout du fil sans réussir à articuler quoi que ce soit.

-         « Mon amour, est-ce que tu vas bien… ? »

Sa voix est tellement désespérée, si tremblante qu’on dirait qu’il pleure lui aussi et ça me fait ouvrir les vannes :

-         Non, non je ne vais pas bien. Je suis en sécurité, il ne m’est rien arrivé mais je … je suis dans un endroit horrible, dans une situation horrible… je vais t’expliquer.

Je l’entends respirer bruyamment, le souffle qu’il retient sans doute depuis des heures ou ses pleurs qui se calment, je n’en sais rien.

-         J’étais en route pour le cours en voiture Hunter, mais je suis tombée sur une fille que j’ai connu à l’orphelinat, Kayla, je ne t’en ai jamais parlé parce que nous n’étions pas très proches mais… Elle était dans le pétrin… elle m’a demandé de l’aider… Je me voyais mal la laisser toute seule dans cet état…, explique-je piteusement.

-         « Dans cet état ? Vous avez besoin d’aide ? Est-ce que tu veux que je vous rejoigne ? »

-         Non, nous sommes chez elle en sécurité… Elle… dort dans le canapé.

-         « Elle dort ? »

Je lance un coup d’œil à Kai par la fenêtre et une nouvelle larme roule sur ma joue :

-         Elle plane plutôt…, avoue-je d’une petite voix. Je ne sais pas exactement ce qu’elle a fumé ou pris… je n’en sais rien bon sang. Elle était complétement alcoolisée, apeurée, elle m’a demandé de la ramener chez elle où elle s’est écroulée dans son canapé en me disant qu’elle avait fumé et bu… Je ne savais pas quoi faire, je m’imaginais mal la laisser toute seule dans cet état… Son appartement était horrible, insalubre, plein de déchets et de choses illégales…

-         « Quoi ? Hestia où est-tu ? Laisse-moi venir je t’en supplie… »

-         Je ne vais pas t’inviter chez elle comme ça je… ne t’en fais pas. Je m’occupe simplement d’elle, je la surveillerai jusqu’à ce qu’elle se réveille… je n’ai pas pensé à te prévenir parce que tout ça était complétement surréaliste… j’ai passé des heures à nettoyer son appartement, c’était tellement affreux… et je ne savais pas quoi faire d’autres… Je suis tellement désolée de ne pas avoir pensé à te prévenir, tellement désolée. Tout ça parait tellement dingue, on dirait que je te raconte n’importe quoi mais je …

-         « Je te crois Hestia. Bien sûr que je te crois, je suis juste inquiet. »

-         Il ne faut pas, je vais très bien… je suis plus inquiète pour elle… Je ne sais pas comment l’aider, elle ne veut pas que j’appelle les pompiers, ni la police mais… elle me fait de la peine, chuchote-je.

-         « Je comprends, c’est une triste histoire… Bordel ça me tue que tu affrontes la situation toute seule mon cœur... »

-         Je suis désolée d’avoir raté notre soirée tous les deux … et même le cours… si tu veux tout savoir, j’avais même pris mes gants de boxe pour te rejoindre immédiatement après nos messages, murmure-je.

Il a petit rire au téléphone, un petit rire qui réchauffe mon âme au cœur de l’hiver froid et sordide dans lequel je suis plongée, avant qu’il ne réponde d’une petite voix où percent toute sa tendresse et sa tristesse :

-         « Ça aurait été génial… j’aurais adoré te voir débarquer avec tes petits gants… »

-         Je t’aurais mis la pâtée…, plaisante-je faiblement.

-         « Tu me manques… tu me manques tellement, je ne supporte plus de ne pas te voir… je deviens fou Hestia… »

Mon cœur se serre dans ma poitrine, ma gorge se noue et je retiens péniblement les larmes qui menacent encore :

-         Quand rentres-tu ? demande-je.

-         « Je pars demain matin et je rentre samedi prochain… je pars une semaine à l’autre bout du pays et je ne peux pas faire le coup de les planter encore une fois, je suis désolé… »

-         Je comprends, il n’y a pas de soucis Hunter, je t’assure… C’est moi qui te plante ces derniers temps, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Et puis tu m’avais prévenu que la période était compliquée en ce moment au travail…, chuchote-je.

-         « Oui… On se verra à mon retour… ? Avant le match d’Eden et après si tu le veux bien … ? »

Sa voix pleine d’espoir me découpe en deux et ma tristesse m’engloutit.

-         Evidemment, et je n’irai pas à ce match Hunter ! Je veux juste profiter de toi… On se sera vu dix minutes pour un petit bisou en trois semaines de temps …, geins-je.

-         « Aucune chance que je te voie d’ici demain matin ? Je pars à huit heures… »

-         Je te jure que si Kayla se réveille d’ici là et qu’elle va bien, je te rejoins chez toi…, propose-je timidement.

-         « Tu peux venir toquer à n’importe quelle heure Hestia, même au milieu de la nuit, je t’ouvrirai et je serai content de te voir même pour une demi-heure… »

-         Ça ne te dérange pas pour Eden ? demande-je quand même.

-         « Je m’en fous, bordel je m’en fous complétement ! Viens simplement si tu le peux, peu importe l’heure, je t’en prie. »

-         Je te le promets, murmure-je.

Nous discutons encore un peu, je lui décris plus en détail l’appartement de « Kayla » et il est triste pour elle. Il m’explique qu’il a annulé le cours et qu’il a passé des heures à me chercher vainement, qu’il crevait d’envie d’appeler la police mais qu’il savait bien que ça ne servirait à rien puisque je suis une adulte qui a le droit de ne pas répondre à un « cinglé qui la harcèle pour rien ». Il me fait rire et nous rions un peu tous les deux avant de raccrocher pour qu’il se repose au cas où je débarque dans la nuit le rejoindre.

Après ça, je rejoins Kai. Je suis tellement malheureuse de ne pas voir Hunter que j’en veux presque à mon frère de m’avoir mis dans cette situation affreuse. J’en ai marre de le voir sortir une arme, de ses fréquentations qui me terrifient, de ces histoire de dettes de cinq milles euros, de cette violence et toute cette crasse… Je veux juste les bras d’Hunter.

J’allume la télé en me lovant sur l’autre bout du canapé pour le veiller, la mort dans l’âme.

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