Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 72 : L'appartement de l'horreur

2505 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/03/2026 11:02

Chapitre 72 : L’appartement de l’horreur


Son appartement est indescriptible d’horreur pour moi.

C’est une grande pièce, plutôt classique à l’origine, avec un lit miteux dans un coin, une table rayée, un canapé rapiécé et une télé posée par terre, mais c’est un vrai cirque. Le sol est jonché de tout un tas de choses, à tel point qu’on ne le distingue que par endroits… Il y a des cartons de pizzas, des bières et des bouteilles d’alcool, des plats réchauffés à peine entamés et même des cendriers qui débordent. La cuisine est envahie de vaisselle sale, les murs pleins de saleté et je ne veux même pas m’attarder sur les traces louches sur tous les coins de meuble. L’odeur est également abominable, ça sent la fumée de cigarette, l’alcool et d’autres joyeusetés que je ne sais même pas nommer.

Kai me lance un regard :

-         J’ai fait une fête…, se justifie-t-il mollement.

-         Mais quelle horreur… tu n’as pas nettoyé après… ? souffle-je.

-         Bah tu vois bien que non.

Il retire ses chaussures avant d’aller à la salle de bain je suppose, puisqu’il disparait par la seule porte. Je reste plantée devant la porte d’entrée, à constater les dégâts, les mains toujours plaquées contre mes lèvres alors que mon corps tremble légèrement.

Je suis tellement choquée par son lieu de vie que ça prend le dessus sur mon choc précédant et je commence à m’inquiéter pour ma santé puisqu’il ne me parait pas normal que je sois en train de me calmer de mon précédant traumatisme simplement parce qu’un autre surgit.

Il ressort de sa salle de bain pour se trainer dans le canapé où il s’affale en frottant son visage, mais il a complétement changé de tête entre le moment où il y est entré et maintenant. On dirait presque qu’il est complétement détendu, presque absent, il ne fait même pas cas du fait que je sois plantée comme un piquet devant sa porte au lieu d’avancer dans la décharge qu’est son appartement.

-         Quand a eu lieu cette soirée ? demande-je dans un souffle.

-         Je sais pas… je sais même pas quel jour nous sommes…, marmonne-t-il.

-         Vendredi.

-         Ah… alors c’était lundi…, répond-il en fermant les yeux.

-         Lundi ?! Tu vis dans ce taudis depuis lundi ?! couine-je.

-         Ouai… Enfin la fête a commencé lundi, elle a fini ce matin… je crois….

Il rit faiblement avant de froncer les sourcils, sans ouvrir les yeux :

-         Putain…T’inquiète pas bébé je… je crois que je vais… je vais juste… être un peu… dans les vapes…

-         Quoi ?!

Ma voix ne fait que de monter dans les aigus depuis que nous sommes arrivés ici. Je me demande un peu quel taux de stress le corps est capable d’endurer, parce que je suis en train d’avoir l’impression de me crisper dans chaque cellule. J’ai peur déjà, une peur viscérale, je suis affolée par les menaces qu’il a subies, horrifiée d’imaginer qu’il vit ici, terrifiée par sa propension à sortir des armes toutes les cinq minutes et triste à mourir de me dire que le quotidien de mon frère a l’air aussi terrible.

Mais je crois qu’il est en train de battre tous les records alors qu’il tombe sur son canapé, complétement inanimé. Je saute dans sa direction en criant, en hurlant même, pour attraper ses joues et lui redresser la tête :

-         Kai ?! Kai !! hurle-je pour essayer de le réveiller.

Mes cris ont l’air de le sortir un poil de sa transe, puisque ses yeux papillonnent sans s’ouvrir :

-         Ça va…, marmonne-t-il d’une voix éteinte. Il faut juste que je plane un peu je… ce n’est rien, j’ai abusé sur l’alcool à la fête…

-         Quoi ?!

-         J’ai peut-être fumé un pétard, t’inquiète bébé… je vais … ça va aller…

Il se rendort très clairement et je dépasse complétement les limites de l’angoisse.

J’ai beau essayer de le réveiller, rien n’y fait. Je suis à deux doigts d’appeler les pompiers mais je vois qu’il respire normalement et calmement, il a même l’air très apaisé… et j’ai de toute façon bien trop peur que les pompiers ne le testent en voyant son état et qu’il retourne en prison aussi sec pour avoir fumé illégalement.

Je sais aussi qu’il me tuerait d’avoir appelé les pompiers et je suppose qu’il a l’habitude d’être dans ce genre d’état puisqu’il n’avait pas l’air de paniquer du tout. Je m’assois donc à côté de lui pour poser sa tête sur mes cuisses et les larmes roulent toutes seules sur mes joues par torrents tandis que j’observe son visage détendu en caressant sa joue.

Je pleure pendant un long, un très long moment alors que la nuit avance.

Je suis tellement peinée et stressée, tellement chamboulée par tout ça. Plus j’observe son appartement et plus des détails me tordent le ventre. Je vois des aiguilles, de la poudre, du tabac, et même des cachets louches… Tout ça m’inquiète encore plus, je n’arrive même pas à imaginer le genre de soirée qui a eu lieu dans son studio… je me demande comment il a pu dormir si tout ça a duré plusieurs jours, j’observe les restes moisi de pizza et je m’inquiète pour ses poumons… je pense à ses voisins terrifiants et ses menaces d’éventrement…

C’est juste trop pour moi, mon cerveau se met visiblement en sécurité parce que je me calme d’un coup et je ne supporte plus d’attendre sans rien faire.

Je sais pourtant qu’il est hors de question que je le laisse sans surveillance dans cet état, alors après l’avoir installé confortablement et avoir passé un plaid plein de tâches sur son corps, je remonte les manches de ma veste de sport, bien décidée à me rendre utile pour essayer de penser à autre chose qu’à tout ce contexte qui me terrifie.

 Je fouine dans sa cuisine pour mettre la main sur des sacs poubelles, des gants en latex et quelques produits ménagers rudimentaires, puis j’ouvre les fenêtres après avoir jeté un coup d’œil pour vérifier que personne ne trainait sur le long balcon où se situe les portes d’entrée des appartements du premier étage.

Je ne saurais pas dire combien de temps je passe à nettoyer son appartement.

 L’heure défile tandis que je remplis quatre sacs poubelles d’ordures (!), que je sors à côté de sa porte d’entrée puisque je ne me sens clairement pas assez sereine pour descendre aux bacs à poubelle sur le parking, qui est pourtant désormais vide. Je m’occupe de toute sa vaisselle, que je nettoie en profondeur avant de la ranger un peu au hasard, puis je m’attaque à ses surfaces. Kai ne bouge pas une oreille alors que je passe l’aspirateur à côté de lui et je suis tellement inquiète que je vérifie qu’il respire toujours à intervalles réguliers.

Je m’occupe ensuite de sa salle de bain et je ne suis pas déçue. Elle est absolument immonde et le mot est faible. Je ne veux même pas réfléchir à ce qu’il a pu se passer là-dedans et je vénère les gants épais que j’ai sur les mains alors que je nettoie chaque recoin deux fois.

Lorsque je termine, je passe avec acharnement la serpillère pour décrasser le tout alors que mon corps s’apaise enfin de se retrouver dans un environnement plutôt sain. Il est minuit, l’appartement aère et se fait briquer depuis pratiquement cinq heures … Je n’en reviens pas d’avoir mis autant de temps, mais vu l’état de son chez lui… ce n’est finalement pas si incroyable.

En tout cas, je peux enfin m’assoir sur une chaise à sa table sans avoir peur d’attraper le tétanos et je pose ma tête dans mes mains pour respirer un peu et essayer d’intégrer tout ça.

Je suis sincèrement heureuse de me dire qu’il va ouvrir les yeux sur un environnement aussi agréable, ce qui me calme suffisamment pour me donner la force de relever la tête de mes mains. J’observe son visage apaisé sur l’accoudoir du canapé et je vais jusqu’à lui pour lui caresser la joue gentiment, histoire de voir s’il se réveille. La réponse est un grand non, alors je marche un peu chez lui en me demandant quoi faire, mais mes pas me conduisent jusqu’à mon sac à main. Lorsque je sors mon téléphone, mon visage se vide de son sang en voyant les messages d’Hunter qui se succèdent selon les minutes qui passaient.

Hu : « Tu n’es pas venue en avance ? »

Hu : « Tu ne viens pas au cours ? »

Hu : « Hestia ? Peux-tu simplement me dire que tout va bien, je suis inquiet. »

Hu : « Il y a une urgence ? Un problème avec Julia ? Je ne veux pas t’embêter, seulement savoir que ça va. »

Les messages s’arrêtent à l’heure de début du cours, heure à partir de laquelle ils sont remplacés par des appels. Des dizaines et des dizaines d’appels en absence… de dix-neuf heures à minuit, le dernier datant d’il y a quelques minutes.

Je porte une main à mes lèvres alors que le ciel me tombe encore sur la tête. Je n’en reviens pas de ne pas avoir prévenu Hunter, alors qu’il sait que je marche toute seule dans la nuit presque une demi-heure pour rejoindre le gymnase…

Ma main se remet automatiquement à trembler, parce que je sais que je dois l’appeler immédiatement pour le rassurer, mais je ne sais absolument pas quoi lui dire pour justifier tout ça. Je n’imagine même pas l’état dans lequel il doit être, mon ventre se tord aussi férocement que depuis le début de ma soirée de l’horreur et j’opte pour la lâcheté en lui tapant rapidement un message, pour qu’il sache au moins que je suis en vie.

He : « Pardonne-moi, tout va bien ! »

Je pose mon téléphone sur la table alors que ma deuxième main rejoint la première sur mes lèvres et que j’observe mon téléphone qui se met à vibrer puisqu’il m’appelle évidemment dans la seconde.

Mon cerveau est complétement vide alors que j’observe Hunter m’appeler cinq fois. Je n’arrive pas à trouver une excuse qui fonctionne, quelque chose qui justifie que je ne me sois pas rendu à ce cours, que je ne l’ai pas prévenu et que je rate notre soirée tous les deux. Et le pire, c’est que je ne peux même pas lui dire que j’arrive, que je le rejoins vite… Non, je suis obligée de rester là à veiller sur Kai… Je ne peux pas reprendre Julia comme alibi, c’est beaucoup trop risqué et je ne peux pas non plus prendre Alma, ce qui la mettrait dans une drôle de position. Mes deux seules autres connaissances, Gloria et Chio, sont éliminées d’office également puisqu’elles étaient a priori au cours d’autodéfense.

Je n’ai rien, aucune excuse valide à offrir à Hunter qui cesse enfin de m’appeler pour m’envoyer des messages.

Hu : « Hestia, je suis absolument mort d’inquiétude. Peux-tu, je t’en supplie, me rappeler ? Je veux juste entendre ta voix, être sûr que tout va bien, ça fait des heures que je suis en panique la plus totale, que je t’appelle et que je te cherche, je t’en prie, je veux juste entendre ta voix. Je t’en supplie mon cœur, je t’en supplie. »

De nouvelles larmes envahissent mes yeux. Evidemment qu’il a besoin d’entendre ma voix, il me croit sans doute entre les griffes d’hommes depuis des heures, attrapée sur ma route pour le cours… Bon sang j’en vomirais de lui avoir fait endurer ça, alors que je sais que ça fait partie des choses qui l’inquiètent le plus.

J’envoie alors un message stratégique, un petit message qui lui confirmera que c’est bien moi qui l’envoie et pas un agresseur qui essaie de se couvrir comme pouvait en donner l’impression mon dernier message.

He : « Pardonne-moi mon petit ourson, je te jure que tout va bien pour moi. Je suis dans une situation compliquée, je te promets que je t’appelle le plus vite possible… Je suis désolée d’avoir raté le cours et notre jolie soirée tous les deux…♡ »

Il lit mon message mais ne répond pas, ce qui ne m’étonne pas puisque je peux presque le voir poser sa tête dans ses mains en s’écroulant de soulagement à l’idée que j’aille bien.

Je me creuse ensuite la tête pour de bon, parce que je sais que je vais devoir trouver une excuse en béton armée.

 

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