Velocity
Chapitre 2 : Mauvaises nouvelles avant le café
864 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 11/12/2025 00:01
09:32
Le moteur de sa vieille Mustang 68 gronde une dernière fois avant de s’éteindre. Elle gare sa bagnole entre deux voitures de patrouille — des épaves sur quatre roues, à croire que tout le monde se bat pour éviter les nouveaux modèles électriques. L’odeur d’huile et de métal brûlé flotte dans l’air, mélangée à celle d’un vieux hot-dog oublié quelque part dans le commissariat.
Elle sort, claque la portière et ajuste son col. Veste noire, silhouette aiguisée. Pas besoin de maquillage pour impressionner les criminels… ou les collègues.
En passant les grandes portes vitrées, elle salue deux agents à l’accueil d’un simple signe de tête.
— Lieutenant Tsukino ! Toujours à l’heure, hein ? lance l’un d’eux, sourire en coin.
— Et toujours avant le café, répond-elle sans ralentir.
Un peu plus loin, deux inspecteurs se marrent à la machine à café.
— Je te jure, il a embarqué le mec avec son tablier, pensant que c’était le suspect… alors que c’était juste un vendeur de tofu !
— T’as pas filmé ça, sérieux ?
Akira roule légèrement des yeux, un sourire discret aux lèvres. Ces conneries-là font partie du quotidien. De petites bulles de normalité dans un monde qui peut basculer sans prévenir.
Mais pas aujourd’hui. Pas ce matin.
Elle sent cette tension dans l’air, ce frisson dans la nuque quand quelque chose cloche. Et ce foutu message du chef tourne dans sa tête comme une lame suspendue. Il ne la convoque jamais sans prévenir. Encore moins en pleine semaine.
Akira arrive devant la porte du bureau. Bois sombre, un peu râpé, le même depuis des années. Elle inspire, toque deux fois et entre.
— Bonjour. Vous m’avez fait demander ?
Le chef ne lève même pas les yeux de son écran.
— Assieds-toi, Akira.
Elle obéit, referme la porte et s’installe sans un mot. Il finit par parler.
— Je t’ai fait venir pour une affaire prioritaire. Ici, on traite surtout des homicides ou des cas étranges, tu vois le tableau.
— Hum, fait-elle d’un ton neutre.
Il ouvre un tiroir, sort un dossier papier et le pousse vers elle.
Toujours mauvais signe, ces papiers.
— Sauf que celle-ci est différente. Un scientifique de renom a été tué dans des circonstances très inhabituelles. Un androïde serait impliqué. On doit agir vite, avant que ça dérape.
Akira lève les yeux, déjà agacée.
— Attendez… pourquoi moi ? Ce n’est pas mon domaine. Je n’y connais rien aux androïdes ou à la robotique… Je suis plus à l’aise sur le terrain avec un flingue qu’avec un écran tactile.
— Je comprends. Mais on avait besoin de quelqu’un en urgence, et tu as déjà prouvé tes compétences. Tu es la mieux qualifiée pour cette enquête.
— Bah voyons…, grommelle-t-elle en s’enfonçant dans son siège. Et Lenglais ? Il ne pouvait pas s’en charger ? Ou Luki, qui connaît mieux les machines ?
— Lenglais est déjà sur une infiltration. Et Luki est légiste, pas flic.
— Génial… et c’est moi qui trinque…, marmonne-t-elle.
Le chef plante son regard dans le sien.
— Velocity a besoin de gens compétents pour une affaire pareille. Tu auras deux agents de la criminelle de Detroit avec toi. CyberLife se contente de surveiller l’enquête. Tu ne seras pas seule. Départ aujourd’hui.
Akira feuillette le dossier. Nom, photos du laboratoire, profil du scientifique. Rien de réjouissant. Elle s’attarde sur la photo du défunt. Son regard semble encore vivant, ou alors elle manque cruellement de sommeil.
— Velocity… c’est où déjà ?
— Une île artificielle expérimentale. Projet gouvernemental. Une société presque sans criminalité, gérée par une IA centrale. Là-bas, les androïdes sont partout.
Elle referme le dossier, surprise.
— Sérieusement ? Une ville futuriste, des androïdes, et tout le cirque… Génial, on se croirait dans le film I-Robot. Vous savez que ce genre de trucs me file de l’urticaire.
Le chef lève la main pour l’interrompre.
— Justement. C’est pour ça qu’on t’a choisie.
Il se redresse légèrement.
— Tu seras sur le terrain et tu auras tout le soutien nécessaire. Luki t’attend dans la salle de réunion. Il te donnera ce dont tu as besoin et te briefera sur toute la mission. S’il y a un problème, tu seras en communication directe avec lui.
Elle se lève, une main posée sur le bureau.
— Très bien… j’arrive, répond-t-elle calmement. Mais si leurs robots tentent de me souhaiter une bonne journée, je les démonte.
Elle se retourne pour partir, mais le chef la rappelle.
— Et une dernière chose, Tsukino. Pas un mot à la presse, pas de fuite, rien. C’est un lieu expérimental et secret. Ce n’est pas Disneyland ici.
Akira hoche la tête sans se retourner et claque la porte derrière elle. Pas franchement ravie de la mission.