Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 102 : Recherches de motels
Lorsque Kai se gare devant le gymnase, il observe le bâtiment avec curiosité et j’arrête presque de respirer en repérant la voiture d’Hunter plus loin, comme si Kai pouvait savoir qu’elle a un lien avec moi, ce qui est impossible, naturellement.
- Alors tu vas là-dedans pour te dandiner ? demande-t-il en me regardant avec humour.
Je rougis jusqu’à la racine des cheveux en relevant le nez :
- Je ne me dandine pas ! J’apprends à me battre ! me hérisse-je.
Il essaie gentiment de me mettre un petit taquet sur la tête et nous nous battons une petite minute jusqu’à ce qu’il atteigne son but :
- Et bien ! Ce n’est pas très efficace pour le moment ! se moque-t-il.
- Arrête ! couine-je. Je n’ai pas fait beaucoup de séances mais je sais déjà plutôt bien me défendre ! Je n’apprends pas à esquiver les claques, j’apprends à me débarrasser d’un type qui m’attraperait !
- Je ne me moquais pas vraiment bébé…, répond-il d’une voix douce. Je suis content que tu suives ce truc… je te jure… ça me rassure… Tu fais très bien d’y aller, je te soutiens à cent pour cent.
- Merci.
- C’est un homme qui donne le cours ? demande-t-il en regardant le gymnase avec un air mauvais.
- Kai, ne commence pas, gronde-je.
- Le salop… Ça doit bien lui aller de tripoter des femmes en leur faisant croire qu’il leur apprend à se défendre, marmonne-t-il d’une voix sombre.
- Il ne touche pas les participantes, réponds-je de ma voix la plus sèche.
- Ah bon ? s’étonne-t-il en tournant vivement la tête vers moi.
- Et bien oui, ça t’en bouche un coin n’est-ce pas ? siffle-je.
- Franchement, ouai.
- Alors arrête de le critiquer, tu ne le connais pas ! crie-je. Et il rend service à des dizaines de filles ! Il les fait se sentir plus en sécurité dans le respect le plus total ! Alors si tu t’avises encore de …
- Bébé ! Calme-toi ! s’exclame-t-il en levant les mains. Bordel, j’ai parlé trop vite, c’est bon ! Ne te mets pas dans cet état !
Je me tais mais j’ai sans doute toujours un regard plus que farouche, parce qu’il garde les mains levées en haussant les sourcils.
- Mh…, finis-je par marmonner en ouvrant ma portière.
- Bon cours, à demain…, glisse-t-il.
- A demain, soupire-je.
Je lui fais tout de même signe tandis qu’il s’éloigne, puis je trottine jusqu’au bâtiment. Dès que j’entre, je suis juste à l’heure et je tombe sur Hunter qui sort du petit bureau.
- Mon cœur ! s’exclame-t-il, aussi étonné que soulagé. Tu n’as pas eu mes messages ?
- Euh… non ? J’avais mon téléphone dans mon sac, je ne l’ai pas entendu vibrer, me justifie-je.
Il vient en deux enjambées jusqu’à moi pour attraper mes joues et m’embrasser en souriant.
- Ce n’est rien, je me demandais juste ce que tu faisais… je me suis habitué à ce que tu viennes en avance, c’est tout.
- Excuse-moi, j’ai trainé, réponds-je en me hissant sur la pointe des pieds pour l’embrasser encore.
Je ne l’ai vu qu’une fois cette semaine, et autant dire qu’un petit baiser n’est pas suffisant pour me combler. Il sourit un peu plus en me prenant enfin dans ses bras, et nous nous embrassons plus longuement en nous câlinant.
- Tu m’as manqué, ronronne-je.
- Toi aussi, ton examen de ce matin s’est bien passé ?
- Très, il faut dire que j’étais prête ! fanfaronne-je.
- Tu l’es toujours mon chat, répond-il avec des yeux fiers.
- Et maintenant, je suis prête à te botter les fesses pendant une bonne heure et demie ! glousse-je.
- C’est parfait, parce que j’ai déjà cinq minutes de retard, rit-il en jetant un coup d’œil à l’horloge.
Nous nous détachons et il m’emmène rapidement vers nos camarades, avec ma main dans la sienne, toujours pour mon plus grand bonheur.
*
Nous sommes dans la voiture d’Hunter, j’observe les rues sombres défiler autour de moi, je me laisse bercer par le ronronnement doux du moteur et par ses doigts qui caressent ma cuisse. J’ai la tête posée contre la vitre, j’observe la pluie qui dégringole le long de celle-ci en prenant enfin un peu le temps de réfléchir. Je repasse mentalement ma conversation avec Kai dans ma tête, et je réalise vite que la première chose à faire sera de trouver un motel, le moins cher possible. Ce n’est qu’une fois que j’aurai le prix en tête que je saurai combien il faut que je trouve d’ici demain soir et nous aviserons. Peut-être qu’en piochant dans mon argent du mois, je serai en mesure de payer les premiers jours, et je n’aurai qu’à faire un peu d’interim pour payer la suite au jour le jour…
- Tu es bien silencieuse mon amour, commente Hunter d’une voix douce.
Je tourne la tête vers lui pour lui sourire.
- Excuse-moi, je suis un peu dans la lune, confirme-je d’une petite voix.
- Rien de grave ? s’inquiète-t-il.
Nous sommes à un feu rouge, il me lance un regard inquiet qui me fait fondre immédiatement. Ses beaux yeux verts sont si soucieux, ses doigts se serrent un peu contre ma cuisse pour me réconforter et je ne peux toujours pas croire que ce sublime jeune homme soit mien. La situation me ramène dans le passé, lorsqu’il me ramenait du cours et que nous nous connaissions à peine, lorsque nous étions timides et que nous nous tournions autour sans le savoir…
- Je t’aime, murmure-je sans lâcher son regard.
- C’est grave visiblement…, chuchote-t-il avec sérieux en fronçant un peu les sourcils.
- Ne t’en fais pas, je… tu me connais, je me fais des montagnes de taupinières, le rassure-je en agitant la main.
- Je peux peut-être participer à te démontrer que ces effrayantes montagnes ne sont que de ridicules petites taupinières… ? propose-t-il gentiment.
- Mais non, ce n’est rien, j’y réfléchirai plus tard, je ne veux pas gâcher de temps en ta compagnie, déclare-je en retrouvant définitivement le sourire.
- T’apaiser et t’aider ne me semble pas être un gâchis de temps…, souligne-t-il en redémarrant.
- Arrête de t’occuper de moi comme ça ! m’amuse-je. Tu es trop parfait, je vais finir par croire que tu caches quelque chose de louche !
Il sourit simplement avant d’attraper ma main pour la porter à ses lèvres et je lance ensuite un petit sujet de conversation pour le rassurer.
Lorsque nous entrons chez eux, la douche est prise par Eden et nous ronchonnons comme deux sales gosses avant de nous décider à faire à manger pour patienter. Il ouvre le frigo :
- Qu’est-ce que tu as envie de manger de bon ? demande-t-il joyeusement.
- Et si nous faisions des pâtes carbonara ? C’est ce que tu m’avais servi la première fois que nous avons mangé tous les deux ! Elles étaient délicieuses !
- En route pour l’Italie alors !
Je glousse et dès que j’essaie de l’aider, il m’ordonne d’aller me reposer de ma dure séance dans le canapé pendant qu’il s’occupe de tout. Ma vie de princesse, rien de surprenant.
Pour une fois, je ne fais pas de vagues et je vais sagement m’installer dans le canapé où je m’allonge en sortant mon téléphone de ma poche. J’écoute les lardons crépiter et je respire la bonne odeur avec délice tandis que j’effectue une petite recherche pour trouver des motels proches de chez moi à des prix raisonnables.
Quelques minutes plus tard, alors que je compare quelques enseignes, Hunter me surprend en s’accoudant au canapé :
- Qu’est-ce que tu fais ? Il est rare de te voir trainer sur ton téléphone ? demande-t-il avec curiosité.
Je suis bien heureusement allongée sur le dos, et il ne voit pas mon écran.
- Je discute avec Alma, invente-je en couinant comme une petite souris.
- Des discussions top secrètes de filles ? rit-il.
- Exactement, bafouille-je.
Il se penche pour venir m’embrasser et je suis toujours aussi honteuse de lui mentir. Je passe drôlement de temps à le mener en bateau pour quelqu’un qui ne supporte pas le mensonge…
- Nous mangeons dans cinq minutes, annonce-t-il avant de m’embrasser encore une fois.
Il s’éloigne et je termine rapidement mes recherches en élargissant la zone géographique. Je trouve finalement mon bonheur, c’est à dix minutes en voiture de chez moi, autant dire beaucoup trop loin pour y aller à pied, mais drôlement acceptable si Kai me prête sa Mustang. J’imagine que ça ne lui posera pas de problème, puisqu’il dit lui-même qu’il ne faut pas qu’il bouge du lieu où il se sèvre. En tout cas, ce motel retient mon attention pour son prix attractif, puisque la semaine ne coûte que deux cent quatre-vingts euros. Ça reste un prix mais je n’ai pas trouvé moins cher, alors ce sera celui-là.
Cette somme est plutôt facilement atteignable et je réfléchis donc à un moyen de rembourser ce qu’il doit, histoire d’ôter de nos épaules le problème majeur : sa vie mise en danger.
He : « Combien dois-tu à ton patron ? »
J’envoie le message à Kai et je rejoins Hunter à table pour déguster notre bon petit plat qui me réconforte. Après notre manger, je débarrasse tout ce que nous avons salit pour le mettre au lave-vaisselle, une bien faible participation, pendant qu’Hunter tambourine à la porte de la salle de bain en râlant après son colocataire qui y est depuis que nous sommes rentrés.
Il me rejoint dans le canapé avec la mine encore contrariée et je glousse :
- Mais qu’est-ce qu’il fiche ?! Je ne l’ai jamais vu passer autant de temps dans une salle de bain !
- Il se prépare pour ce soir je suppose… Je n’ai même pas envie de savoir ce qu’il peut bien faire, répond-il en grimaçant.
- Pour ce soir ? Il sort ? m’étonne-je.
- Alma ne t’a rien dit ? s’étonne-t-il à son tour.
Difficile pour Alma de me prévenir de quoi que ce soit en sachant que je ne lui parlais pas, en effet…
- Euh… non ? Ils se voient ? couine-je en rougissant un peu sous la honte.
- Eden n’a pas de match cette semaine, ils passent le weekend ensemble…, répond-il en fronçant les sourcils.
Il me trouve louche, c’est évident, et je le comprends. Connaissant ma relation avec Alma, il est difficile d’imaginer que je puisse lui avoir parlé tout à l’heure sans qu’elle ne m’ait annoncé la chose. Je préfère vite détourner ses pensées :
- Ils passent les deux jours chez elle ? demande-je.
- Non, Eden l’emmène en weekend dans un petit hôtel.
- Quoi ?! Déjà ?! m’exclame-je en me redressant dans le canapé.
Il rit un peu face à mon air surpris :
- Comment ça déjà ?
- Je ne sais pas… ils ne sont ensemble que depuis une semaine et elle se fait déjà emmener en weekend… la chance ! piaille-je.
C’est à son tour d’être surpris et il hausse les sourcils au moment même où je percute la gaffe que je viens de faire.
- Tu aimerais aller en weekend ?! demande-t-il.
- Je ne veux pas partir en weekend ! m’exclame-je au même moment.
- Bien sûr que si ! Tu viens de dire qu’elle avait de la chance ! réplique-t-il en se redressant à son tour.
- Mais non, mais… je sais qu’elle va apprécier, c’est tout !
- Oh non Hestia…, rit-il. Oh non, non, non… tu viens de te vendre mon petit cœur !
Il a l’air tout heureux et j’essaie d’afficher la moue la plus réprobatrice que je le puisse malgré le grand sourire sur mes lèvres.
- Hunter… je n’ai pas besoin que tu m’emmènes en weekend… Tu viens déjà de ma payer un séjour de rêve en haute montagne et Alma m’a invité dans ce joli petit chalet, où tu étais présent… je n’ai vraiment pas besoin que tu m’emmènes quelque part…
Il se glisse au-dessus de moi en me rallongeant dans le canapé, et je souris un peu plus face à ses yeux malicieux.
- Trop tard mon cœur… Tu viens de me signaler que tu aimerais…, murmure-t-il en frottant son nez contre le mien.
- Arrête de dépenser pour moi, tu vas me rendre dingue.
- Et le budget Hestia, alors ? Tu ne l’as quand même pas oublié ? s’amuse-t-il.
Il est difficile de rester fâchée alors que je sens tout son corps contre le mien, que ses lèvres sont suspendues à quelques millimètres des miennes et que ses yeux échauffent mes nerfs avec une efficacité remarquable. Il faut dire que ça fait une semaine que nous n’avons pas été aussi proches physiquement et mon corps en a très bien conscience.
Je lutte malgré tout :
- Le budget Hestia ne couvre pas des frais aussi importants, tente-je.
- Le budget Hestia a un plafond étonnement élevé… tu serais surprise, réplique-t-il en me sortant son sourire le plus coquin. Alors dites-moi ma princesse, où aimeriez-vous passer un weekend ?
- Dans ma chambre étudiante.
- Nous deux et Julia ? Pas très romantique, rit-il.
- Je ne vois pas pourquoi ! réponds-je en souriant.
- Parce que j’aimerais bien quelque chose d’un peu plus intime…, chuchote-t-il en rapprochant encore ses lèvres des miennes.
- Ah bon…, souffle-je, complétement conquise. Mais pour quoi faire voulez-vous donc que nous ne soyons que tous les deux ?
- Tout un tas de choses, pendant des heures et des heures…, murmure-t-il de sa voix la plus chaude.
Nous n’y tenons plus et nous nous jetons l’un sur l’autre pour nous embrasser avec voracité. Il est fou de constater comme l’ambiance est électrique entre nous chaque vendredi soir, comme une semaine d’attente peut paraitre interminable quand il s’agit de l’homme qu’on aime et comme nous avons tendance à oublier que nous ne sommes pas seuls lorsque notre passion prend le dessus.
J’ai déjà retiré le haut d’Hunter et il a la main passée sous ma brassière lorsque nous sommes ramenés à la réalité par l’éclat de rire d’Eden :
- Nom de dieu ! Je n’ai quand même pas mis si longtemps ! Vous ne pouvez pas vous retenir de vous sauter dessus plus de trente minutes ?!
Nous sursautons aussi fort l’un que l’autre et les joues d’Hunter rosissent plus fort que jamais lorsqu’il retire sa main de ma brassière avec urgence.
- Bande de lapins va ! beugle Eden pour nous mettre un peu plus mal.
Sans autre forme de procès, la main d’Hunter jaillit pour attraper Eden qui continuait sa route vers sa chambre et ce dernier réagit au quart de tour. Une bagarre enfantine se déclare alors que je protège mon visage en riant puisqu’il se battent juste au-dessus de moi, à travers le dossier du canapé. Même Calyouk rejoint la bataille en jappant et en sautant sur son maitre, tout excité par le combat aussi « violent » que soudain.
J’arrive à m’extirper en gloussant, mais les garçons bataillent toujours alors que je poireaute vers l’îlot de la cuisine. Vu ce que vient d’interrompre Eden, je suis au moins jetée dans le bain et je ne peux plus me convaincre qu’il ne se doute pas de ce qu’il se passe entre Hunter et moi derrière les portes fermées… Il était sans doute déjà amplement au courant et ridicule de ma part de ne même pas oser me doucher avec mon petit-ami, mais au moins désormais, les choses sont plus claires.
- Tu viens te doucher ? demande-je donc à Hunter.
Il est plus que surpris et arrête net son combat pour tourner la tête vers moi comme s’il n’y croyait pas. J’hoche la tête pour lui confirmer la chose tandis qu’Eden le provoque :
- Si tu abandonnes, je gagne ce combat… Tu ne risquerais quand même pas ton honneur…
- Pour une douche avec ma copine ? Tu es cinglé ou quoi ? La question ne se pose même pas, réplique Hunter.
Il saute sur ses pieds pour me rejoindre, faisant éclater de rire Eden qui s’enfile dans sa chambre en nous annonçant qu’il part dans deux minutes, quand il sera habillé.