Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 14 : La fascination pour le danger

2463 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 23/09/2026 11:31

Chapitre 14 : La fascination pour le danger


Nous sommes le dernier jour d’août, je suis perdue dans mes pensées dans le jardin de mes parents, en train de peindre la toile qui aura occupé la fin de mon été.

-         Oh tu l’as enfin fini ! C’est magnifique ma chérie ! commente ma mère en posant un baiser sur ma tête.

-         Euh… oui, bafouille-je en réalisant que je viens effectivement de terminer ma toile.

-         Quelle est cette bête dangereuse ? demande-t-elle en riant.

-         Une panthère des neiges…, murmure-je en observant le félin qui vrille ses yeux glacials dans les miens.

-         Tu as parfois de ces idées ma chérie… En plein mois d’août… tu cherches la fraicheur ? s’amuse-t-elle.

-         Ça doit être ça…

Elle repart comme elle est venue alors que je fixe ma panthère avec un petit sourire aux lèvres.

Ça fait trois semaines que je n’ai pas vu Kai, parce que je ne suis pas retournée en ville et que je n’ai clairement pas osé lui proposer de venir juste pour le voir. Hestia et Hunter ne m’ont pas invité parce que ce dernier avait des soucis au travail ces dernières semaines et que l’intégralité de mes amies en ville étaient en vacances.

 J’ai évidemment beaucoup pensé à lui depuis, et j’ai machinalement attrapé mes pinceaux dans la semaine suivant ma dernière nuit avec lui pour esquisser un paysage enneigé… J’ai ajouté la panthère ensuite, lorsque je rêvassais de ses beaux yeux gris et que j’ai eu envie d’immortaliser les couleurs glaciales qui les caractérisent… Ma panthère est superbe, elle a le regard exact de Kai, la férocité du personnage, le symbolisme que je lui ai attribué…

Ma belle panthère, si dangereuse, insaisissable… Et pourtant…

Je mords ma lèvre en me remémorant nos moments, les yeux toujours rivés sur ma toile. Depuis nos nuits, j’ai clairement changé. Je suis enfin allée au bout de mon fantasme étrange avec les mauvais garçons et j’ai saisi les subtilités de ce que je ressentais… Il m’a fait comprendre que j’avais un vrai truc pour les hommes dangereux et ce n’est désormais plus un secret, entre mon choix d’hommes et de métier, j’ai compris que j’avais une fascination pour le danger.

Mes tocards devaient me renvoyer quelque chose, je devais capter des détails qui m’attiraient, un regard un peu inquiétant ou ce genre de choses bizarres… Sauf que je n’ai jamais été convaincue, car ces tocards étaient juste des cinglés avec des problèmes psychologiques et ce n’était pas ce que je cherchais.

Je cherchais le vrai danger, des hommes dangereux mais qui me traitaient correctement, qui sont dangereux avec le reste du monde mais pas avec moi.

Voilà le point clé de mon fantasme, voilà pourquoi ça n’a jamais pu marcher avec mes crétins complétement givrés… Kai est effectivement le seul homme que j’ai jamais rencontré qui coche précisément les drôles de cases qui me séduisent… Savoir qu’il a fait de la prison, qu’il se droguait, qu’il vendait même de la drogue, apprendre que tout ce qui tourne autour de lui est louche, le voir manquer de tabasser trois hommes pour me défendre sur un coup de nerf… Tout ça n’a fait qu’ajouter à son charisme dingue, à son être fascinant…

J’aime être la petite Barbie d’un criminel, être son « bonbon », sa « Madame Parfaite » … tout ça m’excite irraisonnablement… C’est ça mon type, je veux être le péché mignon d’un homme froid, implacable, dangereux… La petite douceur qu’il consomme le soir… à laquelle il ne ferait jamais rien alors qu’il pourrait tabasser un homme à mort simplement pour un regard de travers.

Tout ça est un peu – très – douteux, mais je ne peux pas juger mes fantasmes et j’attrape donc ma jolie panthère pour la rentrer à l’intérieur et la laisser tranquillement sécher en sachant qu’elle trônera dans mon appartement dès la rentrée, mon trophée.

Ces nuits m’auront été bénéfiques sur un autre point : un puissant filtre anti-tocard s’est définitivement glissé devant mes yeux. J’ai fait quelques soirées dans les environs avec des copines d’enfance, des soirées où des crétins m’ont dragué et où j’avais plus envie de rire d’eux que de sauter dans leur lit. Je ne peux pas m’empêcher de les comparer à Kai, de les voir devenir des petits chatons qui jouent les panthères alors qu’ils en sont loin et je n’ai donc pas eu de plan foireux en ce mois d’aout, un miracle.

Bon sang, après Kai, après avoir goûté au poison qu’il est, je ne vois même pas comment je pourrais avoir envie de coucher avec un autre. Et je crois que nos moments moins sexuels n’ont pas aidé à ce que je passe à autre chose… Nos blagues, nos rires sans fin, nos taquineries, nos baisers, nos discussions sur l’oreiller à propos de tout et n’importe quoi…

Il se passe quelque chose, j’aime vraiment bien Kai… Passer du temps avec lui, plaisanter, apprendre sa vie de bandit louche, rire à en pleurer…

Je soupire un peu puis je m’occupe de nettoyer mon matériel de peinture et de le ranger correctement, car cette jolie panthère marque la dernière toile de mes vacances d’été chez mes parents avant que je ne réemménage dans mon logement étudiant ce weekend pour la rentrée lundi. Enfin en théorie puisqu’on ne m’a toujours pas appelé pour m’annoncer la fin des rénovations.

*

Le lendemain, je flâne au bord de la piscine lorsque je reçois un appel d’Hestia et je souris, ravie à l’idée qu’une petite invitation m’attende peut-être maintenant qu’Hunter a réglé ses problèmes au travail.

-         Que se passe-t-il au royaume de princesse Hestia ? plaisante-je.

-         « Une jolie récolte qui a donné envie à Hunter de commencer son weekend par un bon petit plat de tomate mozzarella ! Tu es partante ?! »

-         Je suis toujours partante ! ris-je.

-         « Il y aura Eden et Alma, ils sont rentrés de vacances et on pensait faire un petit repas avec vous tous ! »

-         Ça marche… Nous tous, c’est-à-dire… ? Il y aura Kai aussi ? demande-je innocemment.

-          « Je ne suis pas sûr qu’il soit ravi de diner avec nous cinq, ça me parait beaucoup pour lui… Il n’a jamais vu Eden et Alma… »

-         Je ne vois pas pourquoi ils le dérangeraient, il me supporte bien…

-         « Je ne sais pas, je ne sais même pas ce qu’il fait, ça fait des jours que je n’ai pas eu de ses nouvelles… »

-         Mais oui, tu devrais lui proposer ! Ça la sortira ! insiste-je d’une voix ferme.

-         « Peut-être… Allez, je vais demander à Hunter de lui proposer ! »

J’ai deux heures avant de partir et je ne perds pas une seconde, je file sous ma douche.

Je me lustre des pieds à la tête, je fais un brushing à mes cheveux rendus encore plus blond par le soleil d’aout et je me maquille pour agrandir mes yeux bleus. Lorsque je choisis ma tenue, je ne peux pas m’empêcher de passer une jolie robe blanche, courte et serrée aux bretelles fines qui dessine mon corps en le mettant en valeur grâce aux plissés qui gomme les défauts.

 Il dit qu’il apprécie le sentiment de coucher avec un ange, je veux qu’il ait ce foutu fantasme en pleine tête toute la soirée.

Dans la voiture, je suis gaie comme un pinson, je chante sur toutes les musiques qui passent, je sors mon bras par la fenêtre pour profiter du vent tiède qui le caresse, je me perds dans mes pensées… Mais je suis vite extrêmement déçue, lorsque je toque à la porte d’Hestia, qu’elle m’ouvre, et que je ne trouve pas les beaux yeux gris qui me manquent.

J’ai encore l’espoir qu’il ne soit pas arrivé jusqu’à ce qu’elle m’entraine sur la terrasse où nous rejoignons Hunter, qui finit de dresser la table pour cinq.

-         Alors… Kai n’a pas voulu venir… ? demande-je en cachant ma déception.

-         Pas vraiment, répond Hunter. Il a décliné parce qu’il travaille...

-         Il a trouvé un travail ?! m’enthousiasme-je.

-         Oui, il bosse d’après-midi dans une usine qui l’avait déjà engagé il y a quelques mois. C’est temporaire, il remplace un type qui est en arrêt maladie… En revanche, quand je lui ai dit que tu serais là, il m’a demandé de te faire passer un message…, répond-il en fronçant les sourcils.

-         Euh… ah bon ? m’étonne-je.

-         Oui, il m’a demandé de te dire qu’il n’avait pas encore reçu ta… facture… ? demande Hunter avec des yeux perdus.

Oh le vilain.

Je suis obligée de mordre ma joue pour m’empêcher d’éclater de rire mais je ne peux pas réprimer mon sourire. Je trouve rapidement une parade pour expliquer la situation, puisque ce diable a visiblement eu envie de me mettre mal à l’aise mais que j’ai de l’imagination.

-         Rien de sérieux, il m’embête. Lorsque je l’ai déposé chez lui après notre diner tous les quatre, je lui ai dit que je lui enverrais la facture pour le taxi, invente-je.

Mes amis éclatent de rire et Hestia roucoule comme une bienheureuse en soutenant qu’il a dû passer une bonne soirée s’il en plaisante comme ça des semaines après. Elle continue en soutenant qu’elle est fière de lui qu’il n’ait toujours pas replongé :

-         Ça fait plus de deux mois qu’il est complétement clean, depuis le vingt-cinq juin ! Alors que nous sommes le premier septembre ! piaille-t-elle avec des yeux fiers.

-         Prise de sang à l’appui…, confirme Hunter en hochant la tête. Et même si ce n’est que pour un remplacement, il a un travail, ça fournira un peu son C.V. et ça l’occupera. 

Je suis moi-même très fière de lui et j’ai une furieuse envie d’embrasser la truffe de ma panthère préférée pour la féliciter, mais mes pensées sont interrompues par l’arrivée d’Alma et d’Eden.

Le repas est délicieux et l’ambiance est au beau fixe depuis que j’ai difficilement réussi à ravaler ma déception. Je papote avec les filles, je ris avec les garçons, je balance mes plaisanteries habituelles et quelques histoires hautes en couleur pour les amuser… Du grand Julia.

Après quelques verres de sangria, j’observe un peu plus longuement Eden, parce que je n’arrive pas à croire que je l’ai envisagé. C’est un beau garçon, mais si sage bon sang… J’avais imaginé qu’il puisse être un homme bien pour moi, qui différerait de mes tocards, alors qu’il n’y a rien chez lui rien qui me plaise fondamentalement.

Je ne sais même pas comment il a pu me séduire un jour avec ses sourires gentils, mais je réalise vite que ma panthère a quelque chose à voir dans tout ça puisque je compare ce pauvre Eden à Kai depuis qu’il a passé la porte… Tout comme je l’ai fait avec tous les hommes que j’ai croisé ces dernières semaines ceci dit…

Je quitte la conversation en cours en fronçant un peu les sourcils face à ce constat, pour me plonger dans mes pensées, qui sont tout de même drôlement parasitées par Kai maintenant que j’y réfléchis…

C’est tout de même inquiétant, jamais un type que j’ai fréquenté n’est resté coincé dans un coin de ma tête nuit et jour… mais je ne passais pas non plus des moments extraordinaires, hormis l’acte tout était plat, ennuyeux et parfois même gênant. Maintenant que je pense à tout ça, je réalise que je n’apprécie pas Kai « juste bien » comme je l’imaginais ces dernières semaines mais que je l’apprécie énormément…

Mes réflexions sont interrompues par des coups sur la porte et nous nous observons tous avec des mines étonnées puisqu’il est dix heures du soir.

 

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