Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 104 : Les projets
Après une nuit comme nous venons de passer, nous nous réveillons avec de petits yeux et surtout, des regards presque timides. Je passe sa couette sur mon nez pour me cacher, ce qui déclenche son petit rire discret.
- Pas trop fatiguée mon cœur ? demande-t-il finalement.
- Un peu, avoue-je en mordant ma lèvre.
- Il faut dire que c’était…
- Sportif, finis-je à sa place.
Nous gloussons comme deux bien heureux, encore complétement inondés par nos hormones de bonheur il faut croire… ce qui ne serait pas étonnant vu la quantité que nous avons reçu au fur et à mesure de cette longue nuit.
- Un café ? demande-t-il en retenant un rire.
- Deux ! réplique-je.
Il se lève et je ne peux faire autrement que glisser des yeux affamés sur son dos, pour parcourir ses muscles et son sublime tatouage. Quelle beauté… Je ne peux pas croire à la nuit que je viens de passer. J’enfile rapidement ma nuisette noire, pour le rejoindre à la cuisine, et je m’assois sur l’une des chaises hautes en grimaçant un peu.
Ça le fait mourir de rire, et il pose mon café devant moi en me sortant son sourire le plus fier.
- J’ai mal partout…, rochonne-je. Des courbatures dans des muscles que je ne connaissais même pas…
- Pardon mon amour…, réplique-t-il avec son sourire toujours jusqu’aux oreilles.
- N’aies pas l’air si fier, tu m’agaces ! Et puis toi alors ? Tu n’as mal nulle part ?! C’est tout de même la meilleure ça ! m’offusque-je.
- Je suis plus entrainé que toi au sport, réplique-t-il en haussant les épaules.
- Saleté d’athlète, bougonne-je en cachant mon sourire dans ma tasse.
Il est dos à moi, il attrape son café qui vient de finir de couler en répondant avec légèreté :
- Pas besoin d’aller courir cette semaine… ton cardio est largement fait.
Il éclate de rire et j’attrape une boite de mouchoir posée sur l’îlot pour lui jeter à la tête, ce qui redouble ses rires et déclenche les miens.
*
Hunter est allongé dans le canapé et je suis étalée sur lui, la joue posée au creux de ses pectoraux, à profiter du soleil qui nous réchauffe tandis que nous comatons tranquillement. Ça doit faire deux bonnes heures que nous sommes là, à simplement nous endormir à tour de rôles. Nous n’avons vraiment pas beaucoup dormi cette nuit, et cette sieste sous les rayons du soleil est des plus agréables…
- Quel pied ce serait si Eden n’habitait pas ici…, rit-il finalement. Sans même parler de cette nuit, il est agréable de me reposer avec toi ici en sachant qu’il ne débarquera pas…
- Arrête un peu, tu t’ennuierais la semaine sans Eden… Et maintenant qu’il sort avec Alma, je suppose qu’il passera la majorité de ses weekend avec elle… Ceci dit, elle a une coloc… Alors ils vont avoir le même problème que nous…
- Nous en revenons donc à ce que je disais, quel pied ce serait qu’il n’habite pas ici… Je te proposerais sans doute d’emménager, dit-il pensivement.
- Arrête de dire n’importe quoi.
- Je suis sérieux… tu aurais toutes tes affaires ici, tous tes repères… tu n’aurais plus de raison de paniquer à l’idée de dormir ici en semaine puisque ce serait chez toi… Nous pourrions même installer un bureau dans la chambre d’Eden…
Je relève le nez pour lui lancer un regard, mais il a l’air sérieux, on dirait vraiment qu’il est perdu dans ses petits projets surréalistes.
- Hunter, premièrement, Eden habite ici. Et deuxièmement, je ne lâcherais jamais ma chambre étudiante.
- Pourquoi ? Sans parler de le virer, imaginons qu’Eden et Alma emménagent ensemble et qu’il s’en aille… tu n’aurais… pas envie d’habiter avec moi ? demande-t-il d’une petite voix triste.
- Ce n’est même pas la question ! Je ne lâcherais jamais ma chambre ! Imagine que nous nous séparions pour une raison absurde ! Je ne peux pas perdre ma chambre universitaire, je ne retrouverais jamais un logement à un prix aussi bas !
- Alors sans parler de la lâcher dans ce cas… tu pourrais simplement emmener toutes tes affaires ici, tout en gardant ta chambre, dont le petit loyer est de toute façon compris dans ta bourse. Et il est évident que je ne te demanderais jamais de payer quoi que ce soit ici… Alors ça ne changerait rien, tu garderais ton logement étudiant sous le coude et tu habiterais avec moi…
Mon cœur démarre au quart de tour face à ses yeux sérieux.
- Hunter ! Nous sommes vraiment ensemble depuis quoi, un mois ?! m’inquiète-je.
- Et alors… ? Quand on sait, on sait. Je suis complétement sûr de moi pour ma part et j’adorerais que tu habites avec moi.
Evidemment, je ne sais pas quoi répondre à ça, parce qu’il me surprend tellement que reste figée. Mais il me connait par cœur, ce n’est plus un scoop, et il me laisse donc digérer ce qu’il vient de me dire en changeant de sujet :
- Bref, de toute façon Eden habite ici alors… Nous verrons bien ce qu’il se passe. Il est bientôt quatorze heures, tu as faim ?
- Ça va, couine-je d’une petite voix fébrile.
Il hoche la tête pensivement en caressant mon dos, sans doute déjà plongé dans ses réflexions de repas alors qu’il vient littéralement de me proposer d’habiter avec lui. Même si ça concerne un univers fictif dans lequel Eden déménage, c’est tout de même une grosse étape et je suis toujours abasourdie.
Je le suis d’ailleurs encore lorsqu’il se lève un quart d’heure plus tard pour faire à manger. Il se met en tête de reproduire les tacos d’Alma et il sort tout un tas de légumes sur l’îlot qu’il entreprend de découper avec application alors que je suis toujours dans le canapé, complétement scotchée, à le dévisager.
- Mon cœur, Eden habite toujours ici et je ne t’ai pas demandé d’emménager avec moi demain…, commente-t-il d’une voix légère en continuant de couper ses poivrons.
Il me connait tellement bien bon sang. Je suis toujours étonnée par sa patience avec moi, sa façon si légère de gérer mes fixettes et mes angoisses ridicules. Je comprends donc qu’il est allé faire à manger le temps que je me remette de ce qu’il vient de me dire, alors que je pensais que j’étais discrète… Je ne sais même pas pourquoi je m’inquiète encore de passer pour une fille bizarre à ses yeux.
- Je t’aime, murmure-je.
- Je sais, répond-il en souriant tranquillement.
- A la montagne, tu m’avais dit que je t’apaisais, que je te faisais vivre avec légèreté… tu te trompais Hunter, c’est complétement l’inverse. Tu facilites tout pour moi, tu rends tout gérable, tu sais comment me calmer à chaque fois que je panique un peu…
- Arrête de nous mettre en compétition mon chat, me réprimande-t-il. Il n’y a pas seulement l’un de nous qui fait du bien à l’autre et c’est tout. Nous nous apportons du calme et de l’apaisement mutuellement, pas sur les mêmes choses, et c’est ce qui nous rend parfaitement complémentaires d’ailleurs. Tu m’aide à poser mon cerveau, à ne pas réfléchir constamment, à vivre plus dans le moment présent, tu développes ma spontanéité et ma légèreté… Et j’essaie de voir venir tes petites paniques, de les désamorcer, de rendre ton quotidien moins inquiétant, de représenter une base solide à laquelle tu peux te raccrocher… Il faut que tu arrêtes de toujours nous scinder, nous sommes une équipe Hestia.
Je l’observe sans piper mot alors que les siens sont en train de changer ma perception de notre couple. Ajoutons à ça notre discussion d’hier soir, où il m’a plus ou moins ordonné d’arrêter de l’embêter avec son budget…
Nous sommes une équipe, il a raison. Il est finalement tellement évident que nous soyons une équipe alors que nous prévoyons de passer notre vie ensemble et de nous marier… Je passe définitivement beaucoup trop de temps à le contredire et le contrarier sur ces sujets-là, il est assez grand pour faire ses choix et il est visiblement assez sûr de notre couple pour se projeter plus loin que ce que je n’osais le faire.
Je l’observe quelques minutes découper simplement ses légumes, j’admire comme toujours sa beauté et je me rends bien compte qu’il est normal que je n’arrive pas à me projeter avec lui alors que je ne comprends pas ce qu’il me trouve depuis nos premiers rapprochements. Et pourtant, il est avec moi, il est mon équipe. Il a raison, il est en effet grand temps que j’arrête mes bêtises et que j’embrasse simplement la jolie vie à deux qu’il me propose. Je me lève donc du canapé pour aller l’aider, toute heureuse de cette discussion.
Il me lance un regard tendre quand j’attrape un couteau pour l’aider en coupant les tomates, et puisque je veux lui prouver que cette fois, j’ai bien compris, je me lance :
- Alors… ce séjour en hôtel cinq étoiles… où aurai-je la chance de poser mes valises ? demande-je joyeusement.
Nous échangeons un coup d’œil et je suis ravie de voir à quel point il est heureux de ma question.
- Ça dépend de ma princesse, réplique-t-il en souriant. Tu as des envies particulières ?
- Mis à part de vous ? minaude-je.
- Hestia ! rit-il.
Nous rions comme deux diablotins en nous embrassant chastement deux ou trois fois et je me concentre un peu pour réfléchir.
- J’aurais bien visité la capitale du pays, annonce-je finalement.
- Quoi ?! Je croyais que tu n’aimais pas la ville ? s’amuse-t-il.
- Justement, je sais que je passerai le reste de ma vie à me terrer allégrement dans ma campagne profonde…
- Dans ton château perdu au milieu d’un parc arboré, souligne-t-il en hochant la tête.
- Oui, glousse-je. Alors justement, j’aurais bien visité une très grosse ville avant… Juste pour voir à quoi ça ressemble, tout le monde en parle alors que je n’y ai jamais mis les pieds… C’est un peu étrange, je ne sais pas, je crois qu’il est important d’y aller au moins une fois, c’est tout de même notre patrimoine… Tu y es déjà allé ? C’est beau ?
- Oui, pour le boulot majoritairement. Je ne sais pas si je qualifierais ça de joli, c’est une très grosse ville, avec de très grands immeubles et beaucoup de béton… je ne suis pas sûr que ça te plaira. En revanche, je ne sais pas, j’imagine qu’une vue de la ville de nuit te plaira… Ça c’est plutôt très joli pour le coup. Et les musées, je suis sûr que ça pourrait te plaire…
Il est pensif, déjà visiblement complétement perdu dans le futur et dans ce qu’il aimerait m’y faire découvrir.
- Ce n’est pas trop loin ? m’inquiète-je.
- Un peu plus de quatre heures en voiture, mais j’ai l’habitude, alors pas de soucis à te faire, me prévient-il avec un regard appuyé.
- D’accord, je te fais confiance.
- J’aurais dû t’engueuler bien avant, te voilà toute docile, plaisante-t-il.
Je lui mets un coup de bassin en réponse et nous nous chamaillons en terminant nos tacos.