Entre les vies

Chapitre 5 : La Bague

3477 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 04/04/2026 13:38

5, La Bague




Bogoslav ouvrit la lourde porte de fer de la demeure qui avait appartenu à son grand-père. Grinçant sur ses gonds, le portail dévoila un immense vestibule qui s’étalait à perte de vue. De chaque côté, les murs nus semblaient se refermer sur lui. Sur les premiers mètres, des patères richement décorées plaquées or ornaient les murs, invitant à déposer des manteaux. Puis, des portes royales en fer forgées, tout aussi époustouflantes que celle d’entrée, paraissaient vouloir l’écraser lorsqu’il passait devant elles. Les portraits le dévisageaient sévèrement à son passage. Chaque pas résonnait trop fort sur les dalles de pierres, comme si le psychothérapeute était le seul être vivant de l’endroit.

« Je dois la retrouver, mais où est-elle cachée ? » se répéta-t-il mentalement. Il s’arrêta au milieu du vestibule.

Un bruit étouffé, infime. Bogoslav retint son souffle, les oreilles tendues.

« Quelqu’un ? De mémoire, personne ne vit dans ce manoir ! Sauf si… Je doute qu’un cousin maternel y habite… Depuis la mort de grand-père Jara… Je pense que c’est abandonné depuis longtemps… Sauf si… Cet homme… Il a été capable de me retrouver là-bas… Pourquoi pas ici ? Peut-être cherche-t-il lui aussi… »

Il colla son oreille à la porte, mais aucun son ne lui parvint. Pas un pas, pas une respiration, pas un soupçon de présence humaine. Le silence tomba sur lui encore plus lourd qu’auparavant. Le psychothérapeute, troublé, continua sa marche à pas de loup jusqu’au bout du couloir, dans une atmosphère pesante. Là, une porte en acier poli l’attendait. Le sang battant fort dans les tempes, il la poussa doucement et elle s'ouvrit sans un grincement. Une cage d’escalier poussiéreuse s’offrit à son regard. 

« À l’étage ou au sous-sol ? »

Il se rendit à l’étage, les sens aux aguets, attentif pour ne pas faire gémir les marches sous son poids.


Il ouvrit la première porte à sa droite. Une chambre où un immense lit recouvert d’un drap en lin brodé d’or trônait au centre. Tout était parfaitement ordonné, même trop parfait.

« Je vais devoir jouer Sherlock Holmes ! » pensa-t-il en balayant du regard la pièce.

Bogoslav fouilla les tables de nuit en chêne gravé aux armes de la famille sur les tiroirs, il trouva une boîte à bijoux bleu-nuit décorée d’un aigle doré couronné. Il la prit d’une main et l’ouvrit lentement. À l’intérieur reposait une simple bague avec un diamant. Le psychothérapeute l’observa attentivement. Un souvenir émergea des profondeurs de sa mémoire : 


Âgé de dix ans, le petit garçon qu’il était déambulait dans les couloirs de la demeure de son grand-père maternel, alors malade. Il était accompagné de ses parents, de son frère aîné et de sa sœur benjamine. Sa mère, en s’arrêtant devant la porte d’entrée, montra le blason familial aux enfants et leur demanda : 

— Mes enfants, connaissez-vous l’origine du blason des Rasputin ? 

Les yeux de Bogoslav s'agrandirent d’étonnement et brillèrent de curiosité.

— Non, maman ! Connais pas !

Elle saisit le bras de son fils d’une main, celui de sa fille de l’autre, et leur désigna l’imposant blason suspendu au-dessus de la porte d’entrée.

— Ce blason serait issu d’un rêve du premier Rasputin anobli, à savoir Sviatoslav Vladislavovitch. 

— Pourquoi, maman ? demanda le petit Bogoslav.

Sa mère lui sourit fièrement.

— Il a été anobli en guise de remerciement pour toutes les actions héroïques et généreuses pour le tsar et les habitants de la capitale. Les rumeurs disaient que cet ancêtre était un chaman, un homme capable de guérir toutes les maladies, de voler comme un oiseau, d’invoquer la pluie et le beau temps. Il était même un voyant. 

— Wow ! s’émerveilla Bogoslav en fixant avec respect le blason. Et moi aussi, je pourrais être comme lui ?

— Je ne le sais pas, mais ce ne sont que des légendes, mon ange. Ce blason, mon père le garde comme une relique. La rumeur dit que Sviatoslav aurait aussi demandé à un bijoutier de lui créer une bague en or sertie d’un aigle couronné avec des yeux en diamants. Cette bague amplifiait ses capacités. Elle serait transmise de génération en génération, mais elle se serait perdue au temps de mon arrière-arrière-grand-père. Tout le monde ignore où elle est, égarée ou vendue, personne ne sait si elle a même existé.

Bogoslav, la voix tremblante, comme s’il se trouvait en présence d’une relique, murmura une prière. La famille traversa le portail et quitta la demeure. Le cœur de Bogoslav se serrait dans sa poitrine lorsqu’il se retourna pour contempler une dernière fois la demeure de son grand-père maternel. Il avait l’impression que les jours de Jaroslav étaient comptés.


Bogoslav cligna des yeux pour revenir de son souvenir et marmonna : 

— Ce n’est pas cette bague ! J’en suis certain !

Le souffle court, il secoua la tête et referma la boîte, avant de la remettre à sa place. Il se déplaça en face de la fenêtre et fouilla dans une armoire remplie de boîtes de carton. Il en extirpa des draps soigneusement rangés, des uniformes et complets pour hommes en soie et en coton et des robes féminines et élégantes qui exhalaient encore le parfum préféré de sa grand-mère Maria. Mais aucune boîte à bijoux ou bague, cachée dans ce monde vestimentaire ordonné et multicolore de ses grands-parents, ne capta l’attention de Bogoslav. Un seul objet insolite retint son regard : l’icône portative de Saint-Georges le Victorieux. Il la prit et remarqua qu’un papier s’en échappa. Il le ramassa. Il scruta l’image sacrée et lut le message suivant :

« Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe.… » Mt 7,7-8

Toutes les réponses sont à portée de votre main, sous vos yeux mêmes, très près, trop près. Ne soyez pas aveugle.

Que le Seigneur vous assiste, Amen !


Bogoslav relut le message et se demanda  : 

« Mais que peuvent bien signifier ces mots ? Où ? Dans la bibliothèque ? Peut-être… Plus logique que dans la cuisine… »

Il se signa devant l’icône, l’embrassa et la rangea dans sa poche. Il sortit de la chambre et se figea dans le couloir. Ses jambes refusèrent de le porter plus loin. Ses craintes se trouvaient confirmées. Une forme sombre se détacha de la noirceur environnante et passa à la limite de son champ visuel. Elle se dissipa dès qu’il se retourna pour essayer de l’examiner.

« Qui ? Vivant ou non ? Quelque chose ne va pas ! Qu’est-ce qui m’arrive ? »

Ses doigts se crispèrent convulsivement sur le bord de sa chemise, le souffle court. Ses jambes le portèrent jusqu’à la porte par laquelle avait disparu la forme noire. Il tendit l’oreille vers la porte, le corps crispé, mais aucun son ne lui parvint. Il entra doucement dans la cuisine sans faire de bruit. Une odeur de pluie estivale envahit ses sens. Tout était en ordre et seul un courant d’air violent et chaud entrait par la fenêtre entrouverte. Dehors, le ciel sombre, presque noir comme l’encre, était zébré de quelques éclairs, furtifs traits blancs dans la noirceur ambiante. Bogoslav ferma la fenêtre et scruta l’horizon, ne remarquant rien de suspect. Il soupira, se laissa glisser contre le carrelage et demeura immobile pendant un instant.

« Quelqu’un est là ! Quelqu’un m’a peut-être vu ? La seule sortie est cette fenêtre… un homme-oiseau ? Lui ? »

Bogoslav se leva et fouilla les divers placards, mais ne trouva rien d’intéressant. Seulement des couverts, des casseroles et des chaudrons y étaient sagement rangés. Il sortit de la pièce, fermant la porte, puis descendit au rez-de-chaussée. Il eut l’impression que depuis le coin sombre du couloir, une ombre le scrutait. En se retournant, le trentenaire remarqua une forme humaine. Il alluma un lustre, mais la forme avait disparu, telle une fumée volatile.


Il se rendit au salon, ne prêta aucune attention à la bibliothèque au fond, préférant arrêter son regard sur l’armoire en face de la fenêtre. Il souffla sur la poussière qui recouvrait le meuble et l’ouvrit lentement. Un grincement résonna dans la pièce malgré toutes ses précautions. Il sortit les divers bibelots, figurines et collections de monnaies anciennes dans l’espoir de remarquer un petit coffre sommeillé dans un coin insoupçonné. En vain. Une fois qu’il remit tous les objets dans l’armoire, Bogoslav s’assit sur la chaise au coussin beige brodé qui trônait au centre de la pièce, non loin d’une table. Tournant la tête vers la bibliothèque impressionnante à sa droite, il secoua la tête.

« Impossible que ce soit caché entre les livres… Sauf si… Peut-être existe-t-il une cache ? Que Dieu m’assiste dans cette recherche, le temps m’est compté, Amen ! »

Il se signa, se leva et examina de près chaque millimètre du plancher de la salle, mais aucune aspérité suspecte ne relèverait l’existence d’une cachette. Il fouilla chaque rayon et chaque ouvrage. Un feuillet tomba d’un livre, il comportait cette phrase : 

Sous les ailes de l’aigle

Les yeux plissés, mine pensive devant cette énigme, le trentenaire scruta par la fenêtre l’extérieur. Une forme noire dans le tilleul, brièvement éclairée par les éclairs environnants, attira son attention. Il crut l'identifier : un corbeau, une corneille ou un merle noir. 

« Il me suit ! »

Il se cacha derrière les rideaux, la sueur coulant le long de son échine. Il évita de regarder à nouveau par la fenêtre, soucieux de ne pas se faire remarquer par la créature ailée. Il se laissa glisser au sol, la gorge sèche. 

« Vite ! Encore un peu de temps ! Vite ! »

Il se signa fébrilement.

« Que Dieu ait pitié de moi, Amen ! »


Quelques instants plus tard, Bogoslav sortit du salon et s’arrêta devant le blason des Rasputin suspendu à la porte d’entrée. 

Il le scruta attentivement. Le blason était divisé en quatre parties. Dans la première partie bleue — un aigle blanc couronné aux ailes déployées. Dans la deuxième partie blanche — un chêne. Dans la troisième partie blanche — un bras bleu armé tenant un sabre bleu. Dans le quatrième quartier, bleu comme le premier, répétait le motif de l’aigle blanc couronné aux ailes étendues. Au centre, un petit bouclier d’or avec Saint-Georges le Victorieux sur un cheval blanc, frappant un dragon noir. L’ensemble était surmonté d’un manteau d’hermine et d’une couronne princière(1). Dans la noirceur environnante, les aigles semblèrent battre des ailes. Un frisson lui traversa l’échine. Bogoslav trouva à tâtons l’interrupteur, l’actionna pour éclairer le hall et mieux détailler le blason. La lumière fit briller le métal.

« C’est là ! L’aigle… La réponse ! »

Il alla chercher un escabeau dans le placard de la pièce voisine entre les divers balais, plumeaux, aspirateurs, serpillières, gants et produits nettoyants. Il monta dessus pour décrocher le blason. Il le déposa au sol et l’observa, la sueur perlant son visage. Les mots des énigmes lui tournaient dans la tête sans répit : 

Sous les ailes de l’aigle… Toutes les réponses à portée de votre main… sous vos yeux mêmes… très près, trop près... Ne soyez pas aveugle…

Bogoslav passa sa main hésitante sur le métal froid de la première partie, le blason brilla d’une lueur aveuglante, le forçant à fermer ses yeux momentanément. Son cœur bondit dans sa poitrine. Il glissa sa main droite sur les aspérités des armes de la famille Rasputin qui lui chatouillaient les doigts. En faisant ce geste, il remarqua que le bouclier d’or était légèrement surélevé. Intrigué, il l’observa de plus près, mais à l’œil, rien de perceptible. Il cligna des yeux.

« Quoi ? La réponse est dans ce blason, j’en suis certain… Une intuition… Inexplicable ! Un mécanisme secret ? Étrange… Rien à perdre d’essayer ! » 

Il glissa ses doigts sur les aigles qui brillèrent d’un éclat particulier, mais ne trouva rien d’autre. D’une main sûre, il pressa fortement le chêne et le bras armé, mais seule une douce mélodie rappelant la balalaïka expira son chant. Bogoslav, le regard éteint, secoua énergiquement la tête et pensa : 

« Quoi ? Où ? L’aigle… La proximité… Sauf si… »

Il hésita un court instant puis appuya fermement de ses deux mains sur Saint-Georges.

Les aigles du blason sifflèrent. Le bras armé émit un son des épées entrechoquées. Le chêne scintilla. Un  système de roues dentées rouillées grinça. Le blason s’ouvrit comme une boîte révélant une cavité. Dans ce creux un petit coffre beige reposait. Coi, le psychothérapeute avait les yeux rivés sur l’objet. Les sourcils froncés, Bogoslav prit le coffret et le déposa au sol. Il fit sauter le fermoir d’un geste sec. Sur un coussin blanc, une bague en or sommeillait. Un aigle couronné gravé aux yeux en diamants le fixait sévèrement. Le psychothérapeute murmura, presque inaudible : 

— La légende… Elle est vraie ! Cette bague existe ! Mais… que peut-elle faire ?

Il glissa l’anneau à son index droit. Et il attendit.


Soudain, le couloir s’assombrit. Un froid brutal s’insinua dans le corps de Bogoslav. L’air devint plus lourd. Le silence se fit presque palpable. Au fond du couloir, une ombre humanoïde figée dans le temps prit consistance. Cette silhouette se détacha nettement du mur. Elle s’avança vers lui lentement avec la grâce d’un prédateur. Chacun de ses mouvements avait une fluidité irréelle, comme si elle allait se fondre à tout moment dans les ténèbres. Bogoslav eut le souffle coupé.

« Lui ? » déglutit-il à cette pensée.

L’homme en noir, hiératique, avait le visage figé en un sourire sans vie. Seuls ses yeux, tels deux feux ardents au milieu d’un masque de théâtre cireux, étaient rivés sur la bague et trahissaient une forme de vie.

— Bogoslav Petrovitch Bogatyrev… s’exclama-t-il.

Sa voix semblait provenir de partout à la fois, tel un avertissement. Un tonnerre rugit dans le lointain. Un éclair déchira le ciel derrière la fenêtre. La lumière révéla brièvement le regard étincelant de folie et le teint cadavérique de son visage émacié. Puis, tout redevint sombre. La voix de son interlocuteur se fit plus grave, telle la pluie qui frappait contre la fenêtre.

— Donnez-moi cette bague !

Bogoslav recula d’un pas. 

— Restez où vous êtes ! 

L’homme en noir n’obéit pas. Il avança lentement jusqu’à Bogoslav. Sans se hâter, il diminuait la distance entre eux. Un poignard à la manche noire sertie d’émeraudes apparut entre ses mains. Son aura froide écrasait le petit-fils de Jaroslav qui demeurait interdit.

— Sinon je l’aurais d’une autre manière ! murmura l’homme en noir, tranchant l’air.

Le psychothérapeute retint sa respiration. Ils étaient trop près l’un de l’autre, au point que le souffle chaud de la respiration de Bogoslav fit frémir l’air. La lame étincelante de l’arme sous sa gorge le força à reculer. Des sueurs froides coulèrent le long de son dos. Son regard se promena de l’homme jusqu’au mur, puis à la porte qui était trop loin. Aucune issue. Sa main se crispa. 

« Réfléchis ! »

Cette bague si précieuse était entre ses mains. Il avait parcouru maints lieux pour trouver cet artefact. Elle était la sienne, il l’avait promis à son grand-père. Aucune trahison n’était envisageable. Sa main se ferma en poing dans sa volonté de garder l’objet de sa promesse. 


Soudain, une chaleur douce parcourut son doigt. L’or brilla d’un éclat particulier. Il baissa son regard sur sa main. Un courant électrique parcourut son doigt et se propagea dans son bras. Les yeux agrandis d’effroi, il secoua sa main dont le doigt devint écarlate. Son bras se raidit involontairement. Il étouffa un cri au fond de sa gorge. Des petits éclairs parcoururent sa main, puis une gigantesque foudre jaillit de son épaule. Elle frappa le sol aux pieds de l’homme en noir. Ce dernier sourit et recula d’un pas en marmonnant : 

— Intéressant ! 

Des dalles volèrent en éclats. La vision de Bogoslav se troubla. Ses muscles se contractèrent.

« Terrifiant ! »

Son corps entier s'arc-bouta, des larmes brouillèrent sa vision, sa tête le fit souffrir et une autre foudre brisa des dalles à quelques centimètres de l’homme en noir qui demeurait immobile, fasciné par le spectacle. 

« Trop, c’est trop ! »

Le psychothérapeute arracha la bague d’un geste vif. La brûlure cessa immédiatement. L’anneau tomba au sol dans un doux tintement, comme si elle rencontrait un tapis, et non des dalles. Puis, elle roula en laissant une traînée incandescente dans son sillage et se perdit au fond du couloir.

— Voilà ! Prenez-la ! répondit-il dans un air de défi agressif pour camoufler maladroitement le tremblement de sa voix.

Au lieu de courir pour récupérer l’objet convoité, son interlocuteur fit un bond en avant pour frapper Bogoslav. La lame, avide de sang, entailla le bras du psychothérapeute, laissant une ligne de feu sur la peau blanche. Bogoslav hurla et recula. Dans un geste ultime de protection primaire, il plaque son autre main sur la blessure. Déjà, l’ombre humaine s’éloignait de lui, cherchant l’anneau. Il tourna le dos à sa victime avec grâce, dans un mouvement qui fit virevolter les pans de son sombre manteau. Bogoslav serra les dents et, sans réfléchir, tourna les talons. Il courut sans se retourner. Le couloir lui semblait trop long. Ses pas résonnaient trop fort à ses oreilles contre les dalles. Derrière son dos, un rire étouffé se fit entendre. En passant sous le blason, Bogoslav fut pris d’un vertige. Il s'agrippa fermement contre le cadre de la porte et ferma les yeux. Sur ses paupières défilèrent rapidement des images qu’il ne parvenait à identifier : un salon luxueux, un restaurant, un vestibule, une femme qui prie et un couteau ensanglanté. Puis, de ces photographies émergea, net et précis, un mot. Un nom : Mercedes d’Albe. Bogoslav ouvrit les yeux, haletant. Il franchit le seuil. La pluie qui fouettait son visage le fit revenir à la réalité.

« Mon petit-fils, » résonna la voix grave et solennelle de Jaroslav dans sa tête. « la bague est tienne ! À partir de maintenant et pour toujours… Tu ne peux lui échapper ! »

Un éclair zébra le ciel. Bogoslav leva les yeux. Un aigle vola au-dessus de la demeure, décrivant des grands cercles. Ses ailes se découpaient à l’horizon. Puis il disparut. Le psychothérapeute baissa son regard sur ses mains. Une douce chaleur pulsait contre sa peau. La bague légendaire ornait son doigt, dégageant une lumière.

Il comprit une vérité terrible. Il ne s’en débarrasserait jamais.





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(1) Armoirie inspirée de celle des Chouïski et des Gagarine de notre monde, tous deux des branches collatérales des Riourikides — dynastie princière qui régna sur la Rus’ de Kiev et la Moscovie, actuelles Ukraine et Russie.

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