Nouvelles d'ici et d'ailleurs
Ferme les yeux un moment. Tu es avec ton groupe, dans une forêt paisible. Vous mangez des boîtes de raviolis froides, en profitant du calme. C’est le grand luxe, tu les as trouvées dans une grosse maison à l’entrée d’une petite ville en apparence tranquille. Tu discutes tranquillement, de tout et de rien, de moyens de se battre, d’anecdotes du « bon vieux temps ». Et tu as le malheur de laisser tomber cette foutue boîte de conserve sur le sol. Elle claque contre un couvercle de poubelle abandonné. Et tu commences à les entendre.
Eux. Ceux dont on ne prononce pas le nom. Tout a commencé il y a deux ans. Tout le monde croyait que c’était un festival, avec quelques mecs déguisés en zombies, comme il y en a partout sur la planète. Puis les « mecs » ont commencé à mordre, à attaquer. Et les mordus se sont à leur tour transformés en mordeurs. Toi ? Toi tu as gardé ton sang froid, tu as réuni quelques provisions, et tu es partie. Loin, toujours droit devant, là où les abrutis et les idiots se faisaient croquer par milliers dans les camps de sauvetage. Cette maladie, elle ronge tout le monde, elle s’accroche à toi, elle t’empêche d’avancer. Et tu te rends compte que tout a une fin, que l’homme n’est pas immortel, et que oui, t’aurais peut-être dû écouter les conseils de ton prof de philosophie. C’était trop tard. En deux semaines, le monde a sombré dans le chaos. Les morts se sont retrouvés plus nombreux que les vivants. Sauf que toi, les autres, les résistants, on ne vit plus. On survit.
Tu te lèves calmement, avec les autres. Vous n’êtes que trois, prendre trop de gens n’est jamais bon. On finit toujours par se prendre le bec, surtout que, dans ces temps sinistres, les vivants sont aussi dangereux que les morts. Ils sont quatre, ils te fixent de leurs yeux vides. Pour eux, tu n’es que de la viande fraîche pas encore égorgée. Tout ce qu’ils veulent, c’est te mettre à terre, t’ouvrir et te vider de tout ce qu’il reste d’humain en toi. Tes organes, ton cœur, ton cerveau. Dis adieu à tes émotions, et bonjour au sang. Et le pire, c’est que tu peux rester très longtemps en vie. Un homme coupé en deux peut survivre jusqu’à une heure en se vidant de son sang. Un homme à qui l’on retire les organes, environ dix minutes. Dix minutes d’agonie, où tu sens ta chaire disparaître dans leur bouche, ton sang couler autour de toi. A ce qu’il paraît, une morsure, c’est comme une centaine de piqûres d’abeille.
Tu connais les symptômes, tu les as déjà vus. Un copain, mort la semaine passée. Mordu à la cheville. Quatre jours d’agonies. De la fièvre, une incapacité à marcher, puis encore de la fièvre, qui continue de monter, encore et toujours. Et la mort, la délivrance. Jusqu’à ce que tu reviennes, et que les personnes qui t’ont toujours aimé te plante un couteau dans la tête. La triste vie d’un être humain qui croyait survivre.
Ils avancent vers ton groupe. Tu n’as plus d’arme silencieuse, tu as perdu ton couteau dans le crâne de l’un d’eux, la veille, impossible de le déloger. Tu sors ton pistolet, et sans mesurer la connerie que tu fais, tu tires. Un d’eux s’effondre. Mais ce sont des dizaines de grognements qui s’élèvent autour de toi. Et avant même que t’aies pu dire ouf, tu te retrouves encerclé. Ils sont des dizaines, il en vient de partout. Ton groupe tente de se défendre comme il peut. Des coups de feu, des coups de pied, et beaucoup de course. Tu zigzagues entre les choses, qui essaient de t’attraper, certains t’effleurent du bout des doigts, mais tu ne t’en inquiètes pas. Ils sont longs, la moitié presque décomposée, mais ils ont faim. Et tu sais mieux que quiconque ce que la faim peut faire aux gens.
Tu entends des pas derrière toi. C’est ton amie, qui se bat avec l’un d’eux. Un autre arrive par-derrière, l’attrape par les cheveux, lui arrache la carotide. Tu regardes la scène, dégoûtée, alors que les choses se jettent sur le corps de celle avec qui tu as voyagé. Tu l’entends hurler ton nom. Tu sais que tu ne peux rien faire. Tu tournes les talons, et tu pars. Dans dix minutes, ce sera fini pour elle.
Tu retrouves la troisième personne de ton groupe au bout du chemin. Sur une route. Ou une horde avance vers nous. Tu sais que tu vas mourir, c’est ça le plus dur. Tu attends qu’il soit assez proche, et tu tires dans la jambe de ton coéquipier. Il tombe à terre, les choses lui sautent dessus, et toi, toi tu cours. Il hurle après toi, alors que les premiers s’attaquent à son ventre. Tu n’as même pas honte. Ce n’est que de la survie. Et tu cours, cours encore, à travers les bois, pour les semer. La survie n’est pas juste une question de savoir qui vit ou meurt, c’est savoir faire les bons choix pour sauver ta propre vie.
Tu t’es stoppée, tu sens quelque chose s’enfoncer dans ton bras. Tu tombes. Tu hurles. Dix minutes. C’est exactement le temps que ça a pris pour que tu tombes dans l’inconscience et que tu repenses à tout ce qu’il venait de se passer. Dix minutes, et tu es morte.