Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 83 : Discussion d'avenir
Une fois de retour au chalet, Alma et Eden se lancent en cuisine pour nous préparer des tacos et Calyouk se glisse dans un coin du salon pour se rouler en boule en les surveillant d’un œil par la porte ouverte de la cuisine. Pour qu’il ne se sente pas trop délaissé, j’attrape son sac à dos et je m’installe par terre avec lui pour m’en occuper.
Alors que je fouille au fond du sac, Hunter s’accroupit vers moi :
- Qu’est-ce que tu fais ? demande-t-il.
- Je vais le brosser, il me fait de la peine, je pense qu’il est jaloux.
- Il en a de la chance, commente-t-il en souriant. Je vais aller passer quelques appels.
- D’accord.
Il se penche pour m’embrasser rapidement et je vibre de bonheur puisque même si Eden ne nous a pas vu puisqu’il est absorbé par sa tâche, le fait qu’Hunter le fasse sans s’en préoccuper me rend heureuse. Il se redresse pour sortir et je mets enfin la main sur la brosse de Cal.
L’ambiance dans le chalet est douce en ce début d’après-midi.
Je brosse Calyouk au coin du feu de cheminée qui crépite, j’écoute le murmure des conversations d’Alma et Eden qui cuisinent joyeusement alors que la bonne odeur de poulet envahit la pièce et je vois Hunter par la fenêtre, qui passe ses appels sous la neige qui tombe. Je me sens tellement bien avec eux, j’aimerais que ma vie soit toujours comme ça, faite d’amour et de bonne entente, juste un petite paradis serein.
Mes pensées dévient inévitablement vers Kai et mon cœur se serre. J’ai tant de peine d’imaginer qu’il est très loin de vivre dans une ambiance aussi douce, qu’il passe sûrement ses nuits à errer à la recherche de clients, à s’inquiéter de devoir de l’argent aux uns et aux autres… Il vit dans la violence et l’angoisse permanente, ça me brise le cœur.
- On mange dans dix minutes ! annonce joyeusement Alma.
- Ça marche, réponds-je en rattroupant les petites touffes de poils autour de moi.
Après être allée les jeter dehors et avoir prévenu Hunter, nous passons à table. Les tacos d’Alma sont délicieux et nous la complimentons avec zèle tout du long du repas.
*
Le reste de l’après-midi est aussi doux que le début. Après une bonne douche chacun pour nous réchauffer, Alma lit au coin du feu, les garçons jouent aux échecs et je passe un moment sur le piano à bercer tout ce petit monde.
La nuit tombe doucement, la neige volète encore et ce n’est que vers dix-neuf heures que je cesse de jouer. Tout le monde relève le nez alors que le silence s’abat et même Cal redresse sa grosse tête.
- Oh non…, murmure Hunter en me regardant avec déception.
- Tu as vu l’heure ? Nous ferions bien de nous mettre en cuisine, réponds-je en souriant.
- Allez, au boulot ! s’exclame Eden.
Hunter soupire un peu mais il se lève quand même pour me suivre à la cuisine où je sors les ingrédients que nous avons acheté. Alors que je mets de l’eau à bouillir, il sort une bouteille et deux verres de vin, récoltant un regard amusé de ma part.
- Tu sais que nous sommes là pour cuisiner, pas pour boire un verre ! le taquine-je.
- Je sais, mais je sens qu’il va falloir que je te détende un peu. Tu es bien trop impliquée dans cette histoire de pâtes à la truffe, m’embête-t-il.
Je lui lance un regard en coin :
- Arrête de te moquer, je veux réussir, c’est tout, boude-je.
- Et nous allons très bien nous en sortir, ça n’a pas l’air sorcier.
Il me décale avec douceur de devant les plaques pour y mettre une poêle :
- Emince les échalotes, ordonne-t-il gentiment.
Alma et Eden se lancent dans une partie de cartes dans le salon et je m’exécute avec application sous ses yeux attendris tandis qu’il sirote son verre. Une fois ma tâche terminée, nous les laissons tranquillement revenir dans la poêle et je me blottis contre lui pour surveiller la cuisson.
- Tu as conscience que ces échalotes ne vont pas se sauver de la poêle ? me taquine-t-il.
- Arrête ! couine-je.
- Je ne me moque pas de toi ! rit-il.
- Si, marmonne-je en relevant le nez pour le regarder.
- Non, affirme-t-il en m’embrassant tendrement.
Je me laisse déjà envoûter par ses lèvres et le goût du vin que j’y devine me donne envie alors j’attrape son verre en délaissant le mien sur le plan de travail. Il hausse un sourcil et je glousse :
- L’herbe est toujours plus verte ailleurs… il est évident que ce vin est meilleur dans ton verre, me justifie-je.
- Je crois qu’il est encore meilleur sur tes lèvres, murmure-t-il.
Il m’embrasse encore, plus longuement, et je me demande s’il en a encore quelque chose à faire ou non qu’Eden nous surprenne. Suite à notre discussion de hier soir et son comportement du jour, je commence à avoir l’espoir qu’il officialise plus ou moins notre relation lors de ce séjour.
Il me relâche pour attraper une râpe et alors qu’il prend nos truffes fraîches pour les passer dessus, je soupèse le pour et le contre de lui poser la question. J’en ai assez de me torturer l’esprit et de ne pas savoir ce que nous représentons l’un pour l’autre, tout s’est fait très naturellement entre nous, ce qui est vraiment génial, mais c’est aussi très perturbant. Depuis que je l’ai embrassé pour la première fois ou presque, je rêve d’une robe blanche et d’un avenir radieux, parce que je suis folle amoureuse. Mais qu’en est-il de lui ? Suis-je sa petite amie ou nous fréquentons-nous simplement ? Aime-t-il simplement passer du temps avec moi ou envisage-t-il notre avenir proche ensemble ? Pense-t-il à l’après ? Me voit-il dans sa vie dans quelques années ?
Il me lance un regard alors que je l’observe avec intensité.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il en souriant.
- Rien, je me pose des questions, réponds-je doucement.
- Quel genre de questions ? continue-t-il en râpant toujours nos truffes dans un petit bol.
Je me penche pour lancer un coup d’œil à nos camarades, qui sont complétement dans leur monde en train de rire et de se chamailler. De plus, la télévision en fond est bien assez forte pour nous couvrir s’il leur venait l’envie de nous écouter.
Je me rapproche donc un peu d’Hunter pour m’appuyer dos contre le plan de travail juste à côté de lui en fixant le verre de vin dans ma main :
- Où te vois-tu dans quelques années ? demande-je à voix basse.
- Quoi ?! répond-il en riant un peu.
Il me lance un regard aussi rieur qu’interrogateur en mettant les pâtes dans l’eau bouillante et ses yeux verts pétillants me sont désormais tellement familiers qu’ils m’aident à prendre confiance.
- Je me demandais simplement comment tu te voyais dans quelques années, où serais-tu ? Que ferais-tu ? Ça m’intéresse vraiment… tu n’as pas envie de répondre ? demande-je.
Il hausse encore les sourcils en se plongeant visiblement dans ses pensées alors qu’il verse la crème fraiche dans la poêle où les échalotes ont fini de cuire.
- Et bien… je ne sais pas… Je me vois chez moi, dans mon appartement… comme je te l’avais déjà dit, je ne compte pas déménager alors tu peux largement compter sur ma présence.
Il me lance un petit regard appuyé et je glousse un peu :
- Nous nous sommes embrassés au nouvel an, oui, mais ça me garantit ta présence en ville uniquement pour cette année, souligne-je.
- Tu m’embrasseras au prochain nouvel an et tu seras rassurée, me contre-t-il en riant doucement.
Je pouffe avec lui, heureuse d’avoir la confirmation qu’il nous projette tous les deux dans un an. Je savoure ma joie lorsqu’il reprend :
- Et pour ce que je ferai, il est évident que je travaillerai dans ma boite alors là non plus, la question ne se pose pas, même si j’aurai normalement le titre d’avocat en plus. Et toi ?
- Et bien, je me verrais bien tenter le master de droit des affaires, avoue-je en l’observant.
Il tourne un visage radieux vers moi :
- Vraiment ?
- Oui… ça doit être ton influence qui déteint sur moi, je ne sais pas trop… ou alors c’est peut-être d’imaginer que tu pourrais m’aider dans mes cours si je paniquais, conclus-je d’une petite voix.
- Mon chaton, il est évident que tu n’aurais pas besoin de moi pour briller. Mais tu pourras assurément compter sur mon aide si ça peut te rassurer, conclut-il en attrapant ma mâchoire.
Il me sourit gentiment, alors que mes joues s’enflamment entièrement puisqu’il vient de me confirmer qu’il ne comptait pas sortir de ma vie dans les trois prochaines années et je pose donc mon verre pour enlacer sa nuque. Il me monte sur le plan de travail une seconde après pour me mettre à sa hauteur, m’asseyant juste à côté de son petit poste de cuisine alors que je l’embrasse avec tout mon amour. Mon amour se mue d’ailleurs en ardeur et il est obligé de m’arrêter en riant :
- Nous cuisinons, me rappelle-t-il en reprenant doucement son souffle.
- Tu cuisines, je n’ai pour l’instant pas fait grand-chose, glousse-je en me tortillant d’allégresse.
- Tu plaisantes ? Si ce plat est réussi, ce sera sans nul doute grâce à tes échalotes impeccablement émincées ! souligne-t-il en me remettant le verre de vin dans la main.
Je croise les jambes, toute contente d’être perchée à côté de lui à ne rien faire de plus que l’admirer avec des étoiles dans les yeux. Il soupoudre la moitié de son petit bol de truffe dans la sauce qui mijote sur le feu, qu’il remue avec une cuillère en bois une minute avant de me la tendre. Je goûte la sauce sous ses yeux tendres et la saveur est presque la même qu’à l’hôtel.
- Plus de truffes ! ordonne-je en gloussant.
- A vos ordres, répond-il en m’embrassant chastement avant d’ajouter ce qu’il faut.
Comme toujours, j’ai l’impression d’être sa petite princesse. Il s’affaire pour recréer mon plat préféré en attendant de moi uniquement que je sirote la bouteille hors de prix qu’il a acheté pour l’occasion et que je lui rende les baisers divins qu’il sème régulièrement sur mes lèvres. Ma vie ne peut pas être réelle.
- Je veux être avec toi, lâche-je de but en blanc.
Il tourne la tête pour m’interroger du regard en éteignant le feu sous la poêle puisque la sauce est officiellement parfaite. Je me perds sur ses traits une seconde, presque paniquée à l’idée de le perdre un jour et je décide donc d’être complétement honnête :
- Par rapport à notre discussion… où nous nous voyons dans quelques années… j’aimerais être en droit des affaires, j’aimerais conserver Julia comme coloc, j’aimerais avoir une voiture… mais je veux être avec toi Hunter.
Mon cœur bat fort contre ma poitrine après cet aveu et il penche la tête sur le côté en m’observant. L’adrénaline se répand dans mes veines par litre et je continue bravement :
- Je veux que mon quotidien soit celui-là… Passer des moments aussi parfaits avec toi, cuisiner, nous promener, jouer… il n’y a rien que je veuille plus fort que d’être avec toi dans quelques années, à faire exactement ce que nous faisons en ce moment.
Il vient se placer entre mes jambes pour attraper mes joues avec un air concerné :
- Mais mon cœur… pourquoi ne le serions-nous pas… ? demande-t-il sans comprendre.
J’ai toutes les réponses que je voulais cette fois et j’attrape ses épaules pour le tirer contre mes lèvres alors qu’un bonheur vibrant remplace l’adrénaline au sein de mon corps. Je suis tellement heureuse et passionnée qu’il doit encore une fois m’arrêter pour reprendre notre plat, ce qu’il fait en pouffant et en me jetant des regards rieurs aux pupilles bien trop larges pour être honnêtes. Ça m’électrise immédiatement et je gazouille de bonheur un peu plus fort en lui lançant des regards séducteurs par-dessous mes cils en buvant la fin du verre de vin.
- Arrête ! Je n’arrive plus à me concentrer ! rit-il en essorant les pâtes.
- Mh…, minaude-je.
Il me lance encore un coup d’œil et rit de plus belle face à mes yeux de plus en plus charmeurs.
- Arrête ! Hestia ! glousse-t-il.
J’ai bien du mal à croire que je lui fasse autant d’effet, moi. Mais ça me stimule un peu plus et je saute sur mes pieds pour me caler contre son dos. Dès que je passe mes mains sur son torse pour le caresser, il rit un peu plus, s’étranglant presque lorsque je descends mes paumes jusqu’à sa ceinture.