Maglev
Le téléphone portable du général sonne.
- Oui ?
- Général Lemas ?
- Oui, qui êtes-vous ?
- Le président de la République. Je sais que cela peut vous paraître invraisemblable mais la situation exige que je prenne les choses en main personnellement.
- Monsieur le Président je vous assure que nous faisons tout notre possible.
- Vous avez tenté deux opérations qui se sont soldées par des échecs catastrophiques. Les pertes humaines sont intolérables.
- J'ai envoyé le concepteur du système du Maglev sur place.
- Vous êtes fou ? C'était la pire chose à faire général, si il meure nous n'aurons plus aucune chance d'issue favorable.
- Il n'en restera qu'une.
- C'est précisément la raison de mon appel, vous allez recevoir une équipe que j'ai moi même constituée, vous déciderez ensemble des mesures à prendre dans le cas extrême.
- Oui Monsieur.
- Faites ce que vous pouvez, mais vite.
Quelques instants plus tard l'équipe militaire arrive, tout le monde va dans la salle de réunion de la base.
- Voila la situation : le Maglev a rompu toute liaison avec l’extérieur, il se dirige vers Paris pour y lancer des missiles thermonucléaires. Il nous reste 45 minutes avant qu'il n'atteigne sa destination.
- Vous avez envoyé un homme sur place avez-vous dit ?
- C'est exact, il s'agit du concepteur du système électronique du Maglev, Thierry Mazet, il va s'infiltrer pour désactiver manuellement le système.
- Et il compte passer les défenses aériennes du Maglev sans difficulté ?
- Il y arrivera, je le sais.
- Votre intuition ne le rendra pas invincible, nous devons anticiper un nouvel échec, trop de facteurs entrent en jeu, la nation est menacée de destruction.
- Laissez lui faire son boulot c'est tout ce que je demande, après vous pourrez faire comme bon vous semblera, je ne m'interposerai pas.
- Nous tenons nos ordres du président lui-même, vous n'avez pas à vous interposer.
- Pour protéger mes hommes, si.
- Vous parlez de deux vies alors que nous parlons de 60 millions.
- Ces deux vies sauveront les 60 millions alors que si vous lancez votre missile sur le Maglev, l'explosion qui s'en dégagera provoquera un holocauste sans précédent dans l'histoire du pays. Ce qui serait problématique pour la campagne de réélection du président.
- L'explosion sera isolée, les experts l'affirment.
- Je sais ce que valent les experts du président. L'explosion sera isolée, pas les radiations. Elles contamineront les ressources et tout le monde mourra irradié, c'est ce que vous voulez ?
- Rien n'est sur.
- Bien sûr que si !
- Le Président m'a donné des ordres Général, je dois les respecter, et en tant que soldat vous devez faire de même.
- Je vous demande seulement d'attendre.
L'autre général regarde sa montre.
- Il reste 43 minutes, en sachant que le Maglev peut lancer les missiles à tout moment, chaque seconde accroît le risque.
- Thierry sera sur place dans environ cinq minutes.
- Votre homme est déjà mort, il n'y a plus rien à faire, ce train est totalement hors de contrôle.
- Laissez-le en décider.
- Non. L'heure de la discussion est terminée Lemas.
Le jeune général fait un signe à ses hommes, ils quittent la salle de réunion pour prendre place sur les postes de commande, relevant les opérateurs.
- Que faites-vous ? Demande Lemas avec incompréhension.
- Je prends le contrôle de la situation, et je vous relève de vos fonctions.
- Vous ne pouvez pas !
- Par ordre du Président...
- J'emmerde le Président !
- Veuillez quitter cette salle Lemas.
Lemas fixe son homologue.
- Vous faites une sacrée connerie.
Il quitte la salle.
- Bon écoutez-moi tous, des chasseurs Mirage 2000 vont décoller pour intercepter le Maglev, cependant à cause du magnétisme émis par l'engin, ils ne pourront pas verrouiller leur cible convenablement, ils ont besoin d'un signal, l'un d'entre vous a t'il une idée ?
- Le Capitaine Montel qui est à bord possède un téléphone portable actif, le signal passe par intermittence, dit Simone.
- Ça ira. Captez ce signal et ne le lâchez pas, mes hommes s’occuperont du reste.
- A vos ordres.
Simone pianote sur son clavier, le signal du portable est isolé.
- Très bien, cible verrouillée, dit le Général.
Le portable de Simone sonne.
- Oui ?
- Simone, vous devez tout arrêter.
- Général ?
- Vous seule avez le contrôle du signal et des données, arrêtez tout.
- Je ne peux pas, ils me jetteraient hors de la salle.
- Ne vous inquiétez pas pour cela, coupez le signal.
- A vos ordres.
Elle pianote encore, le signal disparaît.
- Mais que...
La porte de la salle coulisse, Lemas entre avec une dizaine d'hommes.
- Que tout le monde reste calme et tout ira bien.
- Lemas ? Êtes-vous devenu fou !
- La ferme ! Rappelez les chasseurs, qu'ils retournent immédiatement à leur base !
- Il n'y a que le président qui peut donner cet ordre.
- Conneries !
- C'est la stricte vérité, je ne suis là que pour m'assurer du bon déroulement des opérations.
Lemas décroche une droite, le Général s'effondre.
- Ca t'apprendra à me piquer mon boulot.
Lemas fouille son homologue et sort son portable, il lui tend.
- Tiens, appelle ton patron.
- Ça ne se fait pas comme ca !
- Tu te fous de ma gueule ou tu cherche à m’énerver ?
- Ça va !
Il compose le numéro, Lemas prend l'appareil.
- Oui ?
- Écoutez-moi bien, aucune attaque dissuasive ne doit être lancée tant que nos gars sont à bord.
- Ce n'est plus à vous de vous occuper de ça Lemas.
- Au contraire, j'ai beaucoup plus d’expérience que ce macaque que vous avez envoyé.
- Vous avez été relevé de ce projet général.
- C'est ma base et vos hommes sont hors jeu, j'ai le contrôle, alors renvoyez vos putains de chasseurs !
- Vous passerez devant la cour martiale, c'est de la trahison.
- Je m'en fous, au moins j'aurai pris la bonne décision.
Il y a un silence
- Je vous accorde vingt minutes, après je lance les missiles.
- Merci Monsieur.
L'hélicoptère fonce à toute allure dans les airs.
- Combien de temps ?
- On devrait le voir bientôt.
- Surtout restez éloigné de lui tant que je ne vous aurai pas dit exactement quoi faire.
- C'est juste un train !
- Pas vraiment, mais c'est une longue histoire.
Le Maglev apparaît au loin, fuyant à toute allure vers l'horizon.
- Le voila.
- Waw ! Il flashe votre engin.
- O.k restez à distance, le temps que je réfléchisse.
- Vous devez aller dedans c'est ça ? Sur le toit ?
- Ouais.
- Dommage qu'on soit pas dans un film, ca ferait une putain de cascade !
- C'est pas si simple non plus.
- Il y a toujours un hic.
- Il est solide au moins votre hélico ?
- Oui, j'en prends soin tous les jours, pas une rayure en 4 ans, pourquoi ?
- Parce qu'il va encaisser, en avant.
L'hélicoptère avance lentement vers le Maglev.
- Qu'est-ce que je fous là ? Se demande Thierry.
Ils sont à présent derrière le Maglev, à quelques mètres.
- Je vous conseille d'armer vos mitrailleuses, dit Thierry.
- Pourquoi ?
Le toit du Maglev se sépare, les batteries anti-aériennes se déploient.
- Oh merde !
- Virez !
L'hélicoptère tangue, les batteries verrouillent leur cible et ouvrent le feu en rafales, l'hélicoptère se fait toucher au haut du pare-brise.
- Virez bordel !
- Qu'est ce que vous croyez que je fais ! C'est pas un jeu vidéo !
Le chaos d'artillerie éclate partout.
- C'est bon je suis verrouillé.
Les mitrailleuses de l'hélicoptère ouvrent le feu, une batterie est touchée mais l'hélicoptère est encore atteint.
- Merde merde !!
- Vous ne pouvez pas piloter et tirer en même temps... il faut viser un point névralgique... là... visez entre ces deux batteries.
Les mitrailleuses tirent, toutes les batteries cessent de tirer.
- Ça alors ? comment ca se fait ?
- C'est là qu'était situé le système de contrôle des défenses.
- Mais qui est le taré qui conduit ce train ?
- Peu importe, tire à l'arrière.
Les mitrailleuses dégomment l'entrée du dortoir, créant un trou béant.
- Maintenant descends et approche toi de là.
L'hélicoptère se place juste au dessus de la brèche.
- Bon j'y vais, merci de m'avoir dépanné.
- De rien c'était... très instructif.
Thierry descend de l'hélicoptère, il se suspend à la barre gauche de support. L'entrée est juste devant lui. Le pilote voit d'autres machines apparaître sur le toit.
- C'est quoi ce bordel ?
Thierry est toujours suspendu.
- Eh rapprochez-vous !
Le pilote fixe les batteries de secours, les doubles canons se tournent lentement vers lui pour lui sourire.
- Ça c'est pas cool.
Les batteries ouvrent le feu, Thierry saute juste à temps tandis que l'hélicoptère explose en une boule de feu et de métal fondu. Les débris s'écrasent sur la voie. Thierry est propulsé dans le dortoir par la violence du souffle, il se retourne pour voir ce qu'il s'est passé.
- Le système de secours.. quel con !
Il se relève péniblement, les cloisons des trois premiers compartiments se relèvent.
- Salut mon beau, fini de jouer papa est là.
Une silhouette apparaît dans l'ombre : Eric.
- Capitaine Montel, je m'appelle Thierry Mazet, je suis venu vous libérer.