VIRELLIA - Livre 1

Chapitre 7 : L’Heure des Choix

1971 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 29/03/2026 20:02

Le grand hall du Temple de Kael’Mar résonne du pas feutré des élèves rassemblés. Derrière les vitraux spirituels, la lumière de l’aube irise les murs de marbre d’un éclat presque solennel. Le roi Silas IV n’est pas là. Ce matin, ce sont les mentors seuls qui président.


Kaelis Thenara est déjà installée, assise sur un banc de pierre, les mains croisées devant elle, paisible. Lynara Velsen tourne en rond, bras croisés, le regard plus acéré qu’à l’accoutumée. Quant à Vaelran Solhen, bien sûr, il n’est toujours pas arrivé.


Il est en retard, souffle Kaelren, déjà excédée.


Il le fait exprès, grince Talyor en ajustant le col de sa tunique.


Il veut juste qu’on sache qu’il est plus important que nous tous réunis, lâche Kelvar, bras croisés, regard fixé vers la porte.


Elle s’ouvre à cet instant précis.


Je vous aime aussi, déclare Vaelran en entrant à reculons, une pomme à la main et un sourire aux lèvres.


Son manteau noir tourbillonne derrière lui alors qu’il s’avance sans se presser, comme s’il entrait dans une pièce de théâtre.


— Tu es en retard, tranche Lynara.


— Non. J’ai juste refusé d’arriver trop tôt pour une cérémonie qui se veut spontanée, réplique-t-il en croquant sa pomme.


Kaelis se lève.


Allons droit au but, dit-elle d’un ton doux qui n’admet aucun débat.


Un silence s’installe. Les neuf disciples retiennent leur souffle.


Trois équipes seront formées, poursuit Kaelis. Elles agiront séparément, sous la direction de chacun de nous. Les choix sont définitifs.


Elle incline légèrement la tête, puis recule d’un pas. Vaelran s’avance comme un maître de cérémonie.


— Ladies first, lance-t-il à Lynara.


— Crève, souffle-t-elle.


Mais elle s’approche. Ses yeux balaient les élèves comme des lames.


Avec moi… Nérion Halveil. Eshan Velmari… Nilwen Fasir.


Un frisson traverse les rangs. Nérion serre les mâchoires. Il acquiesce d’un bref hochement de tête, les yeux fixés sur Nilwen qui n’a pas bougé d’un cil. Eshan incline la tête, sans surprise. Quant à Nilwen… elle disparaît brièvement dans un flou d’ombre, puis réapparaît entre eux, silencieuse.


Bon, ça promet, lâche Talyor.


La team la moins bavarde du royaume, marmonne Kelvar.


Je vous entends, précise Lynara sans même les regarder.


Kaelis s’avance à son tour, sans un mot. Sa voix est posée, comme un chant ancien.


Avec moi… Kaelren Solven. Kelvar Draen. Yhessa Nirell.


Kelvar arque un sourcil.


— Vraiment… elle ? (il désigne Kaelren)


— T’es pas mon premier choix non plus, réplique Kaelren du tac au tac.


— Je trouve ce trio très équilibré, conclut Kaelis, comme si elle parlait d’un jardin zen.


Yhessa les rejoint tranquillement, posant un regard doux sur chacun. Elle semble étonnamment ravie.


— J’espère que tu sais éteindre les incendies, lui glisse Kaelren.


Et toi, les éviter, répond Yhessa avec un sourire paisible.


Des rires discrets fusent. Il ne reste que trois élèves… mais personne n’a encore osé y croire. Et puis… Vaelran claque des doigts.


— Dernière équipe ! La meilleure, forcément.


Il tend les bras comme un présentateur.


— Seyla Vorenth, la tornade insoumise. Talyor Varlen, alias le mur de glace au cœur de braise. Et Ilharan Velis, l’œil paisible… qui me rappelle trop Kaelis pour que je n’en abuse pas.


Seyla éclate de rire.


Sérieux ? Lui ? (elle désigne Talyor d’un rictus moqueur)


— Tu vas souffrir, lâche Talyor, mâchoire crispée.


Tu m’en fais pas peur, prince du brushing.


Ilharan s’approche calmement, posant une main sur l’épaule de Talyor, qui le fixe, méfiant.


Je sens que ce sera… formateur, dit-il simplement.


Je sens que je vais tuer quelqu’un, murmure Talyor.


— Mais quelle équipe de rêve, s’exclame Vaelran en levant les bras au ciel.


— Le chaos, la discipline et la sérénité. On va rire. Ou mourir. Ou les deux.


Lynara croise les bras.


Et moi, j’ai hérité des trois rochers.


— Et moi des trois qui croient déjà tout savoir, ajoute Kaelis, un sourire discret aux lèvres.


Et moi, j’ai… le feu d’artifice !


Vaelran se tourne vers les élèves.


— Vous partez demain à l’aube. Entraînements, formation d’équipe… et un conseil : évitez de mourir. C’est mal vu au temple.


Silence. Puis un éclat de rire, venu de Seyla. Et comme un souffle léger entre les colonnes du temple, la tension se dissipe.


Lynara informe :


— Chaque équipe suit son mentor. Séance de briefing maintenant, déjeuner plus tard.


Vaelran la regarde avec un sourire en coin.


— Un vrai p’tit général…


Lynara le fusille du regard et tourne les talons. Les équipes se dispersent.




La petite salle d’armes


Le silence ne dure que trois secondes.


Bien, commence Vaelran en s’accoudant sur un meuble, sa pomme à moitié entamée dans la main. L’équipe la plus dysfonctionnelle jamais conçue. Et pourtant… j’y crois.


Il les observe un à un, sourire en coin.


— Peut-être pas pour survivre. Mais pour surprendre, sûrement.


Seyla lève un sourcil, bras croisés.


— J’ai pas besoin de ton encouragement poisseux, Solhen.


— C’est pas un encouragement, c’est un testament, répond-il en croquant dans la pomme.


Talyor soupire et s’appuie contre le mur, le regard fixé très, très loin.


— On peut faire court ? J’ai déjà compris qu’on allait pas s’aimer.


Seyla pivote vers lui.


— Oh, tu crois ça ? J’ai déjà connu des golems plus bavards que toi. C’est dire si tu me passionnes.


Ilharan, assis calmement sur un banc, observe la scène sans intervenir. Il sourit doucement, les mains posées sur ses genoux.


— C’est fascinant, la manière dont vous mesurez votre valeur à la quantité de piques que vous échangez.


Vaelran éclate de rire.


— Voilà. Tu vois, lui, il parle peu, mais quand il le fait, c’est pour dégainer de la sagesse zen façon coup de pied retourné dans la mâchoire.


Seyla l’ignore et s’approche du guérisseur.


— Toi, t’as l’air trop calme. Je vais devoir te secouer un peu pour être sûre que t’as du sang dans les veines.

Ilharan incline la tête.


— Tu peux essayer. Mais je préfère qu’on évite de se blesser… avant la mission.


— T’as toujours été comme ça ? demande Talyor, étonné malgré lui.


— Je crois. Mais parfois, je hurle en silence. C’est très impressionnant, répond Ilharan avec un petit sourire.


Seyla plisse les yeux.


Il est flippant. J’aime bien.


Vaelran les observe un instant, puis se redresse, abandonnant sa pomme sur la table.


— Bon, les enfants du chaos, du cristal et de la paix intérieure, voici votre premier objectif : ne pas vous entretuer. Après ça, on verra si vous êtes bons pour autre chose.


Talyor croise les bras.


— Et si on veut échanger d’équipe ?


— Trop tard, prince du brushing. Et tu n’as pas idée à quel point Kaelren ronfle, lâche Vaelran d’un ton grave.


Un silence. Puis Seyla éclate de rire.


— Je vais vous faire passer un bon moment. Ou un enfer. On verra.


Ilharan se lève, serein.


— Dans les deux cas, j’imagine qu’on apprendra quelque chose.


Talyor soupire encore.


— Et moi qui espérais une mission tranquille.


Vaelran ouvre grand les bras.


— Bienvenue dans l’équipe. Maintenant, allez me prouver que j’ai eu raison de foutre le feu à ce baril de poudre.


Son demi-sourire s’efface doucement. Il s’avance, son ombre s’étire sur les dalles, et soudain tout semble plus silencieux.


— Blague à part, vous allez devoir être bons. Pas demain. Maintenant.


Il n’a pas haussé la voix, mais tout dans son ton a changé.


— Vous êtes l’équipe la plus instable. Trois forces qui ne se comprennent pas encore. Et c’est exactement pour ça que vous serez parmi les premiers à être envoyés sur le terrain.


Seyla fronce les sourcils.


— Quoi ? Déjà ? Sans entraînement ?


Vaelran hoche la tête.


— Mais c’est un entraînement en terrain réel. Tu connais ça pourtant, Seyla…


Il sourit en coin. Talyor le fixe.


Où ?


— À l’est d’Orren Tal. Un ancien sanctuaire vient d’être déterré par un glissement de terrain. Des reliques, des sceaux… et quelque chose de pas net dans l’énergie ambiante. Assez pour que le roi exige qu’on y jette un œil.


Ilharan, calme comme toujours, demande :


— Et pourquoi nous ? Pourquoi pas Lynara ? Ou Kaelis ?


Vaelran le regarde droit dans les yeux.


— Parce qu’elles feraient les choses dans les règles. Elles enverraient éclaireurs, rapports, moines en sandales.


Il sourit, sans chaleur.


— Mais moi, j’ai besoin d’un groupe qu’on ne verra pas venir. Un groupe qui n’est pas encore prévisible. Un feu, un mur, un baume. Ensemble, vous pouvez faire bien plus que ce que vous croyez.


Seyla arque un sourcil.


— Ça y est, il sort les métaphores élémentaires. Tu veux pas aussi nous appeler “le triangle de l’espoir” pendant que t’y es ?


Vaelran sourit… mais son regard reste perçant.


— Non. Parce que je ne suis pas là pour vous faire espérer. Je suis là pour vous faire tenir. Et si vous vous plantez…


Il se détourne, commence à s’éloigner, puis ajoute, sans se retourner :


je devrai être celui qui vous récupère. Vivants, ou en morceaux.


Un silence s’abat. Ilharan souffle posément :


— Il est plus effrayant quand il ne crie pas.


Talyor acquiesce d’un simple hochement de tête. Seyla regarde les deux autres.


— Bon, bah… va falloir qu’on apprenne à bosser ensemble, rapidement, ou à courir vite.


— Ou à faire les deux, dit Ilharan.


Talyor serre les poings.


— On ne court pas.


Un sourire naît sur les lèvres de Seyla.


— Voilà qui promet.


Vaelran s’arrête dans son élan. Il revient lentement vers eux, plus grave.


— Ce que je vous demande là, ce n’est pas la guerre. Pas encore. C’est un test.


Il se tourne vers Talyor.


— Tu crois que ta force brute suffit ?


Vers Seyla.


— Que ton instinct va toujours te guider au bon endroit ?


Vers Ilharan.


— Que la paix suffit quand le monde commence à hurler ?


Il marque une pause.


— Cette mission… c’est pour voir si vous pouvez tenir ensemble. Penser, bouger, réagir comme un seul souffle. Parce que ce qui vient ensuite, ce qui attend au-delà de ces murs, ça ne laissera pas de deuxième chance. Il faudra agir en équipe, ou tomber seuls.


Seyla plisse les yeux, sérieuse cette fois.


Tu sais des choses qu’on ne sait pas encore.


Vaelran se contente de répondre :


— Je sais que le monde vacille. Et que vous êtes notre seule parade… avant que le vide ne revienne pour réclamer ce qu’on a scellé.


Un frisson parcourt l’échine d’Ilharan. Talyor ne dit rien, mais sa mâchoire se contracte. Vaelran recule d’un pas, puis ajoute :


— Vous avez jusqu’à demain soir pour apprendre à vous supporter. Ensuite, direction Orren Tal.


Il claque des doigts.


— Entraînez-vous. Engueulez-vous. Saigner un peu, ça soude.


Et il disparaît dans l’ombre du couloir, laissant derrière lui un silence chargé d’éclairs.




La suite mardi entre 19h30 et 21h...

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