Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 29 : Le bar latino

2443 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 17/10/2026 12:28

Chapitre 29 : Le bar latino


Nous sommes la dernière semaine de septembre, mes cours deviennent enfin sérieux et c’est passionnant. Je suis complètement absorbée par mon dernier cours de la semaine, qui porte sur le journalisme d’investigation.

Je me retrouve à cent pour cent dedans, c’est tout ce que je veux, tout ce à quoi j’aspire depuis toujours. Je bois les paroles de notre professeure, qui nous relate quelques-unes de ses enquêtes passionnantes ayant permis de révéler au monde un politique véreux.

Elle nous explique ses heures d’enquête sur le terrain à se faire passer pour une assistante. Je suis transcendée, je m’imagine à sa place, à me faire traiter comme une vermine par mon employeur alors que je fouille ses tiroirs le soir… Ça doit être tellement excitant, frôler la limite de l’illégalité constamment et prendre des risques. 

Je passe mon vendredi soir avec des copines et nous nous remémorons la fois où j’ai soupçonné un de nos professeurs d’abuser de ses étudiantes pour leur garantir des bonnes notes. Elles sont pliées en deux en se souvenant de mes soirées à le surveiller, à le suivre en voiture, à épier ses faits et gestes à chaque coin de rue sombre jusqu’à ce que je découvre que j’avais raison.

Une enquête qui fût un succès, menant au licenciement de cette ordure, mais qui aura failli me coûter ma place à l’université.

*

Après un samedi calme à peindre, je reçois un sms d’Hestia qui me surprend, parce qu’il est bientôt huit heures du soir et que le projet ne lui ressemble pas du tout.

H : « Chez moi dans vingt minutes pour sortir s’amuser, tu en es ?! »

J : « Bien sûr ! Tu me connais ! »

Je file donc sous ma douche en quatrième vitesse et quand j’en sors, j’enfile ma petite robe blanche, sans doute ma dernière occasion de la mettre puisque cet été indien ne durera pas éternellement.

Lorsque j’arrive chez eux, je découvre qu’Alma et Eden sont de la partie, et je trouve surtout une Hestia toute excitée de sortir, ce qui est lunaire la connaissant.

-         Tu es sûre que tu te sens bien ? lui demande-je en riant.

-         Très bien !

-         Elle a bu des cocktails avec Alma toute l’après-midi, précise Hunter en levant les yeux au ciel.

Elle lui lance un petit regard plissé qui me fait rire et Alma ricane :

-         Je l’ai fait boire toute l’après-midi pour la convaincre de venir au petit bar de rue latino où je voulais vous emmener !

-         Sérieusement ?! Toi tu vas aller t’éclater dans le quartier chaud ?! hallucine-je en riant déjà d’imaginer Hestia là-bas.

-         Oui ! Et puis j’ai mon garde du corps, alors ça va, précise-t-elle.

-         Et Kai ?! intervient Alma. Nous avions parlé avec lui de ce bar, c’est dommage s’il ne vient pas !

Immédiatement, mes poils se hérissent et je vrille mes yeux noirs sur elle en me demandant ce qu’elle peut bien en avoir à faire alors qu’elle a un petit-ami.

-         Il n’a pas répondu, je ne sais pas ce qu’il fait…, répond tristement Hestia.

Evidemment qu’il n’a pas répondu. Il travaille en tant que vigile cette semaine jusqu’à neuf heures tous les soirs… Elle le saurait si elle prenait la peine de lui demander des nouvelles comme je l’ai fait après sa première journée lundi.

 Ma propre animosité me surprend et je décide qu’il est grand temps que j’arrête mon cirque si je veux passer une bonne soirée.

Nous décidons que seuls les hommes seront raisonnables ce soir et après quelques cocktails entre filles avant le départ, mon mauvais caractère s’évapore comme par magie.

*

Lorsque nous nous garons, je sens déjà dans mon cœur la musique qui tape, je vois les gens qui dansent dans la rue par dizaines en riant et les guirlandes multicolores qui éclairent ce bel endroit.

C’est un tout petit bar-restaurant en bord d’une rue piétonne, avec un comptoir minuscule et des tabourets pour les habitués, mais de nombreuses tables en bois avec des bancs s’étalent dans la rue. J’observe avec des yeux brillants les passants qui s’arrêtent pour s’agiter quelques minutes avec les danseurs qui les entrainent, la bonne ambiance entre ces gens qui se connaissent ou non, mais qui connaissent tous le bar.

La musique latino pulse, elle fait danser la rue au complet, les fumeurs sur leurs balcons, les gens à la terrasse d’un restaurant plus loin… Il y a tellement de vie au mètre carré, c’est dingue.

-         Olala…, s’inquiète Hestia.

-         Arrête ! soupire-je. Tu es avec Hunter, que veux-tu qu’il t’arrive ?! Moi j’y vais !

Je pars déjà en tête, je file en direction des tables en remuant sur place au rythme de la musique et mes amis me suivent.

 Nous trouvons une place au bout d’une longue table déjà bien remplie, près du bar, et nous commandons tant bien que mal des tapas et une tournée de bières. 

-         Mon dieu, quelle ambiance ! rit Hestia en observant le capharnaüm autour d’elle.

-         Bienvenue au Mexique ! s’exclame fièrement Alma en levant les bras au ciel.

-         J’adore le Mexique ! m’exclame-je, hilare.

-         J’adore les Mexicaines ! rit Eden. 

Nous éclatons tous de rire et nos commandes arrivent. Nous nous jetons sur les tapas qui sont délicieux, je mange en me trémoussant sur ma chaise et Alma remue à côté de moi sous les yeux rieurs d’Hestia.

 Du coin de l’œil, j’aperçois soudain une jolie mustang qui se gare sur le parking sauvage à quelques mètres. Je me redresse pratiquement, incapable de croire à sa venue jusqu’à ce que je le voie qui sorte de sa voiture en chair et en os.

Le voir ici est dingue.

Le voir quelque part où il semble plus avoir sa place qu’Hestia est un concept. Il se fond dans la masse, personne ne le regarde comme s’il était un alien et je rayonne plus fort à chaque pas qu’il fait dans notre direction.

Mes yeux alcoolisés le dévorent, j’admire sa silhouette, sa démarche féline pratiquement en rythme avec la musique, son jeans et son tee-shirt noirs, ses tatouages parfaits, ses yeux qui sont déjà posés sur moi…

-         Dokatito ! s’exclame le petit barman. Ça fait une éternité que je ne t’ai pas vu ici !

Kai lui lance immédiatement un regard rieur, et j’ai la surprise de le voir aller le saluer alors que notre tablée se rend compte qu’il arrive. Hestia sautille sur son banc, Alma tape dans ses mains et les garçons l’observent faire une accolade au barman avec des yeux étonnés.

-         Dokatito ? demande-je à Alma.

Elle hausse les épaules avec des yeux perdus :

-         Ça ne veut rien dire… enfin, littéralement, ça pourrait vouloir dire « Petit Doka » mais… ? répond-elle.

-         C’est son nom de famille ! Kai Doka ! précise Hestia d’une voix aiguë. 

Le barman tend déjà une bière gratuite à Kai et il discute un peu avec lui.

 Je crois que je n’ai jamais vu Kai aussi détendu malgré ses petits regards réguliers de surveillance sur les gens qui dansent, sur ses gardes.

Il rit une dernière fois avec le barman et se dirige vers nous. 

-         Tu es venu finalement ?! rayonne Hestia.

-         Ouai petite tête, lui répond-il en serrant la main aux garçons distraitement.

Il salue Alma d’un hochement de tête et je suis jalouse de constater qu’il ne me fait pas signe avant de s’enfiler dans mon dos pour contourner la table. Lorsqu’il passe sur mon flanc, je lui lance déjà un regard boudeur, mais il me scie en deux en passant sa main sous ma mâchoire pour la caresser furtivement.

-         Salut terreur…, me glisse-t-il avec son sourire en coin.

Je suis soufflée, tellement soufflée que je ne lui réponds pas et que je le dévisage simplement avec des yeux immenses tandis qu’il s’assoit en face de moi.

 Il se retrouve à côté d’Hestia, à qui il ébouriffe le dessus de la tête avec affection.

-         Pourquoi n’as-tu pas répondu à mon message ?! s’indigne-t-elle. 

-         Parce que je bossais peut-être, répond-il en haussant un sourcil malgré son sourire amusé.

Ils se lancent dans une conversation sur son nouveau travail et j’ai bien une petite pointe de jalousie de les voir discuter penchés l’un vers l’autre pour s’entendre, mais après le petit geste qu’il vient d’avoir pour moi, je n’en ai franchement pas le droit.

 Je n’arrive de toute façon plus à réprimer mon petit sourire satisfait et je croque dans une chips pour le cacher en posant mes yeux sur lui.

Hestia le lâche enfin quand Hunter lui annonce qu’il doit partir téléphoner et qu’elle est évidemment complètement déçue, parce qu’elle sait que ses appels peuvent durer des heures. Un débat se lance entre eux, libérant ma panthère.

-         Ça va, terreur ? me demande-t-il en portant sa bière à ses lèvres. 

Je suis déjà charmeuse, je lui lance mes yeux les plus séducteurs en me tortillant doucement sur la musique :

-         Très bien et toi Dokatito ?

Il a un petit rire en secouant la tête :

-         Alors quoi ? Tu vas m’emmerder avec ça maintenant, crevure ? demande-t-il en penchant la tête, les bras croisés.

-         Carrément ! Alma m’a dit que ça voulait dire « Petit Doka »…, réponds-je d’une voix mutine.

-         Alma commence à m’emmerder, fait-il mine de s’agacer en la regardant.

-         Oups ! réplique-t-elle joyeusement.

Ça picote… Je n’aime pas ces petits contacts…

Je ne trouve rien de mieux à faire pour détourner son attention d’elle que d’attraper sa bière pour boire dedans et il plisse les yeux avec son sourire en coin à tomber.

-         Tu en as une je crois, emmerdeuse…

-         La tienne est meilleure, réplique-je en battant des cils.

Il baisse le regard en souriant plus vivement et je suis franchement ravie.

 La musique est assez forte pour couvrir nos voix des oreilles de nos amis, l’ambiance festive attire leurs regards et le résultat est sans appel : personne à notre table ne fait attention à nous.

Kai attrape d’ailleurs ma bière, qu’il porte à ses lèvres en me fixant avec un regard défiant et je souris de toutes mes dents en me penchant un peu vers lui, complètement sous le charme.

-         Alors Kai, tu sors du boulot c’est ça ? demande Eden.

Le joli regard de panthère qui me scrutait avec chaleur devient polaire quand il détourne la tête vers Eden, celui de notre groupe qui l’a le moins apprivoisé.

-         Ouai, répond-il simplement d’une voix glaciale.

-         Doucement Kai ! pouffe Hestia en agrippant son bras.

-         La paix, petite tête, ronchonne-t-il.

-         Eden est très gentil, lui glisse-t-elle en le regardant avec une moue amusée.

Je préfère reporter mon attention sur mes chips, que je casse en petit morceaux avant de les grignoter ; simplement pour m’éviter de les voir interagir alors qu’ils sont tout proches et qu’Hestia est mignonne quoi qu’elle fasse. 

Hunter étant parti téléphoner dans sa voiture, elle n’a plus sa perruche et je me doute bien qu’elle ne va plus lâcher Kai, ce qui me rend plus triste que je ne veux me l’admettre.

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