Détective Kisaragi

Chapitre 1 : Le suicide trop parfait

1006 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 09/06/2026 16:11

PROLOGUE


Je m'appelle Hayato Kisaragi. Autrefois ce nom circulait dans les couloirs de la police métropolitaine de Tokyo, parfois juste dans les journaux. Il fut un temps où on l'associait à des affaires résolues, à des arrestations propres, aux félicitations de la hiérarchie... Tout cela paraît très loin maintenant. Aujourd'hui, ce nom ne signifie plus grand chose. Je suis détective privé. La bascule s'est produite il y a trois ans. Une arrestation banale, sur le papier. Une arrestation comme tant d'autres. Rien ne laissait présager que cette nuit-là deviendrait un point de rupture. Le suspect s’est effondré au sol d’un seul coup, comme ça, sans un cri, sans prévenir. Il était dans un état de stress et de fatigue extrême mais les explications n'ont jamais vraiment compté. Personne n’a eu le temps de réagir à temps. Les médias avaient besoin d'un responsable. Ils nous ont choisis. J'ai quitté la police peu après, à cause du scandale. Alors je continue mais autrement.



CHAPITRE 1


La pluie frappait les vitres de mon bureau, au sixième étage d'un viel immeuble de Shinjuku. Dehors, Tokyo brillait sous la lumière brouillée par l'eau.

Je restais assis dans mon fauteuil, immobile, quand mon téléphone vibra sur la table. Je le fixai quelques secondes avant de décrocher. Puis je décrochai sans un mot.

Au début, il n'y eut que le bruit d'une respiration. Une respiration très hésitante. Trop courte. Comme si la personne ne respirait pas naturellement ou normalement.

- …Kisaragi-san ?

Une voix d’une femme.

Jeune. Tendue. Tremblante. Comme si elle se retenait de dire quelque chose depuis trop longtemps.

- J’ai besoin de votre aide.

Je restai silencieux.

Puis la phrase tomba.

- Mon frère… a été assassiné.

Elle marqua une pause. Longue.

- Ils disent qu'il s'est suicidé.

Un long silence s’installa. Je me levai légèrement de mon fauteuil sans m'en rendre compte. Mon regard resta fixé sur la pluie derrière la vitre.

- La police dit qu’il s’agit d’un suicide. Mais c'est faux. Je le sais. Quelqu'un l'a tué.

Sa voix tremblait davantage à la fin, comme si prononcer cette phrase lui coûtait quelque chose de physique.

Pour la première fois depuis plusieurs mois, quelque chose changea dans mon regard. Une nouvelle affaire plus qu'intéressante.

Je pris une inspiration lente.

- Donnez-moi l’adresse.

Un court silence suivit, puis elle me la donna.

Et l'appel se coupa.



Trente minutes plus tard, le taxi me déposa dans une petite rue étroite du quartier de Setagaya. Une ruelle résidentielle, trop calme pour ce genre de drame.

Les gyrophares rouges illuminaient la pluie.

Devant un immeuble de trois étages aux murs légèrement fissurés, plusieurs policiers discutaient sous des parapluies noirs. Leurs voix étaient basses, fatiguées.

L'un des deux policiers, en me voyant, sembla être agacé.

- Sérieusement… ils n'ont quand même pas appelé ce type ?

Je passai devant eux sans répondre.

L’entrée de l’immeuble était étroite, éclairée par une lumière jaune.

À l'intérieur, le bruit de pluie disparut presque complètement. Tout devenait plus silencieux. La chaleur de l'entrée contrastait avec le froid humide de la rue. Rien n’indiquait qu’un mort se trouvait quelque part ici. La police m’indique l’escalier d'un geste rapide. Je montai.

Chaque marche grinçait sous mon poids. Le son résonnait dans le couloir vide, trop fort pour un endroit censé être déjà calme.

Le deuxième étage. Un couloir étroit. Une porte entrouverte. Je la poussai. Le corps était au centre de la pièce.

Une corde encore fixée au plafond, légèrement tendue. Une chaise renversée juste en dessous. Et immédiatement, cette impression. Quelque chose clochait. La scène ressemblait à quelque chose de trop parfait. Trop organisé.

Les chaussures étaient posées contre le mur, parfaitement alignées, comme si quelqu’un avait pris le temps de les ranger avant de partir. Aucun désordre. Aucun signe de lutte.

Je m'agenouillai près du corps. Aucun bleu. Aucune griffure. Aucun signe de résistance. Et surtout, aucune trace de lutte. Normalement, une pendaison, même volontaire, laisse toujours des traces. Ici, il n'y a rien.

Je levai lentement les yeux vers le point d'accroche de la corde. Trop bas. Trop proche et trop mal placé pour permettre une suspension cohérente dans un suicide classique. Je regardai la chaise renversée. Puis le corps. Puis la distance entre les deux. Je fis mentalement le calcul. Ça ne collait pas. Derrière moi, les policiers s'étaient regroupés dans l'encadrement de la porte. Je sentais plus leur présence plus que je ne les voyais.

L'un d'eux soupira.

- Alors ? Vous avez trouvé quelque chose, le détective ?

Je répondis en restant accroupi, sans me retourner :

- Deux éléments incompatibles avec la thèse du suicide.

Je marquai une pause, toujours sans bouger.

- Pas de traces compatibles avec une pendaison classique. Et une configuration trop basse pour permettre une suspension correcte.

Un rire bref s'échappa derrière moi. Puis un soupir derrière moi.

- Vous regardez trop de séries, Kisaragi-san.

Je me redressai lentement.

Je me retournai à peine.

- Officiellement, dit l'un des policiers en refermant son carnet, c'est un suicide.

Le bruit du stylo claqua quand il le rangea.

- Et votre analyse n'est pas suffisante pour rouvrir quoi que ce soit.

Je refermai lentement mon carnet aussi à mon tour.

Et je regardai la scène une dernière fois. Trop propre. Trop parfait. Comme si quelqu’un avait essayé de ne laisser aucune question derrière lui.

Mais c’est justement ça le problème.

Quand une scène est trop parfaite c’est qu’elle a été travaillée. Et dans ce travail, quelqu’un a forcément laissé une erreur.

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