Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 128 : En urgence vitale

3373 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 17/06/2026 11:46

Chapitre 128 : En urgence vitale


Kai m’observe toujours de ses yeux dérangeants, il garde ses mains sur mes fesses alors que je pleure devant lui en lui signalant à quel point je me sens mal, alors qu’il me hurlait dessus il y a encore deux minutes en me traitant comme un chien, alors que nos vies sont en danger, que des hommes à qui il doit de l’argent sont au rez-de-chaussée, armés.

Je ne suis plus avec mon Kai depuis longtemps, je suis face à un drogué, visiblement complétement défoncé, qui saute d’une humeur massacrante à une humeur excitée en un claquement de doigts sans prendre mes émotions ou mes souhaits en compte…

 L’état d’urgence est déclaré, mon corps se calme, il quitte la terreur pour devenir efficace et mes méninges s’allument plus efficacement que jamais pour me sortir de cette situation, pour me sauver loin de Kai et ne plus jamais le revoir tant qu’il n’aura pas décroché pour de bon, sans moi pour subir les pots cassés.

-         Kai, lâche moi tout de suite, souffle-je avec inquiétude.

-         Mais pourquoi mon petit bébé ? demande-t-il en fronçant les sourcils.

-         Parce que je vais me tirer d’ici, maintenant, toute seule, annonce-je d’une voix blanche.

-         Bien sûr que non ! C’est trop dangereux ! Pourquoi tu ne me fais pas confiance ?! se vexe-t-il.

Et j’explose, toutes mes émotions se mêlent en un cocktail explosif, je me mets à crier le plus fort que je le puisse en chuchotant et en pleurant, ce qui me donne clairement des airs de folle à mon tour :

-         Parce que je ne peux pas te faire confiance Kai ! Je ne l’ai jamais pu et je viens seulement de le comprendre comme l’idiote que je suis ! Je t’avais prévenu bon sang, je t’avais prévenu que si tu me mentais encore sur ta consommation, ce serait la dernière fois ! Tu as juré sur ma vie Kai ! Comment as-tu pu jurer sur ma vie que tu ne te droguais pas ? Comment as-tu pu me mentir droit dans les yeux en sachant que ça signait la fin de notre amitié si je le découvrais ?! Comment as-tu pu me faire croire que tu perdais ta came dans une flaque alors que tu la fichais dans ton nez ?! Comment peux-tu croire que tu me traites correctement tout en me traitant comme la dernière des merdes depuis que tu es revenu dans ma vie ?!

Il ne répond pas, mais l’assurance quitte ses traits, ce qui doit signifier que mes mots ont enfin un impact percutant puisque la cochonnerie qu’il vient de sniffer est censée lui donner une assurance sans limite. Il se décompose tellement que je crois que je suis en train de le faire redescendre aussi sec après sa prise, ce qui est très bien. S’il n’est plus dans sa phase haute, mais pas encore dans sa phase de descente, ça doit vouloir dire que j’ai devant moi l’homme qui ressemble le plus à celui que je fréquente quand il est sobre alors j’enchaine pour essayer de le ramener définitivement à lui :

-         J’ai quitté toute ma vie pour toi Kai, tout ce qui me rendait heureuse. Je t’ai laissé m’entrainer dans ton mode de vie illégal, dans ton quartier terrifiant, dans tes soirées abominables, dans ton quotidien malsain ! Je l’ai fait parce que tu m’avais promis de ne plus toucher à tout ça, de te construire une vie stable et heureuse, et c’est tout ce qui m’importait ! J’ai quitté mon bonheur pour que tu puisses obtenir le tien et tu m’as encore trahie ! Tu m’as encore craché à la figure, menti, manipulée, et tu viens même de m’emmener dans un repaire du grand banditisme pour te servir de moi ! C’était la dernière fois Kai, la dernière fois que je te choisissais plutôt que moi ! Et si je sors vivante de ce traquenard, alors je ne veux plus jamais te voir, tu m’entends ?! Je ne veux plus jamais que tu approches de moi tant que tu n’es pas sobre et dans une vie rangée !

La claque est visiblement assez forte, son visage est terrifié, et alors qu’il ouvre la bouche pour me répondre, nous sommes interrompus :

-         Doka ! Ramène ton cul tout de suite, il faut qu’on parle ! crie Jo depuis le bas.

Nous nous dévisageons avec des yeux aussi apeurés l’un que l’autre, dans un silence de mort. La peur remonte en flèche au sein de mon corps, elle dépasse même le seuil qu’elle avait atteint tout à l’heure, particulièrement lorsque Jo se pointe en bas de l’escalier et nous trouve là, tous les deux en haut des marches.

-         Putain mais qu’est-ce que tu branles Doka ?! Quand je te dis de te ramener, tu te ramènes dans la seconde ! On va parler de ta tête, je crois que ça te concerne là ! s’énerve-t-il.  

Et comme la créature docile qu’il est face à ces hommes, il se met en marche pour descendre l’escalier. Je ne bouge pas d’un poil, je recule même tout doucement en direction de l’ombre sur le palier, en priant pour qu’on m’oublie le temps que je trouve un plan B pour me sauver.

-         Toi aussi la minette, tu viens et tu te bouges ou je viens te chercher par la peau du cul.

Kai contracte fortement les mâchoires mais il ne dit rien, alors je descends les marches en tremblant comme une feuille. Nous sommes amenés à la cuisine, à la table où se trouvaient les joueurs de poker, face à deux d’entre eux et Jo. Kai se fait assoir sur une chaise à la table, mais on me laisse tranquille, alors je me terre contre le mur le plus éloigné des hommes, les bras croisés pour me faire toute petite et qu’on m’oublie.

Ils commencent à discuter et je comprends que ce sont trois fournisseurs que Kai a déjà entubé par le passé, en jonglant entre eux pour essayer de s’en sortir, ce qui commence déjà très mal. Ils l’informent qu’Hatcher commence à en avoir marre que sa branche du réseau merde uniquement à cause de Kai et qu’il est lui-même en train de contacter un haut supérieur du réseau pour décider de ce qu’il adviendra de Kai.

Nous attendons donc qu’Hatcher rappelle Jo, pour l’informer de la situation décidée par un grand, et c’est pour ça que Kai est retenu à table, pour attendre les décisions d’en haut à son sujet après le cirque qu’il a fichu. Quel cirque en effet.

Le téléphone de Jo vibre sur la table et il le décroche :

-         Allô patron ?

Je ne peux plus me voir cette phrase en peinture, je crois que je vomirai mes tripes la prochaine fois que je l’entendrai. Je n’arrive même pas à comprendre leur hiérarchie, les patrons ont des patrons, qu’ils appellent tous « patron »… C’est incompréhensible, je ne comprends pas comment un tel réseau peut tenir la route, mais comme m’avait déjà dit Kai, ceux du sommet sont les gros cerveaux, qui ont uniquement pour mission de gérer le réseau et le faire tourner.

En tout cas, Jo est visiblement en ligne avec Hatcher, qui vient lui-même d’avoir reçu les ordres d’une très grosse tête du réseau. Il raccroche une minute plus tard, il prend le temps de poser son téléphone sur la table alors que mon angoisse est au maximum et il relève finalement la tête :

-         Les ordres sont tombés Doka, et tu ne mourras pas ce soir.

La pression qui s’échappe de mes épaules fait visiblement écho à celle de Kai, car nos épaules s’affaissent en même temps et nous reprenons visiblement nos souffles avec la même intensité vu nos cages thoraciques. Jo reprend :

-         Les ordres disent de te donner une dernière chance, parce que tu nous dois beaucoup trop pour qu’on te bute simplement et qu’on perde les cinq milles balles.

Je ne suis même plus étonnée d’apprendre que Kai m’a même menti sur la somme qu’il devait, en fait, ça me parait même cohérent puisqu’il se came depuis des semaines.

-         Le problème Doka… c’est que tu deviens mon problème…, reprend Jo d’un ton menaçant. Notre problème même, parce que si tu ne nous rends pas la thune, nous ne pourrons pas la rendre aux étages du dessus et nos têtes tomberont en même temps que la tienne…

La tension dans la pièce remonte en flèche et ma respiration se coupe déjà face aux trois visages plus que menaçants.

-         Je vous rendrai le pognon, rapidement, assure Kai.

Un des trois hommes éclate d’un rire sombre :

-         Ce n’est pas la première fois que je t’entends dire ça Doka ! Et putain, tu ne rends jamais rien, ou alors tu t’endettes deux semaines plus tard… Et le foutu problème avec toi, c’est que nous n’avons aucune garantie, nous n’avons rien pour te tenir par les couilles, aucune famille, aucun ami… Tu es une putain d’anguille insaisissable…

-         Je vous rendrai la thune, s’obstine Kai d’une voix ferme.

Et je sens la menace qui glisse sur ma peau, je sens à quel point je vais être dans la panade d’ici quelques petites secondes… Tout ça parce que Kai, de plus en plus défoncé avec les semaines, n’a plus eu assez de jugeotte pour se souvenir de pourquoi il ne devait pas me mêler à son réseau... Parce que je suis la garantie, je suis sa seule garantie, comme il me l’avait lui-même dit il y a des mois en me promettant que ces types ne me trouveraient jamais… Or je suis là, plantée au milieu du repaire, comme une petite fleur délicate qu’il n’y a plus qu’à cueillir…

Mon cœur se brise une dernière fois, il se brise pour toujours sous la colère que je ressens envers lui. Je lui en veux à en mourir, à en pleurer toute une vie, je lui en veux si fort que j’ai envie de fondre en larmes de pitié pour moi-même. J’étais déjà au fond du trou, mais il me prouve que je pouvais encore creuser pour tomber un peu plus bas.

Et fatalement, Jo tourne la tête vers moi :

-         On a sa minette…, dit-il pensivement.

-         Tu crois que ça suffira ? demande le deuxième.

-         Ne la mêlez pas à ça…, grogne Kai d’un ton plus que menaçant pour la première fois depuis qu’ils discutent. 

Sa réaction provoque des sourires sur les têtes des fournisseurs qui échangent des regards satisfaits :

-         Ça suffira apparemment, confirme l’un d’eux. Nous allons garder ta minette en garantie, pendant que tu iras vite fait chercher nos cinq mille balles si tu veux la retrouver.

-         Ne la mêlez pas à ça ! crie Kai en se redressant, les deux mains posées sur la table en fixant les trois hommes en face de lui.

-         Calme-toi tout de suite Doka, ou je te bute et je la garde pour moi ! vocifère Jo.

Mes jambes tremblent tellement que j’ai peur de tomber par terre et j’observe Kai se rassoir malgré ses épaules tendues :

-         Vous ne lui ferez rien ? Vous la gardez ici mais vous ne lui ferez pas de mal ? reprend-il d’une voix plus calme, presque suppliante.

C’est encore un choc, je ne sais pas combien de choc je vais pouvoir encaisser ce soir, mais je n’arrive pas à croire que Kai soit sérieusement en train de considérer de me laisser ici, aux griffes de ces hommes ignobles, pendant qu’il vendra tranquillement sa came dans les rues.

-         On ne la tuera pas… Je ne peux pas te garantir qu’on ne s’amusera pas un petit peu avec elle mais c’est de ta faute Doka… tu nous a ramené une poupée d’une beauté exquise…, s’esclaffe le troisième fournisseur.

La terreur s’infiltre par chacun de mes pores et je quitte la réalité à ce stade.

-         Il est hors de question que vous la touchiez ! menace Kai.

-         C’est ça qui est beau Doka, c’est qu’on te tient enfin par les couilles, et que tu n’as pas ton mot à dire, articule lentement le deuxième avec l’air le plus satisfait.

-         On peut peut-être trouver un arrangement ?! Si je vous rends les cinq milles puis que je bosse gratuitement dans la foulée pour vous ? Vous laissez la fille en dehors de tout ça et je bosse gratuitement pour vous aussi longtemps que vous le voulez ?! demande Kai d’un ton désespéré.

Les trois hommes échangent des regards, la proposition est visiblement tentante, mais je suis tellement mal que je crois que je vais être malade. Mes tripes se retournent depuis que j’ai été mentionnée dans la conversation, une nausée d’une puissance ahurissante me saisit à l’idée de me faire maltraiter par ces hommes le temps que Kai les rembourse et après les menaces que je viens d’entendre, l’état d’urgence est redéclaré dans mon corps. Il faut que je trouve une solution, une échappatoire, il faut que je me sauve d’ici avant de me retrouver prise en otage à la merci de ces hommes, il faut que j’abandonne Kai une bonne fois pour toutes.

L’état d’urgence me permet enfin de me ressaisir malgré l’effroi, et mes méninges se remettent à carburer à plein régime.

-         Je ne me sens pas bien, murmure-je en faisant deux pas vacillants en direction du salon, ma nouvelle stratégie.

Ils éclatent tous de rire.

-         Tu verrais ta tête minette ! Putain on jurerait que tu vas dégobiller ! Il ne fallait pas venir trainer dans les bas-fonds si tu n’as pas les tripes pour l’assumer !

-         Je vais vomir, croasse-je en faisant deux pas de plus vers le salon, droit vers la porte d’entrée.

-         Tu as deux minutes pour dégobiller minette, et tu ramènes ton cul ici ! ordonne Jo.

Il fait ensuite un mouvement de main au type le plus proche de la porte, qui se plante devant avec son arme à la main mais je m’en moque, je suis déjà en train de courir ventre à terre. Je cours si vite que j’arrive à monter les marches quatre à quatre, et je détale en direction de la salle de bain en priant pour que ces abrutis ne réalisent pas trop vite qu’ils me quittent des yeux alors que j’ai, comme absolument tout le monde, un foutu téléphone au fond de la poche.

Je m’enferme dans la salle de bain à clé en essayant de mettre de côté la culpabilité. Je tremble tellement sous l’adrénaline que j’en fais tomber mon téléphone par terre et le temps que je le ramasse et que je le déverrouille, mon esprit fuse à cent à l’heure, ma culpabilité me déchire, l’amour que j’ai pour Kai me tue, mais mon instinct de survie me hurle de me choisir moi alors que ma peur arrête mes gestes.

C’est un foutu capharnaüm au sein de mon esprit, parce que je veux appeler la police, évidemment, mais je n’arrive pas à m’y résoudre parce que j’ai une peur viscérale que Kai se fasse tuer dès la première sirène dans la rue, que je me fasse tuer dès le premier gyrophare en vue… Et même si par miracle nous n’étions pas tués, Kai se ferait renvoyer en prison pour le restant de ses jours alors que je serais sans doute traquée par tout le réseau pour en avoir fait tomber une aussi grosse branche.

Je ne sais plus quoi faire, mes mains ne tremblent plus, elles sont agitées de spasme, mais mon écran se déverrouille enfin. J’ouvre mon journal d’appel, pas encore totalement décidée, complétement scindée entre la petite option dans laquelle je me sauve la vie et les milliers d’option dans lesquelles je meurs ou pire encore.

Et alors, la lumière dans la brume.

Dès que je vois le prénom d’Hunter dans mon journal d’appel, la promesse qu’il m’avait faite à la neige me revient de plein fouet, sa promesse de toujours me venir en aide, à n’importe quelle heure, dans n’importe quelle situation et peu importe l’état de nos relations à ce moment-là… Il est bientôt minuit, je suis dans une situation plus que dangereuse, je l’ai quitté comme un chien il y a bientôt deux mois… mais il ne m’a jamais laissé tomber, et j’ai au fond de moi l’espoir le plus ardent qu’il ne me laisse pas tomber cette fois encore.

Je ne réfléchis pas plus, j’appuie sur son prénom et je porte le téléphone à mon oreille en le serrant de toutes mes forces pour ne pas le faire tomber.

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