Les fantômes au fond de tes beaux yeux
Chapitre 13 : Le passé du diable
Après l’amour, il s’inquiète comme d’habitude pour mes jambes qui s’agitent. Il prend sur lui pour ne pas commenter en se contentant simplement de les caresser avec vigueur, comme si je ne comprenais pas ce qu’il essaie de faire.
- Tout va bien, le rassure-je.
- Ouai, je sais…, répond-il simplement sans cesser d’essayer de les calmer pour autant.
- Arrête…, souris-je.
Il lève les yeux au ciel, mais il passe son drap sur mes jambes pour les couvrir avant de s’allonger dans les oreillers pour regarder le plafond.
- Pas de clope ce soir ? m’étonne-je.
- Si… plus tard…, réplique-t-il.
- Pourquoi, tu as besoin de repos ? le taquine-je.
- Ouai… tu m’as fait des dingueries ce soir… je n’ai jamais vu ça…, répond-il en haussant les sourcils.
- Tu m’as fait des dingueries, et j’ai suivi comme j’ai pu.
- Tu as une façon de suivre plutôt très impressionnante, commente-t-il en me regardant, un sourcil levé.
- Je fais du yoga, précise-je.
Ça déclenche évidemment son rire le plus éclatant, à tel point qu’il pose ses mains sur son visage pour rire dedans, complétement dépassé par l’information.
- Putain mais tu es parfaite Julia !! s’exclame-t-il en riant toujours.
Il me lance un regard hilare et je ris avec lui tandis que nous commentons nos positions les plus improbables de la soirée en nous critiquant l’un l’autre pour nous taquiner.
D’un commun accord, nous décidons de le laisser fumer exceptionnellement dans le lit, la fenêtre ouverte, parce que nous n’avons envie de bouger ni l’un, ni l’autre. Je suis allongée sur le flanc pour le regarder et je deviens curieuse.
- Je peux te poser une question personnelle ? demande-je.
- Tente toujours, on verra si j’y réponds, réplique-t-il.
- A quoi te droguais-tu ?
Il hausse les sourcils avant de me regarder :
- En quoi ça t’intéresse ?
- Je ne sais pas, j’ai envie de mieux te connaitre… Mais je peux comprendre si en parler t’es trop difficile, ce n’est pas très délicat de ma part, réalise-je.
- Non ça va… enfin, c’est… pas facile d’en parler mais… disons que c’est le moment le plus facile après ce que nous venons de faire puisque j’ai l’impression de planer complétement…
Je me tais parce que je ne veux pas réitérer ma question et le laisser choisir de me dire les choses s’il en a envie, ce qu’il fait :
- Héroïne… cocaïne aussi, mais c’était surtout pour gérer le manque de l’héroïne ou être plus discret, dit-il en fronçant les sourcils.
- Plus discret ?
- Ouai… s’étaler dans son canapé et planer pendant des heures n’est pas le truc le plus simple à cacher… Hestia… elle m’a fait décrocher deux fois de l’héroïne… j’ai replongé volontairement après la première fois, pour la faire revenir, parce que je ne supportais pas qu’elle soit avec Hunter…
J’hausse les sourcils et il capte mon geste.
- Je ne te juge pas, mais ce n’est pas très bien, avoue-je.
- Pas bien du tout putain… j’étais vraiment une merde… En tout cas, la deuxième fois, elle passait son temps avec moi, alors j’ai replongé dans la cocaïne parce que j’imaginais que c’était gérable et que je pourrais lui cacher. J’en prenais avant mes sevrages pour gérer le manque de l’héroïne la journée, pour me sentir puissant et oublier ce putain de mal qui me dévorait… Mais je n’ai repris que la cocaïne après mon deuxième sevrage, en imaginant que ça ne me changeait pas, tu vois ?
- Je vois.
- Alors qu’en fait, je n’étais pas moi-même du tout. Toujours complétement anxieux et déprimé quand je redescendais, ou euphorique et insupportable quand je me faisais une ligne… Je n’étais plus dans la réalité, je ne captais plus rien, le danger ou les choix de merde… J’avais l’impression que ça allait, parce que je n’étais plus hors service pendant des heures dans mon canapé, mais j’étais tout aussi paumé et franchement plus dangereux.
- Pourquoi as-tu replongé ? Tu avais Hestia avec toi si j’ai bien compris, alors qu’est-ce qui t’a poussé à en reprendre ?
- Le manque, les autres, le milieu… j’en sais rien.
- Le milieu ?
Il tourne la tête vers moi comme s’il m’analysait, qu’il hésitait à m’avouer les choses après avoir fait une gaffe et il réfléchit encore quelques secondes en écrasant sa cigarette dans un cendrier.
- Je dealais, avoue-t-il finalement sans me regarder. Je fais partie d’un gros réseau, et je vendais la came la nuit alors… je ne sais pas, je l’avais dans la poche, je m’emmerdais, je… c’était une habitude, un mode de fonctionnement, j’en sais rien…
- Tu t’emmerdais alors qu’elle était toujours avec toi ? N’étais-ce pas là ton but ultime ? m’étonne-je.
- Si sans doute… mais… Hestia n’est pas exactement la fille la plus fun de ce monde… encore moins quand elle déprime parce que je l’ai séparée d’Hunter…, rit-il nerveusement avec des yeux contrits.
- Ça fait sens…
- Elle était malheureuse, elle m’engueulait tout le temps, m’envoyait péter… et ce n’était pas ce que je voulais… je la voulais elle, entièrement, heureuse surtout… alors qu’elle n’était qu’à lui, même en ne le voyant plus … Elle m’aime, je le sais, mais pas comme je le voulais et ce n’était pas facile à gérer pour moi.
- Tu me fais de la peine…, souffle-je en fronçant les sourcils.
Je ne m’y attendais pas, mais il éclate de rire avant de se tourner sur le flanc face à moi, pour tirer le drap du haut de mon corps et poser une main sur ma taille nue, qu’il serre doucement.
- Il n’y a pas de raison, je ne me fais pas trop de peine quand je vois ma soirée…, s’amuse-t-il en me reluquant.
- Arrête, tu vas me flatter…, réplique-je en souriant comme un démon.
- Mais je te flatterais toute la nuit s’il le fallait ! rit-il.
- Pourquoi ? Pour espérer avoir des miettes dans la gueule ? le taquine-je.
- Putain oui ! s’exclame-t-il.
Je ris et il m’attrape pour me tirer contre son torse afin de m’embrasser avec une voracité démesurée, pour me faire rire un peu plus fort, ce qui fonctionne très bien.
- Franchement Julia, je couche avec toi alors qu’Hestia se coltine Hunter ! Je n’ai pas de peine pour moi ! Plutôt pour elle ! s’esclaffe-t-il.
- Arrête ! Hunter est un mec génial !
- Oh oui, Monsieur parfait, avec sa belle Aston Martin et son compte en banque plein à craquer…, dit-il en levant les yeux au ciel.
- Et un corps de dieu, entretenu tous les jours de la semaine à la boxe et aux sports de combat ! souligne-je en sachant que ça va l’énerver.
Et ça ne rate pas, il se jette contre ma gorge pour la mordre en riant.
- Arrête Kai ! La jalousie ne te va pas au teint ! glousse-je comme une démente.
- Je ne suis pas jaloux de ce putain de blaireau ! beugle-t-il en relevant le nez.
- Bien sûr que si !
- Plutôt crever ! crie-t-il.
- Alors tu n’as plus beaucoup de temps à vivre !
- C’est le moment de profiter alors, réplique-t-il.
Et la seconde suivante, il est au-dessus de moi, les mains serrées sur mes poignets, prêt à m’offrir un second round digne de ce nom.
*
Le lendemain matin, je m’habille tandis qu’il ronchonne depuis le lit parce que je dois m’en aller et que j’ai donc interrompu à contre-cœur ses avances délicieusement intéressées.
- Ta grand-mère peut aller se faire voir ! râle-t-il.
- Kai ! m’offusque-je en faisant volte-face, véritablement outrée.
J’attrape une boite de mouchoirs sur le petit bureau et il se protège de ses bras en beuglant et en retirant ce qu’il vient de dire, mais la boite s’écrase sur son torse la seconde suivante.
- Nom d’un chien ! Pardon grand-mère de Julia ! rit-il.
J’attrape une petite bouteille d’eau que je lui lance encore dessus et il crie un peu plus :
- Bordel mais arrête de m’agresser espèce de catin ! se marre-t-il.
- Non mais quoi ?! Tu sais ce qu’elle te dit la catin ?! m’exclame-je en lui bondissant dessus.
Je suis à cheval sur son bassin, nous nous battons en riant comme des gosses, j’attrape ses poignets pour essayer de lui tordre les bras dans tous les sens et il hurle des incantations stupides pour « m’exorciser » selon lui, ce qui ne manque pas de me faire rire à en perdre haleine.
Il me laisse finalement lui plaquer les bras au-dessus de la tête et je plante mon visage devant le sien :
- Je ne suis pas une catin !
- Tu te promènes sans culotte et tu couches avec moi ! Je ne connais que des catins pour avoir ces deux comportement cumulés ! rit-il.
- Retire ce que tu viens de dire ou je te martyrise…, le menace-je en plissant les yeux.
Il me souffle sur le visage pour toute réponse, pour m’embêter et me défier, alors je le martyrise quelques minutes en essayant de le pincer et de le maitriser, mais je dois admettre qu’il est bien gentil, car j’ai conscience que l’ascendant que j’ai sur lui est uniquement pour me faire plaisir.
Nos bêtises me mettent finalement presque en retard et je bondis sur mes pieds en fourrant mes quelques affaires dans mon sac, pendant qu’il se lève tranquillement pour me raccompagner jusqu’à sa porte.
- Tu ajouteras cette nuit à ma note, m’embête-t-il.
- Compte sur moi, je vais te plumer.
- Ma facture risque d’être salée… j’aurais mieux fait de me la foutre derrière l’oreille ! rit-il.
- Ah ça… ça va te coûter cher…, confirme-je gravement en hochant la tête.
- Pfff… T’es vraiment une emmerdeuse, réplique-t-il en attrapant mes joues.
- Embrasse-moi emmerdeur, chuchote-je simplement.
Il s’exécute et m’embrasse délicieusement alors que nous sourions, me mettant un peu plus en retard que je ne le suis déjà.
- Je dois y aller, vraiment, glisse-je entre deux de ses baisers.
- Ouai… Alors à la prochaine gueule d’ange…, dit-il finalement.
- A la prochaine joli diable…, réplique-je en souriant.
Je me mets finalement en route sur les chapeaux de roues pour rejoindre le repas avec ma grand-mère, que j’ai défendu bravement je dois dire.
*
Lorsque j’arrive à mon repas de famille chez ma grand-mère, tout le monde est déjà installé et je découvre qu’il y même mes cousins, mes oncles et mes tantes… Tout le monde accueille mon arrivée comme si j’avais deux heures de retard, et après un tour de table pour les embrasser alors que je sens la cigarette et que je ne suis pas coiffée, je m’installe pour attraper mon téléphone.
J : « Je te félicite, je viens d’arriver à mon repas en retard, pour découvrir que nous sommes une quinzaine à table, alors que je ne suis pas douchée, que j’ai les cheveux en bataille et que je ne porte pas de culotte !! Je te déteste Kai !! »
K : « Putain, je suis plié en deux ! Ça t’apprendra à céder aux avances d’un tocard, catin du diable ! »
Il me fait encore bien rire et j’intercepte le regard malicieux de ma grand-mère sur moi. Nous sommes très proches, elle est la femme la plus maline et la plus perspicace que je connaisse alors je sais qu’il est temps que j’arrête de sourire comme une idiote à mon téléphone si je ne veux pas avoir à lui avouer les choses dès aujourd’hui alors que nous ne sommes pas seules.