Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 139 : TOME 5 : LE VRAI MONSIEUR GRIMMAL
4760 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 08/07/2026 11:22
TOME 5 : Le vrai Monsieur Grimmal
Chapitre 139 : Point de vue d’Hunter
Point de vue d’Hunter
Je suis dans la rue, je cours d’un bout à l’autre en appelant Hestia, sans savoir dans quelle direction aller puisque je ne l’ai pas vu partir. Je demande à quelques passants s’ils l’ont vue, mais aucun ne me répond, ce qui ne m’étonne pas. Un homme immense, en serviette dans la rue, avec le corps recouvert de plaies fraiches n’est en général pas le genre de personne auquel les gens font immédiatement confiance.
Je suis stressé, complétement perdu, et surtout impuissant. Je ne comprends pas ce qu’il vient de se passer, je ne comprends surtout pas comment je n’ai pas pu voir des signes annonciateurs de ce qu’il vient d’arriver. Hestia était calme, heureuse, détendue… Aucun de ses petits signaux d’alarmes que j’arrive à capter habituellement n’était allumé, ce qui signifie que la raison de ce départ est arrivée pendant que je prenais ma douche.
Vaincu, je prends la direction de mon appartement au petit trot en scrutant les alentours au cas où je l’aperçoive en chemin.
Je n’arrive décidément pas à comprendre. La seule option à mes yeux serait un appel de Kai, ce qui est parfaitement impossible puisqu’elle n’a plus de carte SIM. Et ses yeux… ses yeux étaient terrifiés, elle était complétement transie de peur, comme si j’allais lui sauter dessus d’une seconde à l’autre pour l’agresser, ce qui n’a pas le moindre sens non plus et me panique.
Je gravis quatre à quatre les escaliers jusqu’au dernier étage pour extérioriser un peu mon angoisse et ma colère de ne rien pouvoir faire. Je ne supporte pas de l’imaginer terrifiée comme elle l’était, à aller je ne sais où…
Elle n’a même pas de téléphone bordel, elle ne peut même pas appeler Julia ou Alma… Ce constat me tend un peu plus et je fonce à la salle de bain pour enfiler ma tenue de sport en quatrième vitesse, bien décidé à la chercher en courant dans toute la ville jusqu’à ce que je la retrouve ou jusqu’à ce qu’Eden me confirme qu’elle est rentrée d’elle-même ici après s’être calmée.
J’ai beau me creuser la tête, je ne vois rien à part une pensée absurde qu’elle aurait développé toute seule dans sa tête, une idée à la con sur laquelle elle se serait fixée sans réussir à s’en détacher, ce qui est fort probable avec elle, mais très peu probable en considérant le peu de temps qu’elle a eu pour sa fixette…
Je fonce à la porte pour enfiler mes baskets et alors que je suis à genoux, penché en avant, je me fige complétement en apercevant un téléphone éclaté au milieu de la cuisine. Mon téléphone éclaté au milieu de la cuisine.
Un voile froid s’abat sur mon corps, comme si mon sang quittait mes veines et que je glaçais jusqu’à l’os. Ce putain de téléphone est le seul détail qui me donne une piste pour comprendre ce qu’il vient de se passer, or si son comportement est lié à mon téléphone, alors ça sent très, très mauvais. Je me redresse doucement, comme si j’étais hors de mon corps et que j’assistais à la scène. Mes jambes me portent mais elles sont presque engourdies, comme en coton à cause de la peur qui glisse dans mes veines.
Je le ramasse et j’en observe l’écran noir complétement cassé une seconde ou deux avant de le déverrouiller. L’écran est en très mauvais état, mais lisible, et ça me permet de constater qu’aucune application n’est ouverte, je tombe simplement sur mon fond d’écran, sur ses beaux yeux orangés qui me regardent avec douceur… Je me calme un peu, puisqu’elle n’a visiblement rien ouvert de « tendu » et qu’elle n’aurait jamais pensé à fermer les onglets avant de jeter mon téléphone par terre.
Une drôle d’idée me vient alors, je me demande si elle aurait pu paniquer à ce point parce qu’elle a fait tomber mon téléphone par accident, qui se serait cassé… C’est grotesque, mais avec elle, tout est possible… Mais peut-être pas à ce point, je n’ai pas inventé la peur dans ses yeux, les hurlements qu’elle a poussé…
- Hunter ? Qu’est-ce que tu fous la porte grande ouverte ? demande Eden en entrant.
- Je… Hestia est partie…, murmure-je en fixant mon téléphone, les neurones en feu.
- Partie ? Elle promène Cal ? Elle n’a pas fermé la porte ? s’étonne-t-il.
Je me tourne vers lui et il comprend immédiatement à mon visage que quelque chose cloche.
- Je me douchais, et quand je suis sorti, je suis tombé sur Hestia qui se sauvait en courant, avec un sac remplit de ses affaires et une attitude si affolée qu’on aurait dit qu’elle craignait que je ne l’attaque, Eden. Je ne comprends pas ce qu’il vient de se passer.
- Tu hallucines mec, tu as mal interprété son comportement c’est tout… Elle avait peut-être un exam de rattrapage qu’elle avait oublié ou une connerie du genre… elle va revenir…, répond-il lentement en posant son sac de cours sur l’îlot.
- Et pourtant… Elle était tellement affolée, elle hurlait tellement fort, que Cal m’a sauté dessus pour m’empêcher de la rattraper avant qu’elle n’atteigne la porte, je ne sais pas si tu imagines ce qu’il vient de passer là…
Cette fois, il fronce les sourcils, véritablement soucieux, parce que nous savons tous les deux que si Calyouk m’a arrêté, c’est qu’elle devait être morte de peur. L’angoisse reprend dans mon corps, plus fort, à mesure que je me rejoue la scène et que je m’admets que la situation est très grave.
- Et le chien, il est parti avec elle ? demande-t-il.
- Oui, il s’est jeté sur moi à m’en faire tomber par terre, il m’a grogné une minute ou deux pour m’empêcher de me relever et il est parti comme un diable sur sa piste après ça… Je… Je te jure que ça craint vraiment Eden, je crois que je suis trop choqué pour vraiment réaliser à quel point ce qu’il vient de se passer est grave.
Nous nous observons en silence quelques secondes, de plus en plus inquiets l’un comme l’autre. Mon corps au complet commence à s’engourdir et à vaciller, l’adrénaline de ma peur panique commence à taper et forcément, j’en arrive au pire :
- Tu crois… tu crois qu’elle a pu… apprendre… pour moi ? murmure-je.
- Bien sûr que non, comment veux-tu qu’elle le sache ? Et puis merde, elle ne serait jamais partie comme ça Hunter, elle te connait, elle sort avec toi depuis des mois !
- Si elle vient d’apprendre que je lui ai menti, elle aurait totalement pu avoir cette réaction ! Elle pourrait être terrifiée à cause de mes mensonges ! réponds-je avec tension.
- Bien sûr que non ! Elle t’aurait confronté ! Elle t’aurait crié dessus, jeté des vases à la figure, peut-être même foutu une claque ou deux mais elle aurait essayé de comprendre Hunter ! Aucune nana ne se serait sauvée comme ça, d’une seconde à l’autre avec une trouille bleue de l’homme avec qui elle sort depuis des mois pour un mensonge ! Absolument personne ne se serait juste ba…
- Hestia, si, le coupe-je.
L’angoisse s’intensifie, elle oppresse ma cage thoracique, parce que plus le temps passe, moins je vois comment ça pourrait être autre chose. Je repose les yeux sur l’écran cassé et Eden m’interrompt :
- C’est impossible Hunter… Il est impossible qu’elle vienne de comprendre le tout, au pire, elle a appris une petite information par je ne sais quel hasard… en ouvrant un document dans ta piaule ou une connerie du genre… Elle sait que tu lui as menti sur un petit truc et c’est tout, rien qui la fasse partir pour toujours.
Je déteste son ton, sa façon de se détendre en réalisant qu’au pire, Hestia sait que je lui ai fait « un petit mensonge ». Je déteste me sentir seul à la comprendre, j’ai l’impression que les autres sont aveugles, qu’ils ne voient pas ce qui m’apparait comme évident chez elle. Puisqu’il est beaucoup plus simple pour moi de m’énerver pour évacuer que de continuer à paniquer comme je le fais, je monte d’un ton :
- Hestia est complétement capable de partir pour toujours en apprenant que je lui ai menti ! Tu ne la comprends pas, personne ne la comprend ! On dirait que vous imaginez tous qu’elle a les réactions de tout le monde bordel, ça me rend dingue ! m’énerve-je.
- Mais elle a les réactions de tout le monde ! Bon sang tu la couves beaucoup trop Hunter ! s’écrie-t-il.
- Les réactions de tout le monde ?! Je te demande pardon ?! Tu es sûr que tu es son ami pour dire une chose aussi débile ?!
- Donne-moi un exemple concret !
- Euh… ! Absolument tout ! m’exclame-je avec ironie. Elle est capable de rester complétement pétrifiée si on décide de manger une pizza alors qu’elle avait prévu que ce serait sushi, de ne pas mettre un pied dans ma chambre si une fille l’avait fait avant elle… Bordel je ne sais même pas pourquoi je me fatigue à commencer une liste que je pourrais terminer demain matin au plus tôt ! Hestia n’a pas les réactions de tout le monde, elle est très loin d’être comme tout le monde, et tu ne t’en rends peut-être pas assez compte parce que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour l’aider et lui rendre les choses faciles, Eden !
- Tu es dingue ! Elle est un peu particulière mais elle est première de sa promo, a des amis et même un petit-ami ! Je ne vois pas ce qu’il y a de déconnant là-dedans !
- Oh oui, elle est première de sa promo, un foutu génie des mathématiques en prime, elle n’a pas pu entrer à l’école maternelle parce qu’elle refusait de parler, a appris toute seule à moins de dix ans à jouer des sonates au piano, s’est créé tout un monde imaginaire mental pour se rassurer et se couper du monde, a mis des mois à accepter de passer une nuit ici en semaine, et j’en passe ! Elle est vraiment banale, vraiment ! crie-je.
Il rougit un peu en réalisant que ce que je dis est vrai, mais il tient à garder la face :
- Oui et bien elle a un petit-ami et des amis, marmonne-t-il.
- Oh oui, un petit-ami avec qui tout est tout à fait normal ! Tu veux savoir ce qu’elle m’a répondu quand je lui ai dit que je l’aimais Eden ?!
- Elle a dit que ça allait trop vite ?
- Non, ça c’est qu’aurait pu faire une partie de la gente féminine, tandis que l’autre partie m’aurait simplement répondu qu’elles aussi m’aimaient. Mais Hestia non, oh non, elle m’a répondu avec le plus grand sérieux qu’elle voulait se marier avec moi ! Alors qu’on sortait ensemble depuis un mois !
- Sérieusement ? Mais… quoi ? souffle-t-il avec des yeux abasourdis.
Et cette fois j’explose :
- Oui parce que comme je me tue à te le dire Eden, Hestia est particulière ! Elle aime quand tout est clair et simple, parce qu’avec elle, tout est compliqué ! Tout est soit tout noir, soit tout blanc ! Elle n’a pas de jauge, pas de curseur, pas de bride ! Dès qu’elle se sent en confiance, elle se jette à cent pour cent dans tout, avec toutes ses émotions, tous ses sentiments, tout son cœur ! « Nous nous aimons ? Alors nous nous marierons, ça ne peut pas être autrement, parce que nous nous aimons et nous aimerons pour toujours ! » Personne ne la comprend comme je la comprends ! Ça vous dépasse tous complétement, et je m’en fous bordel ! Parce que je savais dans quoi je m’embarquais ! Je savais très bien qu’en me mettant avec elle, je prenais le package pour toute la vie et ça m’allait très bien putain ! Sauf que force est de constater qu’elle vient de prendre ses putains d’affaires et de partir d’ici en quatrième vitesse avec la peur que je ne la tue ! Alors oui Eden, oui, je m’inquiète !! Je m’inquiète même viscéralement et il est complétement possible qu’elle vienne de péter un durite pareille simplement en apprenant que je lui ai menti ! En apprenant que l’homme qu’elle aime de tout son cœur, à qui elle s’expose complétement à nue, vient de lui mentir et de la trahir alors qu’elle se sentait en confiance totale et en sécurité avec lui !! hurle-je.
Eden ne pipe plus mot, et je me mets à tourner comme un lion en cage dans l’appartement. Je fais les cents pas pour essayer de trouver où elle a bien pu aller se planquer, un endroit où elle se sentira rassurée et en sécurité. Je passe par tous les lieux, de chez Kai à l’orphelinat en passant par chez Alma, mais aucun ne s’illumine dans ma tête, alors que je sais que si je le trouvais, je saurais immédiatement pour sûr que c’est là-bas qu’elle est.
Mon portable sonne alors dans ma main, et lorsque je vois l’heure affichée sur mon téléphone, je comprends. Le sang quitte mon corps une deuxième fois, parce que je comprends enfin ce qu’il s’est passé, je comprends enfin que Winston m’a déjà appelé et qu’elle a répondu… Un bruit sourd résonne dans mes oreilles, comme un bourdonnement, parce que je commence à avoir la confirmation que la situation est une putain de catastrophe.
Ma main tremble tandis que je décroche en mettant le téléphone à mon oreille :
- « Patron ? »
- Winston… qu’est-ce que… qu’est-ce qu’il vient de se passer ? chuchote-je d‘une voix blanche.
- « Comment ça ? »
- Qu’est-ce qu’il vient de se passer ?! hurle-je d’une seconde à l’autre. Tu viens de m’appeler, il y dix foutues minutes !! Ce n’était pas moi au bout du fil alors dépêche-toi de me dire ce que tu lui as dit bordel ?!
- « Mais rien du tout ! Tu as décroché mais il n’y avait aucun son, je n’ai rien entendu Hunter ! Calme-toi ! »
- Tu as bien dit quelque chose bordel !! Tu as forcément dit quelque chose ou bien elle ne se serait pas barrée comme ça !! enrage-je.
- « Mais rien ! Je n’ai rien dit ! J’ai fait comme d’habitude Hunter ! J’ai simplement dû dire « Allô ? » ou « Allô patron » … Je n’en sais rien, mais rien de plus ! »
Je lui raccroche au nez en abattant une main sur mes lèvres, qui tremble de plus en plus alors que je réalise que oui, Hestia sait que je lui ai menti. Je dois devenir blanc comme un linge, parce qu’Eden me rejoint avec l’air inquiet.
- Qu’est-ce qu’il a dit ?! angoisse-t-il.
- Elle sait que je lui ai menti, elle sait que Winston n’est pas mon patron… ça veut dire qu’elle sait pour sûr que je lui ai menti au moins là-dessus…, répète-je pour essayer de l’intégrer.
Mes tremblements s’intensifient, mon corps est fébrile, à deux doigts de s’écrouler tandis que je réalise qu’Hestia sait que je lui mens droit dans les yeux depuis le début, malgré toutes les discussions que nous avons eu sur le mensonge… Elle sait qu’à chaque fois que je lui ai dit quoi que ce soit sur Winston, je mentais au moins en partie… Elle ne doit rien comprendre, elle doit tout remettre en question alors que cette information est littéralement la première qu’elle a reçu sur mon travail et pratiquement sur moi. Elle ne doit même pas comprendre pourquoi j’ai menti là-dessus, elle doit remettre en question tout ce que je lui ai dit sur lui, qu’il m’a trouvé dans la rue, qu’il m’a proposé un travail, qu’il m’a formé… toutes ces putains d’informations n’ont pas de sens en considérant que je suis son patron, alors que tout était vrai…
Bon sang, elle ne doit RIEN comprendre… Evidemment qu’elle est partie, évidemment qu’elle ne sait pas qui je suis, que je lui fais peur… Mon dieu je n’imagine même pas l’impact que tout ça doit avoir sur elle, à quel point elle doit se sentir perdue et dépassée… Et elle ne sait même pas la vérité putain, elle ne sait même pas l’énormité de ce que j’aurais dû lui avouer, l’énormité du mensonge que je lui garde farouchement…
Mon téléphone sonne dans ma main et dès que je vois le nom de Winston, je pète les plombs et je l’envoie avec toute ma force dans le mur en parement à côté de la porte d’entrée. Eden sursaute, mon téléphone se désintègre en plusieurs morceaux sous ma violence mais je m’en moque, je suis en train de devenir complétement fou à l’idée que je vienne de perdre Hestia pour de bon. Parce que ce petit mensonge qui vient de la terrifier n’était que la putain de porte ouverte au mensonge tentaculaire qu’elle ne soupçonne même pas et qui marquera la fin de nous maintenant que je ne peux pas lui expliquer calmement les choses à ma façon comme je l’avais prévu…. Comme j’aurais dû le faire depuis des semaines, des mois même.
- PUTAIN JE SUIS TROP CON !! hurle-je de toutes mes forces.
J’attrape le vide poche que je balance à l’autre bout de l’appartement rageusement, le brisant lui aussi.
- MAIS QU’EST-CE QU’IL M’A PRIS DE LUI MENTIR ?! MAIS POURQUOI JE NE LUI AI PAS DIT LES CHOSES DEPUIS LE DEBUT ! POURQUOI JE NE LUI AI PAS DIT LES CHOSES PEU A PEU POUR QU’ELLE COMPRENNE PUTAIN DE MERDE ?!!
Je suis fou, complétement fou, je n’arrive pas à évacuer la tension que je ressens, elle m’oppresse, elle m’étouffe, elle me déchire en deux, elle fait brûler mon corps au complet tant je panique de l’avoir perdue. Je me jette contre le mur à côté de moi, pour y mettre un coup de poing avec toute ma force, toute ma peur et toute ma haine. Je traverse les deux épaisseurs de placo entre le salon et la chambre d’Eden et il hurle pour me calmer. Je ne l’écoute même pas, je frappe le mur, encore et encore, je déverse toute ma tension jusqu’à ce que les larmes perlent dans mes yeux.
Je défonce le mur à m’en blesser, et enfin, j’explose en sanglots.
Je pleure comme un dingue, les mains tremblantes toujours posées sur le mur, ma main droite dégoulinante de sang et peut-être un os de fêlé, mais je pleure enfin et ça me fait un bien fou. Eden vient à côté de moi pour poser une main impuissante sur mon épaule, mais ce petit geste me fait du bien aussi.
- Elle est partie Eden…, sanglote-je. Elle est partie et elle ne reviendra pas, parce qu’elle doit être complétement perdue, elle doit se demander qui je suis, qui est l’homme avec qui elle a tant partagé… Je ne sais même pas où elle peut être partie putain… personne ne le sait… je n’ai aucune idée d’où elle a pu partir…
- Calme-toi Hunter, elle ne doit pas être bien loin, elle n’a pas un sou en poche… On va la retrouver… ne t’en fais pas, je te jure qu’on va la retrouver… Nous la chercherons toute la nuit, elle n’a même pas de quoi se payer un gros trajet en bus…
J’ouvre les yeux brusquement et la seconde d’après, je fonce dans la chambre dans mon état second actuel. J’arrache presque la porte du dressing pour l’ouvrir, et dès que je découvre que le portefeuille d’urgence a disparu, le coup est si violent que je m’effondre par terre à genoux en m’étranglant dans mes larmes :
- Elle a pris mon fric, elle a pris le fric que j’avais laissé ! Elle peut être n’importe où putain ! N’importe où ! Nous ne la retrouverons jamais ! crie-je entre dents serrées.
- Mais non… je… On va la retrouver, elle n’est pas allée bien loin, tente-t-il.
- Elle doit être complétement perdue ! Putain Eden c’est insupportable, insurmontable ! Elle doit être tellement perdue ! Elle ne doit pas savoir où aller, quoi faire, comment réagir ! Sa confiance est brisée, sa sérénité aussi, son ancre n’est plus là, son socle, elle n’a plus rien à quoi se raccrocher ! Bordel Eden, il faut que je la retrouve, il faut que je lui explique tout de A à Z, comment tout ça est arrivé, pourquoi je lui ai menti, qu’elle comprenne, que je lui dise toute la foutue vérité… il faut que tout redevienne simple pour elle, mais ça ne le reviendra pas quand elle sera au courant…, pleure-je.
Le poids de ma tristesse est si intense qu’il m’écrase mais je réalise alors le pire, et la terreur revient de plein fouet, bien plus violente que depuis le début de cette histoire :
- Elle est toute SEULE Eden !! Elle est toute seule je ne sais où ! Sans téléphone ! Sans rien pour appeler qui que ce soit ! Imagine qu’il lui arrive quelque chose ?! Imagine que quelqu’un lui veuille du mal ?! Je ne pourrais jamais supporter qu’il lui arrive quoi que ce soit à cause de moi ! Je ne pourrais jamais le supporter ! Imagine qu’un homme… qu’on la… qu’il lui… OH MON DIEU JE NE PEUX PAS !! m’étrangle-je en hurlant dans les aigus.
Mais Eden s’agenouille pour attraper mes deux épaules et me secouer un bon coup avant de planter son regard assuré dans le mien. Je m’y raccroche automatiquement, parce que je suis à deux doigts de me jeter par la fenêtre.
- Elle n’est pas seule ! Il ne lui arrivera rien, jamais, pas tant qu’elle sera avec Calyouk. Il ne laissera jamais rien lui arriver, jamais Hunter ! affirme-t-il avec force.
Enfin une émotion positive, un soulagement incommensurable à l’idée qu’elle soit avec le loup qui veillera férocement sur elle et je m’effondre en avant dans les bras d’Eden, qui me réceptionne pour me laisser pleurer contre lui quelques minutes. Je vide tout ce que j’ai, j’arrive enfin à m’apaiser un minimum maintenant que je sais qu’elle n’est plus seule à errer dans les rues. Elle a de l’argent, beaucoup d’argent, et un protecteur. C’est déjà plus que je ne l’aurais jamais imaginé et ça me donne le courage de me relever après quelques minutes.
Je retourne au salon, je fouille les pièces de mon téléphone au sol jusqu’à trouver ma carte SIM que j’enfile dans le téléphone que je viens de lui acheter. Je me raccroche à l’action, à l’espoir, je retrouve enfin une certaine stabilité tandis que j’allume l’appareil.
- Qu’est-ce que tu fais ? demande Eden en me rejoignant.
- J’appelle mon privé, il va la retrouver, il faut qu’il la retrouve… Il faut que je la voie, que je lui explique tout, tout…, chuchote-je d’une voix brisée.