Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 172 : Kai et Julia
C’est Kai qui arrive le premier, il a des yeux hésitants lorsque je lui ouvre la porte, comme s’il craignait qu’Hunter ne lui ait donné la mauvaise adresse, mais il retrouve son sourire quand je lui saute au cou.
Je l’entraine dans l’appartement et il ouvre des yeux ronds en le découvrant :
- Sérieux ? C’est là que tu habites… ? demande-t-il d’une voix ahurie.
- Oui, c’est chez Hunter, précise-je alors que c’est évident.
Il hoche simplement la tête en promenant son regard sur les lieux et je lui fais la petite visite pendant qu’Hunter met la table dehors. Je termine le tour par la terrasse, le clou du spectacle, parce qu’il a la mâchoire décrochée en découvrant mon jardin urbain.
- Putain… Il fait bon d’avoir du pognon…, dit-il simplement.
- Tu as pris ton maillot de bain j’espère ?
- Je n’en ai pas bébé… Hestia…, se rattrape-t-il.
- Hunter pourrait t’en prêter un… ? propose-je en lançant un regard à ce dernier.
- Lui en donner un, me corrige-t-il avec humour. Hors de question que je le récupère s’il le fiche sur son cul.
- Je ne me baignerai pas, je m’en tape je t’…, commence-t-il.
Mais ses yeux gris tombent alors sur la table et il fait un pas en arrière instinctif en voyant qu’il y a quatre assiettes.
- Il n’y a pas que nous trois ?!! s’inquiète-t-il, clairement sur la défensive.
- Non… il y a Julia… tu te souviens de ma colocataire Julia ? Tu l’avais rencontrée une ou deux fois…
- Ah… oui… la fille perchée…, répond-il en réfléchissant.
- Oui…
Il hoche la tête, mais je sens bien qu’il est très mal à l’aise à l’idée que quelqu’un d’autre passe la soirée avec nous. Les coups joyeux de Julia résonnent sur la porte à ce moment-là et il relève le nez pour observer l’entrée comme s’il venait de se faire prendre au piège.
- Je vais fumer, marmonne-t-il simplement en fuyant vers la barrière du balcon, sans sortir quoi que ce soit de sa poche.
Je pars donc avec Hunter ouvrir à Julia sans notre deuxième invité.
- Coucou les chouchounets ! C’est déjà moi ! Une envie de manger un bon petit plat du chouchounet en chef ! plaisante-t-elle en entrant.
- Tu es au bon endroit, je me suis surpassé, confirme Hunter avec humour en la prenant dans ses bras.
- J’en ai déjà l’eau à la bouche ! Et j’ai mon maillot cette fois ! Je ne passerai pas à côté de ce jacuzzi qui me faisait de l’œil ! s’amuse-t-elle.
Elle tourne la tête vers la terrasse et ses yeux tombent sur Kai, qui se dandine d’un pied sur l’autre sur le seuil de la baie vitrée.
- Alors le taulard, on est de retour ? lance-t-elle.
- Je t’emmerde, réplique tout de suite Kai.
- Toujours aussi charmant celui-là…, commente-t-elle en haussant les sourcils.
Il ne répond pas, il tourne la tête vers l’extérieur, plus que mal à l’aise, et Hunter saisit sa détresse puisqu’il le rejoint en prétextant qu’il a besoin d’aide pour déplacer la table un peu plus au centre de la terrasse.
- Alors Kai est de retour ? me demande Julia dès que nous sommes seules.
Je lui fais un résumé de la situation et elle hoche la tête, agréablement surprise.
- Il est effectivement moins agressif, commente-t-elle.
- Beaucoup moins, il fait des efforts pour moi, pour s’intégrer avec nous, pour qu’Hunter le laisse me fréquenter, alors… n’y va pas trop fort.
- Moi ? feint-elle de s’étonner.
- Je te connais Julia, tu vas essayer de le faire sortir de ses gonds ou de le mettre mal à l’aise, dis-je en plissant les yeux.
- Je vais juste le taquiner un peu ! réplique-t-elle.
Elle affiche son sourire éclatant de garnement prêt à faire une bêtise et se dirige vers la terrasse, où je la suis. Puisque je suis à côté d’Hunter, Julia se retrouve à côté de Kai, qui est en face de moi. Il la fuit involontairement je suppose, puisqu’il est complétement tourné sur sa gauche pour observer le paysage alors que Julia l’observe avec curiosité, comme s’il était un animal de laboratoire.
- Qu’est-ce que vous buvez ? demande Hunter.
- Une sangria, comme la dernière fois… ? propose Julia.
- Pour moi aussi, ajoute-je.
- Ça marche… Kai ?
Kai tourne finalement la tête de sa contemplation, toujours mal à l’aise :
- J’en sais rien… qu’est-ce que tu as à part du vin sucrée pour les gonzesses ? marmonne-t-il.
- Du vin sucré pour les gonzesses ?! se marre Julia en le fixant.
Il lui lance un coup d’œil rapide, avant de reporter son attention sur Hunter qui lui répond :
- J’ai beaucoup de choses à boire Kai, alors dis-moi plutôt ce que tu aimerais, ça ira plus vite.
- Tu as du Whisky… ?
- Evidemment.
- Très bien alors…, marmonne-t-il en baissant le nez pour jouer avec une cigarette éteinte entre ses mains.
Il me fait de la peine, parce que je vois bien qu’il essaie de ne pas être désagréable alors qu’il se demande sans doute ce qu’il fiche ici.
- C’est très gentil d’être resté Kai, dis-je en souriant.
- Pourquoi ? Il voulait se sauver quand il m’a vu ?! demande Julia.
- Qui ne le voudrait pas…, réplique-t-il en lui lançant un coup d’œil.
Pendant une fraction de seconde, j’ai peur que Julia ne comprenne pas qu’il vient de tenter une blague, mais dieu merci, elle éclate de rire et il sourit un peu en reportant son attention sur sa cigarette. Je rayonne de le voir essayer pour me faire plaisir, alors je presse sa main une petite seconde pour lui témoigner ma gratitude et Hunter revient avec nos boissons.
Nous trinquons tous ensemble et quelques discussions commencent, majoritairement entre Julia et Hunter, jusqu’à ce que Kai relève le nez :
- Ça vous dérange si je fume à table ? Je peux m’éloigner, je m’en tape.
- Eloigne-toi donc, ça me fera de l’air ! le taquine Julia avec un sourire de diable.
Il ne sait pas comment le prendre, si elle est sérieuse ou non, et je glousse.
- Tu peux Kai, elle fume souvent en soirée, elle t’embête pour te mettre mal à l’aise, précise-je.
- Charmante…, réplique-t-il en allumant sa cigarette.
Elle l’observe, la tête dans une main, et dès qu’il lui lance un coup d’œil et constate qu’elle le fixe, il fronce les sourcils en reculant un peu la tête.
- Quoi… ? T’en veux une ? Sers-toi, dit-il en lui tendant son paquet.
- Non merci, je te regarde simplement, réplique-t-elle.
- Euh… ok…
Il hausse un sourcil, complétement ahuri et il se retourne vers le paysage pour la fuir un peu plus, ce qui ne manque pas de la faire rire silencieusement.
Honnêtement, ça va.
Elle aurait pu faire bien pire que ça et j’estime que Kai n’est pas en détresse, simplement perturbé de recevoir autant d’attention. Elle lui laisse d’ailleurs un répit pour souffler, parce qu’elle se remet bien droite pour regarder Hunter, qui lui demande rapidement de continuer ses histoires catastrophiques et elle s’exécute.
Elle raconte donc l’histoire de son accro au pari sportif, avec son humour et ses mimes, qui font toujours aussi rire Hunter, et elle attire finalement l’attention de Kai.
Il se tourne vers elle pour l’observer, en laissant sa chaise le plus loin possible quand même, mais il écoute son histoire et je vois les petites expressions sur son visage qui témoignent qu’il l’écoute avec attention. Je lui offre des sourires encourageants chaque fois qu’il me lance un regard et il boit quelques verres silencieusement en écoutant les histoires suivantes, qu’Hunter quémande toujours.
Une petite heure plus tard, les quelques whisky qu’il a bu l’ont suffisamment détendu pour qu’il soit tourné vers elle, les bras croisés et les yeux immenses en écoutant l’histoire de son stalker.
- Putain, t’as vraiment pas de chance, lâche finalement Kai.
Elle lui lance un regard en hochant la tête :
- Et encore Kai… tu n’as rien entendu… Tu n’as qu’un échantillon de mes déboires…
- Oh oui, confirme Hunter en haussant les sourcils.
- C’est malheureux mais je commence à croire que je n’attire que les crétins ! Tous ceux qui gravitent dans un rayon d’un kilomètre autour de moi me sautent dessus il faut croire ! s’agace-t-elle en levant les yeux au ciel.
- Tu devrais peut-être arrêter de craquer quand l’un d’eux t’approche…, rétorque-t-il sur un ton taquin.
Elle éclate de rire en lui lançant ses yeux hilares :
- Peut-être bien… voilà un conseil que je devrais suivre ! Mais ce n’est pas simple quand on attire qu’eux ! s’amuse-t-elle.
- Tu devrais te poser des questions alors…, enchaine-t-il en riant doucement.
Elle rit un peu plus et je ne peux m’empêcher d’intervenir :
- Pourtant c’est incompréhensible, Julia n’est pas une tocarde, souligne-je.
- Merci, j’ai des yeux, réplique Kai en me souriant.
- Oh mon dieu ! Arrêtez tout ! s’exclame Julia en levant les mains. Je viens d’avoir un semi-compliment de cet animal mal léché !
Nous rions tous les quatre et en une petite seconde, Kai est enfin intégré à nos discussions, ce qui me ravit naturellement.
Après le repas, je décrète qu’il est temps de finir la soirée dans le jacuzzi pour nous rafraichir de l’air encore étouffant malgré l’heure. Les garçons partent à l’intérieur pour se changer tandis que nous n’avons qu’à retirer nos robes et lorsqu’ils reviennent, Julia les fixe avec un air choqué.
- Je savais que chouchounet était un dieu grec, mais ce petit taulard est bien mieux foutu que je ne l’imaginais ! s’exclame-t-elle de but en blanc.
Hunter rit alors que Kai fronce les sourcils, complétement pris de court par la remarque de Julia. Je vois qu’il oscille entre l’agressivité et le silence, parce qu’il y a un monde entre s’envoyer des petites piques à la tête et recevoir un compliment aussi franc, alors j’imagine qu’il panique un peu.
Hunter capte encore son malaise et il intervient pour attirer l’attention de Kai sur lui avant qu’il ne réponde quoi que ce soit de désobligeant à mon amie :
- Tu vas me vexer Julia, ne compare pas la musculature de ce type à la mienne ! On ne mélange pas les torchons et les serviettes ! réplique-t-il d’un air hautain.
- Non mais je t’emmerde !! beugle Kai.
- Pas de quoi se vexer chouchounet ! Ton corps est pratiquement inatteignable pour le commun des mortels… Mais je ne m’attendais pas à ça pour notre taulard en chef, c’est drôlement impressionnant…, répond-elle en glissant son regard sur le torse de Kai.
Kai se fait encore scier en deux par Julia et il attrape sa bouteille de Whisky pour se servir un verre, toujours complétement perdu sur la réaction à avoir. Nous l’imitons finalement tous et remplissons nos verres avant de nous glisser dans le jacuzzi pour les siroter en papotant.