Les fantômes au fond de tes beaux yeux
Chapitre 12 : Retour aux doux enfers
Ce n’est qu’une fois plantée en bas de chez Gia que je réalise que je n’ai pas mon téléphone, et je soupire longuement, fatiguée de me retrouver cul-nu et sans portable…
Je ne sais même pas si je l’ai oublié à la soirée de Gabriel ou chez Kai, ce qui est grave dans le premier cas puisque je ne le retrouverai jamais, et embêtant dans le deuxième puisque je n’ai aucune idée du temps que durera son entretien d’embauche.
Nous passons l’après-midi entre filles à discuter, j’essaie de la persuader que Kai n’est pas un si grand danger que ça mais elle ne lâche pas le morceau et insiste lourdement pour que je trouve un moyen de vérifier qu’il est bien clean. J’ai beau lui assurer que nous nous protégeons, les préservatifs peuvent craquer et je suis obligée de lui donner raison.
Nous partons donc me faire une prise de sang dans la foulée pour avoir les résultats dans l’après-midi, pour que je puisse le rassurer moi aussi.
*
Il est bientôt huit heures du soir au moment où je me gare chez lui.
Lorsqu’il m’ouvre sa porte, il est pratiquement sous le choc, mais quelques minutes plus tard, nous nous tapons dans la main en riant lorsque nous dénichons mon téléphone coincé entre son siège et le frein à main.
Nous sortons de sa voiture pour aller vers la mienne en discutant de son entretien d’embauche, mais il m’empêche de monter à bord :
- Tu rentres encore chez tes parents ? A une demi-heure là… ? demande-t-il.
- Oui pourquoi ?
- Ok… donc t’es… genre en vacances étudiantes, c’est bien ça ? Tu n’as pas forcément besoin de rentrer ce soir… ? continue-t-il.
- Qu’est-ce que tu me demandes Kai ? l’interroge-je sans oser y croire.
- Bah… je me disais que… enfin si tu n’as pas besoin de rentrer… peut-être que…ça te dirait de rester ? Après tout, tu as canné hier soir alors…, tente-t-il de plaisanter sur la fin.
Je suis médusée par sa demande, mais enchantée, cela va sans dire.
- Je dois juste être rentrée à midi pour manger chez ma grand-mère mais… enfin si tu veux vraiment qu’on passe encore une nuit les deux… j’en serais ravie, m’étonne-je.
- Sérieux ?
- Mais oui, sérieux ! Je n’ai juste pas de culotte mais…
Il éclate évidemment de rire :
- Ne t’en fais pas, je ne te propose pas de rester pour faire des activités qui nécessitent d’avoir des habits ! se marre-t-il.
- Alors ça me va très bien !
Il affiche un sourire satisfait et j’ai sans doute le même tandis que je claque ma portière joyeusement et que nous retournons chez lui pendant qu’il me taquine sur le fait que je n’ai pas de sous-vêtements. Il critique ma petite vertu et je lui renvoie dans les dents que pour coucher avec lui, je n’en ai effectivement sans doute pas beaucoup.
Après un repas gastronomique de nouilles instantanées, il ramasse ses habits qui trainent et je découvre les résultats du laboratoire, qui confirment que je suis clean. Je ne sais pas trop comment aborder le sujet alors je tourne un peu dans la pièce avec les résultats affichés sur mon écran, mais je finis par me planter devant lui :
- Il y a un truc dont je voulais te parler…, commence-je.
- Ouai ?
- On… tu… On a couché ensemble plusieurs fois, et a priori, nous allons recommencer ce soir alors… même si on se protège, je voulais juste te rassurer un peu au cas où… Je suis allée faire une prise de sang en début d’après-midi et je voulais te la montrer, te prouver que je suis saine, avoue-je en lui tendant mon écran de téléphone.
Il a les sourcils froncés, il me fixe dans les yeux, je vois la colère qui y nait tandis qu’il ne cille pas et ne regarde absolument pas mon téléphone. Je l’agite un peu pour qu’il le regarde, mais sa colère s’intensifie, jusqu’à exploser :
- Je me tape de tes résultats, j’ai confiance en toi putain ! s’énerve-t-il. Mais si tu fais ça pour voir les miens alors fais-toi plaisir bordel ! Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?!
Il attrape une feuille de papier sur le petit bureau à côté de nous pour la coller sur ma poitrine violemment dans un grand geste brusque et je suis tellement choquée que je ne l’attrape pas et qu’elle tombe par terre tandis que le beau garçon en face de moi me dévoile son visage de diable sans le moindre doute.
- Putain mais c’est dingue !! crie-t-il. Qu’est-ce que tu baises avec moi si tu n’as pas confiance en ce que je te dis sans déconner ?! Qu’est-ce que tu branles encore ici si c’est pour avoir peur de choper des merdes ?! Alors casse-toi Julia, putain !
Dans un nouveau mouvement violent, il attrape son paquet de cigarettes sur le bureau et sort rageusement en claquant la porte. J’en reste complétement muette, à cligner bêtement des yeux.
Je suis drôlement douchée, drôlement en colère même. Elle se diffuse peu à peu dans mes veines et je me hérisse à chaque seconde qui passe, parce que je refuse tout net qu’il me parle comme il vient de le faire.
Voilà qui ressemble drôlement aux comportements décrits par Hestia quand elle se plaignait de Kai, quand elle pleurait en se sentant dépassée par la situation… sauf que je ne suis pas Hestia.
Je me remets en mouvement, j’attrape la poignée de la porte que j’ouvre avec violence avant de me planter derrière lui.
- Je ne sais pas trop ce que tu imagines Kai, ni comment tu parles aux filles avec qui tu couches d’habitude, mais je préfère te dire qu’avec moi, ça ne passera pas !! aboie-je.
Il se retourne comme le diable qu’il est, pour faire deux pas dans ma direction et se planter devant moi alors que je ne cille toujours pas, mes yeux plantés dans les siens et le menton haut.
- Je n’imagine rien putain ! crie-t-il. Qu’est-ce que tu attends pour te casser ?! Au lieu de me montrer ton téléphone de merde simplement pour avoir mes putains de résultats ?! Tu me prends vraiment pour un con ?!
- Tu vas redescendre de trois tons et plus vite que ça ! Tu me parles encore une fois comme ça Kai, et je me barre ! Tu ne t’excuses pas pour ton comportement merdique, et je me barre ! Je n’ai pas peur de toi, inutile de me sortir ton numéro de terreur alors que je n’en ai rien à carrer ! hurle-je.
Il m’observe sans répondre, les yeux toujours incandescents mais je fais encore un petit pas pour me planter pratiquement contre lui :
- Je ne suis pas une pauvre fille désespérée qui saute sur le premier venu quitte à se faire traiter comme une merde ! Je ne sais pas à quel point mes histoires ont pu te donner cette impression, mais je te jure que je t’en mets une si tu hausses encore le ton sur moi alors que je voulais juste te rassurer à l’origine ! feule-je.
Il secoue la tête, fait volte-face, et je me retrouve un peu bête lorsqu’il s’assoit sur le petit rebord du trottoir en béton qui longe les portes de chambres. Il observe silencieusement le parking devant lui et je ne sais pas trop comment agir.
Je m’attendais à ce qu’il pète les plombs, à ce que je me barre effectivement de chez lui pour lui montrer que je ne me laisse crier dessus par personne mais bon sang… je ne m’attendais pas à le voir se taire et s’assoir sans dire un mot. Il ne bouge pas, il fume sa cigarette en fixant les voitures devant lui et je crois que ma colère redescend parce que je sens que la sienne s’évapore.
Je m’assois donc à côté de lui et il me lance un drôle de regard, mais je n’en fais pas cas et j’attrape son paquet pour prendre une cigarette. Il reporte son attention devant lui et sa voix me surprend, si basse, si résignée, si triste :
- C’est normal que tu te poses des questions putain… Je ne sais pas à quoi je joue…, chuchote-t-il.
Il me lance un regard et je réponds pas, j’attends.
- Un ancien camé… sans déconner mais à quoi je joue ? Qu’est-ce que j’essaie de me faire croire… ? Evidemment que tu t’inquiètes, évidemment que tu n’es pas sûre du pauvre gars que je suis…
Je ne bouge toujours pas, et il continue :
- Je suis désolé de m’être énervé, vraiment… je… Je me suis énervé à cause du décalage entre nous…Bien sûr que je ne doute pas que ta petite gueule d’ange n’a rien… mais moi… ? Le putain de camé… Je me donne envie de vomir rien que de poser mes mains sur toi, sur ta peau parfaite, sur ton visage de poupée, sur ton corps de princesse… Qu’est-ce que tu fous avec moi ? A quoi est-ce que tu joues Julia… ?
Cette fois ses beaux yeux glacés sont plantés dans les miens et j’ai de la peine pour l’homme qui vient de s’ouvrir un peu face à moi.
- Je ne comprends pas ce que tu me trouves moi non plus, admets-je.
- Tu te fous de ma gueule ? Tu es une petite perfection, une fille à l’allure sage avec un caractère de malade qui me surprend toujours… Tu es le putain de fantasme de l’intégralité des débiles dans mon genre… La gentille fille qui veut son shoot d’adrénaline, qui donne des miettes aux chiens simplement pour s’amuser alors que nous n’aurons jamais plus l’occasion de poser nos sales pattes sur une beauté pareille… Je ne veux plus te toucher, je ne veux plus te bafouer putain, je veux que tu rentres chez toi et que tu te trouves un mec correct avec qui t’amuser, pas un paumé comme moi.
Il a de nouveau le regard tourné vers le parking et ses yeux sont dégoutés, sa mine est même froncée sous la simple idée de me « bafouer » comme il dit. J’attrape donc sa mâchoire pour le faire me regarder, pour glisser mes yeux sur son visage anguleux que j’adore.
- Je n’ai pas regardé ton papier Kai, je te fais confiance, tu comprends ? demande-je à voix basse.
- Non… et je comprends pas ce que tu fous là, je le comprends pas depuis notre première nuit et je le comprends encore moins à chaque fois que tu reviens…
- Je reste parce que j’aime coucher avec toi mais aussi parce que j’aime être avec toi… Tout ça ne s’arrête pas qu’au sexe Kai… Est-il si dur à admettre que je t’apprécie ? Que j’aime ta personnalité ? Ta personne ? Que je t’adore, que je ris avec toi plus que je n’ai jamais ris avec qui que ce soit… je t’apprécie pour qui tu es, tout simplement.
Nous nous observons quelques secondes en silence, les secondes réglementaires de Kai, où il intègre ce que je lui dis en m’observant avec méfiance. Et lorsqu’il accepte enfin ce que je viens de lui dire, il attrape simplement mon menton pour m’attirer doucement contre ses lèvres.
Il ne m’embrasse pas comme d’habitude, c’est beaucoup plus doux, beaucoup moins pressé mais beaucoup plus vibrant en même temps… C’est un drôle de baiser, mais qui me séduit plus efficacement encore que les plus brûlants qu’il peut m’offrir. C’est lent et ample, caressant et délicat, dévorant et hypnotisant… Il m’attrape pour me porter jusque dans son lit et je me laisse entrainer dans son antre, dans les enfers de ce diable, en câlinant sa nuque et en savourant chaque caresse de sa langue et chaque souffle contre ma peau.
Et enfin, j’y suis. Mes enfers, mes doux enfers…
Ceux dans lesquels je veux m’allonger lascivement complétement nue, entre les flammes brûlantes, à attendre mon diable… Attendre qu’il me fasse vibrer, qu’il m’apprenne ce que le désir signifie, ce que la luxure provoque, ce que le plaisir procure…