VIRELLIA - Livre 1

Chapitre 1 : Cendres sous la pluie

680 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 17/03/2026 19:45

La pluie commence à tomber à l’orée de la forêt. Pas une averse brutale. Une pluie fine et froide, traîtresse : elle s’infiltre sous les vêtements, s’accroche à la peau, te rend plus lourde à chaque pas.


Seyla marche droit, sans s’arrêter. Cheveux de jais, parsemés de fils d’argent. Des yeux vairons. Le manteau qu’elle porte (ou ce qu’il en reste) lui colle au dos : dégoulinant, mité, déchiré aux manches. Sa capuche est tombée depuis longtemps, arrachée par une branche ou peut-être par le destin, elle ne sait plus. Sa cape noire, marquée du sceau de la Forge des Ombres, elle l’a laissée derrière. Jetée dans la boue comme un chiffon inutile.


— T’es un boulet, Vorenth. T’agis avant de penser. C’est pas comme ça qu’on survit ici.


La voix de Vaelran lui revient. Trop nette, trop calme.


Il l’a virée devant tous les autres. Pas avec colère. Pas avec haine. Non : avec ce ton moqueur, presque détaché. Ce rictus au coin des lèvres qu’il sort quand il a déjà tourné la page.


Elle serre la mâchoire. Elle aurait préféré qu’il crie, qu’il s’énerve, qu’il lui reproche tout en bloc. Mais non, il a posé sa sentence comme une lame propre. Et elle, elle est restée là, droite. incapable de parler, pas même un mot.


{Il m’a jetée comme une élève de plus. Comme si j’étais rien. Et pourtant… j’aurais suivi cet enfoiré jusqu’au fond du néant}


Ses pas s’enfoncent dans la terre détrempée. Elle a mal partout, mais elle continue. Elle doit quitter la forêt avant la nuit. Trouver un village, un abri, un sens. Elle n’a plus rien. Pas de famille, pas d’école, pas de but. Juste elle, la boue, et cette colère incandescente qui pulse sous la peau.


Le village de Enven se dessine enfin entre les arbres. Petites maisons en bois, toits moussus, fumées grises. Une palissade en rondins, à moitié effondrée par endroits. Rien de glorieux, juste une halte, un point sur la carte. Les gens la regardent.

Une fille trempée, crasseuse, seule. Trop droite pour être une mendiante, trop silencieuse pour être une vagabonde ordinaire. Elle dégage quelque chose, quelque chose de dangereux. Elle le sait, et elle s’en fout. Elle pousse la porte de la taverne du centre, sans un mot.


« Le Repos des Brumes », dit l’enseigne à demi effacée.


Dedans, chaleur, brouhaha, senteur de viande rôtie et d’alcool bon marché. Quelques clients la regardent, d’autres l’ignorent. Le tavernier, un colosse à la barbe grise, essuie un verre derrière le comptoir.


— T’as pas l’air d’ici, grommelle-t-il sans lever les yeux.


— Je cherche du boulot, répond-elle du tac au tac.


Sa voix est sèche. Fatiguée, mais vive.


— Je peux porter, couper, laver. Ou cogner, si t’as besoin.


Il hausse un sourcil, l’examine du coin de l’œil, puis désigne d’un geste la porte de l’arrière-salle.


— Va voir Mava. Elle recrute parfois.


La pièce de l’arrière est plus sombre. Une femme sèche comme un coup de fouet, cheveux tirés en chignon, tablier de cuir et regard de juge.


— T’as quoi dans les bras, gamine ?


Seyla ne répond pas. Elle avance, attrape un tonneau plein dans le coin, et le soulève à une main, sans trembler. Mava plisse les yeux, soupèse, puis hoche la tête.


— T’es engagée... Pas d’emmerdes, pas de questions.


Seyla acquiesce. Elle ne sourit pas, elle ne remercie pas.


{J’ai pas besoin de leur pitié. Je veux juste survivre. Et le jour où il reviendra… je serai plus la même}


Elle attrape une serpillière et commence à frotter le sol...




Chapitre 2 jeudi soir entre 21h30 et 22h30

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