Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 138 : Le vrai visage d'Hunter

4568 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 03/07/2026 11:22

Chapitre 138 : Le vrai visage d’Hunter


Nous sommes en fin d’après-midi lorsqu’il se redresse du lit, puisqu’il craque à force d’entendre son téléphone vibrer sur son bureau. Il enfile rapidement son caleçon avant de l’attraper et de décrocher devant moi.

-         « … »

-         Je te rappelle dans la soirée, tranche-t-il.

-         « … »

-         En début de soirée, vers sept heures je suppose.

-         « … »

-         Bien.

Il raccroche avant de frotter son visage dans ses mains, sans doute pour se réveiller.

-         Qui c’était ? demande-je.

-         Winston.

-         Tu tutoies ton patron ?! m’étonne-je en haussant les sourcils.

-          Oui…

-         C’est étonnant…, commente-je.

Il hausse simplement les épaules en rattroupant nos affaires qu’il jette dans son panier à linge.

-         Tu voulais faire quelque chose en particulier… ? demande-t-il en me jetant un coup d’œil hésitant.

Je souris déjà puisque je sais qu’il a un cours de boxe le lundi en fin de journée.

-         Va au sport mon amour, confirme-je.

-         Tu es sûre ? Parce que si tu préfères que je reste… je ne sais même pas ce que je vais valoir alors que je viens d’épuiser ma testostérone…, rit-il.

-         Tu te feras mettre la pâté alors… ça ne te fera pas de mal ! l’embête-je.

Il lève simplement les yeux au ciel et je glousse tandis qu’il va se rincer rapidement avant de revenir enfiler sa tenue de sport, dont son joli petit haut manches longues moulant, qui met en valeur ses muscles comme s’il était torse nu.

-         Pas sûre de te laisser continuer à aller au sport dans cette tenue bien longtemps, le taquine-je encore.

-         Pas sûr de te laisser encore bien longtemps trainer dans mon lit complétement nue alors qu’Eden peut rentrer d’une seconde à l’autre, rétorque-t-il avec un sourire en coin.

-         C’est mon lit aussi ! Je vous rappelle que je n’ai plus de « chez moi » Monsieur, je n’ai plus qu’un « chez vous », susurre-je avec séduction.

Il pose un genou sur le lit pour venir m’embrasser amoureusement :

-         Si vous n’avez plus de « chez vous », que vous n’avez qu’un « chez moi » … alors Mademoiselle, je crois que nous pouvons officiellement dire que vous avez un « chez nous ».

Je rougis des pieds à la tête alors qu’il a un sourire éblouissant de bonheur et après quelques baisers de plus, nous sortons de la chambre, lui pour partir et moi pour foncer à la salle de bain.

-         Je t’aime mon cœur ! lance-t-il simplement depuis l’entrée.

-         Moi aussi ! roucoule-je.

Je m’enfile sous ma douche avec un sourire jusqu’aux oreilles, toujours incapable de croire au bonheur qu’est redevenue ma vie.

Je ne vois vraiment pas ce qu’il pourrait bien m’arriver pour que je perde mon sourire, je ne vois pas comment je pourrais être malheureuse un jour…

*

Je m’occupe en faisant un peu de ménage, la moindre des choses puisqu’il a gentiment accepté de me laisser habiter chez lui. Je range le linge propre, je fais tourner une machine, j’étends quelques chemises où je les ai déjà vu pendre, puis je m’attaque aux sols. C’est un drôle de sentiment de nettoyer cet appartement comme si j’étais chez moi… En fait, c’est un très drôle de sentiment de me dire que je suis chez moi.

Sans même parler du fait qu’il vienne de me le dire, je n’ai littéralement plus d’autre logement depuis que j’ai saccagé le mien, j’habite véritablement avec Hunter, dans cet apparemment que j’ai tant admiré et adulé…

Un joli sourire s’épanouit sur mon visage tandis que j’aspire avec application mon sol, avec mon aspirateur… Je n’arrive définitivement pas à y croire. C’est aussi euphorisant qu’inquiétant d’imaginer que j’habite désormais sous son toit et que je n’ai pas d’autres options, pas d’autres lieux où aller… C’est aussi doux de me dire que je rentrerai ici tous les soirs que terrifiant d’imaginer une dispute éclater… Enfin, je suppose que je pourrais toujours dormir dans le panier de Calyouk en cas de problème, il ne risque pas de me virer.

Après un ménage minutieux, j’attrape mes cours et je m’étale dans le canapé pour terminer un devoir que j’avais à faire. Je ne vois pas le temps passer avec ma concentration et c’est le retour d’Hunter deux heures plus tard qui me ramène dans la réalité.

-         Tu bosses encore ? s’étonne-t-il.

-         Alors ? Tu t’es fait mettre la pâtée ? pouffe-je en me redressant pour l’apercevoir par-dessus le dossier.

-         Ça ne va pas la tête ? réplique-t-il en levant le nez.

Je ris un peu plus en l’admirant sous l’une des formes que je préfère, à savoir les cheveux en bataille au retour du sport.

-         Ne me regarde pas avec ces yeux-là Hestia, je vais me doucher ! rit-il.

Je soupire théâtralement en rangeant mes affaires de cours dans mon sac de sport et il me rejoint :

-         Il est inadmissible que tu n’aies pas de bureau mon cœur, tu ne peux pas continuer à stocker tes affaires de cours dans ton sac de sport…, commente-t-il.

-         Mais si, il est largement assez grand, j’ai même mon ordinateur dedans et c’est pratique, je n’ai qu’à piocher dedans pour prendre ce qu’il me faut, inutile de t’inquiéter.

-         Nous irons t’en acheter un ce weekend, peut-être même cette semaine selon nos emplois du temps, nous pourrions le caser à la buanderie à la place du canapé, dit-il pensivement.

-         Mais non ! Hunter ! Arrête de vouloir dépenser pour rien ! Je suis très bien dans le canapé pour réviser et mes affaires sont très bien dans ce sac ! tonne-je.

-         Je dépense mon argent comme je le veux, nous en avons déjà parlé et à ce propos… Je suis passé au centre commercial en rentrant.

Je me redresse sur les genoux en l’interrogeant du regard et il sort de son dos une boite. Elle n’est pas aussi jolie que celle que j’avais eu à la Saint-Valentin, mais elle a le mérite d’être très claire puisque c’est la boite de mon téléphone, qu’il vient visiblement de me racheter.

-         Hunter ! m’horrifie-je.

-         Chut…, ronronne-t-il en se penchant pour m’embrasser.

J’essaie de me retirer de ses lèvres mais il ne me laisse pas faire, et nous luttons gentiment une minute ou deux jusqu’à rire comme deux gamins.

-         S’il te plait mon amour, ça me fait plaisir, insiste-t-il une dernière fois.

-         Je… Merci Hunter, je ne sais même plus quoi te dire à force, c’est trop…, geins-je en prenant la boite qu’il me tend.

Je sors le beau téléphone de l’étui luxueux et je souris déjà comme une bécasse en retrouvant mon petit jumeau du sien.

-         Il y aura toutes mes applications ? demande-je bêtement.

-         Non, j’avais pris le temps de les installer avant de te l’offrir…, répond-il. Mais je pourrai le faire ce soir si tu veux, ça ne me prendra pas longtemps.

-         On le fera tous les deux ce soir, affirme-je en lui souriant.

-         En mangeant des sushis… ? propose-t-il en se penchant vers mes lèvres.

-         Tu es parfait… ça ne peut pas être réel… mais où est donc l’arnaque chez toi Hunter… ? murmure-je avant de fondre sur ses lèvres avec tout mon amour.

J’essaie bien évidemment de tirer sur son haut, mais il se débat en se redressant :

-         Hors de question mon chat !

-         Mais pourquoi ?! gémis-je.

-         Parce que je suis transpirant, je viens de boxer pendant plus d’une heure, je ne veux pas que tu viennes te frotter à moi dans cet état !

-         Mais ça ne me dérange pas ! J’aime même plutôt bien ! souligne-je en rougissant. Et puis tu as déjà accepté une fois…

-         Oui, quand on se voyait souvent et que tu avais l’occasion de me voir propre la majorité du temps ! s’esclaffe-t-il. Nous avons été séparé deux mois, il est hors de question que je t’offre cet… état dès le troisième jour ! Nous verrons ça dans une semaine !

Je glousse comme une bécasse et après un dernier baiser, il file à la salle de bain. Je me lève quelques minutes plus tard pour aller mettre mon nouveau jouet en charge à la cuisine et alors que j’envisage de rejoindre Hunter, je suis attirée par son téléphone qui vibre sur l’îlot. Je me penche au-dessus avec curiosité et je constate que c’est Winston, rien d’étonnant puisqu’il est dix-neuf heures tapante. Je lève les yeux au ciel et j’envisage un peu de lui raccrocher au nez afin qu’il fiche la paix à Hunter pour cette jolie petite soirée de couple qui s’annonce, mais le diable qui loge au creux de mon ventre me souffle une drôle d’idée.

J’attrape le téléphone en me mordant la lèvre, le cœur battant un peu sous la bêtise que je m’apprête à faire. Mon pouce est au-dessus du téléphone vert, je suis boostée d’adrénaline mais j’hésite encore parce que je ne suis pas sûre qu’Hunter apprécierait…

Oh et puis zut, il dit lui-même qu’il aimerait me dire les choses, je ne vois pas bien ce que je risque.

Je décroche le téléphone et je le glisse à mon oreille sans dire un mot, simplement curieuse. Ce cher Winston ne comprend pas immédiatement que j’ai décroché puisque je reste muette, mais lorsqu’il s’en rend compte, il dit deux mots.

Deux mots qui changent ma vie à jamais, deux mots qui me mettent une claque que j’aurais sans doute dû me prendre il y a des jours, des semaines, des mois…

-         Allô patron… ? demande Winston d’une voix hésitante.

Ces deux foutus petits mots que j’ai bien trop entendu, que j’ai haïs jusqu’au fond de mon cœur, que j’ai entendu Kai prononcer des dizaines et des dizaines de fois…

J’ai un mouvement de rejet si soudain que j’en lâche le téléphone comme s’il m’avait brûlé, et dans le fond, je crois que c’est le cas. Il s’écrase par terre dans un bruit sinistre alors que je suis figée des pieds à la tête, le cerveau complétement vide, les yeux exorbités fixés sur l’appareil au sol.

Les liens sont faits, j’en ai conscience, mais je refuse d’y penser, je refuse de les laisser envahir ma tête, parce que si je les laisse faire… si je les laisse vraiment faire…

Mon cœur accélère crescendo, l’adrénaline jaillit dans mes veines si fort que j’en tomberais par terre et je pose une main tremblante sur mes lèvres en relevant enfin les yeux du téléphone, pour les poser sur la porte de la salle de bain où cet homme que je ne connais pas se douche toujours.

Je reste figée d’effroi alors que les choses se formulent dans ma tête, les unes après les autres, dans un tourbillon assommant qui me donne la nausée maintenant que je viens enfin de faire le lien entre le réseau de Kai et Hunter. J’entends les paroles de mon frère, il y a littéralement deux jours, qui me criait qu’Hunter était dangereux, qu’il fallait que je me sauve, que c’était bien lui le patron… avant de l’attaquer au couteau pour me défendre quoi qu’il lui en coûte.

Mon frère a essayé de me prévenir que cet homme, cet homme que je déteste depuis des semaines, qui me donne envie de pleurer de désespoir autant que de l’étrangler à mains nues, cet homme qui me donne la nausée à s’inventer des pouvoirs divins de vie ou de mort sur les hommes sous ses ordres, qui fait couper des doigts, éventrer des gamins qui sortent du lycée… Cet homme qui tient d’une main de maître un cartel de drogue dans la ville… Cet homme que je hais du plus profond de mon cœur … est le même que celui que je câline avec tout mon amour.

Sa voiture de luxe, sa photo pendant les vacances d’hiver dans une usine désaffectée, son recrutement dans la rue, ses histoires de paiement et de délai au moment où Kai lui devait de l’argent… Son liquide… tout cet argent liquide qu’il sort à la pelle de ses portefeuilles… Ses appels au milieu de la nuit, à toute heure, peu importe les jours fériés… le rendez-vous de la fameuse Lia à « l’entrepôt », le fait qu’il m’ait dit que son travail était plus ou moins dans le commerce, son fichier Excel avec les centaines de vendeurs de « melon » … Son alter-ego, l’homme implacable au travail selon lui, différent du Hunter quotidien, l’homme que j’ai vu matraquer mon frère de cœur sans une once d’humanité, l’homme qui se serait déjà pris un coup de couteau, l’homme qui en tabasse d’autres, l’homme qui est effectivement beaucoup plus dangereux que je ne le pense…

Je fais deux pas en arrière, pour m’écarter de cette foutue porte de salle de bain, mais je rentre dans le mur. Le petit choc que ça crée me fait sursauter de peur, comme si Hunter avait pu se téléporter dans mon dos pour m’étrangler maintenant que j’ai compris qui il est… maintenant que j’ai compris que j’embrasse depuis des semaines un bandit, un meurtrier...

Je me mets à trembler, des pieds à la tête, et de grosses larmes roulent ENCORE sur mes joues, parce que je ne veux pas y croire, je ne veux pas. Et pourtant…

Je le revois samedi soir, entrer comme s’il était chez lui dans cette maison pleine de dealer, son regard sûr, noir de colère, et surtout complétement vide de peur… Mais comment ai-je pu ne pas comprendre ? Comment ai-je pu imaginer une seule seconde qu’il n’était pas le grand patron alors qu’il a débarqué comme un diable dans cette maison, transformant les criminels autour de moi en des fillettes apeurées ? Comment ai-je pu ne pas percuter ? Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Comment ai-je pu croire à un conte de fée aussi parfait ? Comment ai-je pu câliner, embrasser, coucher même avec un baron de la drogue sans m’en rendre compte ?!

L’eau de la douche s’éteint et c’est enfin le coup de pied aux fesses qu’il me fallait pour sauver ma vie. Je sursaute jusqu’au plafond et mon corps, après une immobilité totale de quelques minutes, active pour la seconde fois en trop peu de temps l’état d’urgence absolu. Je retrouve cet état de survie, où rien ne compte à part sauver ma propre vie, mon cerveau élimine d’un coup de bras efficace mon choc et mes réflexions, il m’assomme de toutes les molécules qui servent à me donner du courage et de la réactivité. Il faut que je me sauve, tout de suite, que je parte, que je fuie ces fous, tous autant qu’ils sont, que j’aille très loin et très vite, et j’ai pour ça les quelques minutes qu’il mettra avant de sortir de la salle de bain.

Je me jette en avant en prenant mon sac à main sur l’ilot, puis je cours droit vers la chambre en attrapant mon sac de sport sur le canapé au passage. Je me précipite devant le dressing pour fourrer avec toute ma rapidité un maximum d’habits en vrac dans mon sac, où ils rejoignent mon sac à main. Je suis haletante, je respire plus vite qu’en plein sprint à cause de mon état d’alerte et mes mains tremblent encore un peu tandis que mes oreilles me brûlent tant elles sont concentrées sur les bruits que j’entends à la salle de bain. Je compte mentalement, dans tous les sens, l’argent qu’il me reste dans mon porte-monnaie, l’argent sur mon compte, le prix d’un hôtel, le prix d’une chambre de bonne, les courses, les… Oh mon dieu. Je ne vais jamais m’en sortir, je ne sais même pas où habite Gia, je n’ai plus de téléphone pour joindre qui que ce soit, je ne connais aucun numéro, je n’ai nulle part où aller, je…

Mes yeux tombent sur le portefeuille plein à craquer qu’Hunter a dit m’avoir laissé pour les urgences. Je ne réfléchis même pas, je l’attrape comme s’il était à moi, je fourre dans mon sac son argent sale qui me répugne à en vomir mais qui me permettra au moins de me sauver, son dernier cadeau envers moi : ma vie.

Je repars comme un diable dans le salon pour m’enfuir mais la porte de la salle de bain s’ouvre juste sur ma gauche. Je hurle plus fort que jamais, la vision de son immense corps musclé m’effraie jusqu’à l’âme, et je détale si vite pour contourner le canapé, pour m’éloigner au plus vite de lui, que mes jambes flageolantes n’ont pas le temps de suivre et je trébuche.

-         Hestia ?! s’exclame-t-il.

Je me rattrape à son étagère de salon in extremis, à laquelle je m’accroche de toutes mes forces pour me repropulser en avant, faisant tomber dans un chaos total la plupart des choses qui s’y trouvent. Le vacarme des objets qui se cassent est assourdissant mais je n’entends que mon cœur qui bat à mes oreilles en fonçant vers la porte d’entrée.

Du coin de l’œil, je le vois bondir dans ma direction et je sais qu’il va m’attraper, il est bien trop rapide, il a de bien trop grandes jambes. Je me jette sur la droite, dos contre le mur en poussant un cri viscéral, désespéré, qui j’espère affolera tous les étages inférieurs de ce bâtiment :

-         NE T’APPROCHE PAS DE MOI !! hurle-je de toutes mes forces en déraillant dans les aigus.

Mon cri le stoppe net et il me dévisage avec l’air le plus perdu que je ne lui ai jamais vu. Ses yeux font la navette entre mon sac remplit de mes affaires, mes joues inondées de larmes, mes mains qui tremblent et mon souffle qui secoue ma cage thoracique.

-         Mon cœur… ? Mais qu’est-ce que… qu’est-ce qu’il se passe… ? demande-t-il d’une voix apeurée.  

Je le dévisage, ses beaux yeux verts terrifiés, ses mains levées pour m’apaiser, son immobilité pour me rassurer… Mais je ne connais pas cet homme, cet homme qu’il veut me faire croire qu’il est, alors qu’il est un psychopathe qui tient d’une main de fer un réseau de criminel qui s’entretuent pour des dettes de cinq mille euros… des dettes qui lui reviennent toutes… Mon dieu et tout cet argent… à un si jeune âge… mais comment ai-je pu être aussi aveugle ?!

Je tourne la tête vers la porte, qui n’est plus qu’à quelques mètres de moi. L’homme est en serviette, il ne pourra pas me courir facilement après dans les rues, il ne pourra pas ne pas attirer l’attention… C’est le moment, j’ai encore une chance.

Je bondis avec toute ma détente en direction de la porte et dès que je l’entends qui me court après dans la seconde, je sais que je suis perdue et je hurle encore plus fort, je pousse un cri déchirant, où ma peur doit vibrer avec une intensité démesurée parce que le miracle se produit.

Au moment où les mains de ce criminel devraient se refermer sur moi, Calyouk surgit face à ma détresse et lui bondit dessus pour l’arrêter. Je hurle encore, trop choquée par tout ce qu’il est en train de se passer, mais je ne me retourne pas pour vérifier, j’ouvre la porte avec perte et fracas avant de m’enfuir à toute vitesse de cet appartement de l’horreur.

*

Je cours de toutes mes forces, à en perdre haleine, pieds nus sur le bitume, comme si le diable était à mes trousses et il l’est sans doute. Je m’enfile dans chaque ruelle que je croise, je serpente dans la ville, je ne ralentis pas malgré le point de côté qui me déchire le ventre en deux. Je ne sais pas où aller, je ne sais pas où m’arrêter, je ne sais plus rien.

Les larmes dévalent toujours mes joues par centaines, mon esprit est toujours aussi vide, figé dans l’effroi. Chaque homme que je croise et qui m’observe avec des yeux ronds me terrifie un peu plus mais me donne plus de force pour continuer d’avaler mètre après mètre. Je suis en train de vriller, ma peur est trop extrême, je me sens si seule, si nue, si sale, si faible… Chaque coin de rue m’apparait comme un coupe-gorge, je tremble à l’idée d’y voir surgir un homme du réseau qui m’attrapera et qui me trainera par les cheveux jusque devant Hunter.

Je suis à deux doigts de me laisser tomber par terre, d’abandonner, de me laisser consumer par la peur qui m’étrangle… lorsque j’entends un son dans mon dos. Le martèlement de grosses pattes lourdes qui foulent le bitume et qui me rattrapent. Dès que Calyouk surgit sur mon flanc, je manque d’en tomber à la renverse et je dévisage le loup qui court avec moi, sans même se poser de question. Mon protecteur, mon vrai protecteur, depuis le début, le seul qui ne m’ait jamais menti.

Il me redonne de la force, il me rassure enfin, il me donne le courage d’avancer puisque je sais désormais qu’il sautera à la gorge du premier homme qui voudrait m’arrêter. Je continue donc ma course folle sous bonne garde, et dès que la gare apparait devant mes yeux, elle est comme un phare dans la nuit sombre qu’est devenue ma vie.

Je fonce droit sur elle, sans ralentir, je m’y enfile à toute vitesse, je me jette sur le bureau d’accueil et je prends des billets pour le prochain train au départ sans même me soucier de sa destination. Je veux juste partir, partir loin, le plus loin possible de cette ville de malheur.

Je m’effondre sur mon siège et Youk se couche à mes pieds tandis que le train se met en branle, m’éloignant définitivement de ce cauchemar.


 

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Fin du tome 4 ! Il ne reste que le cinquième et dernier tome désormais.

N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire, même quelques mots, ça me fait tellement plaisir ! 

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