Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 103 : Le salaire
Quand nous sortons de notre douche, il n’est pas très tard mais nous nous laissons séduire par une petite soirée au lit. Je file à toute vitesse de la salle de bain jusqu’à son lit pour m’éviter d’avoir froid et je me jette sous les couvertures, nue comme un ver, en gloussant.
Hunter me rejoint une minute plus tard avec nos téléphones à la main, qu’il pose sur sa table de nuit en me lançant un regard :
- Je ne sais pas trop ce qu’il me prend, mais je tuerais pour un chocolat chaud… ça te dit ? propose-t-il.
- Si j’ai le droit de le boire ici, oui ! piaille-je.
Il lève les yeux au ciel, pour me signaler que j’en ai bien évidemment le droit, et après avoir enfilé un short de pyjama, il me laisse pour aller nous préparer nos chocolats. Je m’emmitoufle dans sa couette pour conserver ma chaleur en attendant le retour de son torse chaud d’homme et j’attrape mon téléphone en voyant que j’ai un message.
K : « Après l’avance de 1200, je dois encore 4800. »
Je grimace un peu, puisque je ne risque pas de trouver cette somme sous l’oreiller d’Hunter. L’idéal serait que nous puissions avoir un délai, le temps que je puisse travailler… Les vacances sont dans quelques semaines… Si je prenais un poste à plein temps, je pourrais sans doute avoir à peu près de quoi faire…
Bon sang, si son foutu patron lui laissait quelques semaines, nous pourrions le faire décrocher, puis trouver un travail en même temps pendant les vacances de février… Nous aurions alors de quoi payer une avance en attendant de rembourser la totalité…
He : « Nous ne pouvons pas avoir un délai ? »
K : « Le délai, c’est jusqu’à demain soir bébé. Ces hommes ne rigolent pas, pas d’argent, pas de délai. »
He : « Nous avions eu une semaine… »
K : « On avait surtout donné 1200 balles pour cette semaine de délai. »
Je soupire bruyamment, frustrée par cette situation. Heureusement, après un moment aussi agréable sous la douche avec Hunter, je suis pleine d’hormones positives et donc de positivité.
He : « Je vais trouver une solution, ne t’inquiète pas, j’y travaille. »
K : « Ce n’est pas à toi de gérer ma merde bébé. Viens simplement me voir demain pour me dire au revoir. Je t’aime. »
He : « Je t’aime aussi. »
Je pose mon téléphone sur ma table de nuit en me calant un peu mieux dans les oreillers, pour me creuser un peu plus la tête pour une solution. Il y a bien sûr une potentielle solution, qui j’imagine pourrait déjà largement nous aider… et cette solution passe d’ailleurs la porte avec deux tasses et un sourire renversant sur les lèvres.
- Ce n’est pas un hôtel étoilé avec un room service délicieux… mais je te garantis qu’aucun hôtel ne te fera un chocolat avec autant d’amour…, plaisante-t-il en se penchant pour m’embrasser.
Je me relève en tailleur tout en attrapant ma tasse, avant de lui sourire en parcourant son beau visage heureux.
- Merci mon chaton… Et je préfère cent fois ton appartement, ce n’était pas une plaisanterie.
Il s’installe à côté de moi, bien redressé dans les oreillers pour boire en m’observant.
- D’accord… mais nous serons toujours dans mon appartement, à chaque fois que tu en auras envie… il n’aura rien d’exceptionnel… ce sera ton quotidien… en tout cas j’espère. Alors qu’un joli weekend dans un endroit sympa… ça crée des souvenirs, des beaux moments à deux, argumente-t-il.
- C’est vrai… je suppose que je n’ai pas passé assez de temps ici pour que l’idée d’en partir me séduise suffisamment…, réplique-je avec légèreté.
Il m’observe pensivement quelques minutes tandis que je bois en le charmant par-dessous mes cils. Il finit par poser sa tasse vide sur sa table de nuit pour fixer ses mains, avec une tête contrariée.
- Je sais que tu dis tout ça parce que tu ne veux pas que je dépense mon cœur… mais je… je commence à être fatigué de tout ça, murmure-t-il en fronçant les sourcils.
Il a vraiment l’air contrarié pour le coup, et ça m’inquiète automatiquement. Je lui tends ma tasse vide, qu’il pose sur sa table de nuit sans me lancer un regard et mon cœur accélère à l’idée qu’il se lasse de moi.
- Tu … Je te… tu ne veux plus qu’on…, bafouille-je.
Il me regarde enfin dans les yeux, mais avec un regard qui m’affole encore cent fois plus. Je n’y lis que la lassitude et l’agacement. Mon cœur part en sprint et ma bouche s’assèche instantanément.
- Tu ne veux plus de moi ? souffle-je.
- Bien sûr que si Hestia, arrête de dire n’importe quoi ! s’agace-t-il.
Heureusement, il prend mes mains dans les siennes et je me calme un peu alors qu’il reprend :
- Il est juste tellement fatiguant de te cacher les choses… de… devoir lutter pour que tu acceptes que je paye des foutues courses ou un weekend… Ça me… Laisse tomber, je suis fatigué, complétement shooté par ce que nous venons de faire, je déraille.
- Mais non, dis-moi… je ne veux pas te contrarier à ce point…, murmure-je.
Il attrape mon dos pour me faire gentiment tomber contre son torse et je me laisse faire avec joie, puisque ça calme enfin complétement mon inquiétude. Je m’allonge sur le flanc en passant une jambe sur son bassin, redressée sur un coude et le bras libre posé sur son torse. Ma position indique clairement que je suis contre lui pour discuter et pas seulement pour le câliner, alors il crache le morceau en caressant mon dos avec douceur.
- J’aimerais que nous ayons une discussion Hestia, une discussion sérieuse, de couple.
- Ah bon ? m’inquiète-je à nouveau.
- Mais arrête de faire cette tête mon cœur ! rit-il finalement.
- Alors dis-moi ce qu’il se passe ! Tu sais bien que c’est compliqué pour moi, je déteste quand tu tournes autour du pot, j’aime quand tu es clair ! couine-je.
- Je veux que tu arrêtes, complétement et définitivement, de m’embêter sur mes dépenses, lâche-t-il.
Il me lance un regard grave et appuyé, qui me signale très clairement qu’il est temps que j’arrête mon cirque. Je décide donc d’aller droit au but à mon tour, inutile de faire la femme gênée et timide :
- D’accord, je t’entends. Mais peux-tu comprendre qu’il soit très difficile pour moi de te laisser tout payer ? Soyons sérieux une minute, si je te laissais faire, je n’aurais plus un sou à dépenser.
- Oui, soyons très sérieux et un peu plus d’une minute : Hestia, si je te dis que je peux me le permettre, c’est que je le peux. Je ne comprends pas où est le fond du problème à la fin… Depuis que nous sommes ensemble, tu me fais des cirques monumentaux pour que je ne dépense pas… J’ai compris Hestia, tu n’es pas avec moi pour l’argent… alors maintenant, laisse-moi te traiter comme j’en ai envie.
Je fronce automatiquement les sourcils en reculant au maximum de lui que notre position me le permette, très choquée par ce qu’il vient de dire.
- Je ne suis pas avec toi pour l’argent… ? répète-je lentement. Je ne comprends même pas comment tu as pu te dire une chose pareille… Ce n’est absolument pas ce que je me dis, je n’ai même jamais pensé de près ou de loin à une chose pareille… Mais qu’est-ce que c’est que cette réflexion Hunter ? D’où sors-tu une chose aussi bizarre ? Tu n’es pas un vieux millionnaire qui épouse des jeunes femmes dans la vingtaine et que j’aurais approché…
Il perd sa lassitude en un claquement de doigts, visiblement inquiet de m’avoir blessée. Voilà qui ressemble plus à mon Hunter.
- C’est une façon de parler ! se justifie-t-il tout de suite. Je dis simplement ça parce qu’on dirait que tu te cabres à chaque fois que je veux payer les courses ou les séjours ! On dirait que tu t’inquiètes pour mon compte en banque sérieusement ! Alors je te le dis une dernière fois : Arrête !
- Mais heureusement que je m’inquiète de ton compte en banque ! me hérisse-je dans un cri. On dirait qu’il n’y a que moi qui m’en inquiète !! C’est quand même dingue ! Tu dépenses sans compter à droite et à gauche, à acheter des bouteilles de vins à deux cents euros et des kilos de truffes, à payer des séjours pour ma petite personne à sept cents euros ! Tu payes la chambre d’Alma à la montagne, les repas d’Eden lorsque nous dinons les trois ! Si tu veux mon avis, il était grand temps que quelqu’un s’inquiète de ton compte en banque puisque nous ne pouvons visiblement pas compter sur Eden ou toi-même pour le faire !
- Hestia…, murmure-t-il en me lançant un regard appuyé.
Je suis complétement remontée et je continue :
- Franchement ! Heureusement que je ne me laisse pas traiter comme monsieur Eden, le prince de ce royaume ! Qui te laisse acheter des sushis pour lui sans même te remercier !
- Hestia, insiste-t-il sur le même ton en attrapant ma main qui s’agitait.
Il me dévisage toujours en pressant mes doigts avec douceur et je me tais finalement pour l’écouter.
- Mon cœur… il ne t’es pas venu à l’esprit que… si ni Eden, ni moi, ne nous soucions de mon compte bancaire, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas de soucis à se faire… ?
Je reste muette quelques secondes, à ne pas trop savoir quoi répondre à ça, surtout lorsque je vois son attitude. Il n’a pas l’air de quelqu’un qui ne sait pas gérer son argent, il a drôlement plus l’air de quelqu’un qui sait justement très bien de quoi il parle.
- Mais je … je n’en sais rien Hunter… Je n’ai absolument aucune idée de ton salaire… comment veux-tu que j’agisse en conséquence… ? Je ne sais même pas si tu gagnes mille cinq cents euros ou cinq mille… Je… Si j’en avais une petite idée, alors peut-être bien que je me calmerais mais… tu n’as pas à me dire ton salaire, c’est ridicule, je m’en fiche. Je ne suis pas contre le fait que tu dépenses, mais je trouve qu’il est normal que je m’inquiète pour toi.
- Si je gagnais cinq mille euros par mois, tu me laisserais t’inviter sans broncher ?
- Sans doute… mais tu n’es pas encore avocat que je sache, rochonne-je.
Il hoche la tête, comme s’il se donnait du courage et j’hausse un sourcil interrogateur.
- Bon… réglons le problème alors..., dit-il finalement. Je gagne plus de cinq mille euros par mois, tu peux donc te détendre et me laisser te gâter.
Cette révélation est pratiquement une claque.
- Quoi ?! Tu gagnes plus de cinq mille euros par mois ?! m’exclame-je.
Il a un petit rire mais ses yeux me couvent avec tendresse.
- Oui.
J’écarquille les yeux et je suppose que mes sourcils ont sauté jusqu’au plafond à ce stade. Il attend patiemment que je dise quelque chose, mais je ne vois pas bien ce que je pourrais répondre à une chose pareille… à part peut-être l’évidence :
- Et bien, je comprends mieux…, souffle-je finalement d’une petite voix.
- Tu arrêteras de m’embêter ? demande-t-il.
- Mon dieu Hunter… mais tu es… riche… vraiment riche, dis-je bêtement. Tu dois mettre énormément de côté… tu …
Il ne répond pas, il me laisse me remettre de mes émotions et le parallèle entre lui et moi revient, comme à nos débuts.
- Mais qu’est-ce que tu fiches avec une étudiante fauchée comme moi… ? murmure-je finalement.
- Voilà, c’est exactement tout ce que je ne voulais pas entendre, soupire-t-il en serrant la mâchoire.
- Mais… c’est vrai je… je ne sais pas, j’ai l’impression d’être une pauvresse que tu prends sous ton aile, ça recommence ! geins-je.
- Bordel mais Hestia !! crie-t-il si soudainement que je sursaute.
Je ne comprends rien à ce qu’il se passe, mais la seconde suivante, je suis coincée sous son grand corps, écrasée contre le matelas alors qu’il fond sur mes lèvres pour m’embrasser. Il m’embrasse d’ailleurs avec beaucoup d’ardeur, comme si notre petite douche n’avait pas existé et je me laisse évidemment séduire en un tour de main.
Je glisse mes bras derrière sa nuque, déjà complétement ailleurs alors que notre conversation s’éloigne vitesse grand v de mon esprit. Il m’embrasse quelques minutes, avec toute sa passion, toute sa férocité, comme si j’étais la meilleure douceur de son monde.
Lorsqu’il relève finalement le nez, je suis complétement à bout de souffle, transie d’amour et de désir.
- Est-ce que tu as vraiment l’impression d’être une « pauvresse » que je prends sous mon aile Hestia… ? Est-ce que tu vas encore oser me regarder dans les yeux et me dire que tu ne te rends pas compte d’à quel point je tiens à toi, à quel point je t’aime comme un dingue… Est-ce que tu vas oser… encore une seule fois… te plonger dans mes yeux et te qualifier autrement que comme l’amour de toute ma putain de vie ? demande-t-il durement.
Je ne peux même pas répondre à une chose pareille, je tire sur sa nuque pour l’embrasser encore, avec tous mes sentiments dévorant pour lui, l’amour de toute ma putain de vie.